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Plaidoyer pour un Maroc démocratique et moderne dans un monde prospère et en paix.
(Juillet 2007)

Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

INTRODUCTION :
Ce livre reprend d’une façon chronologique les chroniques que j’ai publiées d’Avril 2004 à Décembre 2006 en tant que Président de l’IMRI. Le lecteur pourra les lire successivement, ou se reporter directement à la chronique qui l’intéresse tout particulièrement. La ligne éditoriale qui sous-tend toutes ces chroniques concerne notre pays, le Maroc, et le monde dans sa globalité.
Le plaidoyer pour le Maroc est la construction d’un Etat démocratique, moderne et ouvert sur l’extérieur. De tous les régimes politiques mis en œuvre à travers le monde, il s’est avéré que le système démocratique est le plus apte à l’épanouissement de l’individu et de la collectivité. Certes, des progrès tangibles ont été réalisés dans notre pays ces dernières années, mais des progrès sont encore à faire pour instaurer une véritable démocratie. Sous l’autorité de la monarchie, qui est le symbole de l’unité et de la pérennité de notre Nation, d’autres étapes sont à franchir. Il s’agit

Au niveau des libertés fondamentales, il y a lieu de les renforcer davantage et de mieux cerner la liberté de la presse, qui pose encore problème dans notre pays. Au niveau des droits humains, il y a lieu de compléter et de renforcer les droits de la femme, afin d’assurer une stricte égalité avec l’homme. Au niveau de l’Etat de droit, il faut veiller à que nul ne soit au-dessus de la loi, qui doit être appliquée d’une façon égalitaire à tous. Pour ce qui est de la Justice, il y a lieu de mettre en application une véritable séparation entre le pouvoir exécutif et judiciaire, et l’accompagner d’une réforme radicale, à même d’accélérer les procédures et d’éradiquer la corruption. Une attention toute particulière devra être portée à l’éducation nationale, qui continue de souffrir d’une qualité médiocre, ne permettant pas d’offrir sur le marché de l’emploi des cadres compétents. Enfin, il y a lieu d’accentuer la décentralisation et la déconcentration dans le cadre d’une véritable politique de régionalisation, à même de donner les pouvoirs et les moyens nécessaires à nos régions.
Pour ce qui est de la modernité, commençons par définir ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas. La modernité, c’est tout d’abord le respect des valeurs universellement reconnues. Ces valeurs sont la démocratie, le respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme, l’Etat de droit, et la solidarité. La modernité, c’est aussi la tolérance, l’ouverture vers l’autre, le refus de la xénophobie et du racisme. C’est aussi l’équité entre hommes et femmes, l’égalité des chances, l’aspiration au progrès, le respect de l’environnement. La modernité n’est pas la négation identitaire, ni la dépravation des mœurs, ni le rejet des valeurs traditionnelles.
Sur le plan extérieur, la ligne éditoriale préconise l’ouverture vers les autres. Du fait de nos racines musulmanes, africaines, berbères et arabes, c’est naturellement vers l’Afrique et le monde arabo-musulman qu’il faut donner la priorité. Pour des raisons géographiques, historiques, et économiques il y a lieu de resserrer les liens avec l’Union Européenne. A l’exemple de l’Espagne et du Portugal, l’ancrage à l’Europe ne peut être que bénéfique pour notre pays. Aussi, faut-il prendre toutes les mesures, et mettre en place les réformes nécessaires, pour accéder au marché unique avec l’Europe, conformément à la nouvelle politique de voisinage préconisée par l’Union Européenne. Cependant, étant donné la mondialisation qui avance à grands pas, le Maroc doit développer également ses relations avec les Etats d’Amérique et d’Asie. L’édification du Maghreb doit rester une option intangible de notre politique extérieure, malgré les vicissitudes actuelles. Enfin, toute l’attention doit être portée à notre cause nationale : la récupération des provinces sahariennes, dont l’issue est fondamentale pour l’avenir de notre pays, dans le cadre de l’autonomie interne sous souveraineté marocaine.
La politique économique est essentielle. Nous réaffirmons notre attachement au libéralisme, à l’économie de marché et à la liberté d’entreprise. Le rôle de l’Etat doit se limiter progressivement aux fonctions régaliennes : défense, sécurité, éducation, infrastructures, justice. Tout ce qui est concurrentiel doit être privatisé, avec une régulation publique lorsque c’est nécessaire, et l’actualisation de la loi sur la concurrence. La signature par le Maroc de nombreux Accords de libre échange va totalement ouvrir les frontières à l’horizon 2012. Une mise à niveau aussi bien de l’Administration, que du secteur privé, est indispensable pour faire face à la concurrence internationale. Six ans nous séparent de cette échéance, période au cours de laquelle les efforts doivent être intensifiés. Un soin tout particulier doit être accordé aux PME/PMI qui constituent 95% de notre tissu industriel : l’effort doit porter tout particulièrement sur le financement et la mise à niveau.
Dans le cadre de la mondialisation, le Maroc doit privilégier les secteurs où il dispose d’avantage comparatifs. Sur le plan industriel, il y a lieu de mettre en œuvre le plan « Emergence », qui a sélectionné un certain nombre de secteurs porteurs. Au niveau des services, le tourisme peut jouer un grand rôle dans le décollage de notre économie, dès lors que l’objectif de 10 Millions de touristes sera atteint. Enfin, le développement des infrastructures : routes, autoroutes, ports, aéroports, communications, doit être renforcé, car indispensable au développement économique.
Le point faible de notre pays, et il faut le reconnaître est l’aspect social. Une grande partie de notre population vit dans la pauvreté, dans un logement indécent, sans éducation, sans couverture sociale, sans ressources. Cette pauvreté touche particulièrement le monde rural et les quartiers péri-urbains des villes. Cette situation est inacceptable à la fois pour des raisons morales et des raisons économiques. Sur le plan moral, il est inadmissible qu’une faible minorité de notre pays vit dans l’aisance et le confort, et une large majorité dans la pauvreté et la misère. Sur le plan économique, toute cette frange de la population ne participe pas à la vie économique, parce qu’elle ne crée pas de richesses, et ne consomme que peu. Il est prouvé que le développement économique seul ne permet pas d’éradiquer totalement la pauvreté. Aussi, faut il en plus du développement économique, privilégier des actions sociales.
Le monde rural a été négligé depuis l’indépendance. Il y a lieu de revoir entièrement ce secteur en apportant des réformes structurelles. L’effort doit être porté avant tout sur l’agriculture traditionnelle, et notamment la céréaliculture qui n’est plus compétitive sur le plan mondial. Nous préconisons le remembrement des terres, la modernisation des méthodes culturales, la formation des agriculteurs, la recherche agronomique, le remplacement d’une partie des cultures céréalières par des cultures plus rentables, tels que les fruits et légumes, et la modernisation de l’élevage. Aussi bien pour le monde rural, que pour les quartiers pauvres des villes, il y a lieu de soutenir efficacement l’INDH (Initiative Nationale pour le Développement Humain), qui est véritablement la première initiative globale et intégrée, préconisée par le Gouvernement pour éradiquer la pauvreté dans notre pays. Un dernier aspect que nous souhaitons promouvoir est la défense de l’environnement. Une prise de conscience nationale est à promouvoir avant qu’il ne soit trop tard. Les atteintes à l’environnement dans notre pays sont multiples : pollution de l’air, problème de l’élimination des déchets solides et liquides, déforestation, rejets industriels, eau usées, etc. Un travail considérable est à faire dans ce domaine à l’instar des pays développés, notamment sur le plan législatif.
Le monde en ce début de XXIème siècle souffre de plusieurs maux. Sur le plan politique, l’hyperpuissance des Etats-Unis d’Amérique domine la scène mondiale, après la chute de l’URSS à la fin du siècle dernier. Adoptant une politique unilatérale et faisant fi de l’ONU (Organisation des Nations Unies), les Etats-Unis n’ont pas hésité a envahir l’Afghanistan et l’Irak. Certes, les Etats-Unis ont subi les scandaleux attentats du 11 Septembre 2001, et c’est au nom de la guerre contre le terrorisme international, qu’ils ont envahi les deux pays précités. Mais le volet sécuritaire ne suffit pas seul à éradiquer le fléau du terrorisme international. Il faut trouver une solution rapide au douloureux conflit israélo-palestinien, afin de d’offrir aux palestiniens un Etat viable et reconnu. Plus globalement, on a assisté à une tension grandissante entre l’Occident et le monde musulman, aggravé par des caricatures immondes contre le prophète Sidna Mohamed. L’Occident doit mettre à plat, et revoir toute sa politique vis-à-vis du monde musulman. Le monde musulman, de son côté, doit accélérer sa démocratisation politique, et lutter contre les théories fondamentalistes, qui tentent de le ramener en arrière. On ne peut terminer ce bref panorama de la politique mondiale, sans évoquer la réforme nécessaire de l’ONU, dont l’organisation n’est plus adaptée au monde actuel. Il faut également noter la montée en puissance de la Chine et de l’Inde qui vont occuper les premiers rôles au milieu de ce siècle.
Sur le plan économique et social deux phénomènes attirent l’attention : la montée de la mondialisation et le déséquilibre persistant entre le Nord et le Sud. La mondialisation en marche, encadrée par l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), brise progressivement toutes les frontières tarifaires et non tarifaires. Chaque pays doit faire force à un marché globalisé, où la seule arme est la compétitivité. Il s’agit de maîtriser ce phénomène, pour atténuer les conséquences néfastes sur les économies les plus faibles.
Quant au déséquilibre Nord-Sud, il suffit de rappeler que la moitié de la population mondiale vit avec moins de 2 $ par jour, et que un milliard de personnes ne disposent pas encore d’eau potable. Un autre chiffre significatif : 20% de la population mondiale dispose de 60% du PIB mondial. La situation la plus grave concerne les l’Afrique et plus particulièrement l’Afrique Sub-Saharienne qui cumule les plus mauvais indicateurs : espérance de vie (53ans), analphabétisme (38%), enfants atteints de sida (80%), 300 Millions de personnes y vivent avec moins de un $ par jour. La communauté internationale ne pourrait accepter cette lamentable situation. L’honneur de l’humanité pour le XXIème siècle est d’éradiquer la pauvreté dans le monde
En conclusion, puisse ce livre apporter une modeste contribution à l’épanouissement de notre pays, et à un monde plus pacifié, plus prospère et plus égalitaire.

L’ACCORD DE LIBRE ECHANGE AVEC LES USA
UN ACCORD POSITIF POUR LE MAROC

Annoncé en Avril 2002 lors de la visite de SM le Roi Mohamed VI à Washington, et après 13 mois de négociations qui ont débuté le 21 Janvier 2003, l’Accord de libre échange entre le Maroc et les USA a été finalisé le 02 Mars 2004.
Les relations entre le Maroc et l’Amérique remontent à très loin, puisque dès 1777, soit un an après la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis (04 Juillet 1776), le Roi Sidi Mohamed Ben Abdallah accordait à l’Amérique le libre accès des ports marocains, avec la possibilité de s’y approvisionner en vivres, et d’y « jouir des même liberté que les autres nations avec lesquels le Sultan est en paix » ces relations devaient être formalisées par un Traité signé en 1787.
Cet Accord est d’abord positif sur le plan politique et stratégique. Il lie le Maroc à la plus grande puissance mondiale actuelle (PNB 2001 : 9708 Milliards de $). Les Etats-Unis n’ont qu’un nombre limité d’Accord de libre échange : Canada, Mexique, Chili, en Amérique, Jordanie, Israël au Moyen Orient ; et Australie. Le Maroc est le seul pays Africain à bénéficier de cet Accord.
Robet Zoellick, représentant des Etats-Unis pour le Commerce Extérieur donne l’explication « le Maroc est un partenaire économique et politique clé dans la région du Maghreb et du Moyen Orient, et un pays attaché aux valeurs de tolérance, d’ouverture et de démocratie ».
Cet Accord permet au Maroc l’ouverture « vers le large » à l’ouest, après son ouverture au Nord grâce à l’Accord d’Association avec l’Union Européenne, et à l’Est avec les pays faisant partie de la Déclaration d’Agadir (Tunisie, Egypte, Jordanie). Sans que cela soit spécifié explicitement dans l’Accord, le Maroc peut, du fait de sa nouvelle proximité avec les Etats-Unis, en tirer des gains politiques quant à sa cause nationale : la récupération de ses provinces sahariennes, et à la sensibilisation de son nouveau partenaire à la juste cause palestinienne.
Sur le plan économique, et selon les déclarations officielles à ce jour, cet Accord présente également des avantages que nous allons examiner successivement au niveau des investissements, des exportations et des importations.
Au niveau des investissements, il est certain que le nouveau cadre légal va attirer tout d’abord les investisseurs américains, non seulement pour vendre sur le marché marocain, mais également sur les pays voisins, notamment l’Union Européenne qui est liée au Maroc par un Accord de libre échange. Ceci a été confirmé par M. Zoellick qui a expliqué que le Maroc occupe « une position géographique stratégique, au carrefour de plusieurs continents », lui permettant de constituer une plate-forme de production et d’exportation. Cet Accord va attirer également des investisseurs européens et asiatiques qui pourraient exporter sur les Etats-Unis à partir du Maroc, en exonération de droits de douane. Outre l’industrie (notamment textile et agro-industrie) les investissements vont concerner les services : banque, assurance, transport, audiovisuel, apportant de nouveaux produits à des prix compétitifs, et créant une dynamique nouvelle sur le marché. Pour sauvegarder l’existant, les investissements américains dans les secteurs des services ne pourront être réalisés que dans le cadre de la législation marocaine. Pour l’audiovisuel par exemple, la présence des partenaires marocains devra être à hauteur de 51%. Ces nouveaux investissements vont accélérer la mise à niveau du secteur productif marocain, tant au niveau des équipements que de la gouvernance et de la gestion.
Au niveau des exportations marocaines vers les Etats-Unis : 99% des produits industriels marocains seront exonérés totalement des la mise en vigueur de l’Accord. Mais les opportunités d’exportation n’existent réellement que pour les textiles, les produits de la pêche et les produits agricoles frais et transformés. C’est ainsi que les produits textiles 100% marocains bénéficieront d’un taux nul dès la mise en vigueur de l’Accord dans le cadre d’un contingent annuel de 1,2 Milliard de Dollars, avec un progression de 25% par an. Pour les produits textiles marocains, utilisant les intrants d’origine autre que le Maroc et les USA, il a été prévu un quota de 30 Millions de m² par an, et pour une durée de 10 ans. Pour les produits de pêche et les produits agricoles frais et transformés, le Maroc a obtenu l’accès immédiat au marché américain à condition de franchir les barrières sanitaires (agrément de la FDA : Food and Drug Administration).
Pour ce qui est des importations américaines vers le Maroc, et qui constituaient les problèmes les plus sensibles, les résultats obtenus sont satisfaisants dans la mesure où ils prévoient des contingents limitatifs, et un démantèlement douanier à long terme (jusqu’à 25 ans pour l’Agriculture). Examinons les par secteur :
L’Agriculture :
L’Agriculture marocaine, à part le secteur moderne qui est tourné principalement à l’export (Agrumes et Primeurs) est archaïque avec une compétitivité très faible. Malgré cinq décennies d’indépendance, peu de progrès ont été réalisés dans le secteur traditionnel : petites exploitations, faiblesse de la mécanisation, insuffisance des techniques modernes de culture et d’irrigation, manque d’encadrement. Ce secteur a besoin d’une véritable mise à niveau, vu son importance sociale (50% de la population totale) et économique (autosuffisance alimentaire). Aussi, le Maroc doit mettre à profit la décennie à venir pour concevoir et exécuter un vaste programme de modernisation de ce secteur.
Quant à l’Accord de libre échange Maroc-USA, il tient compte de cette situation, en fixant des quotas limitatifs d’exploitation, et en prévoyant de longues périodes de démantèlement douanier pour les produits suivants :
* Blé tendre : Quota de 240.000 à 700.000 T la première année
Quota entre 400.000 à 1.000.000 T après une période de 10 ans
Démantèlement douanier total en 10 ans

* Légumineuse démantèlement douanier total en 18 ans sans limitation quantitative
Viande rouge : quota de 4.000 T avec démantèlement douanier sur 5 ans
Bœuf : quota de 2.000 T avec démantèlement douanier sur 10 ans
Poulet entier : quota de 1.250 T avec démantèlement douanier sur 10 ans
Cuisse de poulet : démantèlement douanier total sur 25 ans sans limitation quantitative
* Noix, raisins, poires, cerises, produits à base de dinde : démantèlement douanier total sur 5 ans sans limitation quantitative.
* Fromage pour pizza, corn-flakes, préparation à base de poulet : droit nul dès mise en vigueur de l’Accord, sans limitation quantitative.
NB : À noter que pour les produits sensibles (blé tendre, viande rouge, bœuf, poulet entier) les quotas seront maintenus, même après le démantèlement douanier total. Autrement dit, il n’y aura pas de libération quantitative de ces produits quelques soit le timing. De plus, pendant la première décennie, les quotas de céréales seront indexés sur la production nationale.
Produits industriels (autres que textiles et habillement) :
L’Accord prévoit un taux nul pour 32,6% des positions tarifaires du Maroc dès la mise en vigueur de l’Accord, un démantèlement sur 2 ans pour 14% des positions tarifaires, sur 5 ans pour 10,8% des positions tarifaires, sur 9 à 10 ans pour le reste soit 42,1%. Pour les produits industriels, le Maroc peut tirer avantage de ces nouvelles dispositions en mettant en concurrence les fournisseurs européens et américains.
Médicaments :
Selon les déclarations officielles, et en attendant le texte intégral de l’Accord, ce dernier s’aligne sur les dispositions en vigueur de l’OMC, à savoir une protection des brevets pour une durée maximum de 20 ans. De plus, le Maroc conformément à la déclaration de DOHA pourra bénéficier des flexibilités nécessaires pour protéger la santé publique et garantir l’accès aux médicaments.
Culture :
Peu d’informations officielles ont été données sur ce secteur, sinon que l’Accord confirme la diversité culturelle et le respect des engagements internationaux du Maroc au sein de la francophonie. De même le Maroc pourra maintenir toutes les subventions accordées aux différents supports culturels.
En conclusion, et en se basant sur les déclarations officielles publiées à ce jour, on peut affirmer que l’Accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats-Unis finalisé le 02 Mars 2003 est globalement positif pour le Maroc. Son impact sur le plan politique et stratégique ne peut être que favorable à notre pays. Si les mesures d’accompagnement internes sont mises en œuvre rapidement et efficacement, il peut favoriser grandement l’investissement, et constituer de nouvelles opportunités d’affaires pour les secteurs les plus dynamiques de notre tissu productif. Pour les secteurs sensibles de notre économie, notamment l’Agriculture, il a l’avantage de fixer un délai de dix à vingt ans pour promouvoir leur mise à niveau.

ÉLARGISSEMENT DE L’UNION EUROPÉENNE
A DIX NOUVEAUX MEMBRES
LE MAROC SE DOIT D’ÊTRE VIGILANT

Dix pays vont en effet devenir membres effectifs de l’Union Européenne le 1er Mai 2004 à Dublin (Irlande), capitale de l’Europe jusqu’à fin Juin 2004. Sept pays qui faisaient encore partie il y a moins de quinze ans, de l’ex-Union Soviétique : Hongrie, République Tchèque, Slovaquie, Slovénie, Lituanie, Lettonie, Estonie. Ainsi que la Pologne et les deux îles méditerranéennes : Chypre et Malte.
Le processus d’intégration qui a débuté dans les années 90, après la chute du mur de Berlin, s’est intensifié entre 1998 et 2000, et a été bouclé en Décembre 2002 au Sommet de Copenhague. Les négociations ont été à la fois difficiles et laborieuses, du fait de coût de l’élargissement pour les quinze (27,5 Milliards d’Euros entre 2004 et 2006) et de la transposition de l’acquis communautaire dans la législation des dix nouveaux membres. Le traité d’adhésion a été solennellement signé à Athènes le 16 Avril 2003, et sa ratification a été achevée dans tous les Etats membres.
L’Union Européenne élargie verra sa population augmenter de 75 millions d’habitants, et deviendra le troisième ensemble de population du monde avec 450 millions d’habitants, derrière la Chine et l’Inde.
Sur le plan institutionnel, elle sera régie par le traité de Nice, conclu en Décembre 2000, dont les mécanismes ont été dénoncés comme trop compliqués et peu pratiques. Cependant, avec le changement de gouvernement en Espagne, et l’assouplissement de la position de la Pologne, il y a de fortes chances que le projet de Constitution pour l’Europe, établi sous la conduite de M. Valérie Giscard d’Estaing, puisse être adopté d’ici fin juin 2004 sous la présidence Irlandaise. Ce projet de Constitution prévoit notamment des règles de fonctionnement de l’Union beaucoup plus souples que le Traité de Nice, notamment en ce qui concerne la prise de décisions.
Outre, les dix nouveaux membres, sept autres candidats d’Europe de l’Est et des Balkans sont sur les rangs pour leur adhésion à l’Union Européenne. Il s’agit de la Bulgarie et de la Roumanie, dont l’intégration à l’Union est prévue en 2007. La Croatie espère également intégrer en 2007, tandis qu’il est prévu une date beaucoup plus lointaine pour les pays des Balkans : Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Serbie Monténégro et Albanie.
Face à cette situation, quelle position le Maroc doit prendre ?
Notre pays est lié à l’Union Européenne par un Accord d’Association signé en 1996, et mis en vigueur en 2000. Cet Accord prévoit notamment l’instauration progressive d’une zone de libre échange avec l’Union Européenne qui sera totale en 2012. Il prévoit également une aide financière de l’UE au profit du Maroc pour sa mise à niveau, dans le cadre du programme MEDA :
* MEDA I : 1996-1999 : 616 Millions d’Euros
* MEDA II : 2000-2006 : 485 Millions d’Euros
Dès lors que les dix nouveaux membres auront adhéré effectivement à l’Union Européenne, ils intégreront dans leur législation les Traités et Accords qui lient l’UE aux pays tiers. Concrètement, cela veut dire que les règles régissant nos relations actuelles avec l’Union Européenne seront transposées intégralement aux nouveaux membres. Quelles conséquences cela aura-t-il sur l’économie de notre pays ?
Sur le plan des investissements, il est certain que ces dix nouveaux membres vont attirer de plus en plus d’investissements européens, et constituer une concurrence sérieuse pour le Maroc. Ils bénéficient en effet d’un coût de main-d’œuvre moins élevé qu’en Europe de l’Ouest, de la proximité géographique, et d’un niveau de développement économique assez élevé (infrastructures, télécommunications, qualification professionnelle). D’ores et déjà de grands groupes européens ont délocalisé leur activité chez les nouveaux membres :
* Allemagne : Siemens a délocalisé la téléphonie en Hongrie.
Lufthansa veut délocaliser sa comptabilité et ses achats en Pologne
Volkswagen produit 13% de ses véhicules en Europe Centrale et
Orientale.
* France : Le groupe américain Whirpool a annoncé la délocalisation de son activité lave-linge d’Amiens en Slovaquie.
* Espagne : Le groupe Sud-Coréen SAMSUNG a quitté Barcelone pour
la Slovaquie.
Le groupe néerlandais PHILIPS a délocalisé sa production de
luminaires industriels de Catalogue en Pologne.
* Suède : Le groupe Electrolux a délocalisé sa production d’électroménager en Hongrie.
Il est à craindre aussi que les fonds communautaires soient orientés prioritairement à ces nouveaux pays, plutôt qu’aux pays de sud, notamment dans le cadre de l’aide à l’agriculture, et aux subventions aux régions les plus défavorisées.
A contrario, le Maroc pourrait attirer des investissements en provenance de ces nouveaux membres, quoique dans une moindre mesure.
Au niveau des échanges, le Maroc pourrait accéder à de nouveaux marchés sur ces dix nouveaux membres, notamment pour les produits agricoles frais et transformés, ainsi que pour les textiles, du fait du régime douanier préférentiel dont il bénéficiera. Mais il aura aussi à supporter la concurrence sur son propre marché, de produits en provenance de ces pays, qui seront totalement exonérés de droits de douane d’ici 2012.
Au niveau du tourisme, le Maroc pourrait bénéficier d’un apport additionnel en provenance de ces nouveaux membres, qui ont été peu prospectés jusqu’à maintenant, et qui connaissent mal le Maroc. A l’inverse, Chypre et Malte qui sont des sites touristiques par excellence, pourraient attirer encore plus de touristes en provenance de l’UE.
Tenant compte de ces éléments, la stratégie préconisée peut se décliner en trois volets :
* Approfondir les relations avec l’UE, notamment dans le cadre de « la nouvelle politique de voisinage ». Il s’agit de se rapprocher le plus possible du statut de membre de l’UE, dans tous les domaines économiques et sociaux.
* Diversifier nos relations en dehors de l’UE.
Cette diversification doit se faire a l’Est, notamment dans le cadre de l’Accord de libre échange avec la Tunisie, l’Egypte, la Jordanie et la Turquie. Mais aussi à l’Ouest, dans le cadre de l’Accord de libre échange avec les USA, qui vient d’être signé.
* Améliorer la compétitivité de notre pays.
C’est la préconisation la plus importante, car les Accords avec les pays tiers ne sont que des cadres à l’intérieur desquels se font ou ne se font pas les actions concrètes.

Il faut que notre pays soit compétitif pour accueillir les investissements et les touristes étrangers, pour exporter ses produits sur un maximum de marchés, et pour protéger son marché national contre la concurrence étrangère. Devant la multiplication des Accords de libre échange, l’avancée inéluctable de la mondialisation, le Maroc se doit d’être vigilant.

LA NECESSAIRE MISE A NIVEAU
DU CHAMP POLITIQUE MAROCAIN

Parmi les principaux objectifs, l’IMRI a inscrit dans sa charte la contribution à la consolidation de la démocratie et de la modernité dans notre pays. C’est dans ce cadre que le dernier remaniement ministériel du 08 Juin 2004 appelle les remarques suivantes.
Depuis l’accession au Trône du Roi Mohamed VI, le Maroc s’est engagé indéniablement dans un processus démocratique, qui est l’un des plus avancés dans les pays arabes et africains. Cependant, ce processus se heurte à un champ politique défaillant. A ce niveau, il faut citer tout d’abord l’inexistence d’une loi sur les partis politiques, réglementant leur création, leur fonctionnement et les règles strictes auxquelles ils doivent se conformer. Cette absence de loi a entraîné un champ politique chaotique, marqué par une multiplicité de partis, sans organisation solide, sans véritable programme différencié, sans moyens d’action appropriés.
De plus, la plupart des partis politiques ont eu des comportements peu vertueux se traduisant par des scissions, des alliances contre-nature, des pérégrinations d’une formation à l’autre, au gré des circonstances et des intérêts individuels. D’autre part, le plus grand nombre de partis n’ont pas assuré de renouvellement de leurs cardes, et les dirigeants restent inamovibles pendant des décennies. Cet état de fait a entraîné une perte de crédibilité des partis politiques, qui n’arrivent plus à attirer les meilleurs cadres de la nation. Ces derniers préfèrent soit militer dans des associations, soit renoncer tout simplement à toute action politique.
La seconde cause du champ politique chaotique actuel est le système électoral adopté par le gouvernement pour les législatives notamment. En effet, le scrutin majoritaire à un tour fragmente l’électorat en une multitude de tendances, et ne permet pas la constitution d’une majorité cohérente du gouvernement.
Les conséquences de cette situation se traduisent au niveau de la constitution du gouvernement. C’est ainsi que le Premier ministre actuel n’est pas issu d’un parti politique, alors que la véritable démocratie exige la désignation d’un chef politique issu d’une majorité parlementaire. La composition du gouvernement actuel est un amalgame de ministres sans appartenance politique, et de six formations. Le remaniement ministériel du 08 Juin 2004 ne vient que conforter cette situation, sur les cinq nouveaux arrivants, presque une seule personnalité est véritablement issue d’un parti politique.
Dans cette analyse, il n’est nullement question de mettre e cause les personnes composant le gouvernement, et notamment la première d’entre elle, dont le patriotisme, l’ardeur au travail et la volonté de bien faire, sont reconnus et hors de tout soupçon. Mais le système lui-même qu’il faut réformer pour atteindre progressivement la véritable démocratie, qui se traduit par des élections libres et transparentes, apporter au pouvoir une majorité cohérente et efficace, tenue d’appliquer le programme pour lequel elle a été élue.
Pour cela, l’adoption d’une loi sur les partis politiques et urgente et indispensable pour fixer les règles du jeu. Le système électoral doit être également changé, par l’adoption du scrutin majoritaire à deux tours, seul capable de constituer des gouvernements homogènes et efficaces, et assurer l’alternance.
Les partis politiques, auxquels la Constitution a dévolu un rôle d’encadrement, doivent également se mettre à niveau, par des programmes clairs et précis, une démocratie interne, une organisation transparente, la sanction de tout comportement suspect parmi leurs membres. Le champ politique marocain doit également se restructurer et se recomposer. A l’image des grandes démocraties, seules quatre à cinq grandes formations politiques doivent émerger, et représenter les principales aspirations de notre peuple. Ces formations doivent avoir un programme clair et précis, et s’y tenir, afin de respecter le choix des électeurs.
Le chemin de la démocratie est long et difficile, et exige un combat incessant et durable. Mais les démocrates marocains sauront l’imposer à plus ou moins long terme dans notre pays.

LA POLITIQUE EUROPEENNE DE VOISINAGE
QUELLE INTEGRATION POUR LE MAROC ?

L’Union Européenne depuis le traité constitutif en 1957, a connu un développement extraordinaire. Partie de six pays, elle s’est successivement élargie pour compter actuellement vingt cinq pays, suite a l’adhésion en Mai 2004 de huit pays de l’Est, de Malte et de Chypre. En Décembre 2004, l’accord a été donné pour entamer à partir d’Octobre 2005 les négociations d’adhésion avec la Turquie.
Vis-à-vis des pays du Sud de la Méditerranée, elle a initié en 1995 le processus de Barcelone, tendant à créer une vaste zone de libre-échange Euro-Méditerranéenne à l’horizon 2010. Cependant, il s’est avéré dix ans après la conférence de Barcelone, que les pays Sud–Méditerranéennes n’ont pas atteint le même niveau d’intégration à l’Europe. C’est pour répondre aux pays les plus dynamiques du Sud de la Méditerranée, et pour apporter une compensation suite à l’élargissement à l’Est, que l’Union Européenne à institué la politique Européenne de voisinage (PEV).
Cette PEV concerne cinq pays de la région MENA : le Maroc, la Tunisie, l’Autorité Palestinienne, la Jordanie, Israël, et deux pays de l’Est : Ukraine et Moldavie. Le but est d’intégrer le plus possible ces pays à l’Union Européenne, sur le plan législatif, des normes et des standards, sans cependant leur participation aux institutions de l’Union (Commission Européenne, Conseil Européen, Parlement Européen etc.).
Pour cela, la Commission Européenne a établi des Plans d’Actions, différenciées par pays, et qui ont été approuvés par le Conseil Européen le 17 Décembre 2004. Ces Plans dont la durée est de trois à cinq ans, concernent aussi bien les aspects politiques (Défense des droit de l’Homme) économique (cadre macro-économique et sectoriel), que sociales (législation du travail).
Ce « Statut avancé » pour ces sept pays leur permettra à terme de participer au marché intérieur européen, et aux politiques et programmes de l’Union Européenne. Il sera appuyé par une aide financière accrue de l’Union Européenne, pour tenir compte des conséquences de la libéralisation des échanges, aussi bien pour les produits que pour services. Cette aide contribuera également à la création dans ces pays d’un environnement favorable aux investissements étrangers. En contre-partie, l’Union Européenne demande à ces pays une gestion efficace des flux migratoires Sud–Nord, et un accord de réadmission des émigrés clandestins.
Le Maroc, lié à l’Union Européenne depuis 1969, ne peut qu’applaudir à cette nouvelle initiative. D’ailleurs S.M. Hassan II dés le début des année 1980, avait demandé l’adhésion du Maroc, et S.M. Mohammed VI en Mars 2000 avait souhaité un statut « plus que l’Association et moins que l’Adhésion ». Notre pays en effet, pour des raisons geographiques, historiques et géopolitiques a tout intérêt à s’intégrer le plus possible à l’ensemble Européen, qui est d’ailleurs parmi les plus dynamiques de la planète.

Pour cela, les Plans d’Actions proposés par la Commission Européenne, et qui ont fait l’objet de concertation avec la partie marocaine, doivent être rapidement mis en œuvre, afin de rapprocher le plus possible notre législation et notre réglementation des standards européens. Ces Plans doivent concerner le volet politique avec la consolidation de la démocratie, de l’état de droit et des libertés individuelles et collectives. Le volet économique, avec la libération plus poussée de l’économie, et le renforcement des règles du marché. Le volet social, avec l’instauration des garanties sociales, et le respect des règles de l’Organisation Internationale du Travail. Ces Plans d’Actions doivent enfin être accompagnés par une vaste campagne d’explication vis-à-vis de toutes les composantes de la société civile, afin d’obtenir son adhésion. Face à l’effort du Maroc, l’Union Européenne doit accroître son soutien financier et sa coopération dans tous les domaines, afin d’accélérer l’intégration de notre pays à l’Europe.
Le problème douloureux des flux migratoires, et notamment celui des clandestins, ne pourra pas être résolu que par des mesures contraignantes. Seul le développement économique des pays du Sud de la Méditerrané, notamment par une création massive d’emplois, pourra résoudre cette question.
En conclusion, le Maroc doit rechercher l’intégration la plus poussée à l’Union Européenne. Mais cette intégration ne doit pas l’empêcher de consolider également ses relations à l’Ouest avec les Etats d’Amérique, à l’Est avec les pays Arabes, et avec tous les pays du monde à travers l’OMC. La mondialisation exige en effet des relations diversifiées et multiformes, à la fois bilatérales, régionales et multilatérales.
Le cadre étant tracé, il s’agit de mobiliser toutes les forces vives de notre Nation, pour la mise à niveau de notre pays dans tous les domaines par rapport aux standards européens. Une fois la mise à niveau terminée, il n’est pas interdit de penser que le Maroc puisse à nouveau renouveler sa demande d’adhésion à l’Union Européenne, à l’instar de la Turquie.

LA CATASTROPHE DES TSUNAMIS EN ASIE
APPEL A LA SOLIDARITE INTERNATIONALE

Le 26 Décembre 2004 est à marquer d’une pierre noire. En effet, ce jour là, la plus grande calamité des temps modernes s’est abattu sur l’humanité. Un tremblement de terre, d’une amplitude extrême s’est produit dans l’Océan Indien, et a provoqué des gigantesques raz-de-marée appelés dans cette région « Tsunamis », mot d’origine japonaise.
Ces raz-de-marée sans précédent ont ravagé les côtes d’Indonésie, Sri Lanka, Thaïlande, Inde et dans une moindre mesure la Birmanie. Il a provoqué selon l’ONU 150 000 morts et plusieurs millions de sinistrés. Parmi les victimes, des milliers de touristes étrangers qui passaient dans cette région les fêtes de fin d’année. Il a entraîné la destruction des infrastructures et notamment celles des transports. Le manque de vivre et d’hygiène a commencé à provoquer des maladies infectieuses : choléra, diarrhée, paludisme, typhoïde.
Les dégâts sont aussi importants, d’un part parce qu’aucune mesure de prévention contre ce genre de calamité naturelle n’existe dans ces régions ; et d’autre part les constructions, du fait de la pauvreté, sont précaires et n’ont pas résisté à la force des vagues.
Un mouvement de solidarité internationale s’est immédiatement mis en place, et a permis de recueillir une aide financière de trois milliards de dollars. Mais c’est insuffisant, compte tenu de l’importance des dégâts, et de la reconstruction qui va durer selon certains experts dix années.
Vu la destruction des infrastructures, il est très difficile d’acheminer l’aide dans toutes les régions sinistrées. C’est pour cela que je lance un appel aux grandes puissances, pour constituer le plus rapidement possible une armada de porte-avions, notamment les porte-hélicoptères. Ces unités qui stationneront dans l’Océan Indien, prés des pays sinistrés, pourront approvisionner les régions sinistrées les plus reculées.
Quel bel exemple alors de voir des militaires apporter, non la mort et la destruction, mais la survie et l’espoir !
Quel magnifique symbole en ce début d’année 2005, pour entamer la réconciliation des peuples et des civilisations, et pour construire une paix durable, et éteindre les foyers de tension qui troublent plusieurs parties du monde.
A ceux qui ne peuvent apporter ce genre d’aide, ils peuvent contribuer également par l’aide financière. Je pense notamment aux pays pétroliers, qui ont engrangé en 2004 des montants faramineux, grâce au prix exceptionnel qu’a connu ce produit ces derniers mois. Ils montreront ainsi, au lieu de jouir égoïstement de cette manne prodigieuse, leur aptitude à partager les souffrances d’une partie de l’humanité.
Dans l’immédiat, il s’agit de joindre toutes les forces matérielles et financières pour sauver le maximum de sinistrés. La coordination de tous les efforts doit être effectuée par l’Organisation des Nation Unies, qui peut trouver dans cette opération le moyen d’améliorer son image et son efficacité.
Il s’agira par la suite d’aider les pays sinistrés à mettre en place des moyens de prévention pour lutter à l’avenir contre ce genre de calamité naturelle, et à supprimer ou réduire la dette extérieure de ces pays (Indonésie : 130 Milliards de $ ; Inde : 82 Milliards de $ ; Thaïlande : 58 Milliards de $)
D’une façon plus générale, il y a lieu de réfléchir sérieusement au défi du 21éme siècle, qui est celui d’éradiquer la pauvreté, là où elle se trouve, sur notre planète.
Il n’est plus possible de vivre dans un monde, où une minorité vit dans la richesse et l’opulence, et une majorité qui vit dans la précarité et la misère.

16ème ANNIVERSAIRE DE L’UMA
L’UMA EST LA SOLUTION AU PROBLÈME DU SAHARA

Il y a seize ans, les Chefs d’Etat du Maghreb signaient à Marrakech le Traité instituant l’Union du Maghreb Arabe. Un immense espoir était né de voir enfin réalisée l’Unité Maghrébine, chère à tous les peuples de la Région. Le Maghreb relevait ainsi le défi lancé par l’Europe, qui avait réussi, malgré des contraintes extraordinaires, à promouvoir son Union.
Seize ans après, c'est-à-dire maintenant, l’Europe a réalisé des étapes décisives vers son unité. Elle s’est élargie progressivement, et compte maintenant vingt cinq membres. Elle a complètement finalisé le marché unique, qui permet la libre circulation des personnes, des capitaux, des marchandises et des services. Elle a adopté dans plusieurs secteurs, notamment l’Agricultures, des politiques communes. Douze pays de l’Union ont abandonné leur monnaie nationale pour une monnaie commune : l’Euro. Elle a enfin établi une Constitution pour l’Europe, en cours de ratification, qui prévoit un Président et un Ministre des Affaires Etrangères de l’Union.
Le résultat de cette politique est la naissance de la première puissance commerciale et industrielle du monde, forte ou 450 millions d’habitants, avec un PIB supérieur à celui des Etats-Unis d’ Amérique. Le résultat concret pour les peuples est la mise à niveau des régions les plus défavorisées de l’Union, et une prospérité individuelle et collective.
Deux raisons à mon sens expliquent cette réussite. La volonté politique de construire l’Union coûte que coûte, malgré les difficultés et l’action des euro-sceptiques. Cette volonté se traduit également par l’esprit de consensus, qui implique d’accepter des concessions dans l’intérêt général de l’Union.
Elle s’explique également par la méthodologie adoptée, et l’efficacité des Institutions de l’Union. La méthodologie a consisté à avancer par étapes, à fixer à chaque fois une date butoir, qui ne doit en aucun cas être dépassée. L’efficacité a été prouvée, par la Commission de Bruxelles, véritable moteur de l’Union, qui place l’intérêt de l’Union au-dessus de celui des pays membres.
Le tout a été couronné par une intense communication vis-à-vis des peuples, malgré quelques difficultés, pour leur expliquer et les faire adhérer aux objectifs de l’Union.
Que peut-on dire de l’UMA ? Malheureusement, pas grand-chose, car les résultats concrets ne sont quasi-nuls. Justement, ce qui explique la réussite de l’Union Européenne a manqué à l’UMA : la volonté politique, l’esprit de consensus, les concessions, la méthodologie et l’efficacité des Institutions Communautaires.
Le principal problème politique qui a paralysé la construction de l’UMA est le problème du Sahara. Or justement l’UMA est la solution au problème du Sahara. Lorsque l’UMA aura été réalisée, et le marché unique parachevé, nos frères Algériens bénéficieront comme nous, de nos Provinces Sahariennes. Ils pourront exporter en toute liberté leurs produits par LAYOUNE et DAKHLA. Ils pourront investir leurs Capitaux pour l’exploitation des richesses du Sahara, dans les mêmes conditions que les capitaux nationaux. Il s’en suivra une synergie, et un développement de cette région au bénéfice des habitants du Sahara. Ce qui importe, c’est la stabilité et le développement de cette région, au profit de ses habitants.
Aussi faut-il espérer qu’au cours de cette année 2005, il soit mis fin à un conflit qui a duré trente ans, préjudiciable à tous : au Maroc, à l’Algérie, à la Région, et aux habitants du Sahara. Il est temps que l’Algérie comprenne que son intérêt, et celui des habitants du Sahara, est une solution politique concertée avec le Maroc, afin de résoudre le problème du Sahara, et d’entamer sérieusement la Construction Maghrébine.

NOS SOLDATS DETENUS A TINDOUF
NE NOUS TROMPONS PAS D’ADVERSAIRE

La manifestation à Rabat du 06 Mars 2005 pour la libéralisation des soldats marocains à Tindouf a été un franc succès. Il faut féliciter le Société Civile marocaine d’avoir eu l’initiative de cette manifestation, et de l’avoir pleinement réussi, avec l’appui des autorités locales et des Medias. La RTM a été à la hauteur, et il faut souligner la parfaite présentation, alliant des vues de la manifestation, et des témoignages émouvants des prisonniers de Tindouf maintenant libérés.
Ces témoignages accablants mettent en évidence la responsabilité de l’Algérie dans cette malheureuse affaire. Tindouf se trouve en territoire algérien, et les prisonniers libérés indiquent que les soldats du « Polisario » ont toujours été encadrés par des officiers Algériens. Ainsi ne nous trompons pas d’adversaire !
Certes les appels à l’ONU, aux Organisateurs internationales humanitaires sont de bon aloi, mais il faut indiquer directement le responsable de cette calamité humanitaire, qui est l’Algérie. Il est impensable qu’on puisse garder prisonniers pendant trente ans, des soldats d’une Armée nationale, qui n’ont fait qu’exécuter les ordres de leurs supérieurs. Toutes les lois internationales de la guerre ont été bafouées par le voisin algérien.
Il est dommage de constater que la diplomatie arabe, en général, est pleine d’hypocrisie. Au lieu d’affronter les problèmes directement, on feint de les ignorer, on les occulte, on n’en parle pas, on ne cherche pas à leur trouver une solution. On pense qu’ils vont se régler tous seuls. Ce qui est évidement faux, et les problèmes demeurent et s’approfondissent.
La diplomatie occidentale est plus directe. J’en veux pour preuve la pression faite par les Etats-Unis, la France et l’Angleterre sur la Syrie, qui l’ont obligé à annoncer le retrait de ses troupes du Liban. Cette pression occidentale a été facilitée par les manifestations de rue, qui n’ont pas cessé à Beyrouth, réclamant le départ des soldats syriens, après l’attentat contre le Président Hariri.
Certes, le contexte est différent, mais je propose la même démarche pour obtenir la libération des soldats marocains de Tindouf. Il faut designer carrément le responsable de cette situation, qui est l’Algérie. Il faut continuer chaque semaine les manifestations, dans toutes les villes du Maroc, et cette fois, devant l’Ambassade et les Consulats algériens.
Sur le plan diplomatique, il faut poser ce problème au prochain Sommet de la Ligue Arabe qui se déroulera le 22 Mars à Alger. Il est temps que les Sommets Arabes règlent les problèmes concrets entre pays Arabes, au lieu de se contenter de palabres et de discours sans aucun effet pratique.
Il faut mobiliser la diplomatie marocaine en focalisant les démarches uniquement sur cette question, et en la dissociant du problème plus complexe de la récupération de nos Provinces Sahariennes. Des émissaires de haut rang doivent être envoyés aux grandes puissances amies (Etats-Unis, France, Angleterre), pour leur demander de faire pression à leur tour sur l’Algérie pour la libéralisation des prisonniers marocains de Tindouf.
Tous les efforts doivent être conjugués (Gouvernement, et Société Civile) pour obtenir cette libéralisation dans les plus brefs délais.
Faisons de 2005 l’année de la libération des prisonniers marocains de Tindouf ! C’est une responsabilité, et un devoir envers eux et leur famille.

LA CONSTITUTION EUROPEENNE
UN NOUVEAU PAS VERS L’UNITE

Le Traité instituant une Constitution pour l’Europe a été signé solennellement à Rome le 29 Octobre 2004. Il sera mis en vigueur le 1er Novembre 2006, s’il est ratifié par les vingt cinq Etats membres, soit par voie parlementaire, soit par référendum.
A ce jour quatre Etats l’ont déjà ratifié : la Slovénie, la Hongrie, la Lituanie et l’Espagne. La prochaine ratification par référendum est prévue en France le 29 Mai 2005.
Qu’apporte de nouveau ce Traité ?
Sur le plan juridique d’abord, le Traité octroie à l’Union la personnalité juridique unique, lui permettant de jouer un rôle plus lisible sur la scène internationale. Ce Traité remplace les Traités Communauté Européenne et Union Européenne, ainsi que tous les Traités qui les ont modifiés et complétés, permettant une clarification et une simplification de l’ensemble.
Le Traité intègre la Charte des droits fondamentaux et réaffirme les valeurs et les objectifs de l’Union, qui doit être un espace de liberté, de sécurité et de justice.
Sur le plan institutionnel, le Traité clarifie les rôles respectifs du Parlement européen, du Conseil et de la Commission. La Commission, organe moteur de l’Union, se voit reconnaître le quasi-monopole de l’initiative législative, la fonction exécutive et de représentation extérieure, sauf dans la politique extérieure et de sécurité commune. La Constitution étend le champ de la procédure de codécision entre le Parlement et le Conseil, qui adopteront conjointement 95% des lois européennes.
Mais l’innovation institutionnelle la plus importante est la création de la fonction de Ministre des Affaires étrangères de l’Union. Cette fonction remplacera les actuelles fonctions de Haut Représentant de la politique extérieure et de sécurité commune, et de Commissaire chargé des Relations Extérieures. Le Ministre des Affaires étrangères sera à la fois mandataire du Conseil pour la politique extérieure et de sécurité commune, et membre à part entière de la Commission, de même qu’il présidera le Conseil Relations Extérieures. Il est certain que le Ministre des Affaires Etrangères de l’Union Européenne jouera un rôle de premier plan sur la scène internationale.
Autre innovation institutionnelle le Conseil européen composé des Chefs d’Etats et du Gouvernement est érigé en Institution, distincte du Conseil. Le Conseil européen sera présidé par un Président, nommé pour une période de deux ans et demi. Cependant la présidence des différentes configurations du Conseil (sauf le Conseil des Relations Extérieures) sera toujours régie par le système de rotation semestrielle parmi les Etats membres.
En ce qui concerne la composition des Institutions, le Traité a décidé d’augmenter le nombre maximal de sièges au Parlements européen de 732 à 750. Ces sièges seront attribués aux Etats membres de façon « dégressivement proportionnelle » avec un minimum de 6 sièges et un maximum de 96 sièges par Etat membre.
Pour la Commission, le Traité a décidé de maintenir la composition actuelle à un membre de la Commission par Etat membre jusqu’à 2014. A partir de 2014, le nombre de Commissaires correspondra à ⅔ du nombre des Etats membres. Les membres de la Commission seront choisis selon le système de rotation égalitaire entre les Etats membres.
Le difficile problème de la majorité qualifiée a pu être réglé dans le cadre de la double majorité : la majorité qualifiée sera atteinte lorsqu’elle réunit 55% des Etats membres représentant 65% de la population. De plus la minorité du blocage doit être constituée d’au moins 4 Etats membres, et qu’au moins ¾ d’une minorité de blocage, que ce soit au niveau des Etats membres ou de la population, peuvent demander qu’un vote n’intervienne pas, tout en continuant les discussions.
D’autres innovations ont été prévues par la Constitution, tel que le renforcement de l’action de l’Union en matière de justice et d’affaires intérieures. De même en matière de défense, les Etats membres qui le souhaitent pourront renforcer leurs moyens de coopération. Cependant l’unanimité a été maintenue totalement dans le domaine de la fiscalité, et partiellement dans les domaines de la politique sociale et de la politique extérieure et de sécurité commune. Enfin les lois fixant les ressources propres et les perspectives financières de l’Union continueront a être décidées à l’unanimité, tout comme les modifications mêmes de la Constitution.
En conclusion, on peut affirmer que le Traité instituant une Constitution pour l’Europe est un nouveau pas pour l’Unité de l’Europe. Certes des compromis laborieux ont dû être trouvés pour tenir compte de l’équilibre général de l’Union, et de la souveraineté des Etats membres.
Mais c’est une avancée certaine, qu’il ne faudrait pas compromettre par l’échec d’une ou plusieurs ratifications par les Etats membres.
Personnellement, je voterai oui à ce Traité instituant une Constitution pour l’Europe.

LE COMMERCE EXTÉRIEUR
MAILLON FAIBLE DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE

En paraphrasant une célèbre émission télévisée diffusée sur TF1, on peut affirmer que le Commerce extérieur est le maillon faible de l’économie marocaine.
Les résultats de 2004 le démontrent amplement : 85 Milliards de DH d’exportations pour 155 Milliards DH d’importations. Soit un déficit commercial de 70 Milliards de DH et un taux de couverture des importations par les exportations de 55,2%.
D’aucuns objecteront que ce n’est pas grave, du fait que la balance des paiements est excédentaire, et que le Maroc a suffisamment de devises étrangères pour faire face à une année d’importations.
Cependant, si on analyse la structure de notre Balance des paiements, nous constatons qu’elle s’équilibre grâce à deux catégories de recettes. Les transferts de RME qui ont représenté 37 Milliards de DH en 2004, et les recettes touristiques 31 Milliards de DH pour la même année.
Or, ces deux types de recettes ne sont pas pérennes. Rien ne nous dit qu’à moyen et long terme, les transferts de RME continueront à être aussi importants. Quant aux recettes touristiques, nous connaissons malheureusement l’impact des événements internationaux (Calamités naturelles ou terrorisme) sur ce secteur.
Aussi il est grand temps de réfléchir et de concevoir une véritable politique d’exportation de notre pays.
Pour cela, il n’y a pas de miracle : il faut essayer de réduire les importations et d’augmenter les exportations.
Au niveau des importations, il est anormal que notre pays à vocation agricole, continue d’importer des quantités massives de produits agricoles : Céréales, Huiles végétales, Sucre, Graines oléagineuses, Produits laitiers.
Notre politique agricole depuis l’indépendance a été un échec, et il est grand temps d’élaborer une nouvelle politique tendant au développement des productions vivrières, propres à assurer l’autosuffisance alimentaire du pays.
L’autre poids lourd de nos importations est l’achat de pétrole brut. Il a représenté en 2004 14,5 Milliards de DH, soit l’équivalent de nos exportations de phosphates et dérivés (14,4 Milliards de DH), qui est notre principale richesse naturelle. Il faut redoubler d’efforts pour la recherche pétrolière dans notre pays, car les cours actuels de cette matière vont aggraver lourdement notre déficit commercial dans les années à venir.
La troisième catégorie de produits à considérer représente les produits finis de consommation, dont les importations ont explosé ces dernières années. Cette catégorie de produits est à notre portée, à condition que l’industrie marocaine s’élargisse, et améliore sa compétitivité au niveau du rapport qualité /prix.

Quant à la politique d’exportation, elle doit être basée sur les axes suivants :
• Élargissement de la production exportable :
Tout en défendant nos secteurs traditionnellement exportateurs (textiles, produits alimentaires, produits miniers), il faut s’orienter vers d’autres produits tels que les fils et les câbles électriques, les pièces détachées d’automobiles, les composantes électroniques etc. Seule cette diversification de nos exportations pourra assurer un saut quantitatif et qualitatif.
• Amélioration la compétitivité de nos produits à l’exportation :
La mondialisation entraîne une concurrence acharnée sur les marchés extérieurs. Des études ont montré que la compétitivité des produits marocains a baissé ces dernières années, comparativement à des pays de niveau équivalent. Il y a lieu d’opérer une véritable mise à niveau globale, aussi bien celle de l’Administration que des Entreprises privées. Le but final est de diminuer le prix de revient et d’augmenter la qualité, notamment par la constitution de Consortiums d’Entreprises à l’exportation.
• Diversification des marchés à l’exportation
Le Maroc vient de signer de nombreux Accords de Libre-échange : Union Européenne, USA, Turquie, Pays Arabes. Actuellement 76,6% de nos exportations sont destinées à l’Europe, contre 10% sur l’Asie, 7% sur l’Amérique et 5% sur l’Afrique. Il est nécessaire de diversifier nos exportations hors Europe.
• Réorganisation de la promotion et de la distribution des produits à l’exportation.
Une tentative de la réorganisation de la promotion dans le cadre du projet ONYX n’a pas eu de suite, sans qu’aucune explication officielle n’ait été fournie. Il y a lieu revoir la question de la promotion, en recherchant avant tout l’efficacité. D’autre part la présence à l’extérieur de nos Entreprises exportatrices est très faible : filiales et bureaux de représentation. Une meilleure organisation des canaux de distribution à l’extérieur est nécessaire pour éviter le passage par des intermédiaires, qui grève la rentabilité de nos produits.
• Développement des moyens logistiques
La fonction logistique (Entreposage, Transit, Transport) est devenue incontournable dans le processus d’exportation. Le Maroc accuse un grand retard dans cette fonction, notamment par l’absence de plateformes logistiques à proximité des ports. Tout est encore à faire dans ce domaine.
• Révision du taux du Dirham par rapport aux devises étrangères.
Le dirham s’est nettement réévalué ces dernières années par rapport aux devises étrangères, ce qui pénalise nos exportations. Il est reconnu que l’un des moyens de stimuler les exportations est de réduire le taux de change de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères.
L’exemple classique est celui de la Chine, qui a boosté ses exportations grâce à un Yen faible. Dans le cas du Maroc, il y a lieu de faire une étude précise pour prendre une décision judicieuse dans ce domaine.
En conclusion, toute l’attention doit être portée, aussi bien par l’Administration que le Secteur privé à notre Commerce extérieur qui ne se porte pas bien. Des mesures énergiques doivent être prises, pour redresser la situation qui risque d’être dangereuse dans les années à venir.

JEAN-PAUL II : UN HOMME D’HONNEUR

La mort du Pape Jean-Paul II ne peut laisser indifférent, même pour les non- Chrétiens.
Cet homme a eu un parcours remarquable et a joué un grand rôle dans les relations internationales. De son vrai nom KAROL JAZEL WOJTYLA, il est né en 1920 de famille modeste, dans une petite ville polonaise de Wadowice. Rien ne prédestinait cet enfant polonais à occuper, cinquante huit ans plus tard, la plus haute charge de l’Eglise Catholique.
Inscrit à l’Université de Cracovie en 1938, il est ordonné prêtre en 1946, et nommé vicaire de différentes paroisses, et aumônier des étudiants en 1948. Son ascension continue en 1958 en tant qu’évêque de Cracovie, archevêque de la même ville en 1964, et cardinal en 1967. En 1978, il est élu Pape de l’Eglise Catholique. Et c’est à cette date que commence l’épopée de Jean-Paul II, qui va durer vingt six ans.
Sa première préoccupation, c’est d’être proche des gens. C’est ainsi qu’il effectue pendant son Pontificat 104 voyages en dehors de l’Italie, et 146 visites en Italie. Il a visité tous les continents : Afrique, Asie, Moyen-Orient, Amérique, et bien sûr l’Europe. Partout son message est le même : respect de la dignité de l’Homme, plaidoyer pour le paix pour tous les pays du monde, promotion de la liberté, de la solidarité, et de la tolérance.
Le 13 Mai 1981, il est victime d’une tentative d’assassinat, en réchappe heureusement, et tient à rencontrer et à pardonner à son assassin.
Il prône inlassablement l’ouverture vers les autres religions, notamment musulmane et judaïque. C’est ainsi qu’en 1985, il visite Casablanca et rencontre Feu Sa Majesté Hassan II lors d’une manifestation de jeunes au Complexe Mohamed V. De même qu’il est le premier Pape à se rendre dans une Synagogue en 1986.
Il lutte avec la même détermination contre le communisme, en rencontrant le 11 Juin 1987 Lech Walesa à Gdansk, et contribue à la chute du communisme, notamment dans son pays, la Pologne, en défendant le Syndicat Solidarnosc.
Sur le plan politique, il a constamment soutenu la cause palestinienne en recevant plusieurs fois le Président ARAFAT au Vatican, et en condamnant la violence dans le Proche-Orient. De même qu’il s’est opposé fermement à l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis.
Enfin sur le plan moral, il a défendu avec énergie les questions de la famille, base de toute l’organisation sociale, et toutes les autres valeurs de la morale classique. Ceci est d’autant plus important, qu’à travers le monde, les valeurs morales tendent à s’effilocher, remplacées le plus souvent par le laxisme et le laisser-aller.
Il s’est beaucoup soucié des jeunes qui sont l’avenir de l’humanité. Très proche d’eux, il a organisé d’immenses rassemblements de jeunes de toutes races et nationalités, leur permettant de se connaître et de s’aimer.
Dés 1992, son état de santé se détériore : tumeur bénigne au colon, casse du col de fémur, maladie de Parkinson.
Malgré cela, et les souffrances physiques qu’il subit, il continue ses fonctions jusqu’au dernier soupir.
Jean-Paul II laissera le souvenir de l’Honneur pour toute l’humanité.

LE PARTENARIAT EURO- MÉDITERRANÉEN : QUEL BILAN?

A l’occasion du 10ème Anniversaire de la Conférence de Barcelone, deux Colloques auxquels j’ai eu l’honneur de participer, ont eu lieu sur le sujet ; à Tunis du 11 au 13 Avril 2005, organisé par AEI (l’Association des Etudes Internationales); et à Rabat les 15 et 16 Avril 2005, organisé par le GERM (Groupement d’Etudes et de Recherches sur la Méditerranée).
Tous les deux ont conclu à un Bilan mitigé du Partenariat Euro- Méditerranéen.
Rappelons que la Conférence de Barcelone s’était tenue les 27 et 28 Novembre 1995, et avait regroupé les quinze pays de l’Union Européenne et douze pays Méditerranéens : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Jordanie, Liban, Syrie, Autorité Palestinienne, Israël, Chypre, Malte, et Turquie.
Cette Conférence avait eu lieu dans un climat politique international apaisé, marqué par la fin de la guerre froide (Chute de mur de Berlin en 1989) et les Conférences sur le conflit du Moyen-Orient : Madrid en 1991 et Oslo en 1993.
La Conférence de Barcelone de 1995 avait fait l’objet d’une Déclaration solennelle, signée par tous les participants, et qui comprenait trois volets :
Un volet Politique et de Sécurité, où était réaffirmé le respect des libertés fondamentales, le développement de l’Etat de droit et de la démocratie, la promotion de la sécurité régionale par la lutte contre le terrorisme, l’immigration clandestine, la criminalité organisée et la drogue, ainsi que le refus de la prolifération des armes de destruction massive.
Un volet Economique et Financier, fondé sur l’instauration d’une zone progressive de libre échange à l’horizon 2010, à travers de nouveaux Accords bilatéraux Euro- Méditerranéens, et des Accords de libre-échange à conclure entre les pays tiers Méditerranéens eux-mêmes. Cette instauration d’une zone de libre-échange devait s’accompagner par le développement de l’économie de marché, la modernisation des structures économiques, la promotion du secteur privé, et l’incitation aux transferts de technologie du Nord vers le Sud.
Pour mettre en œuvre le volet économique, l’Union Européenne a prévu un instrument financier appelé programme MEDA, consistant dans des dons communautaires aux pays tiers méditerranéens de 5 Milliards d’Euros pour la période 1995- 2002, et 5,3 Milliards d’Euros pour la période 2002- 2006. Ces dons seraient accompagnés par des prêts de la BEI (Banque Européenne d’Investissements) dont les engagements ont été de 9,6 Milliards d’Euros jusqu’à 2002, et de 17,5 Milliards d’Euros prévus entre 2003 e 2010.
Le troisième volet appelé Partenariat social, culturel et humain avait pour objet le rapprochement de la compréhension entre les peuples, et l’amélioration de la perception mutuelle. Les moyens prévus étaient le renforcement du dialogue inter- religieux, les échanges culturels, l’apprentissage des langues, le développement social, l’encouragement de la participation de la Société Civile au Partenariat Euro- Méditerranéen.
Dix ans après la Conférence, quel bilan peut-on faire du Partenariat Euro- Méditerranéen ?
Sur le volet Politique et Sécurité, les éléments positifs ont été l’adhésion de Malte et Chypre à l’Union Européenne, et l’acceptation de l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie en Octobre 2005. De même le dialogue politique s’est renforcé entre les deux rives de la Méditerranée, grâce à l’institution du Parlement Euro-Méditerranéen qui s’est réuni en 2004 à Athènes et en 2005 au Caire.
Le dialogue de Sécurité s’est également renforcé grâce aux réunions du Groupe (5+5), qui s’est attelé à la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée, la drogue et l’immigration clandestine. L’Union Européenne a obtenu l’obligation de rapatriement des immigrés clandestins vers leur pays d’origine.
Mais outre ces éléments positifs, les résultats du Partenariat Euro-Méditerranéen sont loin d’être probants. Le conflit Israélo-Palestinien s’est aggravé depuis 1995, et l’Union Européenne n’a pas pu jouer un rôle déterminant dans la résolution de ce conflit. De même le Maroc et l’Espagne ont subi de graves attentats terroristes en Mai 2003 et Mars 2004. L’Irak, malgré une opposition courageuse de la France et de l’Allemagne a connu l’invasion américaine.
La démocratie, l’Etat de droit et de la défense des droits de l’Homme ont fait peu de progrès dans les pays de la rive Sud de la Méditerranée. Le Moyen-Orient est loin d’être une zone exempte d’armes de destruction massive, puisque de notoriété publique, Israël dispose toujours de l’arme nucléaire.
Sur le volet économique et financier, on peut citer les éléments positifs tels que la signature d’Accord Euro-Méditerranées avec tous les pays du Sud (sauf la Syrie) et les Accords Sud- Sud : Maroc-Turquie, Accord d’Agadir regroupent le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, et l’Egypte. Mais aussi bien l’aide financière de l’Union Européenne que les mesures prises en commun, ont été insuffisantes pour amener la prospérité dans les pays du Sud de la Méditerranée. Le chômage et la pauvreté y sévissent toujours dans des proportions inacceptables.
Un autre événement qui peut avoir des répercussions économiques négatives sur le Partenariat Euro Méditerranéen : c’est l’élargissement le 1er Mai 2004 de l’Union Européenne à dix nouveaux membres : huit pays de l’Est ainsi que Chypre et Malte. Il est à craindre que ces nouveaux membres vont attirer, vu leur proximité, des investissements importants Ouest- Européens au détriment des pays Sud- Méditerranéens. D’autre part, vu la perspective de blocage du Budget Communautaire à 1% du PIB, il est à craindre que la part qui reviendra aux pays du Sud aura tendance à diminuer.
Certes, pour pallier ces inconvénients, l’Union Européenne a adopté une Politique Européenne de Voisinage, mais cette politique ne va concerner dans une première étape que certains pays Sud- Méditerranéens, et l’Instrument financier de cette nouvelle politique n’a pas encore été défini.
Enfin sur le volet social, culturel et humain, des efforts ont été accomplis, concrétisés notamment par la Fondation Euro-Méditerranéenne Anna LINDH pour le dialogue des cultures, qui aura son siège à la Bibliothèque d’Alexandrie. Mais là aussi, les résultats sont insuffisants : l’analphabétisme sévit encore dans des proportions alarmantes dans certains pays Sud-Méditerranéens, l’incompréhension, l’indifférence et la méfiance entre les peuples du Nord et du Sud n’ont pas reculé. La Société Civile ne joue qu’un rôle marginal dans le Partenariat Euro- Méditerranéen, et l’immigration vers le Nord (légale ou clandestine) continue d’augmenter.
Face à ce constat, que faire ? Six mois nous séparent de Barcelone 10 qui aura lieu en Novembre prochain
Il faudra tout d’abord, sur le plan national, multiplier les rencontres pour approfondir le constat, et surtout faire des propositions. Ces rencontres ne doivent pas concerner uniquement la Société Civile, mais intégrer également les décideurs politiques et les responsables de l’Administration (Primature, Affaires Etrangère, Commerce Extérieur, Finances, Commerce et Industrie, Education nationale, Affaires Culturelles). Une fois une position marocaine adoptée, il faut élargir le débat avec nos voisins maghrébins, puis les autres pays aussi bien du Nord que du Sud de la Méditerranée, avant la tenue de la Conférence de Novembre 2005 à Barcelone.
D’ores et déjà on pourrait avancer les idées suivantes :
Volet Politique et de Sécurité :
• Appui à la ratification du Traité de Constitution de l’Europe : certes, c’est aux peuples européens de ratifier ou non ce Traité. Mais nous avons tout intérêt au renforcement de l’Union Européenne, et à la consolidation de son influence dans le monde, notamment pour peser sur la solution du conflit Israélo-Palestinien. D’autre part, un « non » au Traité Constitutionnel affaiblirait la Partenariat Euro- Méditerranéen.
• Réflexions sur les mesures à prendre pour l’éradication de l’ignorance et de la pauvreté dans les pays Sud- Méditerranéens, qui sont la cause essentielle du terrorisme et de l’immigration clandestine.
• Réflexions sur les mesures à prendre pour l’instauration de la démocratie, de l’Etat de droit et du respect des droits de l’Homme, qui sont indispensables pour l’épanouissement individuel et collectif, et le développement économique.
Volet économique et financier :
• Au lieu d’un simple Partenariat, il faut passer à une intégration économique entre le Nord et le Sud. Cette intégration pourrait commencer par secteur économique (agriculture, tourisme, énergie), et se traduire par des joint-ventures, et le transfert de technologie.
• Demander l’accroissement de l’aide financière publique de l’Union Européenne aux pays Tiers-Méditerranéens.
• Créer une Banque de développement Euro-Méditerranéenne : cette Banque aurait pour objet non seulement d’octroyer des prêts, mais aussi de procéder à des études sectorielles transversales, et jouer le rôle de conseil pour les investisseurs potentiels, à l’instar du rôle joué par la BERD pour les pays de l’Est.
Volet Social, Culturel et Humain
• Aide accrue sur le plan social, notamment pour la santé et la sécurité sociale.
• Aide au perfectionnement du système éducatif
• Multiplication des échanges culturels
• Faciliter la mobilité des personnes (problème des visas), indispensable pour la communication et la compréhension mutuelle.
En conclusion, ce n’est que par une dynamisation nouvelle, et une véritable volonté politique des deux parties, que le Partenariat Euro- Méditerranéen pourra devenir plus efficace durant la prochaine décennie.

RAPPORT DU PNUD : QUELLE DÉMOCRATISATION
POUR LES PAYS ARABES ?

Le 5 Avril 2005 a été publié le Rapport 2004 sur le développement humain dans le Monde Arabe. Ce Rapport a été rédigé par des intellectuels et des experts arabes, et sponsorisé par la PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement).
Ce Rapport 2004 étudie les efforts de réforme politique dans le monde Arabe, et fait suite aux rapport 2003 qui était consacré à la connaissance, et au Rapport 2002 qui était consacré au développement.
Le diagnostic établi par le Rapport 2004 sur la réforme politique dans le monde Arabe est sévère. Il y est indiqué que les populations arabes sont celles, dans le monde, les plus privées de liberté. Les régimes arabes ne répondent pas aux aspirations de leurs peuples en matière de liberté, de développement, de sécurité, malgré les écarts observés d’un pays à l’autre. Les pouvoirs exécutifs qu’ils soient monarchiques, présidentiels ou militaires exercent le monopole du pouvoir. Les libertés essentielles : opinion, expression, association sont plus ou moins respectées. La marginalisation de certains groupes sociaux et des minorités est monnaie courante. L’indépendance du système judiciaire est fictive, et l’état d’urgence est maintenu dans certains pays d’une manière permanente. Enfin, sont généralisées la corruption et le clanisme, qui réconfortent un état d’esprit de passivité et d’obédience à l’autorité, et d’intolérance face à la dissidence.
Selon les rédacteurs du Rapport, les causes de cette situation ne sont pas culturelles, mais essentiellement politiques. Sont énumérées : la concentration des pouvoirs entre les mains de l’exécutif, la suppression ou la limitation des pouvoirs des Parlements nationaux, l’inexistence d’un système judiciaire indépendant, l’influence des grands puissances étrangères, qui soutiennent les régimes autoritaires arabes, pour des raisons de stabilité politique et d’accès aux sources d’énergie dont elles ont besoin.
Le Rapport indique également que le statu-quo ne peut plus être maintenu, et que si des réformes politiques substantielles ne sont pas prises rapidement, il y a risque d’implosion avec toutes les conséquences chaotiques que cela peut entraîner.
Certes, du fait de l’action interne des réformateurs arabes, et de la pression de plus en plus forte des puissances étrangères, certains progrès ont été réalisés. Sont citées : les élections en Irak et en Palestine, la mobilisation politique locale eu Liban, les élections municipales en Arabie Saoudite, la réforme des élections présidentielles en Algérie et en Egypte, le changement du statut personnel de la femme au Maroc.
Mais d’après le Rapport, les réformes enregistrées sont embryonnaires et fragmentées. Il faut aller plus loin dans les réformes politiques, pour assurer l’exercice effectif des libertés, la séparation et l’indépendance des pouvoirs, notamment judiciaire, l’organisation d’élections libres et transparentes qui doivent seules déterminer la forme et la composition des gouvernements, l’abolition dans tous les pays de l’état d’urgence.
Les acteurs du changement politique, d’après les rédacteurs du Rapport, doivent être essentiellement internes aux pays Arabes, principalement les intellectuels et la Société Civile, car la démocratie ne peut être imposée de l’extérieur.
Cependant, une combinaison des initiatives internes et externes est possible selon certaines conditions : reconnaître le droit des pays Arabes à déterminer leurs propre vision de la liberté et la bonne gouvernance, respecter les résultats du processus démocratique qui reflètent la volonté populaire, reconnaître le droit à toutes les forces sociales de participer au processus démocratique, à condition qu’elles renoncent à la violence et qu’elles acceptent les résultats des urnes.
Personnellement, j’acquisse à ces analyses et à ces recommandions. L’important maintenant est que les réformateurs arabes agissent dans chacun des pays Arabes, et s’associent pour faire aboutir les réformes politiques indispensables.
Le monde Arabe est actuellement à un tournant décisif dans son évolution. Puissent les forces de démocratie et de progrès triompher, pour lui permettre de tenir une place digne et privilégiée dans le monde actuel.

NON AU TERRORISME INTERNATIONAL

Le 16 Mai vient nous rappeler un souvenir douloureux : les attentats de Casablanca en 2003. Cet acte n’est pas isolé, puisqu’il a été précédé le 11 Septembre 2001 par les attentats de New-York, et suivi 11 Mars 2004 par les attentats de Madrid. C’est donc un phénomène international, dont il faut analyser les causes et essayer de trouver des remèdes.
Le terrorisme international est multiforme et touche plusieurs pays : Espagne, Irlande, Tchétchénie, Moyen-Orient. Les causes sont diverses, mais les actes de terrorisme sont tous condamnables, car les victimes sont innocentes.
Revenons aux attentats de New-York, Casablanca et Madrid qui nous touchent plus directement. Ces attentats ont pour point commun d’être perpétrés par la mouvance dite « islamiste ». Les causes de ces attentats sont à mon avis de quatre ordres :
1. L’ignorance et le manque d’éducation :
Bien que ce ne soit pas toujours la cause principale, il est certain que des personnes ignorantes et non éduquées, sont plus aptes à être endoctrinées, à accepter les thèses maximalistes. N’ayant pas l’ouverture d’esprit que donne l’éducation, leur esprit critique n’est pas développé, et leur faculté d’analyse insuffisante. Cette catégorie de population constitue le terreau sur lequel agissent les tenants de l’intégrisme.
2. La pauvreté et la misère :
Il est évident que des personnes sans emploi, mal logées, sans loisirs, ne disposant que de maigres ressources financières, sont prêtes à toutes les aventures pour s’en sortir. Ces personnes sont particulièrement sensibles aux aides permanentes ou ponctuelles qu’elles reçoivent des organisations de proximité. Or, ces organisations le plus souvent sont de mouvance « islamiste », qui profitent de l’occasion pour endoctriner les bénéficiaires de leur aide.
3. La politique internationale :
Les Musulmans expriment un véritable ressentiment à l’égard de la politique internationale, et plus particulièrement celle des Etats-Unis d’Amérique. Le soutien inconditionnel américain à Israël, l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, sont considérés par les masses Arabes comme des actes de profonde injustice à leur égard. L’Occident dans son ensemble est perçu comme méprisant vis-à-vis de la civilisation musulmane, et certains penseurs occidentaux ont même parlé de « choc des civilisations ».
Ce comportement occidental touche non seulement les masses, mais également certains intellectuels musulmans, qui n’hésitent pas à adhérer aux thèses extrémistes, et commettre des actes inqualifiables.
4. Les causes idéologiques :
Les idéologies autres que les religions ont toutes fait faillite. Le communisme a pratiquement disparu, le fachisme a causé des pertes humaines considérables, et le socialisme n’a pas donné les résultats escomptés.
La mondialisation et le capitalisme triomphant dominent actuellement la planète, en laissant pour compte une part importante de l’humanité. Face à cette situation, il y a un retour vers la religion, « toute la religion ».
Ce phénomène touche les régions les plus défavorisées du monde, et notamment le monde musulman, qui est parmi les plus pauvres de la planète.
• Quels sont les remèdes ?
Pour éradiquer le terrorisme international, il faut neutraliser les causes de ce phénomène. En premier lieu, lutter contre l’analphabétisme, généraliser l’éducation et la formation. Etablir des politiques efficientes de développement économique et social, pour supprimer la misère et la pauvreté. Rééquilibrer la politique internationale, en mettant fin au conflit Israélo-Palestinien, qui empoisonne les relations internationales, et en privilégiant « le dialogue des civilisations », et le multilatéralisme par le renouveau des Organisations internationales.
Certes, le côté sécuritaire n’est pas à négliger, et les sociétés ont le droit de se défendre contre les hors-la-loi. Mais ce volet ne doit pas être exclusif, et doit s’exercer dans le cadre de la défense des droits de l’Homme.
Tous les hommes de bonne volonté, de par le monde, doivent lutter pour atteindre ces objectifs, qui désarmeront à jamais les terroristes.

INITIATIVE NATIONALE POUR LE DEVELOPPEMENT HUMAIN
LANCEE PAR SA MAJESTE LE ROI DANS LE DISCOURS DU 18 MAI 2005

Cette initiative de Sa majesté le Roi est pleinement justifiée, et présentée en temps opportun pour les raisons suivantes :
Elle concerne la priorité des priorités de notre pays, qui est l’éradication de la pauvreté et de la marginalisation d’une grande partie de notre peuple.
Elle se veut une action pérenne, basée sur l’expérience nationale et internationale, exigeant une mobilisation générale, et s’intégrant dans la politique d’ouverture de notre pays vers l’extérieur.
L’initiative se veut aussi une action intégrée, s’appuyant sur trois axes principaux : l’accès aux équipements et services sociaux de base, la promotion des activités génératrices de revenus, et un traitement spécifique pour les personnes en grande vulnérabilité.
Son mérite le plus grand, à mon avis, et qu’elle cible des objectifs précis (360 Communes du monde rural, et 250 quartiers pauvres en milieu urbain), et qu’elle fixe des délais intangibles (3mois pour le plan d’action, et 3ans pour l’évaluation).
Cependant, outre le financement par le Budget général de l’Etat, qui subit actuellement la pression de la sécheresse et de l’augmentation du prix du pétrole, et pour gagner en rapidité et en souplesse, je pense qu’il faudrait compléter le financement par la création d’un Fonds de Développement Humain (FDH).
Ce Fonds, géré selon les règles de la bonne gouvernance, serait alimenté par des souscriptions volontaires nationales et internationales, et serait orienté exclusivement vers les objectifs de l’Initiative Royale.
Ainsi, tous les Marocains contribueraient, chacun selon ses moyens, à soulager les souffrances d’une grande partie de nos concitoyens, et à hisser, selon le vœu de Sa Majesté, les indices de développement humain de notre pays, à un niveau comparable à celui des pays développés.

LA CHINE : MENACE OU OPPORTUNITE
POUR LE MAROC ?

La Chine a connu l’humiliation au XIX° siècle, la restauration au XX° siècle, et ambitionne la domination au XXI° siècle.
En effet, depuis 1978, date de la libéralisation économique et l’ouverture sur le monde, la Chine a en effet réalisé une montée en puissance extraordinaire dans l’économie mondiale.
Peuplée de 1,3 Milliards d’habitants, soit 20% de la population mondiale, elle a toutes ces dernières années réalisé une croissance approchant les deux chiffres, et s’est hissé en 2003 au 4ème rang des exportations mondiales, et au 3ème rang des importations mondiales.
Les causes de ce développement économique extraordinaire sont dues à la libéralisation de l’économie, et à l’adoption de l’économie de marché ; mais aussi à la persistance d’une gouvernance politique autoritaire et centralisée, qui maintient une discipline de fer, et fait obstacle aux revendications sociales, notamment salariales.
Il s’en suit une économie très compétitive, du fait des bas salaires, de la discipline dans le travail, mais aussi de l’ingéniosité et de l’ardeur au travail des chinois.
Les produits en provenance de la Chine, aidés par un taux de change faible, ont inondé les marchés mondiaux, à tel point qu’ils ont été comparés au criquet pèlerin qui déferle par temps de sécheresse, sur certains Etats africains. La Chine est également devenu un grand importateur de matières premières, et un investisseur international conséquent dans le domaine des infrastructures et de l’énergie pétrolière.
Concernant le Maroc, les exportations sur la Chine sont restées pratiquement stagnantes : de 390 Millions de DH en 1999, elle sont passées à 441 Millions de DH en 2004, et sont constituées principalement de phosphates.
Par contre, les importations chinoises au Maroc ont progressé d’une façon spectaculaire, passant de 2,4 Milliards de DH en 1999 à 6,6 Milliards de DH en 2004, soit un déficit de 6,1 Milliards de DH en 2004.
Outre, les produits traditionnels : thé et porcelaine, la Chine exporte sur le Maroc de plus en plus des produits manufacturés : bien d’équipements, machines électroniques, plastiques, textiles, high-tech, biens de consommation.
La situation a été aggravée le 1er janvier 2005, avec la suppression des quotas d’importations de textiles suite à l’Accord de l’OMC.
C’est ainsi que le Maroc a vu ses importations de Chine grimper de 41%pendant le premier trimestre 2005, principalement en produits textiles.
D’autre part, le Maroc se trouve concurrencé sur ses marchés traditionnels de textiles (Union Européenne) par les produits chinois. Les importations de textiles chinois dans l’Union Européenne pendant le premier trimestre 2005 ont grimpé de 51% pour le fil de lin à 534% pour les pull-overs.
D’ailleurs, les Etats-Unis ont déjà adopté des mesures de sauvegarde, en imposant des quotas limitatifs aux importations de sept articles textiles en provenance de la Chine, et l’Union Européenne envisage de les adopter très prochainement.
Outre les échanges, les investissements industriels chinois au Maroc sont très faibles, alors que des commerçants chinois se sont installés en grand nombre, notamment à Casablanca, pour vendre leurs produits, et concurrencer sérieusement les produits d’origine locale.
Quant au tourisme, s’il est prévu par l’Organisation Mondiale du Tourisme que la Chine comptera 100 Millions de touristes en 2020, pour le moment seuls 2 à 3.000 touristes chinois visitent le Maroc.
On peut donc affirmer qu’aujourd’hui, les relations avec la Chine sont plutôt une menace pour l’économie marocaine.
Que faire ?
Dernièrement, la visite au Maroc du vice-ministre chinois du Commerce s’est voulue rassurante. Mais notre pays ne peut se contenter de promesses, mais de décisions concrètes et rapides.
Si des mesures d’autolimitation des exportations chinoises vers le Maroc ne sont pas prises concrètement et rapidement, le Maroc devra faire jouer les clauses de sauvegarde prévues par l’OMC, à l’instar des USA et de l’Union Européenne. Ces mesures doivent concerner également la sous-facturation et la contrefaçon, largement opérées sur les produits chinois exportés.
Les autorités chinoises doivent faire un effort sérieux pour promouvoir les exportations marocaines vers la Chine, d’autant plus qu’il existe un large secteur public, où l’Etat a encore son mot à dire. Les autorités chinoises doivent également augmenter l’aide publique à notre pays, et promouvoir les investissements chinois au Maroc, notamment dans le secteur industriel.
Le Maroc pourrait ainsi servir de plate-forme de production et d’exportations de la Chine vers l’Union Européenne et les USA, qui sont liés avec notre pays par des Accords de libre-échange.
La Chine qui jouera sûrement un grand rôle sur notre planète au XXI° siècle, du fait de son passé idéologique, et de sa grande puissance démographique et économique, doit adopter une position préférentielle vis-à-vis des pays en développement, notamment africains, afin de les aider à se développer ; ce qui lui permettra d’augmenter son rayonnement et son influence dans le monde.

LE NON FRANÇAIS A LA CONSTITUTION EUROPÉENNE
QUEL IMPACT SUR LE PARTENARIAT EURO- MÉDITERRANÉEN ?
La France vient dans un vote massif (56%) de dire non à la Constitution Européenne lors du référendum organisé le 29 Mai 2005. Ce vote est un véritable séisme, puisque le taux de participation a été très élevé, de l’ordre de 70%. Ce vote négatif traduit le mécontentement d’une large partie du peuple français quant au texte lui-même, mais surtout sanctionne la politique intérieure française.
En effet, la majorité du non provient de la gauche française (extrême-gauche et une grande fraction du Parti socialiste) qui désapprouve la politique sociale du gouvernement français actuel, qui se traduit par un chômage persistant et élevé de l’ordre de 10%. Elle trouve également que le texte de la Constitution est trop libéral, et n’accorde pas suffisamment d’importance à l’aspect social en général, et à la protection du service public en particulier. S’ajoutent au vote négatif de la gauche, l’extrême droite représentée par le Parti de Lepen, et les souverainistes, qui eux s’opposent à la délégation des pouvoirs accordée à Bruxelles, et qui sont favorables à la préservation des Etats-Nations. Les partisans du oui (UMP et UDF), et une fraction du Parti socialiste, n’ont pas convaincu la majorité des français, qui préfèrent une renégociation du Traité Constitutionnel de l’Europe. Ce vote à plusieurs conséquences, pour la France elle-même, pour l’Europe ensuite, enfin pour le reste du monde.
Pour la France, c’est un désaveu de la politique du gouvernement actuel, notamment en matière sociale. Certains opposants ont même demandé la démission du Président CHIRAC, qui s’est beaucoup impliqué pour le vote positif à cette Constitution. Le Président a déjà annoncé qu’il ne démissionnerait pas, mais qu’il allait opérer un changement de gouvernement. Les partisans du non étant très hétérogènes, il faudra attendre les élections présidentielles de 2007 pour un véritable changement d’orientation politique en France.
Pour l’Europe, le vote négatif de la France est très grave. Il ne faut pas oublier que le France est un pays fondateur de l’Union Européenne, et constitue avec l’Allemagne le moteur de l’Union. L’Europe ne pourra pas se construire sans la France. Sur le plan pratique, il n’est pas envisageable que le peuple français puisse être appelé une seconde fois au vote de ce Traité. L’Europe va donc connaître une longue période d’incertitude, avec la montée du scepticisme vis-à-vis de l’Union, et de l’exacerbation de la défense des intérêts nationaux. L’Union Européenne continuera à être géré selon les Traités déjà ratifiés, et notamment le Traité de Nice de Décembre 2000, qui ne facilité pas la prise des décisions. La seule possibilité est la renégociation du Traité, si l’unanimité des vingt cinq membres y consent, ce qui prendra plusieurs années.
Sur le plan mondial, ce vote négatif va incontestablement affaiblir l’influence de l’Europe dans les relations internationales. Le Traité de Constitution avait prévu un Président et un Ministre des Affaires Etrangères de l’Union Européenne, ce qui devait unifier et consolider la position européenne sur les grands problèmes internationaux. Ce vote négatif va à l’inverse, consolider l’influence des Etats-Unis d’Amérique, qui continueront pendant longtemps à peser de tout leur poids, d’une façon unilatérale, sur la politique mondiale.
Enfin, ce vote ne sera pas sans conséquence sur le Partenariat Euro- Méditerranéen. D’une part, ce partenariat n’a pas fait l’objet de discussion pendant la campagne référendaire en France, sauf en ce qui concerne les éléments négatifs, quant à l’opposition à l’adhésion de la Turquie, et aux problèmes de l’immigration. D’autre part, les dirigeants européens vont se concentrer d’abord sur l’avenir de l’Europe, avant de se soucier du Sud de la Méditerranée. La France, qui est le principal défenseur de ce partenariat, va être affaibli dans les instances européennes. Enfin, sur le plan de l’aide financière de l’Europe au Sud de la Méditerranée, la situation ainsi créée, ne va pas militer en faveur de l’augmentation de cette aide. Un signe tangible sera perçu lors de la prochaine Conférence de Barcelone en Novembre 2005.
Pour ce qui concerne le Maroc, il y a lieu de suivre attentivement la suite de cet événement, étant donné les relations étroites qui nous lient à l’Union Européenne, en espérant qu’il y aura le moins de dommages pour notre pays. Parallèlement, il faut développer les relations bilatérales avec chacun des pays de l’Union Européenne, diversifier nos relations avec les Etats-Unis et les autres pays Arabes, et redoubler d’efforts pour l’édification de l’Union Maghrébine.

LE PARTENARIAT MAROC-UNION EUROPEENNE
QUEL AVENIR ?

Je résumerai le Partenariat Maroc-Union Européenne en quelques phrases :
• Une implication forte du Maroc
• Une certaine satisfaction
• Quelques frustrations
• Une inquiétude pour l’Avenir
A) une implication forte du Maroc :
Le Maroc s’est engagé vis-à-vis de l’Union Européenne dès 1969 par un Accord Commercial, bien avant l’Espagne et le Portugal qui n’ont rejoint l’Union qu’en 1986.
Cet Accord Commercial a été suivi de l’Accord de Coopération de 1976, qui élargit le Partenariat aux trois volets : Commercial, social, économique et financier.
Le Maroc a signé par la suite l’Accord d’Association de 1996, qui élargit encore le domaine de Partenariat au dialogue politique, et prévoit la création d’une zone de Libre-échange à l’horizon 2010.
Enfin, le Maroc a donné suite à la Politique Européenne de Voisinage (PEV) qui lui a été proposée en 2003.
Cette implication du Maroc lui a valu l’éloge de la Commission Européenne qui a déclaré à la veille du Conseil d’Association Maroc-UE en Avril 2004 « la participation suivie, active et constructive du Maroc au Partenariat Euro-Méditerranéen est très appréciée, et fait de ce pays un acteur dynamique du processus de Barcelone ».
B) Une certaine satisfaction :
L’Union européenne a toujours attaché une grande attention aux demandes du Maroc, qui a bénéficié tout au long du Partenariat avec l’Union Européenne d’une aide technique et financière.
Sur le plan financier, le Maroc a bénéficié de protocoles financiers de 1976-1996 d’un montant de 1,2 Milliards d’Euros sous forme d’aides et de prêts de la BEI, et des programmes MEDA de 1,3 Milliards d’Euros de 1996-2006.
C) Quelques frustrations :
Elles sont de trois ordres :
Sur le plan agricole, et notamment pour les exportations marocaines de fruits et légumes, l’Union européenne n’a pas libéré les échanges, et a astreint le Maroc à une série de contraintes (contingents limitatifs, périodes d’exportation, prix minimum d’entrée).
L’aide financière accordée au Maroc est bien en deçà de ce qui a été accordée aux pays de l’Est, avant et après leur adhésion à l‘Union Européenne (1er Mai 2004). Le Maroc n’a pas bénéficié notamment des fonds structurels de l’Union Européenne, qui ont largement été distribués aux régions défavorisées du Sud de l’Europe (Portugal, Espagne, Grèce, Italie).
Enfin, malgré l’ancienneté de son Partenariat avec l’Union Européenne, le Maroc a été mis sur le même plan que les nouveaux venus, telles que la Moldavie et l’Ukraine, dans le cadre de la nouvelle Politique de Voisinage.
D) Une inquiétude pour l’Avenir :
Cette inquiétude relève de deux volets : l’élargissement de l’Union Européenne à l’Est, et le double non de la France et de la Hollande à la Constitution Européenne.
L’élargissement de l’Union Européenne à l’Est nous fait craindre un moindre intérêt de l’Europe pour le Sud de la Méditerranée, notamment en matière d’investissements et d’aide financière.
Le non à la Constitution Européenne risque d’affaiblir l’Union, et par conséquent restreindre son Partenariat vis-à-vis des pays tiers.
Les prochains mois vont nous permettre de répondre à ces interrogations. Gardons cependant l’espoir que le Partenariat Maroc-Union Européenne ne subira pas de dommages dûs à cette nouvelle situation, et qu’il pourra au contraire s’approfondir davantage à l’avenir.

UNE ALLIANCE DE TOUS LES DEMOCRATES
AVEC LA MONARCHIE

Nadia YASSINE, vient dans une interview récente, de jeter le voile, et de dévoiler publiquement le projet politique du mouvement ADL WAL IHSSANE qu’elle représente, à savoir l’instauration d’une République islamique au Maroc. Elle a en effet déclaré que "le régime monarchique ne convient pas au Maroc", que sa "fin est imminente", et que "la Constitution marocaine est bonne pour la poubelle de l’histoire".
Tout citoyen marocain ne peut rester insensible à ces déclarations, car il y va de son avenir, de celui de ses enfants, et de celui de la Patrie. Or justement, étudions d’une façon académique et scientifique le système politique actuel de notre pays, en dehors de toute passion et de toute idiologie.
Le régime monarchique au Maroc a une double légitimité : historique et populaire. Il a existé dans notre pays sans discontinuité depuis des siècles, et il est très populaire. Preuve en est l’accueil chaleureux, et l’élan spontané des populations, chaque fois que le Roi visite une région du pays. Si on se réfère à la définition de la nation, le Maroc répond parfaitement à la définition élaborée au XIXème siècle par l’intellectuel Ernest Renan, fondée sur le critère subjectif : la volonté de vivre ensemble. Si on se réfère maintenant à la définition allemande, le Maroc répond également aux critères de territoire et d’organisation politique spécifique. Cependant, et ne l’oublions pas, le Maroc est aussi multiculturel : berbérophone, arabe et francophone. Et c’est justement le régime monarchique qui assure l’unité de la Nation, et la continuité de l’Etat. Le régime monarchique est donc un gage de stabilité pour notre pays. D’autre part, la forme républicaine n’assure pas obligatoirement la démocratie et le développement économique et social. On peut citer beaucoup de Républiques arabes et africaines qui ne répondent pas à ces critères.
Sur le plan international, deux exemple concernant le devenir de notre pays viennent à l’esprit : l’Iran et l’Espagne.
La République islamique d’Iran instituée en 1979, a certes mis fin au régime dictatorial et honni du Shah. Mais que constatons-nous après un quart de siècle d’existence de ce nouveau régime. Un pays où le champ des libertés s’est beaucoup rétréci, où le caractère théocratique du régime l’a emporté sur le caractère démocratique, où le statut personnel de la femme n’a guère évolué. Un pays où le niveau de vie des populations a régressé, où la société vit dans des contraintes dans son style de vie, et enfin un pays qui s’est isolé de la Communauté internationale.
En revanche, l’Espagne après la dictature franquiste, et l’instauration de la monarchie parlementaire, a fait un saut qualitatif sur tous les plans : politique, économique et social. Politiquement, le champ des libertés s’est étendu au même niveau que les autres démocraties occidentales, les élections saines et libres assurent l’alternance gouvernementale, le rayonnement international de l’Espagne au sein de l’Union Européenne et dans le monde, n’a jamais été aussi brillant. Sur le plan économique et social, l’Espagne a connu une expansion sans précédent, et son PIB par habitant se rapproche de très près des pays riches de l’Europe.
Pour revenir à notre pays, l’exemple à suivre est sans contexte celui de l’Espagne. Cela demande beaucoup de volonté, et une alliance stratégique entre la monarchie et tous les démocrates marocains, quelque soit leur origine. Cette alliance doit aboutir à un Plan de réformes politiques dans les meilleurs délais, car les élections législatives de 2007 seront décisives. Ce Plan qui pourrait prévoir plusieurs étapes, devrait inéluctablement aboutir à une monarchie parlementaire, où le Roi resterait le Guide de la nation, l’Arbitre suprême, le Garant de l’unité et de la continuité de l’Etat. Ce Plan de réformes devrait intégrer la régionalisation, qui permettrait de faciliter la solution de la récupération de nos Provinces sahariennes.
Devant la montée des périls : crise économique et sociale, problème du Sahara, montée de l’intégrisme religieux, notre pays a besoin d’un sursaut de tous les démocrates, avant que ça ne soit trop tard.

LE COMPLOT DE SKHIRAT DU 10 JUILLET 1971
L’ATTAQUE

Vers 13H00, les invités commençaient à se rapprocher des buffets qui entouraient la piscine, et attendaient le signal des responsables pour se servir.
Aucun protocole particulier n’était prévu, à notre connaissance, pour le choix des tables. Aussi, je me suis assis avec mes amis, prés de la grande tente dressée devant le Palais, à coté de l’orchestre, habillé d’habits de couleur rouge, et qui continuait à jouer une belle musique entraînante.
Nous apercevions de notre place à quelques deux cent mètres, SM LE ROI HASSAN II, qui était assis, seul, dans une table sous la tente.
Nous nous sommes servis au buffet, et commencions à manger. Il faut préciser que de là où nous étions assis, nous ne pouvions pas voir l’entrée du Palais ; car un mur nous barrait la vue, et une petite porte fermée était aménagée pour le passage à travers le mur.
Soudain, nous entendîmes quelques coups de feu. Je me tournais vers mes amis pour leur demander « qu’est ce que c’est que ces coups de feu ? » L’un deux répondit : « Ne t’inquiète pas, ça doit être des coups de feu provenant des stands de tir aux pigeons ».
Les coups de feu devinrent plus fréquents, et les détonations plus fortes. Comme je l’ai déjà expliqué, nous ne voyions rien, car la vue était barrée par le mur.
Tout à coup, un Mokhzani avec sa Djellaba toute blanche s’écroula, frappé d’une balle, et sa Djellaba fut maculée immédiatement de sang rouge. Quelqu’un de haut placé, certainement une personnalité importante, s’approcha du Mokhzani est s’écria « Qu’est ce qui arrive là ? »
Les coups de feu et les détonations s’intensifièrent encore plus. La panique s’empara des invités, car on voyait de plus en plus de personnes blessées, et qui perdaient leur sang.
Deux réactions se présentaient aux invités qui ne voyaient pas ce qui se passait. La première consistait à passer par la petite porte, pour gagner le parking de voitures, et fuir. Cette réaction fut fatale, car les mutins ayant franchi la porte d’entrée du Palais, tiraient dans tous les sens, et s’approchaient du Palais. Ce fut malheureusement le cas de deux de mes amis (Que Dieu ait leur âme en sa sainte Miséricorde) qui furent fauchés par les coups de feu des mitraillettes des assaillants.
La deuxième réaction fut de fuir vers la mer, en brisant la baie vitrée. C’est celle que j’ai choisie moi-même. J’avoue que je n’ai pas réfléchi pour emprunter cette seconde voie. C’est peut-être tout simplement l’instinct, ou la chance.
Les plus rapides d’entre nous ont pu s’enfuir par la plage, en sautant le mur, qui séparait le Palais de SKHIRAT de la plage Amphitrite, et regagner sain et sauf Casablanca.
Quant à moi, arrivé sur la plage, j’ai d’abord voulu fuir en nageant dans le large. J’ai donc plongé, et nagé quelques minutes, quand j’aperçus au loin des vedettes militaires qui barraient le passage.
Je suis donc retourné vers la plage, et essayais de fuir vers la plage Amphitrite. Malheureusement, les mutins avaient encerclé le Palais, à l’est et à l’ouest, et empêchaient les invités de fuir. Il lançaient pour cela des grenades, dont une, a explosé à quelques mètres de moi, sans m’atteindre. Quelques soldats se détachèrent de leur groupe et nous intimèrent l’ordre de regagner le Palais à coup de crosse, mais sans tirer, en vociférant : « salauds, remontez au Palais ».
J’ai remonté donc vers le Palais au milieu des invités, qui se tiraient les un les autres par les habits, pour se placer au milieu des groupes, afin d’éviter d’éventuelles balles perdues. Je ressentais à ce moment là la force extraordinaire de l’être humain, et son égoïsme pour assurer sa survie lorsqu’il est en danger.
Le spectacle autour du Palais était affreux : des blessés gémissaient sans qu’aucun secours ne leur fut apporté, perdant leur sang à profusion. Des cadavres flottaient dans la piscine, dans l’indifférence générale. La tuerie a duré au moins une bonne heure, à la suite de laquelle le feu cessa aux environs de 15H00.
Sous la menace des armes, nous avons marché en dehors du Palais, à proximité du Golf, où on nous a ordonné de se coucher, face contre terre, et mains derrière le dos.
Ce fut pour moi un moment de répit, où j’ai commencé à réfléchir. Tout d’abord, je ne comprenais pas que des soldats en uniforme, nous tiraient dessus, alors que nous étions les invités du ROI. Cette incompréhension dura jusqu’à ce que j’entendis « Vive l’Armée du peuple ». C’est à ce moment là, que je compris qu’il s’agissait d’un complot de l’Armée contre le régime royal. J’ai vu le visage de certains soldats, qui étaient très jeunes, et dont les yeux étaient exorbités et injectés de sang (peut-être sous l’effet de la drogue).
J’entendis aussi de loin, mais sans que je puisse discerner les noms, l’appel des mutins à des officiers, dont certains avaient le courage de se lever, et qui furent certainement exécutés sur place. Car, je ne voyais pas les exécutions, mais entendais les détonations. Le comportement des invités autour de moi était diversifié : certains tremblaient de tout leur corps, d’autres priaient à voix basse, d’autres enfin restèrent calmes.
Je suis resté moi-même très calme, je ne sais pour quelle raison, peut-être que j’étais inconscient du danger de mort que je courrais. Soudain, quelques hélicoptères couvrirent le ciel, tournoyant autour du Palais. Je me suis dit que c’est peut-être l’Armée, fidèle au ROI, qui venait de Rabat, pour mater l’insurrection. A ce moment là, j’ai eu très peur, en pensant que nous allions nous trouver, nous les invités, au milieu d’un combat terrible entre l’Armée fidèle du ROI et les mutins.
De nouveau, j’entendis les appels de noms, et me suis dis que peut-être, nous allions être jugés sur place par les mutins. Je me suis rappelé que j’avais mon permis de conduire dans ma poche, et me demandais s’il fallait le garder, ou le jeter, pour ne pas être identifié. J’ai finalement décidé de le garder, pour prouver que je n’étais qu’un jeune cadre d’un Office public, n’ayant pas de grande responsabilité dans le pays. Cette situation intenable dura jusqu’à 17H20, la période pendant laquelle je n’avais aucune information de ce qui se passait au palais de SKHIRAT et à Rabat.
Soudain, les soldats qui nous gardaient, ont commencé à nous relever, à nous réconforter par des mots aimables, et à nous donner de l’eau à boire. J’ai vu le Général OUFKIR que j’avais reconnu, demander à un soldat de lui remettre sa vareuse, qu’il endossa sur sa chemise de sport ; et il commença à donner des ordres, et à prendre la situation en mains.
Je ne comprenais encore rien à ce qui se passait, et sans perdre de temps, rejoignis le parking, où un invité, que je ne connaissais pas, m’a ramené à Casablanca.
En cours de chemin pour rejoindre le parking, j’ai vu à nouveau le spectacle affreux des morts et des blessés.
Cet événement douloureux a causé la mort de cent personnes et de plusieurs centaines de blessés. Plusieurs personnalités marocaines et étrangères, civiles et militaires, ont décédé dans cet horrible massacre.
Vous pouvez comprendre la joie de mes parents, quand au soir de ce fameux 10 Juillet 1971, ils constatèrent que j’étais sain et sauf, après avoir vécu un véritable cauchemar.
J’ai appris par la suite qu’une altercation a eu lieu entre le Général MEDBOUH, principal instigateur du complot, et son complice, le Colonel ABABOU, au cours de laquelle le premier est mort. Suite à cette altercation le Colonel ABABOU, accompagné d’officiers et de soldats mutins, s’est rendu à Rabat pour attaquer l’Etat Major et la Radio, ne laissant qu’un petit nombre d’officiers et de soldats à SKHIRAT. Après son départ, S.M. Le ROI HASSAN II fur reconnu par un soldat mutin ; ce qui a permis le retournement de la situation.

POUR L’ANNULATION DE LA DETTE
DE TOUS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT

La dette extérieure des pays en développement a connu une expansion vertigineuse ces dernières années : de 100 Milliards de $ en 1973, elle est passé à 1,7 Trillion de $ en 1999, et 2,5 Trillions de $ en 2003. Cette dette avait commencé à se développer après le premier choc pétrolier de 1973, qui avait entraîné une augmentation considérable des matières premières agricoles et minérales. Les pays en développement, croyant que cette augmentation des matières premières allait être durable, se sont endettés fortement pour de longues périodes et à des taux d’intérêt élevés.
Petit à petit, le remboursement de la dette extérieure est devenu insoutenable pour la plupart des pays en développement, tant au niveau du principal que des intérêts. Ces remboursements s’effectuaient par une ponction substantielle du budget des Etats débiteurs, réduisant les dépenses en investissements et les programmes sociaux. C’est alors que plusieurs Etats débiteurs étant dans l’impossibilité de rembourser, ont demandé des rééchelonnements de leur dette. D’autres ont pu obtenir la conversion de la dette en investissements, réduisant ainsi partiellement l’encours. Mais de plus en plus de voix se sont élevées, émanant surtout de la Société Civile, pour demander l’annulation pure et simple de la dette des pays en développement, dont le remboursement étrangle toute volonté de développement de ces pays.
En effet, les pays les plus endettés regroupés au sein du G77, qui rassemble en fait 132 pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique Latine et des Caraïbes, n’ont cessé lors des Sommets de la Havane et de Doha de réclamer l’annulation de la dette de tous les pays en développement. Les arguments présentés ne peuvent soulever aucune contestation. Les pays du G77 qui représentent 80% de la population mondiale, ne bénéficient que de 40% su PIB mondial. Trois Milliards de personnes vivent dans ces pays avec moins de 2 $ par jour. Enfin, l’aide publique des Etats riches qui avait été fixée il y a trente ans à 0,7% du PIB, n’atteint actuellement que 0,2% du PIB.
Une première réponse positive vient enfin d’être donnée par le G8 qui regroupe les pays les plus riches du monde : USA, Canada, Japon, France, Allemagne, Italie, Grande Bretagne et Russie. En effet, sous l’impulsion de la Grande Bretagne, l’action déterminée de Tony BLAIR et de son ministre de l’Economie et des Finances Gordon BROWN, le G8 vient de décider l’annulation de la dette de 18 pays les plus pauvres représentant 40 Milliards de $ : 15 pays africains : Bénin, Burkina Faso, Ethiopie, Ghana, Guyane, Madagascar, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Rwanda, Sénégal, Tanzanie, Ouganda, Zambie et 3 pays Sud- Américains : Bolivie, Honduras, Nicaragua.
La seconde tranche concernera 9 autres pays : Cameroun, Tchad, République Démocratique du Congo, Gambie, Guinée, Guinée- Bissau, Malawi, Sao Tome et Principe et Sierra leone. Enfin, il est envisagé d’étudier l’annulation de dette de 80 autres pays. La seule conditionnalité à cette annulation de dette, est le développement de la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption.
On ne peut que se réjouir de cette mesure d’allégement de la dette des pays les plus pauvres, mais nous pensons qu’il faudrait l’étendre également aux pays intermédiaires. Ces derniers ont fait des efforts énormes pour respecter leurs engagements. Une telle mesure équitable leur permettrait un véritable décollage économique et social, en consacrant plus de moyens aux investissements et au développement social de leur population.
C’est le cas du Maroc qui a respecté tous ses engagements vis-à-vis de ses créanciers, et qui a pu grâce à une politique dynamique de gestion de la dette externe, de la ramener actuellement à 7 Milliards de $.

POUR UNE COOPERATION RENFORCEE ENTRE
LE MAROC ET LE JAPON

S.E. Mr SEIGI HINATA, Ambassadeur du Japon au Maroc, nous a fait l’honneur d’animer une Conférence organisée par l’IMRI le Jeudi 23 Juin 2005 sur le Japon et ses relations internationales, qui a été suivie par une nombreuses assistance.
Dans son exposé exhaustif et très instructif, Monsieur l’Ambassadeur a retracé la situation politique, économique et sociale de son pays, et les grandes orientations de sa politique internationale.
Pour ma part, j’ai ressenti deux sentiments en l’écoutant, un sentiment d’admiration pour le Japon, et un sentiment d’insatisfaction quand au échanges économiques entre nos deux pays.
L’admiration qu’on peut ressentir pour le Japon provient du fait que ce petit pays par la surface (377.835 Km²) se classe en 2ème position dans l’économie mondiale, après les Etats-Unis d’Amérique.
En effet, son PIB s’est élevé en 2004 à 5.000 Milliards de $, soit l’équivalent du PIB cumulé de 3 grands pays d’Europe occidentale : l’Allemagne, le Royaume Uni et la France. Pourtant il ne dispose que de très peu de matières premières (3 à 4% de ses besoins), et importe tout le reste, dont notamment le pétrole et les produits agricoles.
Sa puissance provient d’une forte population très qualifiée (127 Millions d’habitants), bénéficiant d’une forte éthique du travail, d’une étroite coopération entre l’Etat et les entreprises privées, et d’une haute maîtrise des nouvelles technologies.
Monsieur l’Ambassadeur a expliqué que dès le 17ème siècle, de nombreuses Ecoles ont été créées, permettant dès cette époque, à 40% de la population de savoir lire, écrire et calculer. Actuellement 98% des élèves de 15 ans continuent leurs études, et 50% des lycéens optent pour des études universitaires.
Sur le plan politique, le Japon a opté dès la fin de la seconde guerre mondiale, pour la démocratie et l’économie de marché. C’est l’un des rare pays à ne consacrer que 1% de son PIB à sa défense nationale, et qui se déclare puissance non nucléaire. Son orientation pacifique est maintenant fermement établie et reconnue dans le monde.
Le Japon est le 2ème grand pays donateur du monde : pour l’année 2005 l’aide publique au développement (APD) va s’élever à 7 Milliards 500 Millions de $. Durant les 10 dernières années de 1994 à 2004, le Japon a endossé 20% de l’APD fournie aux pays en développement, et 150 pays ont bénéficié de son aide. Il s’est fixé comme priorité le développement de l’Afrique, à qui il a consacré ces dernières années 12 Milliards de $ d’aide, principalement dans le secteur de l’eau, la santé et l’éducation. Enfin depuis 1993, le Japon organise tous les 5ans la Conférence internationale de TOKYO pour le développement de l’Afrique (TICAD), et soutient financièrement le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique).
Le Japon œuvre également pour la paix au Moyen-Orient, et a accordé récemment à la Palestine une aide financière de 190 Millions de $, pour l’amélioration des conditions de vie à Gaza, et le développement de l’économie palestinienne.
Le Japon est également un grand contributeur financier à l’Organisation des Nations Unies (ONU) : sa participation financière au Budget 2005 de l’ONU est de 19%, derrière les Etats-Unis (22%), alors que la Grande Bretagne, la France, la Chine et la Russie ne contribuent que pour 15%. Il entreprend actuellement avec d’autres pays, une initiative pour entrer au Conseil de Sécurité de l’ONU, en tant que membre permanant. Etant donné sa vocation pacifique, et l’importance de l’aide qu’il accorde aux pays en voie de développement, sa demande est pleinement justifiée.
Sur le plan économique, le Japon tire sa puissance de son industrie et de son secteur tertiaire, qui l’ont placé en 2003 à la 3ème place des exportateurs mondiaux de marchandises, et au 7ème rang des exportateurs de services. Ses exportations sont constituées à 80% de machines et appareils divers, ainsi que des produits chimiques, et sa Balance Commerciale est largement excédentaire.
Au niveau des véhicules automobiles, le Japon a produit en 2003 plus de 10 Millions de véhicules, exportés dans le monde entier, et notamment aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. La croissance économique a été très forte dans les années 1960, soutenue dans les années 1970 et 1980, mais a commencé à baisser dans les années 1990. Des efforts sont actuellement entrepris pour le redressement de la croissance (+ 1,2% au premier trimestre 2005).
Le Japon souffre aussi du vieillissement de sa population : sa pyramide d’âge se présente sous forme d’ogive. Pour pallier à cette insuffisance, l’Etat multiplie les incitations au mariage et à la procréation, et a développé la robotique (410.000 robots industriels existent au Japon pour un total mondial de 720.000).
De toutes façons, le Japon continuera dans les décennies à venir, à compter comme une des premières puissances économiques du monde.
On a souvent parlé de « Miracle Japonais » et de l’exemple du Japon comme « Cas d’Ecole ».
Pour ma part, sa plus grande réussite est d’avoir intégré la modernité, sans renoncer à son authenticité.
Les relations politiques entre le Maroc et le Japon sont excellentes. L’aide publique au développement du Japon au Maroc, la seconde après la France, s’est élevée à 17,7 Milliards de DH de 1977 à 2003. Cette aide est accordée sous forme d’assistance technique, d’aide financière non remboursable, et de prêts.
Outre de grands projets comme le doublement de la voie ferrée Meknès- Fès (contribution Japonaise de 291 Millions de DH), la coopération japonaise s’intéresse à des petits projets en milieu rural, tels que la réhabilitation du Khettaras dans la région de Tafilalet, l’aide aux soins maternels à Boulmane, ou l’alimentation en eau potable de Moulay Yacoub.
Enfin, une quarantaine de volontaires japonais exercent au Maroc dans plusieurs domaines : formation professionnelle, management, sport, enseignement de la langue Japonaise.
Cependant, les échanges entre le Maroc et le Japon ne dépassent pas annuellement de part et d’autre 3 Milliards de DH. Le Maroc exporte principalement les produits de la mer (poulpes), ainsi que des Phosphates, des engrais et des textiles. Il importe du Japon des voitures de tourisme, des machines et appareils divers, des matériels, des pneumatiques, des matières plastiques, des fils et câbles électriques, et des tissus et fils synthétiques.
Les investissements japonais sont également peu importants au Maroc. Le plus fort investissement a été réalisé en 1997 d’un montant de 766 Millions de DH. A partir de 1998, ils sont devenus insignifiants (3,3 Millions de DH en 1998 et 19,9 Millions de DH en 2001).
Trois handicapes expliquent cette situation : l’éloignement géographique, l’absence de liens historiques, et les différences culturelles. Cependant des résultats meilleurs peuvent être obtenus, si des efforts sont entrepris de part et d’autre.
Le Maroc présente en effet actuellement de nouveau atouts : la signature d’Accords de libre-échange avec l’Union Européenne, les Etats-Unis d’Amérique, la Turquie, et les Pays Arabes. Le Maroc pourrait servir de plate-forme de production et d’exportation des produits japonais vers ces destinations. D’autre part, le Maroc va achever en 2007 la construction du port de Tanger-Med (14 Milliards de DH d’investissements). Le Japon pourrait se servir de la zone logistique de ce port (160 ha), pour entreposer et exporter ses produits vers l’Europe, les Etats-Unis, la Turquie, les Pays Arabes et l’Afrique. Tanger-Med pourrait être un complément pour les japonais au port de Djbel Ali aux Emirats Arabes Unis.
Mais pour cela, et au dire de Monsieur l’Ambassadeur, il y a un grand effort à entreprendre par le Maroc pour se faire connaître au Japon, et pour mettre en exergue ces nouveaux atouts, afin de convaincre les grands Groupes japonais d’investir dans notre pays.
Une véritable mobilisation (Etat et Secteur privé) doit rapidement être mise en place, pour que le Maroc puisse tirer un plus grand profit de ce grand pays qu’est le Japon.

LE TOURISME
UNE INDUSTRIE MONDIALE

L’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) vient de publier les chiffres du nombre de touristes en 2004.
Le total de touristes sur le plan mondial a été de 760 Millions. C’est une véritable industrie, pourvoyeuse de devises étrangères, et d’emplois à moindre coût.
Les 10 premiers pays ont réalisé près de 50% de ce total et se classent ainsi :

* France : 75 Millions * Royaume Uni : 28 Millions
* Espagne : 53 Millions * Hong-Kong : 22 Millions
* USA : 46 Millions * Mexique : 20 Millions
* Chine : 42 Millions * Allemagne : 20 Millions
* Italie : 37 Millions * Australie : 19 Millions
Sur ces 10 pays, l’Europe se taille la part du lion avec 237 Millions soit près de 64%. Le succès de l’Europe vient de son patrimoine historique extraordinaire, mais aussi de la diversité de son tourisme (culturel, balnéaire, de montagne), de son équipement hôtelier répondant à tous les goûts, et de son savoir-faire dans l’accueil et l’animation.
Viennent presque à égalité après l’Europe, l’Amérique et l’Asie.
L’Amérique est représentée par la première puissance mondiale : les USA attirent les touristes par le style de vie, et la diversité des paysages. Elle est représentée également par le Mexique, et son riche patrimoine historique.
Enfin, l’Asie est représentée par la plus grande puissance démographique du monde : la Chine, à la civilisation plusieurs fois millénaire, qui a gardé toute son authenticité. Elle est représentée également par la miniscule ville de Hong-Kong, dont le destin extraordinaire a fait une destination privilégiée.
Le Maroc avec ses 5 Millions de touristes prévus en 2005 est loin derrière. Mais rien ne nous empêche de faire également de notre pays un haut lieu du tourisme mondial. En effet, comme les autres pays, nous disposons d’un riche patrimoine historique, de plages magnifiques, de paysages diversifiées, et d’une population conviviale.
Notre Gouvernement vient de lancer une politique globale, notamment avec le Plan Azur pour atteindre 10 Millions de touristes en 2010.
Œuvrons tous ensemble pour réaliser cet objectif !

VAINCRE LA PAUVRETÉ DANS LE MONDE
PRIORITÉ A L’AFRIQUE

La pauvreté dans le monde est reconnue par tous. Il suffit de rappeler que la moitié de la population mondiale, soit trois milliards de personnes, vivent avec moins de 2 $ par jour. Le Groupe des 77, qui est constitué en fait de 132 pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et Caraïbes, et qui représente 80% de la population mondiale, ne bénéficie que de 40% du PIB mondial. Les conséquences de la pauvreté sont multiples : habitat insalubre, manque d’eau potable et d’électricité, alimentation insuffisante et déséquilibrée, analphabétisme, insuffisance des soins médicaux, absence de loisirs culturels et sportifs, moyens de transport inexistants.
La situation de l’Afrique est la plus mauvaise : les indicateurs sociaux y sont les plus faibles du monde, surtout en Afrique sub-saharienne. Trois cent millions de personnes y vivent avec moins de 1 $ par jour, dont 70% de femmes. En 2001, l’espérance de vie n’y était que 53 ans, contre 76 ans pour les pays de l’OCDE. L’analphabétisme atteint 38% de la population, et le taux de scolarité de l’enseignement secondaire n’est que 29,3%. Enfin, 80% des enfants atteints de sida se trouvent en Afrique. Afin de réaliser les objectifs de développement du millénaire (ODM), qui consiste à réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015, les pays les plus pauvres de l’Afrique (Est- Ouest- Centre) devront atteindre un taux de croissance de 8% par an, ce qui est hors de leur portée, d’autant plus qu’ils subissent un endettement insupportable.
Cette situation ne peut plus durer, à la fois pour des raisons morales et de développement. Les pays nantis ne peuvent rester insensibles au souffrances de la moitié de la population mondiale, et profiter égoïstement d’un confort matériel de plus en plus soutenu. De même, le développement mondial aurait tout à gagner, en intégrant la population pauvre au niveau de la production et de la consommation.
Heureusement, plusieurs organisations non gouvernementales tels que OXFAM (Organisation britannique humanitaire) et MPH (Make Poverty History : abolition de la pauvreté) se sont saisies de ce problème, et ont multiplié les initiatives en vue de l’aide à apporter aux pays pauvres, et surtout l’Afrique.
MPH notamment a eu une idée originale : organiser le 02 Juillet 2005 dix méga-concerts appelés « Live 8 » dans tous les pays du G8. C’est ainsi que prés de 1,5 millions de personnes ont assisté à Tokyo, Berlin, Rome, Londres, Moscou, Versailles, Philadelphie, et Toronto, à d’immenses manifestations réunissant les plus grandes stars mondiales de la pop- music.
Le but de ce concert planétaire, qui a été suivi par 140 pays grâce à la télévision, est d’attirer l’attention sur la situation catastrophique de la pauvreté dans le monde, et ses conséquences néfastes sur les populations, surtout africaines. Il vise également à faire pression sur le G8 (Groupe des 8 pays les plus riches du monde) qui doit se réunir du 06 au 08 Juillet 2005 à Gleneagles en Ecosse.
Les demandes des organisations non gouvernementales, qui ont été appuyées par le Pape Benoît XVI, et le Secrétaire Général de l’ONU KOFI ANNAN, concernant trois volets : l’annulation de la dette, l’aide publique au développement (APD) et l’accès commercial aux marchés pour les pays pauvres.
Au niveau de la dette, la réunion préparatoire du G8 a d’ores et déjà pris la décision d’annuler la dette de 18 pays les plus pauvres, représentant 40 Milliards de $, qui sera suivie d’une seconde tranche de 9 autres pays, devant aboutir au final à l’annulation de la dette de 80 pays. Cette annulation concerne majoritairement les pays africains.
En ce qui concerne l’aide publique au développement de l’Afrique, Tony BLAIR a proposé de l’augmenter de 25 Milliards de $ par an d’ici 2010, et d’y ajouter 25 Milliards de $ de plus à partir de 2015. Il a en outre proposé la création d’un mécanisme financier pour l’ensemble des pays pauvres appelé « Facilité financière internationale ». Ce mécanisme prévoit le doublement de l’aide publique au développement mondial, pour la porter à 100 Milliards de $ par an en 2015.
Pour ce qui est volet accès commercial aux marchés, les demandes concernant la suppression des subventions à la production et à l’exportation, accordées par les pays riches (Europe et USA) aux produits agricoles, en vue de permettre aux pays pauvres d’écouler leurs productions agricoles sur le marché mondial. Il est également demandé d’éliminer ou de réduire les obstacles tarifaires et non tarifaires à l’entrée des produits industriels des pays pauvres sur les marchés des pays développés. Sur cette question, aucune proposition n’a été faite pour le G8, qui la renvoie aux négociations entreprises par l’OMC dans le cadre du cycle de DOHA.
Toutes ces demandes formulées par les organisations non gouvernementales sont pleinement justifiées, car la situation actuelle ne peut plus durer. Il appartient aux sociétés civiles du monde entier de rester mobilisées et vigilantes, en attendant les résultats concrets de la réunion du G8 en Ecosse.
Le plus grand défi que doit relever l’humanité au cours de ce 21ème siècle, est l’éradication totale et définitive de la pauvreté dans le monde entier. En Septembre prochain, l’ONU va faire le point de l’ODM (Objectifs de Développement du Millénaire), j’espère qu’elle fixera l’échéance de 2030 pour l’éradication totale de la pauvreté dans le monde.

LES ATTENTAS DE LONDRES
QUE FAUT-IL FAIRE CONTRE LE TERRORISME INTERNATIONAL ?

Le cycle des attentats ne s’arrête pas. Les terroristes viennent à nouveau de frapper Londres le 07 Juillet 2005, où 4 explosions visant les transports en commun (métro et bus) ont fait 52 morts et plus de 700 blessés. Ces attentats attribués à la mouvance islamiste Al Qaida, font suite à une série qui a débuté le 26 Février 1993 contre le World Trade Center à New York, faisant 6 morts et un millier de blessés. On dénombre de 1993 à 2005 une trentaine d’attentats revendiqués ou attribués à Al Qaida, qui ont visé les territoires ou les intérêts de pays situés en Amérique, en Europe, au Moyen Orient et en Asie.
C’est l’Occident qui est visé par ces attentats, particulièrement les Etats-Unis d’Amérique, l’Espagne, le Royaume Uni et la France ; ainsi que les pays censés être des alliés de l’Occident, tels que la Mauritanie, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie en Afrique du Nord ; l’Egypte, l’Irak, l’Arabie Saoudite, la Turquie, et Israël au Moyen-Orient ; enfin le Pakistan, l’Indonésie, et les Philippines en Asie. Le modus operandi de ces attentats est quasiment le même : explosions, attentas suicide ou non, voitures piégées, les lieux visés étant les transports en commun, les ambassades, les résidences d’étrangers, les hôtels et restaurants fréquentés par des touristes étrangers. Les plus spectaculaires restent sans doute les attentats qui ont frappé New York le 11 Septembre 2001, où 4 avions de ligne ont été détournés, et se sont écrasés contre les tours jumelles du World Trade Center, le Pentagone, et en Pennsylvanie. Ces attentats doivent être condamnés, et ne peuvent recevoir aucune justification, car ils visent et font des victimes innocentes. Cependant, il ne suffit pas de condamner, il faut essayer de comprendre, pour trouver les solutions les plus adaptées et les plus à même d’arrêter définitivement ce fléau. Posons nous la question : ces poseurs de bombes, ces kamikazes, qu’y sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Que cherchent-ils ?
Ils appartiennent directement ou indirectement à la mouvance islamiste Al Qaida, qui a été créée par le milliardaire Saoudien Oussama Ben Laden, au lendemain de l’invasion de l’Afghanistan par des troupes soviétiques en 1980. En effet, dés 1982, 35.000 intégristes musulmans en provenance de 40 pays islamiques, ont convergé vers l’Afghanistan pour s’opposer à l’invasion soviétique. Al Qaida a été aidée à cette époque moralement et matériellement par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis d’Amérique à travers l’ISI (Inter Services Intelligence). L’objectif du Président Reagan, en aidant Al Qaida, était de déstabiliser l’URSS. On estime qu’en 1987, l’aide aux moujahidines afghans, en provenance de l’Arabie Saoudite et des Etats-Unis, consistait en 65.000 Tonnes d’armes, et un grand nombre de spécialistes militaires, le tout transitant par le Pakistan. La résistance afghane connut la victoire, puisque les troupes soviétiques se sont retirées de l’Afghanistan en 1989, et que les Talibans installèrent en 1995 un gouvernement islamiste intégriste.
Les circonstances changèrent totalement en 1991 avec la première guerre du Golfe (17 Janvier – 03 Mars) et la fin de la guerre froide, suite à la dissolution de l’URSS (21 Décembre). Les Etats-Unis se sont rapprochés de la Russie, et n’appréciaient guère le régime intégriste des Talibans. De l’autre côté, Al Qaida a condamné l’installation de bases militaires américaines en Arabie Saoudite et l’invasion de l’Irak. Al Qaida reprochait également l’appui indéfectible des Etats-Unis à Israël, au détriment des Palestiniens. Une guerre ouverte a alors commencé contre l’Occident et ses alliés par Al Qaida, avec le premier attentat en 1993 contre le World Trade Center, et 3 attentats en 1995, 1996 et 1998 en Arabie Saoudite, au Kenya et en Tanzanie, visant des intérêts américains. Ce qui a valu à Oussama Ben Laden l’émission d’un mandant d’arrêt international en 1998. L’enchaînement diabolique des événements a continué par les attentats du 11 Septembre 2001 à New York, l’invasion de l’Afghanistan en Octobre 2001 et de l’Irak en Mars 2003.
Après ce bref rappel historique, venons-en aux motivations d’Al Qaida. Ses idéologues partent du constat déplorable de l’état actuel du monde musulman, qui a connu dans le passé une brillante civilisation. Ils expliquent cette situation par le non respect par les musulmans des préceptes originaux de l’Islam dans toute leur rigueur, par la faillite des idéologies nationalistes et marxistes-léninistes, et enfin par l’empiétement du monde occidental à la fois territorial et sociétal. D’où leur objectif, de créer dans les Etats musulmans des régimes intégristes ayant la Charia (Loi musulmane) pour juridiction, et de combattre toute occupation du territoire musulman (Dar Islam) par les puissances occidentales. N’ayant pas les moyens militaires pour confronter les armées occidentales, leur seule arme est le terrorisme orienté contre les « envahisseurs et leurs alliés ».
Al Qaida n’est pas une organisation structurée et hiérarchisée. Mais les idées qu’elle prône trouvent un écho, tant dans les milieux défavorisés et peu cultivés des sociétés musulmanes, que chez certains intellectuels musulmans, exaspérés par le sentiment d’injustice et d’arrogance de l’Occident vis-à-vis des pays musulmans. D’où la facilité de recrutement de ses membres, tant sur le plan local qu’international. Les cellules ainsi créées disposent d’une large autonomie, et peuvent décider d’elles mêmes des actions violentes. Il ne faut pas cependant négliger le volet financier, qui permet de faciliter certains recrutements, et de préparer notamment les attentats. Face à cette analyse, que faut-il faire pour contrer le terrorisme islamiste ?
Tony BLAIR a eu raison, après les attentats de Londres de déclarer qu’il faut rechercher les causes de ce terrorisme. Le problème est complexe et les remèdes multiples. Il y a tout d’abord le coté sécuritaire à développer davantage. Un premier pas a été réalisé en 2002 par le Conseil de l’Union Européenne qui a introduit le mandat d’arrêt européen, pour remplacer les procédures d’extradition. Il faut multiplier les échanges de renseignements, et les conférences sécuritaires. L’initiative 5+5 (5 pays européens et 5 pays de l’UMA) va dans le bon sens, et permet de lutter efficacement contre le terrorisme dans la région euro-méditerranéenne. Il faut renforcer les législations anti-terroristes, mais dans le respect des droits de l’homme.
Cependant, toutes ces mesures sécuritaires, si elles sont nécessaires, ne sont pas suffisantes. C’est pour celà qu’il faut agir également sur le fonds du problème. Sur le plan politique, il y a lieu d’abord de résoudre rapidement le problème israélo-palestinien. La création de l’Etat d’Israël est ressentie par tous les musulmans comme une profonde injustice. La responsabilité de l’Occident dans cette affaire est patente : Déclaration anglaise de Balfour prônant la création d’un foyer juif au Palestine, et l’appui inconditionnel des Etats-Unis d’Amérique à l’Etat d’Israël. La solution, à mettre en place d’urgence, est la création au côté d’Israël, d’un Etat Palestinien viable, indépendant, et reconnu internationalement. Il faudrait aussi que les troupes d’occupation soient retirées le plus rapidement possible d’Afghanistan et d’Irak. L’Occident ne devrait plus appuyer les régimes musulmans non démocratiques, mais aider les forces progressistes dans ces pays, à instaurer la démocratie, les libertés, et l’Etat de droit.
Sur le plan économique, l’Occident devrait aider le monde musulman, qui est la région la plus pauvre de la planète après l’Afrique Sub-Saharienne, à se développer. Les thèses intégristes trouvent leur champ privilégié dans les milieux défavorisés et non éduqués. Cette aide doit revêtir 3 volets : l’aide publique au développement en favorisant l’éducation, l’annulation de la dette, et l’accès aux marchés. La dernière décision du G8 d’accorder 3 milliards de $ à l’Autorité Palestinienne pendant 3ans va dans le bon sens, mais devrait rester permanente jusqu’à la consolidation de l’Etat Palestinien.
En conclusion, on peut affirmer que le terrorisme international peut être vaincu à moyen terme, à condition de ne pas se contenter de le réprimer, mais d’analyser ses causes profondes et d’y remédier.

POUR VAINCRE LA PAUVRETE AU MAROC
LA REFORME FISCALE EST NECESSAIRE

La pauvreté au Maroc est une donnée réelle. Sa Majesté le Roi Mohamed VI dans son discours du 18 Mai 2005 lançant l’INDH (Initiative nationale de développement humain) a déclaré «De larges franges de la population marocaine, et des zones entières du territoire national vivent dans des conditions difficiles, et parfois dans une situation de pauvreté et de marginalisation, qui est incompatible avec les conditions d’une vie digne et décente ».
Le Haut Commissariat au Plan dans son Rapport 2001 (les résultats du recensement de 2004 ne seront connus qu’à l’automne 2005), indique que 17,8% de la population totale vit dans la pauvreté relative, dont 8,8% dans une pauvreté absolue. La pauvreté relative est calculée sur la base d’un revenu mensuel moyen de 1.700,00 DH par ménage, et la pauvreté absolue sur la base d’un revenu moyen mensuel de 1.300,00 DH par ménage. La pauvreté relative, comme la pauvreté absolue sont plus fortes dans le monde rural que dans le monde urbain : 23,1% contre 6,3% pour la pauvreté relative, 13,8% contre 2,9% pour la pauvreté absolue. Toujours en 2001, la population rurale qui représentait 44% de la population totale, constituait 74,5% de la population pauvre du Royaume. Il y avait 4,8 fois plus de pauvres absolus dans le monde rural que dans le monde urbain, et les régions les plus pauvres étaient : Meknès-Tafilalet, Gharb-Charda-BenHsen, Marrakech-Tensift-ElHaouz, et Souss-Massa-Drâa. Les expressions les plus courantes de la pauvreté sont le logement insalubre sans eau potable ni électricité, l’alimentation insuffisante et déséquilibrée, les soins de santé précaires, l’analphabétisme, le manque de moyens de transport et de loisirs culturels et sportifs.
Cette situation est intolérable tant sur le plan moral qu’économique. Sur le plan moral, il est inadmissible qu’une minorité de la population marocaine vit dans le confort et l’aisance, et que la plus grande majorité vit dans la pauvreté et la misère. Sur le plan économique, l’intégration de la population pauvre dans le circuit productif, augmentera la consommation et la prospérité du pays. Face à cette situation, toutes les forces vives de la Nation doivent agir pour remédier au fléau de la pauvreté : Gouvernement, Secteur économique privé, Société Civile, Organisations non gouvernementales.

Sa Majesté le Roi a lancé à juste titre le 18 Mai 2005 l’INDH qui est basée sur trois principes fondamentaux :
• Conception et lancement de politiques publiques intégrées pour éradiquer la pauvreté.
• Financement de l’INDH par le Budget public de l’Etat
• Ciblage dans une première étape des zones les plus défavorisées : 360 communes rurales et 250 quartiers en milieu urbain et périurbain.

Moins de deux mois plus tard, le 27 Juin 2005, a été signée à Agadir la Convention pour le financement de l’INDH, portant sur une enveloppe globale de 10 Milliards de dirhams, pour des actions étalées sur la période 2006-2010. Participeront au financement de cette Convention l’Etat à hauteur de 60%, les Collectivité locales à hauteur de 20%, et l’aide internationale à hauteur de 20%. Pour le reste de l’année 2005, il a été prévu une enveloppe de 250 Millions de DH, la contribution de l’Etat et des Collectivités locales devra passer à 1,5 Milliard de DH par an en 2006 et 2007, et à 2 Milliards de DH par an à partir de 2008.
Cependant, si le recours au Budget de l’Etat pour le financement de l’INDH assure sa pérennité, il faut souligner que les finances publiques sont, et seront soumises dans l’avenir à des tensions très fortes. Le déficit budgétaire selon le Rapport annuel de Bank Al Maghreb a atteint 3,2% du PIB en 2004. Des charges exceptionnelles vont alourdir le Budget 2005 et les suivants, tels que la flambée du prix du pétrole, les effets de la sécheresse, et le coût de l’opération des départs volontaires dans l’Administration et les Collectivités locales. D’où la nécessité impérieuse d’augmenter les recettes de l’Etat, pour ne pas aggraver le déficit budgétaire.
Dès lors, une réforme fiscale s’impose et doit être mise en œuvre dans les meilleurs délais. Cette réforme fiscale doit être basée sur les points suivants :
• Une meilleure gouvernance des finances publiques, pour diminuer les dépenses et augmenter les recettes, notamment par la formation et la transparence.
• L’élargissement de l’assiette de l’impôt, par la révision des régimes dérogatoires et l’imposition des secteurs non assujettis à l’impôt, tels que le secteur informel et l’Agriculture. Selon une étude récente, l’informel représente 45% du PIB national. Concernant l’Agriculture, il s’agit d’assujettir les gros exploitants agricoles, qui doivent également contribuer à l’effort national.
• La lutte contre la fraude fiscale et la simplification des procédures : réduction du nombre des impôts, et réduction de nombre des taux.
• L’élaboration d’une fiscalité spécifique pour les PME, tant au niveau de la simplification des procédures, qu’au niveau des taux d’imposition. Cette initiative pourra faciliter l’imposition du secteur informel.
Seule cette réforme fiscale permettra au Budget de l’Etat de dégager les fonds nécessaires pour le financement de l’INDH. Ce dernier ne doit pas être basé uniquement sur les fonds publics, mais doit faire appel aux fonds privés marocains. Il faut également faire largement appel à l’aide internationale : Institutions internationales, Gouvernements amis du Maroc tant dans les pays Arabes qu’au Occident. Il faut « vendre » le Projet INDH sur le plan national et international.

CONFLIT ISRAELO- PALESTINIEN
LE DIFFICILE RETRAIT ISRAÉLIEN DE GAZA

Le Conflit israélo- Palestinien qui dure depuis un demi-siècle n’en finit pas de faire des victimes de part et d’autre. A l’origine de ce conflit, une erreur historique a été commise, qui a occasionné une profonde injustice. L’erreur historique a été de décider d’installer un foyer juif, puis de créer l’Etat d’Israël en terre de Palestine. Or la Palestine n’était pas une terre «nuullus» c'est-à-dire sans maître, la Palestine était habitée depuis des siècles par les Arabes. Ces derniers considèrent depuis lors qu’une grande injustice a été commise à leur égard.
La responsabilité de l’Occident est patente dans cette affaire. D’abord l’Allemagne nazie, qui a commis un véritable génocide en supprimant six millions de juifs dans des conditions abominables. Ensuite l’Angleterre, qui par la Déclaration de Balfour a promis l’installation d’un foyer juif en Palestine. Enfin les Etats-Unis qui, depuis la création d’Israël, apporte à ce pays un soutien indéfectible, du fait du lobbying juif très influent au Congrès, dans les médias et la finance.
Les conséquences de cette erreur historique sont incommensurables : des millions de réfugiés palestiniens rejetés vers les pays arabes voisins, trois guerres meurtrières entre Israël et les pays Arabes, la colonisation des terres arabes par Israël, et une occupation policière et militaire humiliante, entravant toute les libertés, et notamment la liberté de circulation. Face à cette situation le peuple palestinien s’est révolté, d’une part par la résistance populaire (Intifada), et d’autre part par les attentats, qu’il considère comme des actes de résistance.
La Communauté internationale a été incapable jusqu’à maintenant de résoudre ce problème, qui alimente en partie le terrorisme international. Toutes les résolutions de l’ONU favorables aux Palestiniens n’ont jamais été appliquées. Les Palestiniens et les Arabes ont dénoncé cette politique de « deux poids, deux mesures ». Lorsque l’ONU a voté la résolution enjoignant à la Syrie de quitter militairement le Liban, cette résolution a été appliquée immédiatement, grâce à la pression très forte exercée par les Etats-Unis et la France.
Israël a décidé unilatéralement de quitter la Bande de Gaza par l’évacuation de 8.000 colons. Ce retrait est difficile, car les dirigeants d’Israël avaient promis à leur peuple le « Grand Israël », et avaient encouragé l’implantation de colonies sur des terres qui ne leur appartenaient pas. Sur ce problème des colonies, l’Occident a laissé faire, et n’a jamais exercé une pression suffisante sur Israël pour les stopper.
Mais au-delà de ce retrait israélien de Gaza, la résolution du conflit israélo-Palestinien ne peut être que globale. Ami AYALON, un Israélien, ancien chef du Shin Bet a déclaré récemment dans une interview au journal marocain l’Economiste « Tant que les Palestiniens n’auront pas d’espoir, les Israéliens ne pourront pas prétendre à la sécurité ».
Pour rendre l’espoir au Palestiniens, il faut négocier avec eux. Le moyen le plus efficace serait une Conférence internationale chapeautée par le Quartet : ONU, USA, Union Européenne, Russie. Cette Conférence devrait se tenir en Europe (à Genève par exemple), et aborder les quatre questions fondamentales suivantes :
• Délimitation exacte du territoire du futur Etat Palestinien et date de sa création effective
• Problème des réfugiés palestiniens
• Problème de Jérusalem
• Problème des colonies israéliennes implantées en territoire palestinien
Cette Conférence devrait tenter de rapprocher les points de vue des deux parties sur ces quatre questions fondamentales. Il s’agit bien de négociations, et donc chaque partie doit faire des concessions à l’autre. Les tuteurs de la Conférence devront user de tout leur poids pour obtenir des résultats concrets. Le moment est venu où les deux puissances mondiales (Etats-Unis et Union Européenne) doivent prendre leur responsabilité pour solutionner définitivement ce problème. Sinon, ce conflit va continuer à s’enliser, à entraîner des victimes innocentes de part et d’autre, à alimenter le terrorisme international, et à empoisonner les relations internationales.

LA VOIE ESPAGNOLE

De retour de Madrid, où j’ai passé quelques jours de vacances, j’ai constaté l’immense progrès réalisé par cette ville, et par l’Espagne en général sur le plan politique, économique, social et culturel.
Madrid tout d’abord est une grande ville moderne, aux larges avenues, aux belles places, où règnent partout la propreté et la quiétude. J’ai été impressionné par l’excellence des transports en commun, que j’ai empruntés régulièrement : un métro moderne et des bus confortables.
Les monuments, les musées sont tous équipés au standard européen : visites guidées, appareils audio pour faciliter la visite, cafeteria aux prix raisonnables. Enfin, les gens sont tous bien habillés, attentifs et prêts à renseigner le visiteur étranger. Tout en visitant la ville et ses environs, je me rendais compte du progrès considérable réalisé par l’Espagne durant les quarante dernières années. On se rappelle tous en effet l’Espagne des années soixante, peu développé, mal équipée, et aux mœurs surannés.
L’Espagne d’aujourd’hui dispose d’un PIB par habitant de 23.000 Euros, soit l’équivalent de la moyenne du PIB de l’Europe à 25. Son économie est florissante grâce à un produit intérieur brut de 837 Milliards d’Euros en 2004, qui la classe en bonne place parmi les pays européens. Signe d’un pays développé, ce PIB est composé de 60,5% par les services et 14,3% par l’industrie. L’agriculture, l’élevage et la pêche ne représentent plus que 3% du PIB. Les points forts de l’économie espagnole sont les services et notamment le tourisme (53 Millions de touristes en 2004), et une industrie diversifiée et performante qui a exporté en 2004 pour 215 Milliards d’Euros de biens et de services.
A quoi est dûe cette situation enviable ?
Elle est dûe d’abord à une démocratisation poussée du système politique. En effet, après la dictature de Franco (1939-1975), et l’accession au trône du Roi Juan Carlos, fut adoptée en 1978 une nouvelle Constitution. Cette dernière élargit considérablement le champ des libertés et des droits du citoyen. Elle définit et fixe les prérogatives des principales Institutions : le Roi, le Parlement, le Gouvernement, la Justice, les Communautés autonomes. La transition démocratique s’est passée dans des bonnes conditions, ne s’attardant pas sur les erreurs du passé, mais regardant plutôt l’avenir.
La démocratisation du régime espagnol a permis l’adhésion en 1986 de l’Espagne à l’Union Européenne. On peut considérer cette dernière date, comme le démarrage de son fulgurant développement économique et social. En effet l’Espagne a dû, pour entrer à l’Union Européenne, satisfaire aux conditions d’adhésion, en mettant au standard européen sa législation dans tous les domaines. Elle a aussi bénéficié d’une importante aide technique et financière de l’Union Européenne pour mettre à niveau son économie. En effet en 1986, l’Union Européenne ne comprenait que 10 membres, et disposait de fonds importants, qui ont aidé l’Espagne à moderniser son agriculture dans le cadre de la Politique Agricole Commune, et ses régions pauvres grâce aux fonds structurels. L’Espagne a compris que son avenir et sa prospérité sont liés à l’Europe, et c’est pour cela qu’elle a toujours défendu la construction européenne. La preuve en est le vote positif où 76% du peuple espagnol lors du référendum du 20 Février 2005, concernant le Traité Constitutionnel de l’Europe.
Mais on ne peut expliquer le fulgurant développement économique et social de l’Espagne uniquement par la démocratisation de son régime et son adhésion à l’Union Européenne, qui ont certes joué un très grand rôle. Le peuple espagnol qui a connu une histoire prestigieuse, et une brillante civilisation, est un peuple fier, qui ne pouvait accepter d’être rangé parmi les derniers d’Europe Occidentale. Aussi, encadré par des partis politiques sérieux et dynamiques, mobilisé par des intellectuels convaincus, informé par des médias écrits et audio-visuels performants, il a bénéficié de dirigeants politiques qualifiés et intègres, qui ont réussi à le mettre au travail.
La Maroc, pays voisin de l’Espagne, a certes ses spécificités, mais aussi beaucoup de similitudes. Aussi, avons-nous intérêt à approfondir davantage la voie espagnole.

QUATRE ANS APRÈS LE 11 SEPTEMBRE 2001
QUEL BILAN ?

Le quatrième anniversaire des attentats du 11 Septembre 2001 à New-York, nous donne l’occasion de faire le bilan des relations entre l’Occident et le monde musulman.
Une constatation tout d’abord : le terrorisme international ne s’est pas arrêté, mais s’est même amplifié. Après le 11 Septembre 2001 à New-York, et pour ne citer que les plus importants, il y a eu les attentats de Madrid du 11 Mars 2004, de Londres du 07 Juillet 2005, et les attentats quasi- quotidiens en Irak. Le principal instigateur des attentats du 11 Septembre 2001, Oussama Ben Laden court toujours, et l’organisation Al Qaïda est omniprésente, et revendique les attentats commis.
Tout en continuant évidemment à lutter contre le terrorisme international par tous les moyens policiers et juridiques, il y a lieu aussi d’en chercher les causes et y remédier.
Or, plusieurs événements se sont passés depuis le 11 Septembre 2001. Les Etats-Unis, sous prétexte que les terroristes de New-York étaient entraînés en Afghanistan, ont envahi ce dernier pays, contrairement aux lois internationales en vigueur, qui ne justifient l’agression d’un pays souverain, que dans le cadre de la légitime défense. Certes, le régime honni des Talibans a été renversé, mais au prix d’une guerre sanglante, et de la violation d’un principe fondamental des Nations Unies, qui est le droit des peuples à se déterminer eux-mêmes.
Plus grave encore a été l’agression de l’Irak par les Etats-Unis le 20 Mars 2003. Cette fois, le Président Bush a invoqué la connivence de l’Irak avec le terrorisme international, et la présence dans ce dernier pays d’armes de destruction massive menaçant son pays. Ces deux arguments se sont avérés par la suite fallacieux, puisque aucune preuve n’a été donnée quant aux liens de Saddam Hussein avec Al Qaïda, et qu’aucune arme de destruction massive n’a été trouvée par l’armée américaine après la conquête de l’Irak. Passant outre les réticences de Conseil de Sécurité de l’ONU, et l’opposition de deux grands pays occidentaux : la France et l’Allemagne, les Etats-Unis ont d’une manière unilatérale envahi l’Irak, et renversé le régime de Saddam Hussein. Depuis 2003, le peuple martyr d’Irak subit une situation chaotique, où chaque jour apporte son lot de souffrances, de peines, et de sang.
Concernant le conflit israélo-arabe, la situation a peu évolué. Les Etats-Unis continuent de soutenir indéfectiblement l’Etat juif, qui a pris l’initiative de construire « le mur de la honte » encerclant le peuple palestinien dans un ghetto insupportable. Certes, pour des raisons sécuritaires, Israël s’est retiré de la Bande de Gaza, mais envisage de créer de nouvelles colonies en Cisjordanie sur le territoire palestinien. Les autres territoires arabes sont toujours occupés par Israël, et on ne perçoit aucune volonté réelle des dirigeants israéliens de s’asseoir à la table de négociations avec les palestiniens, pour discuter des problèmes de fonds. Ces problèmes concernent la création de l’Etat Palestinien et la détermination de son territoire, le sort de Jérusalem, le droit au retour des réfugiés palestiniens, la question des colonies juives installées sur le territoire palestinien.
Les Etats-Unis ont lancé le projet « Grand Moyen-Orient » dont l’objet principal est la démocratisation des pays arabes et musulmans. Ce projet, méritoire en soi, n’a eu que de très faibles répercussions à ce jour. On peut citer l’élection des Conseils municipaux en Arabie Saoudite (mais qui exclut les femmes), la pluralité des candidats à l’élection présidentielle égyptienne, l’affranchissement du Liban de la tutelle syrienne. Mais ce projet ne peut réussir et atteindre sa pleine efficacité, que si les Etats-Unis améliorent significativement leur image dans le monde arabo-musulman.
On voit donc que le bilan, quatre années après le 11 Septembre 2001 est très mitigé. Que faire alors pour améliorer la situation dans les années à venir ?
Les Etats-Unis et leurs Alliés doivent se retirer le plus rapidement possible d’Afghanistan et d’Irak. L’une des causes invoquées par les partisans d’Al Qaïda est l’occupation de territoires musulmans par des troupes étrangères. Cet élément est très important, car tout musulman a l’obligation de défendre « Dar Al Islam » le territoire musulman. Le retrait des troupes étrangères d’Afghanistan et d’Irak va contribuer considérablement à l’instauration de la paix dans ces pays, et à l’apaisement de la tension internationale.
Le conflit israélo-arabe doit trouver une solution. Tant que ce conflit durera, il sera source d’empoisonnement des relations internationales. Il faut réparer l’erreur historique qui a consisté à installer l’Etat d’Israël en territoire arabe. Pour cela, les Etats-Unis et l’Europe doivent prendre leur responsabilité et peser de tout leur poids pour solutionner ce problème. Une Conférence internationale sous l’égide des promoteurs de la Feuille de Route (ONU, Etats-Unis, Europe, Russie) doit se tenir rapidement, et amener les deux parties à trouver un compromis sur toutes les questions. La résolution de ce problème est également très importante pour l’apaisement de la tension internationale, car tout arabe et tout musulman éprouve un sentiment d’humiliation et d’injustice vis-à-vis de ce drame politique et humain.
Quant au projet « Grand Moyen Orient », il ne peut réussir que si les problèmes d’Afghanistan, d’Irak et de Palestine sont résolus. Les Etats-Unis doivent également faire preuve de moins d’arrogance sur la scène internationale, abandonner l’unilatéralisme, et promouvoir les instances internationales, telle que l’ONU. C’est au sein des instances internationales que les grandes questions de l’humanité doivent être discutées et des solutions adoptées : démocratisation des régimes autoritaires, développement économique et social des pays pauvres. Concernant la démocratisation des régimes autoritaires, il faudrait statuer sur « le droit d’ingérence ». Ce droit a été invoqué par certains penseurs, tel que le Docteur Bernard KOUCHNER, pour des raisons humanitaires, comme par exemple éviter un génocide. Peut-on l’invoquer également pour imposer la démocratie à un pays souverain ?
De même les Etats-Unis ont évoqué le principe de « guerre préventive », qui consiste à attaquer militairement un pays, lorsqu’il est supposé constituer une menace. De telles questions de fonds et de principes ne peuvent être discutés et résolus qu’au sein des organisations internationales.
En conclusion, on peut affirmer que le bilan, quatre années après le 11 Septembre 2001 est plutôt négatif. Trois problèmes doivent recevoir la priorité de la communauté internationale : l’Irak, le conflit Israélo-Palestinien et l’Afghanistan. Les Etats-Unis, hyper-puissance mondiale, ont un rôle primordial à jouer. Ils doivent se retirer le plus rapidement possible d’Afghanistan et d’Irak, équilibrer leur position dans le conflit israélo-palestinien, et peser de tout leur poids pour la solution de ce problème. Ils doivent abandonner l’unilatéralisme, et s’asseoir avec la communauté internationale pour trouver une solution aux deux grands problèmes de l’humanité, qui sont la démocratisation des régimes politiques partout dans le monde, et le développement économique et social des pays les plus défavorisés.

POUR UNE REFORME RADICALE DE L’ONU

Le Général De Gaulle avait qualifié l’ONU de « machin ».Certainement, voulait-il dire que c’est une organisation internationale lourde, coûteuse et peu efficace. En effet, elle est lourde puisqu’elle emploie quelques 12.000 fonctionnaires civils issus d’une centaine de pays, au travers de ses 30 organisations apparentées. Coûteuse, puisque son budget annuel avoisine les 3 milliards de Dollars. Enfin, peu efficace, puisque les succès depuis sa création il y a 60 ans se comptent sur les doigts de la main.
Le dernier Sommet de l’ONU qui s’est achevé à New York le 16 Septembre 2005, et qui a regroupé 150 chefs d’Etats et de Gouvernements, apporte en effet une nouvelle preuve de son inaptitude à se réformer, et accomplir convenablement les missions qui lui ont été confiées dans sa Charte du 24 Octobre 1945. En effet, sa principale structure : le Conseil de Sécurité, n’a pas reçu de modification depuis sa création il y a 60 ans. Y figurent toujours 5 membres permanents avec droit de veto (Etats-Unis, Chine, France, Royaume Uni et Russie) et 10 autre membres élus par l’Assemblée générale pour 2ans. Le droit de veto donne un pouvoir exorbitant aux 5 membres permanents, puisque toute résolution du Conseil de sécurité peut être bloquée par un seul membre permanent. Cette configuration émane de la fin de la seconde guerre mondiale, et comporte les pays vainqueurs de cette dernière guerre. Or, elle ne correspond plus au monde actuel, parce que la situation a complètement évolué. Comment peut-on accepter que le Conseil de sécurité soit composé de 3 membres permanents d’Europe, 1 membre permanent d’Amérique du Nord et 1 membre d’Asie, sans que l’Afrique et l’Amérique de Sud ne disposent d’aucun membre permanent. Pour le Sommet qui vient de se terminer à New York, trois propositions de réforme du Conseil de Sécurité ont été faites, mais aucune n’a abouti, et le statu quo est maintenu. Il est d’extrême urgence, pour augmenter l’efficacité de l’ONU, que la réforme du Conseil de sécurité soit adoptée dans les meilleurs délais.
Le Sommet du 60ème anniversaire de l’ONU n’a pas non plus, statué sur deux problèmes mondiaux fondamentaux : le désarmement et la non prolifération nucléaire. Il a certes condamné le terrorisme international « sous toutes ses formes et manifestations », mais a été incapable de donner une définition universelle du terrorisme. De même, il n’a pris aucune mesure concrète quant à l’accélération de la réalisation des objectifs du millénaire, fixés en 2000, et tendant à réduire de moitié l’extrême pauvreté dans le monde d’ici à 2015. Enfin, il n’a évoqué qu’en termes généraux la nécessité d’améliorer les pratiques dans l’administration de l’ONU, qui a été éclaboussée par le scandale du programme « pétrole contre nourriture de l’Irak ».
Les seuls éléments positifs de ce dernier Sommet ont été la confirmation du droit d’ingérence, au travers du Conseil de sécurité, et par la force si nécessaire, contre tout Etat coupable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide ou de nettoyage ethnique. De même, il a prévu la création d’un Conseil des droits de l’homme, et d’une Commission de la consolidation de la paix, pour éviter que des pays sortant d’un conflit, retombent dans la violence. Il appelle les pays qui ne l’ont pas encore fait (notamment les Etats-Unis) à consacrer 0,7% de leur PNB à l’aide publique au développement d’ici 2015. Il souligne la nécessité d’alléger et de rééchelonner la dette des pays en développement, et de trouver une solution à la volatilité des matières premières, qui affecte les pays les moins développés. Il incite les pays développés à ouvrir leurs marchés, sans droits de douane et sans quota, aux produits des pays en développement. Enfin, il exhorte la communauté internationale à remplir ses engagements concernant le réchauffement climatique et le Protocole de Tokyo. Mais toutes ces recommandations sont des « vœux pieux » sans aucune contrainte, et sans la certitude qu’ils seront mis en application.
Dans la décennie à venir, l’ONU doit poursuivre trois objectifs fondamentaux concernant l’humanité toute entière :
• Le maintien et la consolidation de la paix, menacée par les conflits, le terrorisme et la guerre.
• La lutte contre la pauvreté qui afflige les 2/3 de la population mondiale.
• Le respect des droits de l’homme, qui sont encore bafoués dans plusieurs pays.
Pour cela, une réforme radicale est nécessaire quant à son organisation, ses procédures et ses moyens d’action. C’est une tâche primordiale à laquelle il faut s’attacher dès maintenant, pour la mettre en vigueur lors du prochain Sommet en 2006. Sinon l’ONU continuera à être « un machin », comme l’a qualifié le défunt Général De Gaulle.

L’IMMIGRATION CLANDESTINE : UN DRAME HUMANITAIRE

Partout dans le monde, des hommes, des femmes, et des enfants tentent de fuir leur pays, marqué par la violence, le sous-développement et la misère. Ils essaient de pénétrer clandestinement dans des pays développés afin de sauver leur vie, trouver un emploi et gagner de quoi vivre.
Cette immigration clandestine a pris dernièrement des proportions importantes et tragiques depuis Août dernier, notamment à Mellilia et Sebta, villes marocaines occupées par l’Espagne. En effet, il ne s’agit plus de quelques clandestins qui tentent de s’infiltrer, mais de milliers de personnes qui prennent d’assaut les clôtures marquant la frontière entre le Maroc et les présides espagnols. Ces assauts ont causé la mort de sept clandestins : deux à Mellilia et cinq à Sebta, ainsi que des centaines de blessés, alors que deux cent d’entre eux ont pu passer la frontière. Sebta et Mellilia sont choisies, parce qu’elles constituent les portes d’entrée de l’espace Schengen, et permettent d’éviter la traversée dangereuse et coûteuse du détroit de Gibraltar. Ces clandestins proviennent en majorité de l’Afrique Sub-Saharienne au travers de la frontière algérienne.
Le Maroc et l’Espagne ont pris des mesures sécuritaires. L’Espagne notamment, a construit une double clôture de 8 Km à Sebta et 12 Km à Mellilia, et va élever leur hauteur de trois mètres à six mètres d’ici Février 2006. Elle est également en train d’étudier la mise en place des systèmes de détection infra-rouge, permettant d’alerter de la présence des clandestins plusieurs mètres à l’avance. Enfin, elle a renforcé par des contingents militaires la Guardia Civil, portant ses effectifs à 716 éléments depuis les derniers événements de Sebta et Mellilia. Mais au-delà des mesures sécuritaires, ces événements tragiques posent de nombreux problèmes, auxquels il faut trouver des solutions.
L’Afrique Sub-Saharienne, depuis les indépendances acquises dans les années soixante, est traversée de conflits et de guerres qui ont installé l’instabilité politique. La mauvaise gouvernance et la corruption, malgré des ressources naturelles abondantes, n’ont pas permis un développement économique et social suffisant. L’organisation de l’Unité Africaine, au lieu de se concentrer sur les problèmes de développement, s’épuise dans des combats politiques stériles, et fait montre d’une inefficacité flagrante. Au niveau du développement économique et social, le continent africain se classe en dernier, alors que l’Asie et l’Amérique du Sud ont réalisé des progrès considérables. Il convient dès lors que les pays africains, individuellement et collectivement, se prennent en mains, et assurent leur propre développement. Ce n’est qu’à cette condition, que leurs ressortissants ne tenteront plus, au péril de leur vie, de traverser illégalement les frontières.
La communauté internationale, et notamment les pays développés, ont également leur part de responsabilité. Peu d’entre eux accordent 0,7% de leur PNB à l’aide publique au développement, malgré les nombreuses injonctions de l’ONU. Leurs marchés sont fermés aux produits agricoles des pays en voie de développement, alors que les cours des matières premières ne cessent de se dégrader. Enfin, leurs investissements sont majoritairement réalisés dans les autres pays développés. Il convient dès lors que les pays développés et les Organisations internationales (ONU, Banque Mondiale, FMI, G7) donnent la priorité au développement de l’Afrique, et mettent en œuvre les moyens humains et financiers nécessaires à son développement.
Concernant le problème spécifique de l’immigration clandestine entre l’Afrique et l’Europe, le Maroc et l’Espagne ne peuvent à eux seuls résoudre ce problème. L’Union Européenne doit également se pencher sur la question, et apporter une aide morale et matérielle conséquente, car tous les pays européens sont concernés par cette immigration. L’Union Européenne doit en outre revoir et développer ses relations avec l’Afrique du Nord dans le cadre de la future Conférence de Barcelone, et avec l’Afrique Sub-Saharienne dans le cadre des Accords ACP (Afrique, Caraïbes, et Pacifique).
D’un autre coté, et vu que les relations maroco-espagnoles se sont nettement améliorées, il y a lieu de rouvrir le dossier de la récupération par le Maroc des ville de Sebta et Mellilia, qui sont incontestablement sur le territoire marocain. Il faudrait reprendre l’idée de Feu le Roi Hassan II de créer un « Comité de Réflexion» maroco-espagnol sur l’avenir de ces deux villes. L’avantage de la récupération par le Maroc de ces deux villes, permettrait de repousser la frontière de l’Europe au-delà du détroit de Gibraltar, diminuant ainsi la pression des immigrants Sub-Sahariens sur l’Espagne à travers Sebta et Mellilia. La solution à trouver devrait garantir les intérêts des habitants de la ville, aussi bien d’origine marocaine qu’espagnole, à l’instar de la récupération par la Chine de l’enclave britannique de Hong-Kong.
Enfin, et cela est très important : les clandestins doivent être traités avec une grande humanité. C’est la peur et le désespoir qui les font quitter leurs pays, et ils essaient, comme tout être humain, d’améliorer leurs conditions de vie. En aucun cas, il ne faut toucher à leur dignité.

POUR L’ADHESION DE LA TURQUIE A L’UNION EUROPEENNE

La Turquie, pays musulman de 71 Millions d’habitants, mais à régime politique laïque, dont une partie de territoire se trouve en Europe, a reçu une promesse d’adhésion à l’Union Européenne dès 1963. Depuis cette date, elle a établi effectivement l’union douanière avec l’ensemble européen, mais son adhésion a continuellement été reportée pour diverses raisons. Parallèlement, l’Union Européenne s’élargissait à de nombreux pays, le dernier élargissement ayant eu lieu en Mai 2004, et concernait huit pays de l’Est Européen, plus Chypre et Malte, portant ainsi le total de membres à 25.
En Décembre 2004, un compromis a été signé entre l’Union Européenne et la Turquie, fixant le début des négociations d’adhésion au 03 Octobre 2005. A la dernière minute, l’Autriche s’est opposée à l’application de ce compromis, en voulant substituer à l’adhésion pleine et entière, un partenariat privilégié. Devant le refus catégorique de la Turquie, et l’action dynamique du ministre britannique Jaques Straw, l’opposition de l’Autriche a été levée, mais en acceptant l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Croatie, défendue par l’Autriche.
Si maintenant l’ouverture des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne est acquise, les conditions fixées pour l’adhésion effective sont draconiennes. En effet, l’adhésion n’est pas garantie, et les négociations doivent durer une dizaine d’années. Pendant cette période, la Turquie devra intégrer à sa législation « l’acquis communautaire » composé de pas moins de 35 chapitres, dont la circulation des capitaux, des biens et service, et des personnes, la sécurité alimentaire, l’éducation, la culture, et la protection de l’environnement. En outre, et au cours des négociations, l’Union Européenne peut suspendre les négociations, si des violations graves des libertés, de la démocratie, des droits de l’homme et de l’état de droit, sont commises en Turquie. Chaque chapitre doit faire l’objet d’un vote à l’unanimité des Etats membres, qui devront par la suite voter à l’unanimité l’adhésion définitive, dont certains Etats par référendum. Au cours des négociations, devra être résolu le problème sensible de Chypre. En effet, par le Protocole du 29 Juillet 2005, la Turquie a accepté l’extension de l’union douanière à l’ensemble des pays membres de l’Union Européenne, dont Chypre ; mais n’a pas reconnu de « jure » l’existence de la République de Chypre, reconnaissance exigée par l’Union Européenne. Enfin, l’Union Européenne a subordonné l’adhésion définitive de la Turquie à l’adoption du budget communautaire 2014 - 2020.
Certes, les obstacles à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne sont nombreux et difficiles à surmonter, mais l’important est la décision de l’Union Européenne d’ouvrir les négociations d’adhésion. Cette décision a en effet plusieurs significations. Elle accroît tout d’abord la crédibilité de l’Union Européenne, en respectant la promesse d’adhésion faite dès 1963 à la Turquie. Elle récompense ce dernier pays dans son attitude pendant la guerre froide, et son appartenance dynamique à l’OTAN et au Conseil de l’Europe. Il faut saluer à cet égard la position courageuse, et favorable à l’adhésion, des grands leaders européens : le Président Jacques CHIRAC, le Premier Ministre Tony BLAIR et le Chancelier Gérard SHRODER.
Par cette décision, l’Europe envoie un message au monde musulman pour un dialogue constructif et fructueux, écartant toute idée de « choc des civilisations ». Les négociations d’adhésion vont permettre à la Turquie de faire un saut qualitatif dans tous les domaines. Sur le plan politique, elle va accroître les libertés, la démocratie, les droits de l’homme, l’état de droit. Sur le plan économique, elle va pouvoir développer ses infrastructures, créer de nouveaux emplois, mettre à niveau ses régions pauvres, notamment dans le monde rural. Sur le plan social, elle va pouvoir moderniser son éducation, enrichir sa culture, accroître la protection sociale, et fournir un logement décent à toute la population. La Turquie pourra devenir un exemple pour les autres Etats musulmans, ce qui permettra de diminuer la tension internationale, et son vecteur dévastateur : le terrorisme intégriste.
L’Union Européenne va également tirer partie de l’adhésion de la Turquie, en investissant un marché demandeur de 70 Millions de consommateurs, en augmentant sa compétitivité par des investissements croisés, en profitant d’une économie turque en pleine croissance. Les Européens doivent atténuer leur peur d’une vague déferlante des travailleurs turcs en Europe. L’exemple de l’Espagne a montré qu’un pays qui se développe, devient importateur de main d’œuvre, et non plus exportateur.
Sur le plan géostratégique, et en pensant à l’état du monde en 2050, on peut imaginer trois pôles hégémoniques. Le pôle américain, qui sera dominé par les Etats-Unis, le Mexique et le Canada. Le pôle asiatique qui sera dominé par la Chine, l’Inde et le Japon. Enfin le pôle européen, qui regroupera l’Europe et les pays méditerranéens. L’Europe a donc tout intérêt a construire son pôle dès maintenant, en tissant des liens très étroits avec les pays méditerranéens au Sud, afin d’assurer l’équilibre du monde en 2050.
Pour ce qui est du cas de notre pays, le Maroc, lié à la Turquie par un Accord de libre échange, nous avons tout intérêt au succès de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Nous pouvons y exporter d’avantage de produits, et surtout accueillir plus d’investissements de ce pays, qui a l’avantage de la proximité. Enfin, l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne nous ouvrira la porte de notre propre adhésion, car il n’y a pas de raisons à ce que le Maroc n’adhère pas lui aussi à l’Union Européenne.

LES RESULTATS DU RECENSEMENT GENERAL DE LA POPULATION
ET DE L’HABITAT
QUELS ENSEIGNEMENTS EN TIRER ?

Le Recensement Général de la Population et de l’Habitat effectué par le Haut Commissariat au Plan en Septembre 2004, et dont nous avons maintenant les résultats, est d’une importance capitale. Aucune composante de notre société ne peut rester indifférente à ces résultats, et nous devons tous nous mobiliser : Gouvernement, Secteur Privé, Société Civile pour analyser objectivement ces résultats, et surtout contribuer à les améliorer dans l’avenir. Pour ce qui me concerne, les points qui ont particulièrement éveillé mon attention sont les suivants :
Au niveau de l’éducation, malgré les efforts réalisés, le taux d’analphabétisme de 42,7% reste trop élevé, puisqu’il concerne 12 Millions de nos concitoyens, qui ne savent ni lire ni écrire, dont 60% dans la population rurale. Le taux de scolarisation de 80% est en amélioration, mais des efforts sont encore à faire pour augmenter le taux de 68% dans les campagnes, et celui de 77% des filles. Il faut noter aussi le taux trop grand de déperdition dans le parcours scolaire, puisque 27% des élèves s’arrêtent dès la fin du primaire, seuls 22% accèdent au secondaire et 5% au supérieur. Ce qui a pour conséquence une population jeune, à peine scolarisée, et peu qualifiée pour accéder aux emplois de plus en plus sophistiqués, qu’exige l’économie moderne. Enfin l’apprentissage des langues étrangères laisse à désirer, puisque seul 5,6% de la population maîtrise une autre langue étrangère, autres que les langues nationales et le français.
Au niveau des conditions de vie, certes le taux de pauvreté (Dépense d’environ 1$ par jour et par personne) a diminué à 14,2%, mais il concerne en valeur absolue 4,3 Millions de personnes, soit le même nombre de pauvres, qui était de 4,2 Millions en 1994. De plus, il y a une très grande disparité, puisque certaines régions du pays atteignent un taux de pauvreté de 40%. L’élément positif, qui et l’accession à la propriété (56,8%), est malheureusement contrebalancé par l’habitat insalubre qui concerne 15% de notre population. Il faut signaler les efforts appréciables de l’ONE et de l’ONEP pour l’accès à l’électricité (90%) et à l’eau potable (83%), cependant des efforts sont encore à faire dans le monde rural.
Au niveau de la démographie, nous nous trouvons dans une phase ultime de la transition démographique. Le taux annuel de croissance démographique n’est plus que 1,4%, et le taux de fécondité est tombé à 2,5%. L’âge du mariage s’est élevé pour les deux sexes : 26 ans pour les femmes et 31 ans pour les hommes. Cependant, cette évolution favorable est contrariée par l’augmentation du célibat, qui atteint le taux de 7%, et surtout le taux de mortalité infantile qui reste très élevé : 4,79%. Il faut noter aussi les premiers effets du vieillissement de la population : le pourcentage des enfants de – 15 ans diminué de 7% entre 1994 et 2004, et celui des personnes âgées a augmenté de 1%.
En conclusion, on peut affirmer que des efforts importants ont été réalisés durant les cinq dernières années, mais les défis restent immenses, pour assurer à notre population une vie digne et décente. Deux priorités doivent à mon avis rassembler toutes les énergies : l’éducation, par l’éradication de l’analphabétisme, la généralisation et l’amélioration de la qualité de l’enseignement ; et la lutte contre la pauvreté, par le développement des infrastructures, et la création des emplois et des revenus. L’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) lancée par SM le Roi Mohamed VI en Mai dernier, est un excellent instrument pour réaliser ces objectifs. Le Haut Commissariat au Plan va y contribuer grandement en dressant les cartes de la pauvreté, commune par commune, afin de mieux cibler les actions.

LE MODELE ESPAGNOL EST-IL TRANSPOSABLE AU MAROC ?

L’Espagne a connu ces dernières années un développement remarquable. On se rappelle tous de l’Espagne des années 1960, qui était encore peu développée, mal équipée et aux mœurs surannés. L’Espagne d’aujourd’hui dispose d’un PIB par habitant de 23.000 Euros, soit l’équivalent du PIB de l’Europe à 25. Son économie est florissante, grâce à un produit intérieur brut de 837 Milliards d’Euros en 2004, composé à 60,5% par les services, 14,3% par l’industrie, et seulement 3% par l’agriculture. Cette structure du PIB correspond à celle d’un pays développé. Les points forts de l’économie espagnole sont les services, et notamment le tourisme (53 Millions de touristes en 2004), et un industrie diversifiée et performante, qui a exporté en 2004 pour 215 Milliards d’Euros de biens et de services.
Les raisons de l’essor de l’Espagne sont de plusieurs types. D’abord le régime franquiste (1939-1975), tout en étant autoritaire et peu respectueux des droits de l’homme, a apporté au peuple espagnol la discipline, l’intégrité morale, l’éducation, et le goût de travail. Il fût suivi par une large démocratisation du système politique après l’accession au Trône du Roi Juan Carlos. En effet, la nouvelle Constitution espagnole de 1978 élargit considérablement le champ des libertés et des droits du citoyen. Elle définit et fixe les prérogatives des principales Institutions : le Roi qui règne mais ne gouverne pas, le Gouvernement qui dispose de très large prérogatives, le Parlement, la Justice, et consacre de nombreuses dispositions aux Communautés Autonomes. La transition démocratique s’est passée dans de bonnes conditions, ne s’attardant pas sur les erreurs du passé, mais regardant plutôt l’avenir, et intégrant l’alternance gouvernementale.
La démocratisation du régime espagnol a permis l’adhésion en 1986 de l’Espagne à l’Union Européenne. On peut considérer cette dernière date, comme le démarrage de son fulgurant développement économique et social. En effet, l’Espagne a dû pour entrer dans l’Union Européenne, satisfaire aux conditions d’adhésion, en mettant au standard européen sa législation dans tous les domaines. Elle a aussi bénéficié d’une importante aide technique et financière de l’Union Européenne, pour mettre à niveau son économie. L’Espagne a compris que son avenir et sa prospérité sont liés à l’Europe, et c’est pour cela qu’elle a toujours défendu la construction européenne. La preuve en est l’adoption de l’Euro en lieu et place de la Peseta, et le vote positif au référendum concernant le Traité Constitutionnel de l’Europe. L’Espagne a mis au point également un système éducatif généralisé et de haut niveau, aussi bien dans le public que dans le privé, fournissant aux secteurs productifs des cadres bien formés et motivés.
On peut se poser la question de savoir si le modèle espagnol est transposable au Maroc ?
Sur le plan économique, oui. Notre pays en effet a tout intérêt à se rapprocher de l’Europe pour des raisons géographiques et historiques. Feu le Roi Hassan II avait d’ailleurs demandé l’adhésion du Maroc à l’Union Européenne. Nous avons tout intérêt comme l’Espagne, à moderniser notre agriculture, développer notre tourisme, diversifier notre industrie, promouvoir les investissements étrangers et les exportations. Le Partenariat entre le Maroc et l’Espagne devra dans l’avenir se renforcer davantage, dans l’intérêt bien compris de nos deux pays.
Sur le plan politique, je ne pense pas que le modèle espagnol est transposable dans notre pays dans l’immédiat. Nous avons un taux d’analphabétisme de 42,7%, et la pauvreté touche encore 14,2% de notre population, selon le dernier Recensement réalisé par le Haut Commissariat au Plan en 2004. D’autre part, nous avons une pléthore de partis politiques, dont la plupart ne sont pas structurés. Aussi, faut il d’abord s’atteler à relever le niveau d’éducation de notre peuple, éradiquer la pauvreté, structurer notre champ politique, et promouvoir les réformes. Il est indispensable que la nouvelle loi sur les partis politiques, adoptée par le Parlement, soit mise en application dans les meilleurs délais.
La monarchie jouit dans notre pays d’un prestige considérable, et joue un rôle décisif. Elle est la garant de l’unité de notre pays, qui est multiethnique et multiculturel. Elle constitue un garde-fou contre toute dérive extrêmiste. Elle est capable, alliée aux forces progressistes de notre pays, de promouvoir les réformes politiques, économiques et sociales. Rappelons-nous le rôle décisif qu’elle a joué dans la récente réforme de la Moudawana.
Notre pays peut atteindre à moyen terme un système politique, où règneraient la démocratie, le respect des droits de l’homme, l’Etat de droit, l’alternance politique, la séparation et l’équité de la justice. Un pays où toutes les libertés seraient admises et respectées, où chacun peut choisir son style de vie comme il l’entend, dans le cadre bien sûr de la morale et des lois en vigueur. Un pays moderne, ouvert sur l’extérieur, où la pauvreté serait éradiquée, et où règnerait l’égalité entre hommes et femmes et l’égalité des chances.
Pour atteindre ces objectifs ambitieux, toutes les forces progressistes de note pays doivent se réunir et se mobiliser, approfondir les problèmes concrets de notre société, proposer des solutions, en mettant en œuvre les réformes structurelles indispensables. Elles doivent également conduire des actions de proximité, répondre aux besoins réels des populations, surtout les plus défavorisées. Il serait souhaitable que les leaders de la Société Civile créent de nouveaux partis, ou adhérents à ceux existants, car en démocratie, c’est à travers les partis politiques que les idées peuvent être transformées en programmes politiques, et mises en application. L’échéance de 2007 est proche, et il faut aller vite.

LA LOI DE FINANCES 2006 : UN PROJET PEU AMBITIEUX

Le Gouvernement vient de déposer le 21 Octobre 2005 au Parlement le projet de loi de finances 2006, après son adoption par le Conseil des Ministres. Ce projet de loi se base sur les hypothèses suivantes : un campagne agricole de 60 Millions de Quintaux de céréales, un prix du baril de pétrole à 60$, un taux du change de 1$ = 9DH. Les résultats escomptés sont un taux de croissance de 5,6%, un déficit budgétaire de 3,2%, une inflation de 2%, un excèdent de 1% du PIB de la Balance des Paiements, et un taux d’endettement global de 70% du PIB.
Le taux de croissance de 5,6% me semble trop optimiste, étant donné les grand aléas de l’année 2006 : pluviométrie insuffisante, hausse vertigineuse du prix de pétrole, incertitude sur le taux de change Euro/ Dollar, concurrence accrue de la Chine, volatilité de la demande extérieure.
Mais au-delà des hypothèses que personne ne peut prévoir avec exactitude, ce projet de loi de finances pèche par sa timidité. Il n’a pas abordé les vrais problèmes des finances publics de notre pays, qui sont la compensation, les dépenses fiscales, et un véritable élargissement de l’assiette fiscale.
Les arriérés de la Caisse de Compensation sont de 12 Milliards de DH, soit 7% du budget général de l’Etat. Rappelons que par l’intermédiaire de la Caisse de Compensation, l’Etat prend en charge la différence entre le prix réel, et le prix facturé, pour un certain nombre de denrées : produits pétroliers, farine, sucre. Rien que pour les produits pétroliers (essence, gazoil, gaz butane), les arriérés sont de 7 Milliards de DH. Le Gouvernement avait mis en place en 1995 un système d’indexation pour les produits pétroliers, mais qui a été arrêté en 2000. Depuis lors, et vu l’augmentation du prix du pétrole sur le marché international, la compensation pour ces produits n’a cessé d’augmenter, et risque d’augmenter encore dans les prochaines années. Pour les autres produits, farine, sucre, la compensation n’est pas ciblée, et même les catégories aisées de notre population bénéficient de la compensation de l’Etat. Aussi, est-il indispensable de revoir de fonds en comble le fonctionnement de la Caisse de Compensation, en ciblant les bénéficiaires, et en trouvant des solutions adéquates pour les secteurs qui risquent de souffrir de l’indexation des prix pétroliers : agriculture, pêche, transports.
Pour ce qui est des « dépenses fiscales », et qui sont la moins-value fiscale enregistrée par l’Etat du fait des exonérations et des réductions d’impôts, le Ministère des Finances a établi un beau tableau qui chiffre ces dépenses (impôt par impôt) à 15 Milliards de DH, soit 16% des recettes fiscales de l’Etat. Mais aucune mesure d’envergure n’a été proposée dans le projet de budget 2006 pour supprimer, ou atténuer ces dépenses fiscales. Dans ce domaine également, il y a lieu de faire table rase de tout ce qui n’est pas absolument nécessaire de maintenir. Il est primordial que tous les secteurs économiques de notre pays, dans un souci d’équité fiscale, contribuent également aux ressources de l’Etat.
Quant à l’élargissement de l’assiette fiscale, et la simplification de la fiscalité, très peu de mesures ont été proposées dans le projet de Budget de loi de finances de 2006. Aussi, aucune mesure n’a été proposée pour intégrer le secteur informel, qui représente selon certaines études, 50% du PIB national. Ce secteur vit en toute illégalité, alors que des mesures préférentielles, pourraient inciter certains à se conformer aux règles en vigueur. De même l’initiation de réduire les taux de TVA à deux (10% et 20%) a été reportée à une date ultérieure.
En conclusion, on peut affirmer que le projet de budget pour l’année 2006 s’est contenté de demi-mesures, tels que l’ajustement de quelques produits à la TVA, et l’augmentation du taux de TVA pour d’autres, et n’a pas affronté les grands problèmes des finances publiques au Maroc, qui sont la compensation, les dépenses publiques et l’élargissement de l’assiette de l’impôt. Certes, la tâche n’est pas facile, et les lobbies sectoriels sont très puissants, même au Parlement. Mais des réformes structurelles sont indispensables, sans quoi il sera, d’année en année, plus difficile à l’Etat de se procurer les ressources financiers nécessaires, pour assurer le développement économique et social de notre pays, dont notamment le financement de l’INDH.

GENERATION HASSAN II

J’ai eu l’idée d’écrire cet Article, en parcourant le Spécial de « Match du Monde » N° 5 consacré au 50ème Anniversaire de l’indépendance du Maroc. Ce Spécial est fort bien fait, car il donne un large panorama de notre pays sur le plan politique, économique, artistique et sportif. Sur le plan politique, la photo de la Famille Royale nous fait découvrir les différents membres de cette glorieuse famille, à laquelle le peuple marocain voue une grande affection. De même, l’Article de Jean Lacouture nous fait revivre l’épopée de Mohamed V, le père de notre Nation, qui grâce à son action politique, et l’exil qu’il a subi avec sa famille en Corse et à Madagascar, a permis à notre pays de recouvrer son indépendance en 1956.
Mais, faisant partie de la génération Hassan II, j’ai été quelque peu frustré par la part qui lui a été accordée dans l’histoire des cinquante dernières années de notre pays. En effet à la page 33 du Spécial, seule une petite photo, et quelques lignes, lui ont été consacrées. Hassan II a régné pendant trente huit ans, soit les trois quart de la période qui nous sépare de l’indépendance. Relater cette période, sans lui consacrer la place qui lui revient, est un déni, ne serait-ce que l’épopée de la Marche Verte. Certes, le règne de Hassan II, comme toute activité humaine, a eu ses éléments positifs et négatifs, et il appartient à l’Histoire d’en juger.
Pour moi, Hassan II a été avant tout le patriote, qui aimait viscéralement son pays, et qui a consacré toute sa vie à le servir à sa manière. Ses choix politiques au début de l’indépendance étaient judicieux : multipartisme et libéralisme économique. Rappelons nous qu’à cette période, triomphaient le parti unique et le marxisme-léninisme, qui ont fait tant de mal a beaucoup de pays qui venaient d’accéder à l’indépendance. Hassan II a consolidé l’Etat marocain, qui a été à ses débuts, à la mort de Mohammed V. C’est lui qui a donné au pays sa première Constitution en 1962, instaurant la monarchie constitutionnelle. Cette Constitution a subi par la suite plusieurs révisions, pour l’amender ou l’améliorer. C’est lui qui a crée ou consolidé les Institutions d’un Etat moderne : Gouvernement, Parlement, Justice, Administration, Armée.
Sur le plan économique, on peut mettre au crédit du Souverain défunt, l’attachement à l’Agriculture, avec la politique des barrages, alors que des pays voisins ont complètement abandonné ce secteur. C’est sous son règne que le capitalisme marocain est né, amorçant l’industrialisation du pays, et la marocanisation du secteur des services. Mais c’est en politique étrangère que Hassan II a donné toute sa mesure. Grâce à son charisme, son savoir-faire, et son immense culture occidentale et musulmane, il s’est imposé parmi les dirigeants les plus importants du tiers-monde. Nous étions tous accrochés à la Radio ou à la Télévision pour écouter ses déclarations et ses discours, qui avaient toujours un rôle pédagogique. Il a fait jouer au Maroc un rôle supérieur à ses capacités réelles, le rendant incontournable, concernant les problèmes internationaux mondiaux, et notamment le conflit du Moyen-Orient. Il a joué un rôle considérable dans la récupération de nos Provinces Sahariennes, en concevant et en organisant la Marche Verte, qui a été la clé de la reconnaissance par l’Espagne de nos droits sur ces territoires.
Certes, le règne de Hassan II a été aussi marqué par des éléments négatifs. Son autoritarisme et son pouvoir absolu ne laissaient que peu de place aux autres forces vives de la Nation. Des atteintes graves aux Droits de l’Homme ont été commises, alors qu’il était au pouvoir. La corruption s’est largement développée, au su et au vu de tout le monde. La prospérité économique n’a profité qu’à un petit nombre, qui s’est considérablement enrichi d’une manière illicite, laissant la majorité du peuple dans la pauvreté, surtout le monde rural et la zone Nord du pays. L’Education a été un échec, avec la baisse de qualité et le pourcentage important de l’analphabétisme. Enfin la Justice, corrompue et inefficace, a perdu toute crédibilité.
En conclusion, on peut affirmer que le règne de Hassan II a eu des résultats mitigés. Au lieu d’occulter cette période de notre Histoire récente, il faut au contraire l’analyser en toute objectivité, et relever les points forts et les points faibles. Il appartient à nous tous, partis politiques et société civile, et en premier lieu à Mohammed VI, digne successeur de Hassan II et de Mohammed V, de consolider les points forts, et de remédier aux points faibles.

QUELLE AUTONOMIE INTERNE POUR LES PROVINCES SAHARIENNES ?

L’EXEMPLE DES COMMUNAUTES AUTONOMES D’ESPAGNE
Le Roi Mohamed VI dans le Discours prononcé le 06 Novembre 2005 à l’occasion du 30ème anniversaire de la Marche Verte, a préconisé pour les Provinces Sahariennes « une autonomie permettant à leurs populations de gérer leurs propres affaires régionales ». Dans un esprit démocratique, il a lancé un Appel aux forces vives de la Nation d’émettre un avis sur « la conception concrète de l’exercice de cette autonomie » afin d’établir « une régionalisation avancée, et adaptée aux spécificités de cette région ».
Dans ce cadre, il est intéressant de se pencher sur l’exemple espagnol qui est largement explicité dans le Titre VIII de la Constitution du 31 Octobre 1978. Ce Titre intitulé « De l’organisation territoriale de l’Etat » définit d’abord l’organisation territoriale en Communes, Provinces et Communautés Autonomes. Il pose comme préalables le principe de solidarité de toutes les composantes du territoire, et celui de l’unicité des droits et obligations dans n’importe quelle partie du territoire de l’Etat. Le degré d’autonomie n’est pas égal entre les Communes, les Provinces et les Communautés Autonomes. Ce sont les Communautés Autonomes qui bénéficient de la plus grande autonomie, du fait qu’elles sont limitrophes, et disposent de caractéristiques historiques, culturelles, économiques, spécifiques et communes.
L’Article 148 définit avec précision les compétences des Communautés Autonomes, qui peuvent disposer d’une Assemblée législative, d’un Conseil de Gouvernement, d’un Président, et d’un Tribunal Supérieur de Justice. Tout ce qui est d’intérêt local, et qui se situe sur le territoire de la Communauté Autonome, est du ressort de cette dernière. Citons à titre d’exemple : l’aménagement du territoire, l’urbanisme, le logement, les travaux publics, les chemins de fer et les routes, l’agriculture, l’élevage, les forêts, les installations hydrauliques, la chasse, la pêche, l’artisanat, le patrimoine monumental, la culture, le tourisme, les sports et loisirs, la santé et l’hygiène, la police locale.
L’Article 149 définit les compétences exclusives de l’Etat, qui sont de deux ordres principaux : les fonctions de souveraineté, et celles qui concernent plusieurs territoires de l’Etat. Citons parmi les premières : la défense et les forces armées ; les relations internationales ; l’administration de la justice ; la législation commerciale, pénale, pénitentiaire, procédurale ; le législation du travail ; la législation civile ; le régime douanier et tarifaire, le commerce extérieur ; le système monétaire ; les poids et mesures ; les finances générales de l’Etat ; la nationalité, l’immigration et l’émigration, la condition des étrangers, le droit d’asile ; les diplômes universitaires et professionnels. Sont également de la compétence exclusive de l’Etat, toutes les fonctions déléguées aux Communautés Autonomes, mais qui ont un intérêt national, dépassant le territoire de la Communauté Autonome : recherche scientifique et technique, pêche maritime, marine marchande, ports, chemin de fer et transports terrestres, régime général des communications, eaux et forêts, travaux publics audiovisuel, statistiques générales, pouvoir de convoquer les électeurs par voie de référendum.
Pour compléter le dispositif organisationnel, l’Article 150 permet aux Communautés Autonomes d’émettre des normes législatives dans le cadre des lois étatiques ; alors que l’Article 153 définit les organes de contrôle des Communautés Autonomes qui sont le Tribunal Constitutionnel, le Gouvernement, la Cour des Comptes, qui agit en matière économique et budgétaire. Enfin, l’Article 155 prévoit les sanctions pour tout dépassement des compétences accordées aux Communautés Autonomes.
Afin de permettre aux Communautés Autonomes de fonctionner, il leur est accordé l’autonomie financière conformément aux principes de coordination et de solidarité avec les finances de l’Etat. L’Article 157 prévoit les ressources financières des Communautés Autonomes : Impôts, transferts de fonds, revenus du patrimoine, recettes de droit privé, produit des opérations de crédit. Enfin, les conflits de compétences entre l’Etat et les Communautés Autonomes, ainsi que ceux qui pourraient surgir entre Communautés Autonomes sont du ressort du Tribunal Constitutionnel.
Notre pays pourrait s’inspirer de cet exemple espagnol des Communautés Autonomes, qui a l’avantage de la proximité, qui est opérationnel, et qui a accumulé plusieurs années d’expérience, notamment en ce qui concerne la Catalogne. On peut relever également, que le statut de Communauté Autonome, n’est pas accordé à tous les territoires espagnols, dont certains sont organisé en Communes et en Provinces. Ceci peut nous amener dans un premier temps à n’accorder le statut de Communauté Autonome qu’aux Provinces Sahariennes, en attendant de l’étendre à d’autres territoires.

LA FRANCE, L’ESPAGNE, LE MAROC
UNE TRILOGIE GAGNANTE

Vissé à mon poste de télévision, j’ai suivi avec beaucoup d’émotion la cérémonie officielle commémorant le 50ème anniversaire du retour du Roi Mohamed V dans sa Patrie le 16 Novembre 1955, après plus de deux ans d’exil en Corse et à Madagascar. Deux jours plus tard, il devait déclarer dans un fameux discours « Le Traité du Protectorat est terminé : une nouvelle ère est née de liberté et d’indépendance ». C’est à justice titre que cet anniversaire du retour de Mohamed V, commémore également le 50ème anniversaire de l’Indépendance de notre pays.
La cérémonie officielle s’est déroulée sur l’esplanade du Mausolée Mohamed V, sur le magnifique site de la mosquée Hassan, édifiée par l’Almohade YACOUB EL MANSOUR à la fin du XIIème siècle, et qui fut détruite par un tremblement de terre en 1755. Etaient présents le Roi Mohamed VI, entouré de quatre invités d’honneur : Monsieur José Luis ZAPATERO, Président du Gouvernement Espagnol ; Monsieur Dominique VILLEPIN, Premier Ministre Français ; Monsieur Macky SALL, Premier Ministre du Sénégal ; Monsieur Rajmison RAKOTOMAHANO, Président du Sénat Malgache.
Ce que j’ai retenu de cette émouvante cérémonie, c’est tout d’abord le rappel de la grande figue du Roi Mohamed V, qui a bénéficié d’une véritable vénération de son peuple. L’Histoire retiendra de lui trois grands faits : son combat incessant pour l’indépendance du Maroc et de tous les pays opprimés, sa fidélité au monde libre contre les régimes totalitaires, et son respect des droits de l’homme, notamment quant il a refusé d’appliquer les règles ignominieuses du régime de Vichy aux juifs marocains.
Ce qui m’a paru remarquable également, c’est la présence à un haut niveau des Représentants des deux anciennes Puissances occupantes du Maroc : la France et l’Espagne. Ceci traduit le fait que les haines et les griefs du passé sont effacés, et que l’avenir est appréhendé avec espoir, sans complexe, et dans le cadre du respect mutuel. La présence d’un haut Responsable du Sénégal n’est pas étonnante, étant donné les liens séculaires qui lient le Maroc à ce pays, qui n’a jamais failli à son amitié et sa fidélité à notre égard. Enfin des relations sentimentales nous lient à Madagascar, du fait que ce pays a été la résidence d’exil du regretté Mohamed V.
L’autre point important qui a retenu mon attention est la forte affirmation du partenariat entre les trois pays : la France, l’Espagne et le Maroc. Le Roi Mohamed VI a tout d’abord déclaré « Aussi réaffirmons-nous notre détermination à consolider les bases du partenariat privilégié franco-hispano-marocain ». Monsieur ZAPATERO devait déclarer par la suite : «la nation marocaine est, et sera accompagnée par le peuple frère et le gouvernement ami de l’Espagne ». Monsieur DEVILLEPIN devait déclarer à son tour « la France se tient résolument aux cotés du Royaume, et veut accompagner les grands chantiers de sa modernisation et de son développement ».
On ne peut que se féliciter de ces déclarations, car le partenariat Paris-Madrid-Rabat est utile pour chacune des parties, et constitue un grand facteur de stabilité pour toute la région euro- méditerranéenne. Les intérêts bilatéraux sont évidents : le Maroc a besoin de ses deux grands partenaires pour parfaire son développement politique, économique et social. La France et l’Espagne peuvent trouver au Maroc un marché en croissance, des opportunités d’investissements, et un complément de la force de travail, dont ils vont avoir de plus en plus besoin. Sur le plan régional, un Maroc démocratique et prospère ne peut que renforcer la stabilité de l’Afrique du Nord.
Certes, la France et l’Espagne se placent déjà en première ligne des partenaires du Maroc en matière d’échanges commerciaux, d’investissements et de culture. Il faut cependant intensifier la coopération bilatérale dans tous les secteurs, et imaginer de nouvelles formes d’action. La France et l’Espagne doivent également jouer un grand rôle dans la défense des intérêts du Maroc au sein de l’Union Européenne. Cette dernière, élargie à vingt cinq membres, a tendance à se désintéresser du pays du Sud, et à concentrer ses efforts vers les pays de l’Est. La prochaine Conférence de Barcelone qui va se tenir à la fin de ce mois, peut être l’occasion de rééquilibrer l’action de l’Union Européenne entre l’Est et le Sud.
A la fin de la cérémonie, j’ai éprouvé cependant un double regret. L’absence de Responsables politiques de haut niveau des dirigeants maghrébins, notamment l’Algérie et la Tunisie. Le Maroc, et le Roi Mohamed V en particulier, ont beaucoup fait pour soutenir l’indépendance de l’Algérie, et on ne peut ressentir que tristesse et colère devant tant d’ingratitude. On peut regretter également l’absence d’un haut Responsable des Etats-Unis d’Amérique, vu les liens historiques et politiques, qui nous lient à cette grande Puissance. Malgré cela, la cérémonie a été magnifique et fructueuse.

L’OMC ET LES OBSTACLES NON TARIFAIRES

L’Organisation Mondiale du Commerce a été instituée le 15 Avril 1994 à Marrakech, et l’Acte constitutif est entré en vigueur le 1er Janvier 1995. L’OMC s’est substituée au GATT (General Agreement on Tarif and Trade), qui était un Traité négocié en 1947, signé par 24 pays à cette date, et entré en vigueur le 1er Janvier 1948.
L’objet du GATT, repris par l’OMC, est la libéralisation du commerce international en supprimant toutes les entraves à la circulation des marchandises et des services. Ces obstacles étaient à la fois tarifaires (droits de douane + taxes à l’exportation) et non tarifaires (quotas, prix minimum d’entrée, période limitée d’importation, imposition de normes de qualité etc). Depuis 1947, sept Rounds du GATT ont eu pour but la réduction générale des tarifs douaniers, et une très large suppression des obstacles réglementaires et restrictions quantitatives. Le Round le plus important du GATT a été l’Uruguay Round (1986-1994) dont l’Acte final a été signé par 120 pays à Marrakech en 1994, en même temps qu’a été institué l’OMC.
L’OMC dont le siège est a Genève compte aujourd’hui 147 membres, dont le Maroc et la Chine. L’Algérie, l’Arabie Saoudite et la Fédération de la Russie sont en cours de négociations pour l’adhésion à l’OMC.
Pour ce qui concerne les obstacles non tarifaires, établis en principe pour la protection des consommateurs, plusieurs Accords ont été signés dans le cadre de l’Uruguay Round et sont actuellement en vigueur :
OTC : Accord sur les obstacles techniques au Commerce
• Les règlements techniques nationaux ne doivent pas constituer un obstacle « déguisé » au commerce international.
• Pas de discrimination entre produits nationaux et produits importés
• Application chaque fois que possible des normes internationales
• Les normes nationales doivent être transparentes, notifiées et publiées
• Respect du code de bonne pratique destiné à aider les organismes publics et privés à activité normative.
SPS : Accord sur les normes sanitaires et phytosanitaires
• Les normes doivent être fondées sur des preuves scientifiques et adéquates
• Les normes doivent se rapprocher des organisations internationales : CODEX ALIMENTARIUS pour les produits alimentaires
• Le contrôle, l’inspection et la procédure d’application doivent s’effectuer rapidement et sans discrimination.
SMS : Accord sur les subventions et les mesures compensatoires
• Subvention : contribution financière octroyée par l’Etat au bénéfice d’un producteur ou d’un exportateur national
• Principe : les subventions ne doivent pas être utilisées dans des modalités dommageables à un partenaire commercial d’un membre de l’OMC


Subventions ont été classés en 3 catégories :
• Prohibées : subordonnées aux résultats à l’exportation, assujetties à l’utilisation de produits nationaux
• Non autorisées : Si elles dépassent + de 5% de la valeur des produits
Si elles couvrent une perte d’exploitation
Si elles annulent directement ou indirectement une dette
• Autorisées : Si elles sont liées à la recherche
Si elles aident des régions défavorisées
Si elles aident pour la protection de l’environnement
IAE : Accord sur l’Inspection avant expédition
L’IAE a pour but de vérifier le prix de vente avant expédition, afin d’éviter la sous-facturation, la sur-facturation et la fraude.
L’Accord prévoit que les activités de l’IAE doivent s’effectuer d’une manière non discriminatoire, objective, uniforme et transparente, dans un délai raisonnable.
L’OMC a édicté toutes ces règles pour minimiser l’impact des obstacles non tarifaires. Malheureusement de nombreux pays ne respectent pas ces règles.

SOMMET EUROMED DE BARCELONE
UNE OCCASION MANQUEE

Les 35 Représentants des Etats de l’Euromed se sont réunis à Barcelone les 27 et 28 Novembre dernier, pour commémorer l’anniversaire de la Conférence de Barcelone, qui s’était tenue il y a dix ans dans la même ville. C’était l’occasion, vu les maigres résultats obtenus par le Partenariat entre les 25 Etats du Nord de la Méditerranée et les 10 Etats du Sud, d’opérer une relance des 3 volets : politique et sécurité, économique et financier, social culturel et humain.
Une première difficulté est apparue dans l’absence de tous les chefs d’Etat Arabes, sauf Monsieur Mahmoud ABBAS, Président de l’Autorité Palestinienne. Cette absence est fort regrettable, car le niveau de représentation est très important dans une Conférence internationale, pour influencer les décisions. Les pays du Sud reprochent souvent à l’Union Européenne de s’intéresser plus à l’Est qu’au Sud. Le Sommet de Barcelone était justement l’occasion pour les pays Arabes de peser de tout leur poids, d’autant qu’étaient présents les grands leaders européens : Jaques CHIRAC, Tony BLAIR, José Luis ZAPATERO et Angela MERKEL, la nouvelle Chancelière d’Allemagne.
On peut reprocher également aux pays du Nord d’avoir donné la priorité aux problèmes du terrorisme et de l’émigration, et d’avoir négligé les autres aspects du Partenariat euro-méditerranéen. En effet, les principaux résultats de ce Sommet ont eu trait à un Accord sur un Code de conduite contre le terrorisme, et un Plan d’action sur 5 ans, qui concerne la régulation de l’immigration clandestine.
Dans une Déclaration de la Présidence, car l’Accord n’a pas pu se faire dans le cadre d’une Déclaration Commune, faute d’une définition du terrorisme, les 35 Etats se sont engagés à lutter contre le terrorisme. Les modalités de cet engagement concernent le renforcement de l’échange d’informations et des expériences, la gestion des conséquences des attaques terroristes, la prise de mesures de prévention, les exercices de secours et l’assistance aux victimes.
Concernant les problèmes d’émigration, le Sommet s’est dit prêt à promouvoir les chances de l’émigration légale, et à coopérer pour réduire de façon significative le niveau de l’immigration illégale. Il a en outre adopté l’initiative hispano-franco-marocaine qui prône une approche globale du phénomène de l’immigration. Dans ce cadre, une Conférence euro-africaine pour l’immigration groupant les pays d’origine, les pays de transit, et les pays de destination, sera organisée au Maroc au printemps 2006.
Pour terminer avec le volet politique, et en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, qui empoisonne les relations dans la région, le Sommet n’a pas pris de décision significative. Il s’est contenté de souhaiter un « Accord juste et global, conformément à la Feuille de route, aux propositions de Madrid, et aux résolutions de l’ONU ». Il a de même réaffirmé la nécessité pour les pays du Sud d’améliorer leur système démocratique et leur gouvernance.
Sur le plan financier, il a été rappelé que l’Union Européenne a octroyé 20 Milliards d’Euros aux pays du Sud depuis 1995 à ce jour, 9 Milliards à titre de dons et 11 Milliards à titre de prêts. Aucun chiffre n’a été fixé pour l’avenir, cependant Monsieur CHIRAC a proposé que les 2/3 du futur Instrument financier consacré à la Politique de Voisinage, soient affectés aux pays du Sud de la Méditerranée. Il a en outre préconisé la création d’une Banque de Développement dédiée à la Méditerranée, proposition qui sera étudiée en Décembre prochain. Enfin, et c’est la décision la plus concrète du Sommet, il a été créé un Fonds de Capital Risque de 45 Millions d’Euros, destiné à promouvoir les investissements dans les entreprises du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie), financé par le Gouvernement de Catalogne, l’Institut de crédit officiel espagnol et la BEI. Ce fonds pourrait être porté ultérieurement à 100 Millions d’Euros.
Pour ce qui est des autres volets de coopération, il a été décidé de continuer la construction d’une zone de libre-échange entre tous les pays euro-méditerranéens à l’horizon 2010, et de prévoir une aide spéciale pour l’éducation et la recherche. Enfin la Société Civile sera désormais associée au Partenariat euro- méditerranéen, en même temps que les gouvernements et les entreprises.
En conclusion, on ne peut qu’éprouver de la déception vis-à-vis des résultats de ce Sommet, sur lequel étaient fondés beaucoup d’espoirs. Certes, le contexte politique régional est défavorable, marqué par la persistance du conflit israélo-palestinien, la guerre d’Irak, le terrorisme et l’immigration clandestine. Mais c’était justement l’occasion de discuter de ces problèmes graves avec franchise et détermination. Il ne fallait surtout pas, sous prétexte de ces problèmes politiques, occulter l’aspect économique et social des pays du Sud, dont l’aggravation au cours de ces dix dernières années, est une des causes du développement du terrorisme et de l’immigration clandestine. De toutes façons, la Coopération et le Partenariat entre les deux rives de la Méditerranée sont incontournables pour la paix et la prospérité de toute la région. Il faut souhaiter que les prochaines rencontres soient mieux préparées, et que le contexte y soit plus favorable.

APRES L’ECHEC DU SOMMET EUROMED DE BARCELONE
QUE FAIRE ?

N’ayons pas peur des mots : le Sommet EUROMED de Barcelone des 27 et 28 Novembre 2005 a été un échec pour les pays du Sud de la Méditerranée. Seules les questions qui intéressaient les pays du Nord ont été correctement abordées : la lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine. Tout le reste : une implication plus significative de l’Union Européenne dans la résolution du conflit israélo-palestinien, les volets économique, social et culturel ont été occultés. C’est ainsi que sur le plan financier, aucun montant n’a été fixé pour l’Instrument financier, qui doit accompagner la nouvelle Politique de Voisinage. Le Sommet, au lieu de traiter les causes des maux que sont le terrorisme et l’immigration, s’est orienté exclusivement sur les conséquences.
Les raisons de cet échec sont à rechercher dans le contexte politique qui pèse sur cette fin de l’année 2005, marquée par l’exacerbation du terrorisme et de l’immigration clandestine, notamment après les événements dramatiques de Sebta et Mellilia. Il est dû aussi à la Présidence commune du Sommet, pilotée par Madrid et Londres, qui ont été frappées durement par le terrorisme en 2004 et 2005. Enfin, par la faible mobilisation et le manque d’unité des pays méditerranéens du Sud, qui n’ont procédé à aucune concertation avant le Sommet.
Mais cela étant, que faire pour l’avenir ?
Il faut tout d’abord poser comme postulat que la Coopération et le Partenariat entre les pays du Nord et du Sud de la Méditerranée sont incontournables. Ceci pour des raisons historiques et géographiques, et surtout pour assurer la paix et la sécurité dans la région. Il ne s’agit donc d’aucune proposition de rupture, mais plutôt d’une nouvelle approche pour consolider les liens entre le Nord et le Sud.
La première observation est que les pays du Sud de la Méditerranée sont divisés, et ne disposent d’aucune vision globale de développement pour la sous-région. C’est pourquoi, il serait primordial d’institutionnaliser les relations entre les pays du Sud de la Méditerranée sous forme d’une Communauté des Etats du Sud de la Méditerranée (CESM). Cette institutionnalisation permettrait d’élaborer une politique unifiée de développement, marquée par l’intensification des relations Sud-Sud, et une position commune vis-à-vis des pays du Nord de la Méditerranée, qui eux, sont déjà organisés dans le cadre de l’Union Européenne.
Deux pays pourraient prendre l’initiative de la création de cette CESM. Le Maroc, qui a été précurseur dans ce domaine en signant l’Accord d’Agadir prévoyant une zone de libre échange avec la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie, et le Traité de libre échange avec la Turquie. Le deuxième pays serait la Turquie, vu son poids économique dans la région, et ses relations privilégiées avec l’Union Européenne, puisqu’elle est candidate à l’adhésion. La CESM serait ouverte à tous les pays du Sud de la Méditerranée qui souhaitent y adhérer. Pour assurer son efficacité, la CESM devrait disposer d’une institution permanente (Commission ou Secrétariat Général), chargée de promouvoir et d’assurer le suivi de la Communauté. L’objectif général serait d’instaurer une vaste zone de libre échange, groupant tous les pays du Nord et du Sud de la Méditerranée, accompagnée d’un programme de développement économique concerté pour le Sud.
La deuxième proposition pour promouvoir l’EUROMED est à rechercher dans la vulgarisation et la valorisation du Partenariat entre le Nord et le Sud de la Méditerranée. En effet, vu des personnes non averties, qui constituent le plus grand nombre, le Nord ne voit dans le Sud que la misère, le terrorisme, et l’immigration clandestine. Le Sud ne voit dans le Nord qu’une prospérité égoïste, une citadelle infranchissable, et un intérêt soutenu pour les pays de l’Est de l’Europe, au détriment des pays du Sud. Les Gouvernements, aussi bien que les ONG et la Société Civile, devraient communiquer davantage sur l’EUROMED, et mettre en valeur d’un coté, les réformes accomplies par le Sud, de l’autre coté l’aide accordée par le Nord, notamment au niveau des investissements financés par les dons ou les prêts de la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Un élément incontournable dans la compréhension entre les peuples est la connaissance mutuelle. Aussi, l’Union Européenne devrait faciliter autant que possible la circulation des personnes. Un visa refusé pour se rendre en Europe créé une profonde frustration pour la personne concernée, son entourage et l’ensemble de la Société.
Une troisième proposition est l’ouverture des pays du Sud de la Méditerranée sur les autres régions de la planète. Certes, comme déjà dit au début de cet écrit, les relations avec l’Europe sont incontournable. Mais la mondialisation avance à grand pas, et les relations économiques, même entre pays lointaines, se développent considérablement. Deux régions du monde connaissent un dynamisme certain : L’Asie et les Etats-Unis d’Amérique. La Chine en Asie connaît depuis plusieurs années une croissance à deux chiffres, et ses produits inondent les marchés mondiaux. Les Etats-Unis d’Amérique connaissent une croissance plus rapide que celle de l’Europe, et leur taux de chômage est de moitié moindre. Les pays du Sud de la Méditerranée ont tout intérêt à développer leurs relations avec ces deux régions, et à s’inspirer de leur modèle de développement, qui a réussi. Le Maroc est là aussi précurseur, puisqu’il est avec la Jordanie, le seul pays du Sud de la Méditerranée qui a signé avec les Etats-Unis d’Amérique un Accord de libre échange, qui entrera en vigueur le 1er Janvier 2006, et qui suscite beaucoup d’espoirs.
En conclusion, il ne s’agit nullement pour les pays du Sud de la Méditerranée de se résigner à l’échec du dernier Sommet de l’EUROMED de Barcelone. Il est primordial qu’ils s’organisent d’abord entre eux, pour développer les relations Sud-Sud, et adopter une position commune vis-à-vis du Nord, en vue d’une meilleure intégration économique de la région. Ils ont intérêt à mieux préparer, et à se concerter pour les prochaines échéances avec l’Union Européenne. Un effort de communication et de valorisation du partenariat Euromed devrait être intensifié, aussi bien dans les pays du Nord au du Sud. Enfin, les pays du Sud de la Méditerranée, comme d’ailleurs tous les autres pays, dans le cadre de la mondialisation, devraient regarder vers d’autres directions que le Nord.

POLOGNE : UN EXEMPLE A SUIVRE

La Pologne, située au cœur de l’Europe, avec une superficie de 312.700 Km² et une population de 38,2 Millions d’habitants a connu une histoire tumultueuse. Voisine de pays plus puissants, elle a subi plusieurs partages et occupations étrangères : 1815 (Congrès de Vienne), 1939 (invasion nazie), 1945 (Yalta), où elle a été dévolue à la sphère soviétique. La résurrection du pays a commencé en 1980 avec la création du premier Syndicat libre « Solidarnosc », et en 1989 avec la constitution du premier gouvernement non communiste. S’en est suivie l’adhésion à l’OCDE en 1996 et à l’OTAN en 1999. L’ultime étape a été l’adhésion à l’Union Européenne le 1er Mai 2004. Tout cela n’a été possible que grâce à un effort gigantesque et à l’abnégation et au patriotisme du peuple polonais.
L’exemple polonais est intéressant à plusieurs titres. Sur le plan politique, il démontre que la détermination de tout un peuple permet de franchir tous les obstacles, et d’atteindre les objectifs fondamentaux d’un pays moderne. En effet, en Pologne, règnent actuellement la démocratie, l’exercice des libertés fondamentales, le respect des Droits de l’Homme, l’Etat de droit, et l’alternance politique. La Pologne s’est intégrée en plus à l’Union Européenne, qui représente un des pôles économiques les plus puissants de la planète.
Sur le plan économique, les résultats sont également probants. Le PIB par habitant qui était de 3.848 $ en 1996 a bondi à 6.347 $ en 2004. Calculé selon l’indice de l’OCDE (parité du pouvoir d’achat) il s’élève à 12.700 $ en 2004. La dette publique qui était de 70,6% du PIB en 1994 est tombée à 48,8% en 2004, soit bien en deçà des critères de Maastricht, qui fixe un taux de 60%. Le produit intérieur brut a connu une croissance de 5,4% en 2004, largement supérieur à celui de la Zone Euro. Les Investissements étrangers directes ont été de 7,8 Milliards de $ en 2004, et le cumul des investissements directes étrangers s’élève à 84,5 Milliards de $ à fin 2004. Seuls points noirs au tableau : un taux de chômage qui reste élevé : 19,1% de la population active, un déficit budgétaire de 4,7% du PIB, une inflation de 3,5%, et un taux de couverture de la Balance Commerciale de 83,6%.
Comment expliquer cet extraordinaire essor économique en une décennie ?
La raison principale est la libéralisation politique et économique, l’instauration de l’économie de marché, et la liberté d’entreprise. L’adhésion de la Pologne à l’Union Européenne a joué un rôle fondamental. En effet, en vue de cette adhésion, la Pologne s’est alignée sur l’acquis communautaire, en adoptant les règles et les mécanismes économiques de l’Union, qu’elle a intégrés dans sa législation. Elle a bénéficié de l’aide technique et financière de l’Union Européenne, pour lui permettre de se mettre à niveau dans tous les domaines. Elle a procédé à un vaste programme de privatisations, ouvert aussi aux étrangers, qui a concerné 5.631 entreprises, et a rapporté à l’Etat 24,3 Milliards de $. La privatisation a concerné également l’Agriculture, soit sous forme de cession (40.000ha), soit sous forme de bail à long terme (126.000ha).
L’action la plus efficace a porté sur l’attraction des investissements étrangers, dont 71% proviennent de l’Union Européenne. Pour attirer les investissements étrangers, ont été mis en avant la stabilité du pays du fait de son adhésion à l’Union Européenne, l’importance du marché, la main d’œuvre qualifiée et moins coûteuse, la situation géographique, et les incitations fiscales, notamment l’IS qui n’est que de 19%, et le statut privilégié de 14 zones économique spéciales. Les quatre premiers investisseurs étrangers ont été la France, les Pays-Bas, les USA et l’Allemagne, qui ont investi 47 Milliards de $ dans 603 entreprises. Pratiquement, tous les secteurs économiques ont été concernés : Agriculture, Industrie, Services. Le tourisme a également bénéficié de l’ouverture puisque 13 Millions d’arrivées ont été enregistrées en 2004.
L’exemple de la Pologne interpelle notre pays à plusieurs égards. Le Maroc, comme la Pologne, a entamé une libéralisation de son économie depuis une décennie, et a développé avec l’Union Européenne une « relation différenciée », basée sur les avancées réalisées par le Royaume en matière de réformes. La Pologne, comme le Maroc, dispose d’un secteur agricole important, qui représente 38% de la population totale, 25% de la population active, et est composé d’exploitations de petite taille (80% des exploitations ont moins de 10ha). Le Tourisme est une priorité dans les deux pays.
C’est pourquoi une coopération étroite doit s’instaurer entre les deux nations, pour comparer et échanger, les expériences acquises. Le succès des PME en Pologne, et l’attrait des investissements étrangers, doivent faire l’objet d’un examen approfondi. Rappelons que pour les IDE, la Pologne a accueilli 7,8 Milliards de $ en 2004, contre 2,5 Milliards de $ seulement pour le Maroc. Cependant, il ne s’agit pas ici de comparer les chiffres et les données, car malgré les similitudes, ils sont incomparables. Il s’agit plutôt pour notre pays de créer un climat favorable à l’investissement. Et justement, dans ce domaine, la Pologne a fait de grands efforts qui ont porté leurs fruits, et se sont reflétés dans des chiffres concrets. Le Maroc a aussi pris le même cap, et pourrait profiter de l’expérience polonaise.
Il est temps d’insuffler à nos relations économiques avec la Pologne une dynamique nouvelle, et de cesser de se limiter aux échanges commerciaux traditionnels. Il ne faut pas oublier que les relations bilatérales peuvent se développer également par le biais d’investissements réciproques, la Pologne ayant investi 386 Millions de $ à l’étranger en 2004. L’adhésion de la Pologne à l’Union Européenne en 2004 ouvre de nombreuses perspectives, du fait que le régime juridique entre le Maroc et l’Union Européenne est transposable à la Pologne. Les échanges commerciaux pourraient se développer également, du fait du démantèlement douanier, opéré par le Maroc, dans le cadre de l’Accord d’ Association avec l’Union Européenne. Il faut donc diversifier davantage nos échanges commerciaux qui se limitent à un simple échange de biens. D’après l’Office des Changes, le montant des échanges du Maroc avec la Pologne en 2004 n’a concerné que 1 Milliard de DH à l’importation, et 289 millions de DH à l’exportation. Au niveau du Tourisme, il faudrait également prospecter le marché polonais, qui devient de plus en plus émetteur de touristes, parallèlement à l’augmentation du niveau de vie.
En conclusion, nos deux pays, comparables par leur taille et leurs aspirations d’avenir, ayant les mêmes défis à relever, ont tout intérêt à coopérer davantage.

L’ACCORD DE LIBRE ECHANGE AVEC LES USA
QUEL IMPACT SUR L’ECONOMIE MAROCAINE

L’Accord de Libre-échange signé par le Maroc avec les Etats-Unis d’Amérique vient d’entrer en vigueur à compter du 1er Janvier 2006. Rappelons tout d’abord les principales caractéristiques de cet Accord.
C’est tout d’abord un Accord purement économique : aucune clause d’ordre politique n’y figure, contrairement à l’Accord d’Association avec l’Union Européenne qui prévoit expressément un dialogue politique. C’est un Accord asymétrique : tenant compte du niveau de développement économique des deux pays, les avantages accordés de part et d’autre ne sont pas identiques, et sont en faveur du Maroc. C’est un Accord différencié et progressif : il fait une distinction entre les produits industriels, les produits agricoles, les services, et la propriété intellectuelle, en fixant pour chaque secteur des dispositions particulières. Contrairement à la notion de libre échange, c’est un Accord restrictif pour certains produits sensibles, où des quotas limitatifs sont fixés. Enfin c’est un Accord qui ne prévoit pas d’aide financière pour la mise à niveau de l’économie marocaine en vue de son ouverture à terme.
La principale disposition de l’Accord en ce qui concerne le Maroc, est l’exonération totale des droits de douane pour les produits de pêche et les produits agricoles frais et transformés. D’autre part, 99% des produits industriels marocains seront exonérés totalement dès la mise en vigueur de l’Accord. C’est ainsi que les produits textiles 100% marocains, bénéficieront d’un taux nul dès la mise en vigueur de l’Accord, dans le cadre d’un contingent annuel de 1,2 Milliard de Dollars, avec une progression de 20% par an. Pour les produits textiles marocains, utilisant des intrants d’origine autre que le Maroc et les Etats-Unis, il est prévu un quota de 30 Millions de m² par an, et pour une durée de 10 ans.
Au niveau des investissements, il est certain que le nouveau cadre légal va attirer tout d’abord les investisseurs américains, non seulement pour vendre sur le marché marocain, mais également sur les pays voisins, notamment l’Union Européenne, la Turquie, la Tunisie, la Jordanie, et l’Egypte, qui sont liés au Maroc par des Accords de libre échange. Cet Accord va attirer également les investisseurs européens et asiatiques, qui pourraient exporter sur les Etats-Unis à partir du Maroc, en exonération des droits de douane. Outre l’industrie, les investissements pourraient concerner les services : banques, assurances, transport, audiovisuel.
Pour ce qui est des exportations américaines vers le Maroc, les dispositions prévoient un démantèlement douanier échelonné dans le temps, et des quotas limitatifs. C’est ainsi que pour les produits industriels, l’Accord prévoit un taux nul pour 32,8% des positions tarifaires dès la mise en vigueur de l’Accord, un démantèlement sur 2 ans pour 14% des positions tarifaires, sur 5ans pour 10,8 % des positions tarifaires, sur 9 à 10 ans pour le reste. Pour les produits agricoles, l’Accord est encore plus restrictif : il prévoit selon les produits, des quotas limitatifs et des périodes de démantèlement pouvant aller jusqu’à 25 ans. Par contre, les Etats-Unis ont pu obtenir des dispositions plus favorables que l’OMC pour la propriété intellectuelle, et notamment les médicaments.
Quel sera l’impact de cet Accord sur l’économie marocaine ?
Constatons tout d’abord que les relations économiques entre le Maroc et les Etats-Unis sont très faibles actuellement. Avec un volume d’échanges inférieur à un Milliard de Dollars, les Etats-Unis sont le sixième client, et le huitième fournisseur du Maroc. Les exportations marocaines actuelles sur le marché américain ne représentent que 0,03% des importations totales américaines. Les investissements américains au Maroc se limitent à quelques 120 entreprises, agissant dans les domaines industriels et de service.
De plus, il faut reconnaître que cet Accord n’est qu’un cadre de travail. Il appartient aux pouvoirs publics et au secteur privé de lui donner un contenu. Pour ce qui est notre pays, les autorités publiques doivent tout mettre en œuvre pour créer un climat favorable à l’investissement : des mesures doivent être prises pour réformer l’Administration, et notamment le Département de la Justice, très important dans les relations économiques internationales. Il faut développer les infrastructures, améliorer la qualification de la main-d’œuvre, proposer des incitations fiscales convaincantes, promouvoir l’image du pays à l’extérieur. Le secteur privé doit de son coté, sortir de sa frilosité, et de la routine des marchés traditionnels. Il doit augmenter la qualité de ses produits pour répondre aux normes draconiennes du marché américain. Il doit se regrouper pour offrir une capacité de production proportionnelle à l’importance du marché des Etats-Unis. Enfin, il doit améliorer sa compétitivité par une meilleure gouvernance et une plus grande créativité. Il ne doit pas hésiter à se rendre sur place pour mieux appréhender les difficultés et les contraintes.
Centre Marocain sur les Etats-Unis (CME).
Pour accompagner ce mouvement, l’IMRI va créer en son sein un Centre Marocain sur les Etats-Unis. Ce Centre aura pour objectif de contribuer à une meilleure connaissance du système américain, et donc à une meilleure compréhension mutuelle entre le Maroc et les Etats-Unis. Il effectuera des recherches sur les développements politiques, économiques, et sociaux aux Etats-Unis, ainsi que sur les relations maroco-américaines. Il organisera régulièrement des réunions, rassemblant des décideurs des secteurs publics et privés, et procédera à des publications. Ceci est absolument nécessaire, car les relations économiques, aussi bien les investissements que les échanges, ne peuvent se développer que par une connaissance mutuelle des cultures.
Espérons qu’avec la contribution de tous, cet Accord de libre échange entre le Maroc et les Etats-Unis ne restera pas une coquille vide, et donnons-nous rendez-vous en 2010 pour évaluer les premiers résultats.

LE RAPPORT DE DEVELOPPEMENT HUMAIN :
DEMOCRATIE ET MODERNITE POUR ASSURER LE DEVELOPPEMENT

Il faut commencer tout d’abord par rendre hommage aux rédacteurs du Rapport de Développement Humain, qui ont analysé 50 ans de développement humain au Maroc (1955-2005), et ont élaboré des perspectives pour 2025. C’est le travail scientifique d’une centaine de personnes indépendantes, pendant deux ans, et qui a donné lieu à 16 rapports thématiques, 75 contributions individuelles, et l’évolution de 100 indicateurs sur 50 ans.
Ce Rapport a d’abord fait le bilan de 50 ans du Maroc en toute objectivité. Sur le plan politique, cette période a permis au Maroc de connaître la paix civile, et d’éviter la dérive totalitaire, qu’ont connue plusieurs pays après leur accession à l’indépendance. C’est une période au cours de laquelle a été consolidé l’Etat moderne, notamment par les diverses Constitutions qui ont été promulguées. Elle a été aussi, malheureusement, marquée par la lutte de pouvoir entre la Monarchie et l’opposition progressiste, une « conflictualité qui a été trop longue et très coûteuse ». Des atteintes graves contre les droits de l’Homme ont été commises pendant ce qu’on appelle communément « les années de plomb ». La gouvernance centralisée et une administration inefficace et pléthorique ont encouragé la corruption et la népotisme. Heureusement à partir des années 1990, une ouverture politique a permis une amnistie générale, la constitution du Comité Consultatif des Droits de l’Homme, une amélioration de la transparence des élections, et l’avènement du gouvernement d’Alternance en 1998. Cette ouverture politique a été couronnée en 1999 par l’avènement du Roi Mohamed VI, qui a amené un souffle nouveau, marqué par le nouveau concept d’autorité, la révision du code de la famille, la création de l’IRCAM, de l’IER, du HCA, et de l’INDH. Le nouveau Roi a ainsi marqué sa volonté d’émanciper d’avantage la femme marocaine, de reconnaître la spécificité amazigh, de réconcilier le Maroc avec son passé récent, d’ouvrir l’audiovisuel, et de lutter contre la pauvreté.
Sur le plan économique, le Rapport a d’abord retracé la politique économique des 50 dernières années, marquée par l’interventionnisme de l’Etat, une première ouverture libérale à partir de 1982, l’instauration de la politique d’ajustement structurel (PAS) en 1983, la privatisation et une plus grande ouverture libérale à partir de 1993. Cette politique a permis la stabilisation de la production agricole, notamment grâce à la construction de nombreux barrages, l’industrialisation sélective du pays, et le développement des services, notamment banques, assurances, et tourisme.
Mais cette politique n’a pas réussi à assurer un taux de croissance élevé, entraînant un chômage endémique à deux chiffres, et une augmentation insuffisante du revenu moyen par habitant. Elle s’est caractérisée également par une économie de rente, profitant à quelques uns, au détriment du plus grand nombre. De plus, les réformes structurelles n’ayant pas été opérées dans l’agriculture, ont rendu l’économie globale dépendante de ce secteur, et de ses aléas climatiques. La mauvaise gouvernance des Entreprises publiques, a entraîné pour l’Etat des pertes financières importantes, et une manque à gagner considérable pour la Nation. Il en résulte une compétitivité de l’économie nationale faible, tant vis-à-vis de l’extérieur, qu’à l’intérieur même, du fait des Accords de Libre-échange signés par le Maroc. Enfin le secteur informel s’est largement développé, et représente selon certaines statistiques 50% du PIB national. Cependant à partir des années 2000, des réformes législatives et réglementaires, le succès des privatisations (Maroc- Télécom, Régie des Tabacs), le développement des infrastructures (Autoroutes, Tanger-Med) ont atténué la morosité économique ambiante, mais sans solutionner structurellement les problèmes économiques qui se posent au pays.
Sur le plan social, le Rapport a mis en exergue les avancées sociales qui ont concerné l’espérance de vie, passé de 47 ans en 1962 à 71 ans en 2004, et la maîtrise de la fécondité des femmes, qui est passée de 7 enfants à 2,5 enfants pendant la même période. De même qu’il signale le taux d’urbanisation qui est passé de 29% en 1960 à 55% en 2004, l’émancipation de la femme marocaine qui joue un rôle économique et social de plus en plus important, ainsi que le développement du monde associatif et la Société Civile. Il met également l’accent sur la Diaspora marocaine à l’étranger, qui s’est beaucoup développée, et qui joue un rôle économique important vis-à-vis de son pays d’origine (transferts financiers, tourisme). Cependant ces avancées ne doivent pas masquer les graves déficités sociaux dont souffrent la société marocaine. C’est ainsi que le Maroc est classé au rang peu honorable de 124ème dans l’indice de développement humain, calculé par les Organisations internationales. Les maux sociaux les plus graves concernent l’Education, en crise depuis 1980, qui n’a pas éradiqué l’analphabétisme, qui a connu une baisse de qualité, et qui se caractérise par une Ecole à plusieurs vitesses. Dans le domaine de la Santé, l’accès aux services reste incomplet et inégalitaire, marqué par un mauvais état général des dispensaires et hôpitaux. La pauvreté quoiqu’en baisse proportionnellement à la population (14,2% en 2005) touche encore 5 Millions de personnes. Le logement insalubre s’est largement développé dans les campagnes, et à la périphérie des villes. L’inégalité est largement territoriale, puisque 40% de la richesse nationale est contenue sur 1% du territoire. Enfin, les jeunes, d’après les propres termes du Rapport « n’ont pas été intégrés dans l’équation globale du développement ». Ces jeunes souffrent de mal- formation, de chômage, de précarité, s’adonnent à l’émigration clandestine au péril de leurs vie, et sont la cible des mouvements extrémistes.
Face à cette situation, le Rapport préconise, sans entrer dans les détails, et en appelant au débat public, un certain nombre de pistes. Ces pistes concernent d’abord le politique, qui doit permettre la consolidation de la Démocratie, le respect des Droits de l’Homme, de l’Etat de Droit et des libertés individuelles et collectives. Le Rapport appelle à une réforme constitutionnelle, et une recomposition du champ politique marocain en blocs idéologiques clés. Ceci ne peut se faire sans une réhabilitation du rôle des partis politiques. Le Rapport recommande également l’option régionale avec la décentralisation et la déconcentration de l’Administration, qui doit être réformée. Enfin, il insiste sur l’amélioration de la gouvernance politique qui doit passer par la participation, la planification, l’évaluation, et la nécessité de rendre compte.
Sur le plan économique, le Rapport préconise la poursuite des réformes en vue d’intégrer le Maroc à l’économie mondiale. Les problèmes sociaux ne peuvent être résolus que par une croissance forte (5 à 6%), et la création de 400.000 emplois par an. Ceci passe par l’instauration d’un environnement favorable à l’investissement national et étranger, l’accentuation de la recherche et développement, et la création de pôles régionaux de compétitivité. Cela nécessite également une réforme fiscale, une révision du statut foncier, et une réduction du secteur informel. Sur le plan sectoriel, les pistes proposées sont la réforme du secteur agricole, l’activation des plans AZUR (Tourisme) et Emergence (Industrie), le développement des infrastructures, l’élaboration d’une nouvelle politique en matière d’eau et d’énergie.
Sur le plan social, le Rapport insiste tout particulièrement sur l’Education. Le Maroc doit intégrer la société du Savoir, par l’éradication de l’analphabétisme, la réussite de la réforme en cours, et la formation continue. Il doit poursuivre une politique intensive d’inclusion des jeunes et des femmes, ainsi que l’inclusion territoriale par l’aménagement du territoire. Une nouvelle politique de la santé doit être élaborée avec la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO). La lutte contre la pauvreté, lancée par l’INDH, doit être prioritaire, et l’affaire de tous. Enfin, la lutte contre le logement insalubre doit être accentuée.
En conclusion, on ne peut être que d’abord sur les recommandations du Rapport de Développement Humain qui préconise, pour synthétiser, la démocratie et la modernité pour sortir notre pays des graves difficultés présentes et à venir. Comme indiqué par les rédacteurs, ce Rapport doit faire l’objet d’un débat public, impliquant toutes les composantes de la société : pouvoirs publics, partis politiques, syndicats, société civile. Ce Rapport tombe à point nommé, et peut servir de banque de données, pour élaborer les programmes des partis politiques, qui vont s’affronter aux prochaines élections législatives de 2007, en espérant que ces partis présenteront cette fois de vrais programmes au choix des électeurs.

POUR UNE MISE EN APPLICATION
DES RECOMMANDATIONS DE L’IER

L’Instance Equité et Réconciliation (IER), mise en place par le Roi Mohammed VI en Janvier 2004, a remis son rapport définitif le 06 Janvier 2006. Ce rapport a donné lieu à un certain nombre de recommandations qu’il y a lieu de mettre en application dans les meilleurs délais. L’objectif principal de ces recommandations est l’adoption de mesures législatives et réglementaires, qui empêcheront à l’avenir toute violation des droits de l’homme. Ces recommandations ont été émises sous quatre volets :
1. La consolidation des garanties constitutionnelles des droits humains.
Il s’agit tout d’abord d’énoncer la priorité du droit international des droits de l’homme sur le droit interne. Le droit international des droits de l’homme n’a cessé d’évoluer positivement durant les dernières décennies. Le but est donc d’appliquer le droit international, lorsqu’il est plus favorable aux droits de l’homme, en lieu et place du droit interne.
Le rapport préconise également la séparation des pouvoirs, notamment l’interdiction de l’immixion du pouvoir exécutif dans le pouvoir judiciaire. Ceci est très important, car le plus souvent, le pouvoir exécutif fait pression sur le pouvoir judiciaire pour des motifs politiques.
Il s’agit également d’expliciter dans le texte constitutionnel la teneur des libertés et des droits fondamentaux. Tout Etat de droit ne peut exister sans le respect des libertés d’expression, de circulation, d’association, de manifestation ; ou de droits tels que le secret de la correspondance, l’inviolabilité du domicile, le respect de la vie privée.
Le contrôle de la constitutionnalité des lois et règlements doit également être renforcé, avec le droit de se prévaloir d’une exception d’inconstitutionnalité d’une loi ou d’un règlement.
Enfin, doivent être définitivement prohibés les crimes contre l’humanité, tels que la disparition forcée, la détention arbitraire, la génocide, la torture, les traitements cruels et dégradants, la discrimination sous toutes ses formes.
2. La stratégie de lutte contre l’impunité
Ce volet a pour but de lutter contre l’impunité des auteurs de violations des droits de l’homme. Il passe par l’harmonisation de la législation pénale nationale avec les engagements internationaux, la définition précise des responsabilités et des sanctions, l’obligation pour tout membre civil ou militaire de rapporter toute information concernant les crimes contre les droits humains.
3. Réformes dans le sécuritaire, la justice, la législation, et la politique pénale
Les appareils sécuritaires doivent faire l’objet d’une définition précise des attributions et de l’organisation. L’indépendance de la justice doit donner lieu à des mesures concrètes, tels que l’élargissement de la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature, dont la présidence doit être confiée au Premier Président de la Cour Suprême. La législation pénale doit être mise à niveau, en mettant l’accent plus particulièrement sur la définition et la sanction des violences contre les femmes, ainsi que le règlement des établissements pénitenciers.

4. les mécanismes de suivi
Il s’agit de procéder à l’indemnisation effective des victimes recensées, de continuer l’enquête sur les cas non élucidés, et de mettre en application les recommandations.
On ne peut que rendre hommage au travail de l’IER, qui a été établi et rédigé par des hommes hors de tout soupçon, et qui est une première dans le monde arabo-islamique. L’audition publique de centaines de victimes des violations passées des droits de l’homme, avec retransmission en direct par la Télévision et la Radio, a été saluée comme « un acte de courage » par la presse internationale.
Posons-nous cependant la question de savoir, si les quatre objectifs de l’IER : établissement de la vérité, rétablissement de la justice, réparation et réconciliation ont été atteints ?
Force est de constater que les résultats sont mitigés. En ce qui concerne l’établissement de la vérité, certes l’IER a fait un travail considérable et a élucidé de nombreux cas. Cependant d’autres, et parmi les plus graves, n’ont pas reçu de réponse, tels que ceux de Mehdi BEN BERKA, Omar BENJELLOUN, et Houcine MANOUZI. Il faut donc continuer les enquêtes sur les cas non élucidés.
Le rétablissement de la justice pose problème : les victimes n’ont pas eu le droit de dénoncer les auteurs des exactions, et aucune poursuite judiciaire n’a été entamée à ce jour. La question est délicate, car les auteurs des violations peuvent se prévaloir de l’exécution d’ordres reçus dans le cadre d’un système. D’autres pays comme l’Afrique du Sud et l’Espagne ont préféré renoncer à « la chasse aux sorcières » pour regarder plutôt l’avenir. Il appartient à la communauté nationale de traiter cette question au mieux des intérêts de notre pays.
Pour les cas élucidés, on peut affirmer que la réparation a eu lieu. Sur le plan moral, les victimes ont pu témoigner publiquement sur les souffrances qu’elles ont endurées. Sur le plan matériel, des indemnités et des réparations leur ont été octroyées.
Quant à la réconciliation, un grand pas a été fait, car ces événements douloureux sont sortis de l’oubli, et ont donné lieu à des sentiments de compassion, de sympathie, et de solidarité.
En conclusion, ont peut affirmer que l’Instance Equité et Réconciliation, initiée par le Roi Mohamed VI, a eu des résultats positifs. Elle a permis de nous remémorer une page sombre de notre histoire récente, mais surtout d’en tirer des leçons. L’important maintenant est de mettre en application, dans les meilleurs délais, et de traduire les recommandations sous forme de lois et de règlements. Cette initiative s’intègre au processus de réformes qui a démarré de façon irréversible dans notre pays, et que nous devons accompagner avec détermination et vigilance.

FORUM ECONOMIQUE MONDIAL DE DAVOS
LA CHINE EN VEDETTE

Le Forum économique mondial, temple du libéralisme, et qui réunit chaque année le ghota mondial de la politique et de l’économie, a ouvert ses travaux le 25 Janvier 2006 à Davos, station de ski en Suisse.
Ce Forum a mis, et à juste titre, la Chine en vedette. En effet, il a reconnu que le sort de l’économie mondiale est de plus en plus lié à la croissance de l’économie chinoise. La forte croissance de la Chine depuis une décennie (+9,9% en 2005) place actuellement ce pays en quatrième position mondiale après les USA, le Japon, et l’Allemagne. Les économistes ont calculé que la Chine participe pour 20% à la croissance du PIB mondial. Le Vice-Ministre chinois a déclaré que le PIB par habitant sera doublé d’ici 2010.
Cet essor extraordinaire est dû à l’ouverture de l’économie chinoise, marquée par la restauration du capitalisme, le libéralisme économique, les privatisations, et la liberté d’entreprendre. Cette politique a été accentuée par l’adhésion officielle de la Chine à l’Organisation Mondiale du Commerce en 2001. Il s’en est suivi des investissements directs étrangers extrêmement importants, en provenance des USA, d’Europe, mais surtout d’Asie. Les investissements étrangers ont en effet trouvé en Chine un régime stable, un marché immense, et une main-d’œuvre qualifiée, disciplinée, et peu coûteuse. Depuis, le développement de la Chine repose sur les investissements et les exportations. Les produits chinois ont inondé le monde entier, et assuré au pays une balance commerciale largement excédentaire, surtout vis-à-vis des USA et de l’Europe. Ce développement économique s’est repércuté par des avancées sociales, telles que le recul de la pauvreté, l’accès à la consommation et à la culture, et une plus grande liberté de mouvement.
Mais il y a également le revers de la médaille. Le développement économique n’a pas été accompagné par le libéralisme politique. Le Parti au pouvoir continue d’appliquer un autoritarisme rigide, peu respectueux des droits de l’homme. Les intellectuels et les acteurs du mouvement social sont empêchés d’agir sur la scène politique. D’autre part, le développement économique n’a pas concerné tout le territoire chinois. De grandes disparités existent entre les régions côtières et l’intérieur du pays, entre les villes et les campagnes. Le PIB par habitant reste faible, et place la Chine en 107ème position sur l’échiquier international. La consommation domestique reste insuffisante, du fait de l’absence de la sécurité sociale, qui pousse les chinois à l’épargne et au non recours au crédit. Le développement économique s’est basé sur des conditions de travail draconiennes. Il s’est basé également sur un taux de change de la monnaie nationale (Yuan) dévalué par rapport à sa valeur réelle, afin de stimuler les exportations.
Enfin, la corruption s’est largement répandue, et des atteintes graves à l’environnement ont été constatée dans plusieurs régions au territoire. La Chine, non signataire du Protocole de Kyoto du fait de son statut de pays en développement, contribue également par ses émissions de gaz à effet de serre, au réchauffement de la terre.
Ceci étant dit, on ne peut que saluer la mutation extraordinaire de cet immense pays de 1,3 milliards d’habitants, où les problèmes sont d’une grande complexité, et demandent beaucoup de temps pour leur trouver une solution. La Chine constitue déjà un moteur de l’économie mondiale, et les responsables chinois ont déclaré à Davos leur intention de l’intégrer en douceur, afin d’éviter tout déséquilibre pernicieux. Dans les décennies à venir, la Chine devra libéraliser son système politique, par l’instauration de la démocratie et le respect des droits de l’homme. Elle devra réduire les disparités régionales, et promouvoir le développement social. Elle devra enfin porter toute son attention sur les problèmes de l’environnement dans son propre intérêt, et dans celui de la terre entière.
Quelle stratégie peut adopter le Maroc vis-à-vis de ce grand pays ?
Nos politiques et nos hommes d’affaires doivent lui accorder tout l’intérêt qu’il mérite, vu le rôle qu’il joue sur la scène mondiale. Sur le plan politique, la Chine membre du Conseil de Sécurité de l’ONU, influe sur tous les problèmes mondiaux. Son soutien est précieux quand à la défense de notre cause nationale : la récupération de nos Provinces Sahariennes. La Chine développe vis-à-vis de l’Afrique une politique très active d’aide technique et d’assistance financière : le Maroc doit en tirer partie, surtout au niveau de l’INDH. Sur le plan économique, notre pays a intérêt à attirer les investissements chinois, en mettant en exergue les Accords de libre-échange signés par le Maroc avec l’Union Européen, les Etats-Unis, la Turquie, et les pays Arabes. Le Maroc peut devenir une plate forme d’exportation des produits chinois sur tous ces pays, en profitant de l’exonération des droits de douane. Sur le plan des exportations marocaines vers la Chine, des niches peuvent être trouvées, car les chinois sont friands de biens de consommation de marque étrangère. Enfin, sur le plan du tourisme, les chinois voyagent de plus en plus à l’étranger, et il convient dès maintenant d’investir sur cet immense marché.

LES RELATIONS OCCIDENT-MONDE MUSULMAN
POUR LA COHABITATION DES CIVILISATIONS

Les relations entre l’Occident et le Monde musulman traversent actuellement une crise aigue. Par Occident, il faut entendre principalement les Etats-Unis d’Amérique et l’Europe, le Monde musulman étant constitué par l’ensemble des pays d’Afrique, Moyen Orient et Asie où l’Islam est majoritaire.
Cet antagonisme n’est pas récent, l’histoire nous montre que les relations entre l’Occident et le Monde musulman ont toujours été caractérisées par un statut dominant – dominé. Rappelons-nous les conquêtes arabes du 8ème siècle qui ont amené l’expansion musulmane jusqu’à Poitiers. Les Croisades qui ont commencé au 11ème siècle ont permis aux forces chrétiennes d’occuper le Moyen Orient, et notamment Jérusalem. L’Empire Othman au 14ème siècle a rétabli la suprématie musulmane au cœur de l’Europe, et notamment dans les Balkans. Enfin, la colonisation européenne au 19ème siècle a étendu son empire sur de nombreux pays musulmans d’Afrique, du Moyen Orient et d’Asie.
Les relations entre l’Occident et le Monde musulman ont connu un certain répit au 20ème siècle, et notamment après la fin de la seconde guerre mondiale. La scène internationale fut dominée alors par le conflit Est- Ouest, opposant l’idéologie communiste au capitalisme. Ce conflit s’est achevé en 1989, année de la chute du Mur de Berlin, par le triomphe écrasant de l’Ouest. A partir de ce moment, l’antagonisme entre l’Occident et le Monde musulman s’est ravivé, à tel point que certains néo- conservateurs américains ont prétendu substituer au combat contre le communisme, la lutte contre l’Islam radical. Cette nouvelle orientation a été explicitée par le livre de SAMUEL HUNTINGTON : « le Choc des civilisations » publié en 1993.
Les causes de l’antagonisme Occident-Monde musulman sont multiples. Le Monde musulman reproche à l’Occident son arrogance, son hégémonie politique et économique, ses provocations, ses dérives. Les masses musulmanes supportent très mal le conflit israélo-palestinien, et la double invasion de l’Afghanistan et de l’Irak. Ils considèrent que le soutien inconditionnel de l’Occident, et notamment des Etats-Unis à Israël, est injuste. Ils déplorent la politique de « deux poids-deux mesures » appliquée par l’Occident. Ils citent à titre d’exemple les résolutions de l’ONU en faveur de la Palestine qui ne sont jamais appliquées, et la tolérance vis-à-vis de l’arme nucléaire possédée par Israël, alors qu’ils empêchent l’Iran d’en disposer. Ils pointent du doigt la propagande anti-islamiste véhiculée par les médias occidentaux. La dernière en date, et la plus lamentable, est l’atteinte à la sacralité du Prophète Mohamed par des caricatures immondes. Ils condamnent les dérives occidentales concernant les mœurs, comme par exemple l’officialisation des mariages homosexuels.
Le résultat de ces griefs, auxquels s’ajoute l’impuissance des régimes politiques en place pour assurer le développement économique et social, favorise la montée en puissance dans les pays musulmans des mouvements radicaux islamistes. En Egypte, lors des élections législatives de Novembre/Décembre 2005, les Frères Musulmans se sont taillés la part du lion, en remportant 88 sièges au Parlement. Les élections présidentielles en Iran en 2005 ont donné la victoire à Mahmoud AHMADINEJAD, connu par son radicalisme vis-à-vis de l’Occident. L’Irak a vu les musulmans chiites triompher, tandis que les dernières élections législatives en Palestine en Janvier 2006 ont donné la majorité au parti radical Hamas.
Dans l’autre sens, le reproche principal de l’Occident au Monde musulman et l’absence de démocratie, et le recours au terrorisme. Les attentats spectaculaires du 11 Septembre 2001 aux Etats-Unis ont vivement frappé les esprits, et traumatisé la population. Les attentas de Madrid en 2004 et de Londres en 2005 ont de leur côté provoqué un sentiment très négatif en Europe. Le Président Bush en a profité pour envahir l’Afghanistan et l’Irak, et pour déclarer « la guerre au terrorisme ». Il a en outre lancé le plan Grand Moyen Orient, visant la démocratisation des pays musulmans, mais qui a peu de chances de succès dans le contexte actuel.
Que faire pour sortir de cette impasse entre l’Occident et le Monde musulman ?
Le Président espagnol ZAPATERO a préconisé « l’Alliance des civilisations ». Pour être plus modeste, recherchons les moyens d’assurer au moins une « Cohabitation des civilisations ». Des efforts doivent être entrepris de part et d’autre. L’Occident doit remettre à plat, et repenser sa politique vis-à-vis du Monde musulman. Sur le plan politique, l’Occident doit peser de tout son poids pour une solution juste et équitable du conflit israélo- palestinien. Les Américains et leurs alliés doivent se retirer le plus rapidement possible d’Afghanistan et d’Irak. Les médias occidentaux doivent respecter le Monde musulman, et notamment cesser toute attaque contre la religion musulmane, et éviter tout amalgame entre islam et terrorisme. L’Occident doit renforcer sa coopération économique et technique avec le Monde musulman, afin de lui permettre d’accélérer son développement. Il doit ouvrir davantage ses Universités et ses Centres culturels à la civilisation musulmane, et aux rassortissants du monde musulman, afin de promouvoir la compréhension et le dialogue. L’Europe, du fait de l’histoire, et de ses relations particulières avec le monde musulman, doit jouer un rôle important dans le rapprochement des civilisations.
Le Monde musulman doit de son côté cesser toute acte de terrorisme, car les victimes sont innocentes, et le résultat inverse au but recherché. Il doit promouvoir la démocratisation des systèmes politiques et la modernisation de l’économie. Cependant, la priorité doit être donnée à l’éducation et au développement économique. C’est le meilleur moyen de barrer la route aux mouvements extrémistes. Le Monde musulman doit aussi s’ouvrir sur la culture et la science occidentale qui présentent de nombreux atouts.
En conclusion, il faut formuler l’espoir que la crise actuelle entre l’Occident et le Monde musulman soit dépassée. La tâche est difficile et repose sur la bonne volonté de part et d’autre, et sur l’intérêt bien compris des deux parties. L’effort est à porter tout particulièrement sur la compréhension des deux civilisations. Face aux vicissitudes de l’Histoire, faisons du 21ème siècle celui de l’apaisement et de la cohabitation des civilisations.

LA COLONISATION A-T-ELLE ETE UN MAL NECESSAIRE ?

La colonisation, après les indépendances, a fait l’objet d’un mutisme des deux côtés, assimilé par certains à un complot du silence. Une sorte d’accord tacite a été conclu entre les anciens colonisateurs et colonisés pour ne pas soulever cette question. Un projet de loi français soulignant le rôle positif de la colonisation a ravivé la question, et créé une polémique notamment entre l’Algérie et la France. Heureusement, le Président CHIRAC a demandé l’abrogation de l’Article concernant la colonisation, mettant ainsi fin à la polémique. En effet, ce n’est pas au Parlement français de juger la colonisation, mais bel et bien aux historiens, dont c’est le rôle.
Il n’en demeure pas moins qu’un débat objectif et serein est nécessaire pour analyser ce fait historique, et apporter une évaluation. La colonisation, qui a été surtout le fait des pays européens, a commencé dès le 16ème siècle et s’est accentué pendant le 19ème siècle. Durant toute cette période, l’Europe avait acquis une supériorité dans tous les domaines, notamment dans celui de la technologie et de la science. Les pays d’Amérique, d’Afrique et d’Asie n’avaient pas connu le même niveau de développement, et souffraient de graves lacunes à la fois sur le plan politique et socio-économique.
Les motivations des pays européens étaient surtout politiques et économiques. Il s’agissait de renforcer la puissance politique par la possession de territoires outre-mer, et de développer l’économie par l’exploitation des ressources naturelles des pays conquis. D’autres motivations plus nobles ont été émises, telles que celles qui assimilaient la colonisation à une mission civilisatrice, devant apporter les lumières à des peuples moins évolués. L’esprit colonial était tellement répandu qu’en 1931, à une date relativement récente, une grande Exposition coloniale fût organisée à Paris drainant 30 Millions de visiteurs.
La colonisation a été un mal absolu, portant de grandes atteintes aux droits de l’homme, à la démocratie et à l’économie des pays conquis. Les droits de l’homme notamment ont été totalement bafoués, puisque la colonisation a commencé par l’esclavage, les génocides, le racisme. Les colonisateurs se considéraient comme des êtres supérieurs aux indigènes qui ne disposaient d’aucun droit, et à qui il fallait beaucoup de temps pour s’émanciper. Sur le plan politique, les pays colonisés étaient gouvernés par une Administration centralisée, entièrement entre les mains de la puissance occupante. Aucune représentation populaire n’était admise, à moins qu’il ne s’agisse d’Assemblées de pure forme, constituées pour entériner les décisions des véritables détendeurs du pouvoir. Le plus grave étaient l’exploitation systématique des ressources naturelles des pays colonisés, au profit des colons et des hommes d’affaires installés dans le pays. Les spoliations, ventes forcées, abus de pouvoir, étaient monnaie courante. La politique économique était déterminée, non en fonction des intérêts du pays colonisé, mais selon les besoins de la métropole.
Après la seconde guerre mondiale, et la création de l’Organisation des Nations Unies, un mouvement de libération a commencé à souffler sur toute la planète. Le principe du droit d’autodétermination des peuples s’est affirmé progressivement. Malgré cet environnement politique nouveau, les puissances coloniales se sont accrochées à leurs possessions. Face aux mouvements de libération nationale, la répression fût sanglante. Ce n’est qu’aux prix de guerres meurtrières que les indépendances furent reconnues.
On peut donc considérer que la colonisation a été une phase plutôt négative dans l’histoire de l’humanité. Elle a cependant apporté quelques éléments positifs, tels que le développement de l’éducation et la modernisation de l’économie. Quoique d’une façon très limitée, les puissances occupantes ont fait un effort dans l’instruction publique. Sur le plan économique, des infrastructures ont été édifiées (ports, routes, barrages), l’agriculture et l’industrie ont été modernisées, les services ont été diversifiés. On peut se demander si les pays anciennement colonisés, auraient actuellement le même niveau de développement économique, s’ils n’avaient pas connu la colonisation ?
Il faut noter aussi que la phase post-coloniale s’est déroulée dans de bonnes conditions. Les relations entre les deux parties sont le plus souvent empreintes de respect et d’amitié. Les anciens pays colonisateurs tiennent le plus grand compte de la souveraineté des pays nouvellement indépendants, et défendent leurs intérêts dans les instances internationales. Les liens tissés par l’histoire et par la langue, se sont développés dans une vision largement partagée. Les communautés vivant dans les pays respectifs, créent un lien solide et permanant, en plus du tourisme, qui se développe d’une façon considérable. Certes, le devoir de mémoire nous impose de nous retourner vers un passé douloureux, mais l’important maintenant est de regarder avec espoir vers l’avenir.

LES RELATIONS SUD-SUD DU MAROC

Le voyage actuel du Roi Mohamed VI en Afrique nous donne l’occasion de faire le point des relations Sud-Sud du Maroc. Ces Relations ont été intenses aussi bien sur le plan politique qu’économique.
Sur le plan politique, dès 1958 le Maroc a intégré la « Ligue Arabe » où il a joué un grand rôle, notamment dans le cadre du conflit israélo-arabe. L’action de notre pays a consisté à réunir sur son sol plusieurs Sommets Arabes, et à prendre la présidence de la Commission Al Qods. Tout récemment le Roi Mohamed VI a reçu Amir Pertz, Président du Parti travailliste israélien. Le but est d’arriver à une solution équitable de ce douloureux conflit, permettant l’existence d’un Etat palestinien viable.
En 1961, la Maroc a été un membre actif de la Conférence des Non-Alignés de Belgrade, présidée par le Marechal TITO. Cette Conférence, qui fait suite à celle Bandung, avait pour but l’émancipation des territoires encore sous occupation coloniale. En pleine guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS, elle a affirmé le non-alignement des pays membres vis-à-vis des deux blocs antagonistes.
Membre fondateur de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en 1963, le Maroc a dû se retirer de cette organisation en 1985 à la suite de l’admission de la « RASD » en 1982. Cependant, notre pays n’a aucunement rompu ses relations bilatérales avec les pays africains. Au contraire, ces dernières se sont renforcées tout particulièrement depuis l’avènement du Roi Mohamed VI, qui a multiplié ses déplacements en Afrique. L’aide fournie par le Maroc aux pays africains est multiple : technique, agricole et médicale.
Suite à l’incendie de la mosquée d’Al Qods, Feu le Roi Hassan II a été le promoteur de la création en 1969 de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). Cette Organisation n’a cessé depuis lors, de défendre les intérêts islamiques dans le monde. Elle regroupe non seulement les pays Arabes, mais tous les pays musulmans. Son activité a été prolongée sur le plan culturel par la création de sa filiale l’ISESCO. Il serait souhaitable que l’OCI fasse entendre sa voix d’une façon plus dynamique, en ces temps où l’Islam fait l’objet de critiques, et où se répand la théorie pernicieuse du « choc des civilisations ».
Dans le but d’édifier la construction maghrébine, Feu le Roi Hassan II a lancé les négociations avec les autres pays du Maghreb, qui ont abouti en 1989 à la signature à Marrakech du Traité instituant l’Union du Maghreb Arabe (UMA). Cette Union qui regroupe le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie, avait pour objectif l’intégration de l’économie maghrébine par la création d’un marché commun, avec la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux. Malheureusement par des raisons politiques, liées à l’opposition de l’Algérie à la récupération de nos Provinces sahariennes, cette Union n’a pas pu être concrétisée.
Le Maroc n’a pas négligé également ses relations avec l’Asie, surtout le Japon, la Chine et l’Inde. Le Roi Mohamed VI a multiplié les déplacements en Amérique latine, où le Maroc n’était pas très présent. On peut donc affirmer que depuis l’indépendance, notre pays n’a pas ménagé ses efforts pour la promotion de ses relations Sud-Sud, politique qu’il faut encore renforcer davantage à l’avenir. Nous avons en effet besoin de tous les pays du Sud pour obtenir la reconnaissance internationale de l’appartenance du Sahara à notre pays.
Qu’en est il sur le plan économique ?
Les exportations marocaines vers les pays du Sud ont représenté en 2004 18% des exportations totales, dont 5,3% sur l’Afrique, 9,2% sur l’Asie, et 3,5% sur l’Amérique du Sud. Quant à nos importations en provenance des pays du Sud, elle ont représenté 25,2%, dont 4,3% en provenance d’Afrique, 18,4% en provenance d’Asie et 2,5% en provenance d’Amérique du Sud. Cette situation s’explique pour des raisons géographiques, historiques et économiques. Le Maroc est proche géographiquement de l’Europe, avec laquelle il a des liens historiques très forts. L’Europe a représenté en 2004 77% de nos exportations et 67,2 % de nos importations. Sur le plan économique le Maroc trouve ses principaux débouchés en Europe par ses exportations de produits agricoles et de la mer, et pour ses produits textiles. Il importe principalement d’Europe les demi-produits, les biens d’équipement et de consommation dont il a besoin.
Le Maroc essaie cependant de diversifier ses échanges commerciaux. C’est ainsi qu’outre le Traité de l’UMA, le Maroc a signé en 2004 un Accord de libre échange avec la Turquie, qui prévoit l’exonération totale pour les exportations marocaines de produits industriels, et une exonération partielle pour les produits agricoles. La même année a été signé à Agadir un Accord de libre échange regroupant le Maroc, la Tunisie, l’Egypte, et la Jordanie. Ce Traité prévoit le démantèlement total des droits de douane aussi bien pour les produits industriels qu’agricoles. Ces Accords Sud-Sud ont été encouragé par l’Union Européenne, qui souhaite créer dans le cadre de l’Euromed, une vaste zone de libre échange, regroupant l’Europe et le Sud de la Méditerranée. Le Maroc est également signataire de l’Accord au sein de la Ligue Arabe pour l’exonération totale des droits de douane entre pays Arabes.
En conclusion, le Maroc doit continuer à développer ses relations avec le Sud, aussi bien sur le plan politique qu’économique. Sur le plan économique, et pour parvenir à une véritable diversification, il doit surtout améliorer sa compétitivité. En effet, dans le cadre de la mondialisation, la politique la plus efficace pour développer et diversifier ses exportations, est d’offrir pour le marché international un produit avec le meilleur rapport qualité-prix.

LA RUSSIE POST-SOVIETIQUE : QUEL AVENIR ?

La Fédération de Russie est née le 31 Décembre 1991, suite à la fin de l’URSS. Cette dernière a connu un bouleversement considérable en moins d’une décennie C’est en effet au 1985 que Gorbatchev a été élu Secrétaire général du parti communiste de l’Union Soviétique, et qu’il a lancé en 1988 ses fameuses. « Perestroïka » (Restructuration) et « Glasnost » (Transparence). Par la suite, les événements se sont précipités en 1991 : élection de Boris Eltsine à la Présidence de la République soviétique de Russie, dissolution du Pacte de Varsovie et du parti communiste soviétique, tentative le putsch de l’Armée soviétique contre Gorbatchev. Enfin en décembre 1991, création de la CEI, et démission de Gorbatchev en tant que Président de l’URSS.
Les débuts de la Russie furent chaotiques, avec une nouvelle attaque de l’Armée contre le Parlement russe en 1993, suite à l’élection de Eltsine à la présidence de la Fédération. La tentative de l’Armée échoua grâce au courage de Eltsine, et une nouvelle Constitution fût adoptée en 1993. Malgré sa réélection en 1996, Eltsine a dû faire face à une situation politique et économique désastreuse. Les mesures de libéralisation entraînèrent la désorganisation de l’Administration, et la montée de l’insécurité et de la corruption. Sur le plan économique, le patrimoine national, fût liquidé au profit de quelques oligarchies, et tous les secteurs productifs connurent une grave crise, avec une montée galopante de l’inflation. Certes, la Russie fût admise au G7 en 1997, mais Eltsine malade, a dû quitter le pouvoir le 31 décembre 1999. Désigné par Eltsine Premier ministre le 9 Août 1999, Vladimir Poutine le remplaça fin décembre 1999, et fût élu Président de la Fédération de Russie le 20 Mars 2000, puis réélu en mars 2004.
On peut affirmer que la Russie post-soviétique n’a pris son essor qu’avec l’accès de Poutine au pouvoir. Le Président commença d’abord à rétablir l’ordre à l’intérieur du pays, grâce à un système autoritaire, privilégiant le volet sécuritaire. Sur le plan économique, il s’attaqua aux grands Groupes russes, nés d’une façon douteuse sous l’ère de Eltsine, dont notamment le géant pétrolier « Loukos ».Il mena une lutte sans merci contre la rébellion en Tchétchénie, faisant peu cas du respect des droits de l’homme et des revendications d’indépendance de ce pays.
Les résultats .économiques ne tardèrent .pas à s’affirmer. La Russie, premier pays du monde par la surface (17 millions de Km²) et 8ème par la population (146 millions d’habitants), a atteint un PNB de 1408 milliards de $ en 2004, la plaçant au 10ème sang mondial. La structure de son PNB en 2004 la rapproche des économies modernes, puisque l’Agriculture ne représente plus que 4,9%, contre 33,9% pour l’industrie, et 61,2% pour les services. Son commerce extérieur est largement excédentaire (70 Milliards de $ d’excédent en 2004) grâce notamment à ses exportations de pétrole (2ème producteur mondial après l’Arabie Séoudite) et de gaz (25% des réserves mondiales). Les investissements directs étrangers se sont multipliés, en provenance d’Europe, d’Amérique et d’Asie. Son industrie devient de plus en plus performante, notamment au niveau des complexes militaro-industriels, largement exportateurs. Sa dette publique : 397 milliards de $ (28,2 % du PNB) est très raisonnable. Grâce à l’augmentation du prix du pétrole et du gaz en 2005, la Russie a soldé sa dette vis-à-vis du FMI, et réduit de 27 Milliards de $ sa dette vis-à-vis du Club de Paris.
De pays demandeur de soutiens financiers, elle est passée à celui de donateur d’aide aux pays pauvres. C’est ainsi qu’elle a effacé sa créance vis-à-vis de 16 pays d’Afrique pour un montant de 688 Millions de $, et versé 587 millions de $ à l’Association internationale de développement, un Fonds dépendant de la Banque mondiale. Cependant, quelques éléments négatifs sont à signaler : une croissance un peu faible en 2004 (+2,4%), un PNB par habitant moyen s’élevant à 9.800 $ (moins de la moitié de celui de l’Union Européenne), une inflation trop forte (11,5%), et la pauvreté qui frappe encore 25% de la population. Cependant, l’économie russe, stimulée par les exportations de pétrole et de gaz, est sur la bonne voie, et ne pourra que s’améliorer davantage à l’avenir.
Forte de ses résultats économiques, la Russie de Poutine mène une politique étrangère très active. Le point nodal de cette politique est de positionner la Russie au niveau le plus élevé dans l’échiquier mondial, après le net affaiblissement subi suite à la chute de l’Ex-URSS. Cette politique se décline subtilement sur plusieurs orientations. Vis-à-vis des anciennes Républiques de l’Ex-URSS, elle n’hésite pas à utiliser l’arme économique de la fourniture de pétrole et de gaz, notamment vis-à-vis de l’Ukraine et de la Géorgie. Vis-à-vis de l’Union Européenne, avec qui elle a signé un Accord de Partenariat et de Coopération en 1994, elle tente de renforcer ses liens politiques et économiques. Politiquement, elle trouve dans l’Union Européenne un allié potentiel pour contrer la toute-puissance des Etats-Unis d’Amérique. Economiquement, elle devient incontournable au niveau des approvisionnements de pétrole et de gaz de l’Union Européenne, qui absorbe 40% de ses échanges et lui fournit 1/3 de ses investissements.
Les relations très conflictuelles entre les Etats-Unis et l’Ex-URSS, se sont beaucoup améliorées avec la Russie, mais restent cependant assez tendues. La Russie reproche aux Etats-Unis la main-mise sur les anciens Etats satellites de l’URSS, et leur admission en masse à l’OTAN. Elle s’oppose au projet américain de défense antimissile (MDS), qui aurait pour effet d’annuler la vulnérabilité réciproque. Elle milite par un désarmement nucléaire plus significatif dans le cadre des négociations du Traité START III. Elle admet difficilement l’unilatéralisme et l’hégémonie américaine dans le monde.
Pour améliorer sa position, elle tente d’étendre son influence en Asie, notamment en consolidant ses relations avec la Chine et l’Inde, qui absorbent entre 50 à 80% de ses exportations d’armements. Elle essaie de jouer un rôle plus important au Moyen-Orient, notamment en invitant le Hamas à Moscou, suite à sa victoire aux élections législatives en Palestine. De même qu’elle tente de désamorcer la crise nucléaire en Iran, en proposant à ce dernier pays l’enrichissement de l’uranium sur son sol. Grâce à cette action multiforme, la Russie tente par tous les moyens de se positionner favorablement sur la scène internationale. Tenant compte de son immensité géographique et ses ressources énergétiques, la Russie joue de plus en plus un rôle substantiel dans la politique mondiale.
Les relations politiques entre le Maroc et la Russie sont bonnes. Même du temps de l’Ex-URSS, le Maroc a toujours entretenu des relations cordiales avec ce dernier pays, malgré la guerre froide. Des contacts, ponctués par des visites de personnalités de haut rang, n’ont jamais été interrompus. L’Ex-URSS comme la Russie ont eu une position équilibrée sur le problème de la récupération de nos Provinces Sahariennes. Il est de la plus haute importance que le Maroc renforce ses relations politiques avec la Russie, étant donné d’une part qu’elle est membre permanant du Conseil de Sécurité de l’ONU, et qu’elle joue, et jouera à l’avenir, un rôle déterminant sur le scène internationale.
Sur le plan économique, les relations entre le Maroc et la Russie sont modestes et déséquilibrées. Nos importations en 2004 en provenance de la Russie n’ont représenté que 6% de nos importations totales pour un montant de 9,2 Milliards de DH (principalement le pétrole). Nos exportations sur la Russie en 2004 n’ont représenté que 1% de nos exportations totales pour un montant de 771 Millions de DH (principalement les Agrumes). Afin d’équilibrer sa Balance commerciale avec la Russie, le Maroc devrait redoubler d’efforts pour promouvoir ses exportations de produits agricoles, et notamment les fruits et légumes, où un immense marché potentiel existe. Il devrait également s’orienter davantage vers la promotion du tourisme russe au Maroc. Enfin, il devrait tenter d’attirer les investisseurs russes, notamment pour la recherche pétrolière, où la Russie dispose d’une grande expérience.


POUTINE A ALGER
PARTENARIAT STRATEGIQUE ET SURARMEMENT DE L’ALGERIE

Le Président Vladimir Poutine vient d’effectuer une visite à Alger le 10 Mars dernier. C’est la première visite d’un Chef d’Etat russe en Algérie. Cette visite présente une grande signification à plusieurs titres.
Pour la Russie, il s’agit, face à l’hégémonie américaine, suite à la chute de l’Ex-URSS, de se positionner en Afrique du Nord. Poutine n’a de cesse en effet, depuis son élection à la Présidence de la Russie en 2000, de mener une politique étrangère active sur plusieurs fronts, à même de placer la Russie dans une situation favorable sur la scène internationale. Pour plaire au pays hôte, il n’a pas hésité à effacer la dette de 4,7 Milliards de $, contractée par l’Algérie vis-à-vis de l’Ex-URSS dans les années 60 et 70. Cette dette est importante, et représente le 1/4 de la dette totale extérieure algérienne, estimée à 16 Milliards de $.
La Russie poursuit un autre objectif, qui est le développement de ses exportations d’armements militaires, qui représentent une importance primordiale dans l’économie russe. C’est ainsi qu’en contrepartie de l’annulation de sa dette, l’Algérie s’est engagé à conclure avec l’URSS des contrats d’armements portant sur une valeur de 4 Milliards de $. Selon les révélations de la société russe Rossoboronexport, la panoplie des armements russes vendus à l’Algérie est impressionnante : 40 chasseurs Mig 29, 28 chasseurs Soukhoï – 30MK, 16 avions d’entraînement et de combat Yak 130, 8 systèmes de missiles sol/air S - 300 PMU, et 40 chars T- 90. Cette vente constitue le plus grand contrat militaire conclu par la Russie post- soviétique. Les résultats de la visite de Poutine confortent le partenariat stratégique conclu en 2001 entre l’Algérie et la Russie, et relancent l’un des aspects de la guerre froide, qui consistait pour les superpuissances de l’époque : les Etats-Unis et l’Ex-URSS, à intégrer le maximum de pays dans leur zone d’influence respective.
L’Algérie de son côté, par ce surarmement, veut confirmer sa volonté de leadership en Afrique du Nord, aidée en cela par la manne pétrolière qui représente une valeur de 40 Milliards de $, suite à l’augmentation du prix du pétrole sur le marché international. Cette volonté de leadership d’Algérie, est corroborée par la politique négative menée vis-à-vis du Maroc, quant à la récupération de ses provinces sahariennes. Politique qui vient d’être réaffirmée lors du 30ème anniversaire de la proclamation de la « RASD » le 27 Février 2006. C’est en effet, avec l’aide logistique de l’Algérie, que cet anniversaire fut célébré à Tifariti, dans la zone tampon entre le mur de défense et la frontière mauritanienne.
On ne peut que déplorer la politique actuelle des dirigeants algériens. Au lieu d’utiliser la manne pétrolière au développement économique et social de leur pays, qui en a grandement besoin, l’argent est utilisé dans des dépenses improductives, dans l’achat d’armements supérieurs aux besoins. Au lieu de rechercher une solution avec le Maroc sur le problème du Sahara, et activer l’Union du Maghreb Arabe, qui est indispensable pour le développement de la région, ces dirigeants s’obstinent depuis plus de trente ans dans une politique peu constructive.
Face à cette situation, le Maroc ne peut rester les bras croisés. Il faut tout d’abord renforcer le front intérieur sur le problème du Sahara, qui n’est pas prêt d’être résolu. Toutes les forces vives de la Nation, doivent appuyer et participer à la proposition marocaine, qui doit être soumise à l’ONU en Avril prochain. Cette proposition est basée sur une autonomie interne dans le cadre de la souveraineté marocaine. Le Maroc doit d’un autre côté faire appel à ses amis traditionnels : les Etats-Unis, le France, et l’Espagne pour une aide militaire accrue, afin d’assurer l’équilibre sécuritaire dans la région. Enfin il doit activer sa diplomatie gouvernementale et parlementaire, ainsi que la société civile, afin de mieux faire connaître à l’étranger sa position sur le Sahara.
Au-delà de ces mesures conjoncturelles, qu’on peut estimer de « légitime défense », il faut espérer que la raison l’emporte, et qu’on ne retombe pas dans les vicissitudes de la guerre froide, qui a fait tant de mal à nos deux pays. C’est l’occasion pour nous de lancer un nouvel Appel solennel aux dirigeants algériens et à la société civile algérienne, pour discuter sérieusement et en toute objectivité du problème du Sahara, afin de lui trouver une solution définitive.

LE CHOMAGE DES JEUNES : QUE FAIRE ?

Notre pays, comme tant d’autres, souffre d’un chômage aggravé des jeunes. Il est intéressant d’étudier comment l’Union Européenne fait face à ce problème, et en tirer les leçons pour le Maroc. Un constat tout d’abord : le chômage des jeunes est supérieur à la moyenne nationale : en France par exemple il est de 22,3% pour les jeunes en 2005, contre 9,5% qui est la moyenne nationale. Le chômage des jeunes est différent selon les pays européens : il culmine en Italie avec 24,1%, et le taux le plus bas se trouve au Danemark avec 8,1%. Comment les pays de l’Union européenne ont essayé de résoudre ce problème ?
Deux politiques ont été adoptées : celle de l’Espagne et de la France, qui ont élaboré des contrats de travail spécifiques pour le chômage des jeunes, et les autres pays de l’Union Européenne qui n’ont pas pris de mesures spécifiques pour le chômage des jeunes.
L’Espagne, tout d’abord, a créé dès 1997, un contrat permanant de promotion de l’emploi, qui inclue les jeunes de moins de 30 ans. La période d’essai est de 2 mois, et les indemnisations de chômage en cas de rupture lors des deux premières années, sont de 15% du cumul des salaires nets perçus. Quant aux employeurs espagnols qui utilisent ce type de contrat, ils bénéficient d’une bonification des cotisations sociales pouvant aller jusqu’à 40% pendant les deux premières années du contrat. Les résultats pour l’Espagne, qui a prorogé ce contrat en 2001, ne sont guère encourageants, puisque le taux de chômage dans jeunes en Espagne culmine toujours à 19,7% en 2005.
La France de son côté, sous l’impulsion du Premier Ministre VILLEPIN, vient de lancer le CPE : Contrat Première Embauche. Ce contrat concerne les jeunes de moins de 26 ans, et les entreprises de plus de 20 salariés. C’est un CDI : Contrat à Durée Indéterminée, qui comporte une période de consolidation de deux ans. Il n’est fixé aucun plafond de salaire, qui est librement négocié entre l’employeur et l’employé. La particularité de ce contrat est que l’employeur peut mettre fin au contrat à tout moment et sans motif, avec préavis obligatoire après le premier mois de travail. Il est prévu cependant une indemnité de chômage en cas de rupture de contrat après quatre mois de travail. A l’indemnité de rupture de contrat, s’ajoute une allocation forfaitaire versée par l’Etat de 460 Euros pendant deux mois. Ce contrat donne droit à la formation de l’employé après un mois de travail. Des formules ont été étudiées avec la Fédération des banques françaises, pour l’octroi aux employés bénéficiant de ce contrat, de l’accès au crédit et au logement. Il n’est pas prévu de bonification des cotisations sociales pour les employeurs pour ce type de contrat.
Le CPE a déclenché un lever de boucliers des syndicats étudiants, des lycéens et des partis de gauche français. Les attaques les plus virulentes ont porté sur la clause permettant à l’employeur de licencier l’employé à tout moment et sans motif. Les manifestations qui se sont déroulées partout en France le Samedi 18 Mars 2006, ont regroupé plus d’un million de personnes, exigeant le retrait pur et simple du CPE.
Les autres pays de l’Union Européenne n’ont pas adopté de contrats de travail spécifiques pour les jeunes. Ils ont préféré multiplier les mesures d’apprentissage, combinant emploi et formation. Ils ont également mis en place un suivi personnalisé des jeunes chômeurs, et essayé d’améliorer le fonctionnement général du marché du travail. Ils ont tenté également d’accroître la flexibilité du travail, en réduisant le coût de perte du travail à durée indéterminée. Le cas du Danemark est intéressant à plusieurs titres. C’est le pays où le chômage des jeunes est le plus faible (8,1%), grâce à une longue tradition de dialogue social : 80% des chômeurs danois retrouvent un travail au bout de six mois. En outre le Danemark encourage les jeunes à mener de longues études tout en exerçant un petit boulot. Dans ce pays, 60% des 18-25 ans ont un emploi, et 85% des plus de 22 ans ont un diplôme de l’enseignement secondaire.
Que penser de la politique européenne en matière d’emploi des jeunes ?
Il faut reconnaître tout d’abord, que l’exemple de l’Europe n’est pas le meilleur. Le taux de chômage des jeunes de l’Europe des 15 a été de 16,7% en 2005, alors qu’il n’était que moins de la moitié aux Etats-Unis d’Amérique. Le principal reproche qu’on peut faire à la politique européenne de l’emploi, est le manque de flexibilité de la législation du travail, et le souci de sécurité de l’emploi. Or, du fait de la mondialisation, la concurrence est devenue draconienne, et les prévisions d’activité quasiment impossible. Il faut permettre au chef d’entreprise de licencier facilement, pour pouvoir recruter aussi facilement. Les réactions vigoureuses contre le CPE en France ne sont qu’une bataille d’arrière garde. L’Etat Providence et la stabilité de l’emploi n’existent plus en ce début du XXIème siècle. Il faut que les jeunes le comprennent, qu’ils se prennent en charge, et qu’ils se battent pour trouver et garder un emploi.
Le Maroc ferait bien de ne pas imiter l’exemple européen, notamment du fait qu’il n’a pas les moyens financiers pour promouvoir une politique généreuse de l’emploi. Il devrait adopter une politique flexible de l’emploi, accompagnée d’une réforme radicale de l’enseignement, pour l’adapter aux besoins de l’économie marocaine. Il devrait également accentuer la formation professionnelle et l’apprentissage dans les entreprises. Les jeunes marocains devront également se prendre en charge, et ne pas attendre que l’Etat leur fournisse un emploi dans l’Administration publique.

L’INDE
LE SECOND DRAGON ASIATIQUE

L’Inde se place incontestablement comme la seconde puissance asiatique après la Chine. Disposant d’un immense territoire (3,2 Millions de Km²), et d’une population supérieure à 1 Milliard d’habitants, ce pays a fait depuis une décennie des progrès considérables sur les plans politique, économique et social.
Sur le plan politique, et après l’indépendance acquise en 1947, l’Inde s’est doté d’une Constitution en 1950, qui fait de ce pays la plus grande démocratie du monde. L’Union indienne est une République fédérale, laïque et multireligieuse. Elle est constituée de 28 Etats, disposant chacun d’un Gouvernement et d’un Parlement, de 6 territoires, et de la capitale fédérale New-Delhi. Les langues officielles sont au nombre de 22, mais les langues les plus utilisées sont le Hindi et l’Anglais. La Constitution réaffirme l’égalité de tous les citoyens indiens sur le plan juridique. Le pouvoir législatif est composé de deux Chambres : la Chambre du peuple élu au suffrage universel, et le Conseil des Etats, élu par les députés des Assemblées des Etats. L’exécutif est assuré par le Premier ministre, désigné par le Parlement, et qui dispose des pouvoirs réels. Le Président de l’Union, élu au suffrage indirect pour cinq ans, n’a qu’un rôle représentatif.
Sur le plan diplomatique, l’Inde qui a rompu avec l’approche tiers-mondiste de Nehru, s’affirme comme une puissance émergeante de premier plan. Disposant de l’arme nucléaire, elle souhaite devenir membre permanant du Conseil de sécurité de l’ONU, et joue un rôle important dans les instances internationales, et notamment à l’OMC dans le cadre des négociations de Doha. Elle entretient de bonnes relations avec les Etats-Unis d’Amérique, avec qui elle vient de conclure un important accord de coopération nucléaire civile. Elle consolide également ses relations avec la Chine, le Japon, l’Union Européenne et l’ASEAN. Le seul point noir de sa politique étrangère est le conflit territorial qui l’oppose à son voisin le Pakistan concernant le Cachemire : quatre guerres ont opposé l’Inde au Pakistan depuis 1947.
Sur le plan économique, à partir de 1991, et suite à une grave crise monétaire et à un déficit commercial important, l’Inde s’est lancé dans une série de réformes. Ces réformes ont concerné la libéralisation des investissements étrangers, la réduction des tarifs douaniers, la modernisation du secteur financier, et l’ajustement des politiques monétaires et fiscales. Ces réformes ne tardèrent pas à porter leurs fruits : taux de croissance plus élevés, baisse du déficit budgétaire et de l’inflation, augmentation des investissements étrangers. C’est ainsi que la croissance a connu un taux moyen de + 5% depuis 1991, et a culminé à + 8,4% en 2004, et + 7,5% en 2005. De même, les investissements directs étrangers (IDE) ont atteint 10,7 Milliards de $ en 2005, et il est prévu 7 Milliards de $ en 2006. Les réserves de changes ont atteint en 2005 144 Milliards de $, ce qui a amené les autorités indiennes à envisager la convertibilité totale de la Roupie (monnaie nationale) en Juillet 2006. Enfin le taux d’inflation a été réduit à 3,8% en 2003, et le déficit budgétaire à 4,1% pour l’exercice 2005/2006.
Ces résultats ont permis à l’Inde d’atteindre un PNB de 692 Milliards de $ en 2004, la plaçant en valeur absolue à la dixième position mondiale. Ils sont dûs aux réformes précitées, et à l’explosion des services, qui culminent à 51% du PIB. L’Inde est reconnue actuellement comme l’un des premiers pays en matière d’offshoring et de nouvelles technologies de l’information. Des centaines de milliers d’ingénieurs informaticiens sortent chaque année, et le Groupe IBM dispose dans ce pays d’un effectif de près de 39.000 agents. L’industrie très diversifiée, représente 25% du PIB, et se distingue particulièrement par le développement considérable des génériques (industrie pharmaceutique) et des pièces détachées automobiles. L’Agriculture qui représente 24% du PIB est en pleine restructuration. Cependant, l’économie indienne souffre encore d’infrastructures insuffisantes, d’une bureaucratie encore pesante, et de taux d’intérêt élevés.
Sur le plan social, les bons résultats économiques ont permis au pays de s’enrichir globalement, et de constituer une classe moyenne de quelque 300 Millions de personnes, disposant d’un pouvoir d’achat appréciable. Cependant, étant donné la démographie du pays, le PNB nominal par habitant de l’ordre de 600 $ reste très faible, et classe l’Inde au 160ème rang mondial en 2003. Le taux de pauvreté de 30% est encore élevé, et traduit une disparité importante entre le monde rural et le monde urbain, et entre les catégories sociales. En effet, en dépit des dispositions de la Constitution de 1950, le système des castes, qui traduit une stratification sociale rigide et ancienne, n’est pas totalement aboli dans la pratique. Les différents gouvernements qui se sont succédés depuis l’indépendance ont dû prendre des mesures de « discrimination positive » pour venir en aide aux « intouchables » (scheduled casts), aux aborigènes (scheduled tribes), et autres parias de la société (other backward casts). Un autre facteur qui obère le développement social, est l’analphabétisme qui concerne encore 50% de la population. Enfin, si l’enseignement public est gratuit et ouvert à tous, il existe en Inde un enseignement privé de haut niveau, mais qui n’est fréquenté que par les catégories hautes de la Société.
L’exemple de l’Inde est intéressant à plusieurs titres. Voilà un immense pays, par la surface et la démographie, qui a choisi la démocratie, et qui l’applique effectivement. Les réformes courageuses de libéralisation de l’économie, prises à partir de 1991, ont permis un développement économique et social très important. L’Inde bénéficie avec la Chine d’un taux de croissance parmi les plus élevés du monde. Du fait de son taux de fécondité (3,1 enfants par femme), plus élevé que celui de la Chine, il est prévu que l’Inde devienne le pays le plus peuplé du monde en 2035.Il est certain que son rôle ne fera que s’accentuer durant ce 21ème siècle. Les objectifs à atteindre durant les décennies à venir sont la continuation du développement économique, mais surtout la promotion sociale par la lutte contre l’analphabétisme et le système des castes.
Qu’en est il des relations maroco-indiennes ?
Sur le plan politique, elles sont bonnes, surtout depuis le retrait de la reconnaissance de la RASD par l’Inde en Juin 2000. Des visites de haut niveau ont eu lieu des deux cotés, couronnées par la visite officielle du Roi Mohamed VI en Inde en 2001. De son coté, le Maroc appuie la demande de l’Inde pour son intégration au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Sur le plan économique, de multiples Accords et Conventions ont été signés pour développer les relations entre les deux pays. Outre la Commission mixte gouvernementale, un Conseil d’Affaires Maroco-Indien a été créé, et regroupe les organisations patronales des deux pays. Malgré tous les efforts entrepris, les échanges commerciaux restent modestes, de l’ordre de 400 Millions de $ avec un excèdent de 200 Millions de $ en faveur du Maroc, du fait des importantes exportations d’acide phosphorique et de phosphates. Sur le plan industriel, à part le partenariat entre l’OCP et la Société BIRLA dans la fabrication de l’acide phosphorique, peu de projets communs ont été réalisés.
Le Maroc devrait intensifier ses initiatives vis-à-vis de ce grand pays d’avenir, particulièrement vers quatre secteurs prioritaires : les industries pharmaceutiques (génériques), les nouvelles technologie de l’information, l’immobilier et le tourisme.

LES LÄNDER : LE REGIONALISME A L’ALLEMANDE

L’Ambassade allemande à Rabat a eu l’heureuse initiative d’organiser le 27 Mars dernier un Forum sur « le fédéralisme et la régionalisation dans le contexte allemand et européen ». Ce Forum a permis d’approfondir le fédéralisme en Allemagne, et l’organisation des fameux Länder dans ce pays.
L’Allemagne a toujours été, à part la brève parenthèse hitlérienne, un Etat fédéral. Constitué de 11 Länder avant la réunification allemande en 1990, elle comprend maintenant 16 Länder après l’intégration de l’ex-RDA. Les Länder sont des Etats possédant leur propre souveraineté, et disposant chacun d’une constitution conforme à la Loi fondamentale du pays. Les constitutions des Länder doivent respecter le principe fondamental d’un Etat de droit républicain, démocratique et social. Les Länder se sont constitués tout au long de l’histoire allemande, et sont basés sur l’appartenance ethnique et la tradition historique. Sur le plan institutionnel, chaque Land dispose d’un Gouvernement et d’un Parlement, et est représenté au Bundesrat, la Chambre Haute du pays, qui siège à Berlin.
Deux principes fondamentaux président à l’organisation des Länder : le principe de subsidiarité et celui du partage des tâches. La subsidiarité dispose que le niveau décisionnel immédiatement supérieur, ne doit régler que les affaires que le niveau précédent ne peut organiser aussi bien. Le partage des tâches consiste à définir d’une façon précise les prérogatives de l’Etat fédéral et des Länder. C’est ainsi que l’Article 70 de Constitution fédérale dispose que les Länder ont le droit de légiférer, dans tous les cas où la loi fondamentale ne confère pas ce droit à la Fédération. Dans la pratique, sur le plan législatif, les prérogatives sont classées en trois catégories : compétence exclusive, compétence concurrente, législation-cadre. C’est ainsi que sont de la compétence exclusive de l’Etat fédéral : la politique étrangère, la défense, la politique monétaire, le crédit et la monnaie, le trafic aérien et une partie du droit fiscal. La législation concurrente est un peu plus complexe : les Länder ont le droit de légiférer uniquement dans la mesure où la Fédération ne fait pas usage de ses prérogatives. De même, la Fédération ne peut intervenir dans ces domaines, que si cela est dans l’intérêt de la collectivité, pour instaurer des conditions de vie équivalentes, ou pour sauvegarder l’unité de droit ou de l’économie. La législation concurrente s’exerce notamment dans les domaines du droit civil et pénal, du droit économique et nucléaire, du droit du travail et des étrangers, du droit de navigation et de sécurité routière.
La réalité constitutionnelle a montré que ces thèmes doivent faire l’objet d’une réglementation uniforme : c’est pourquoi les Länder n’ont pratiquement plus de compétences dans ces domaines. La législation-cadre est entièrement de la compétence des Länder, à condition de respecter les prescriptions-cadre éditées par la Fédération. Il s’agit notamment des domaines suivants : enseignement supérieur, protection de la nature, aménagement du territoire, régime des eaux. Aux trois catégories de compétences précitées, s’est ajoutée à partir de 1969 une nouvelle catégorie intitulée « tâches communes », ayant un caractère suprarégional et tournées vers l’avenir, régies légalement et financés en commun par la Fédération et les Länder. Il s’agit notamment de la construction et de la modernisation des écoles supérieures, l’amélioration des structures économiques régionales, la protection du littoral.
En ce qui concerne l’Administration proprement dite, l’Administration fédérale ne comprend que les Affaires étrangères, les Douanes, l’Armée fédérale, la protection fédérale des frontières, et les services de placement. Les compétences juridictionnelles de la Fédération se limitent à la Cour constitutionnelle fédérale et aux Cours suprêmes, qui garantissent une interprétation uniforme du droit. Les Länder sont compétents sur le plan administratif dans tous les domaines que la Fédération ne prend pas en charge, ou qui lui ne sont pas attribués dans la Loi fondamentale. On peut citer à titre d’exemple la grande majorité de l’enseignement et de la politique culturelle, le droit communal et le droit concernant la police. A noter que sur le plan législatif, les Länder concourent à la législation de la Fédération par l’intermédiaire du Bundesrat, et sont responsables de la mise en œuvre sur leur territoire des lois et décrets fédéraux. Tout celà aboutit sur le plan administratif à un Etat essentiellement décentralisé.
Au-delà des Länder, la loi fondamentale allemande garantit expressément l’autonomie de gestion communale des villes, des communes et des arrondissements. Toutefois, le droit communal est l’affaire des Länder, et diffère d’un Land à l’autre. La pratique de l’administration communale est cependant similaire dans tous les Länder. Le droit de l’autonomie administrative concerne notamment les transports collectifs communaux, les constructions de routes locales, l’approvisionnement en eau et gaz, la gestion des eaux résiduaires, la planification urbaine. Les communes sont également compétentes pour la construction et l’entretien des écoles, théâtres, musées et hôpitaux, les centres sportifs, la formation des adultes, et l’assistance à la jeunesse. Elles assurent leurs tâches de manière autonome, et la surveillance communale des Länder est en général restreinte au contrôle de la conformité aux lois.
Sur le plan financier, les communes ont le droit de prélever leurs propres impôts et taxes, dont l’impôt foncier, la taxe professionnelle, et les accises. Cependant, beaucoup des tâches à accomplir excédent leur capacité financière. C’est pour celà, que certaines tâches peuvent être reprises par l’arrondissement, qui est la collectivité territoriale à l’échelon immédiatement supérieur. En outre, les communes peuvent percevoir de la Fédération et des Länder une aide financière provenant d’un certain pourcentage sur les impôts, ou d’un fonds de péréquation.
Que penser de cette organisation des Länder et de son application éventuelle au Maroc ?
Comme déjà dit, l’Allemagne a toujours été un Etat fédéral. La culture allemande est imprégnée de l’esprit fédéral, qui bénéfice d’une tradition plus que centenaire. Le système allemand facilite l’identification des citoyens, et permet de bien gérer les particularismes et les problèmes régionaux. C’est un système sophistiqué, où les prérogatives sont fixées a chaque niveau : Commune, Arrondissement, Land, Etat fédéral. En outre, l’Allemagne bénéficie, malgré sa diversité régionale, d’un capital unitaire façonné par la langue, l’histoire et une culture communes.
Le Maroc pourrait s’inspirer de ce système pour ce qui concerne le Sahara sous souveraineté marocaine, vu les spécificités de cette région, et afin de trouver une solution politique au problème du Sahara qui n’a qua trop duré.
Ce système ne pourrait être transposé tel quel dans les autres régions du pays. Le Maroc doit passer d’abord par une étape de régionalisation favorisant la décentralisation et la déconcentration. Il doit procéder à une profonde réforme administrative pour améliorer l’efficience des rouages de l’Etat. Il doit lutter contre la tendance naturelle dans notre pays à l’accaparement du pouvoir, et à la difficulté de sa délégation. D’autres systèmes de régionalisation sont plus proches de nous : Espagne, France, Italie.

L’OFFENSIVE MEDITERRANEENNE DE L’OTAN

Rappelons tout d’abord que l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) est née de l’Accord signé à Washington le 04 Avril 1949. Le principe fondamental de cet Accord, basé sur la liberté, la démocratie, le libre échange économique, est la solidarité entres ses membres en cas d’agression extérieure.
L’objectif à l’origine du Traité était la défense de l’Europe, suite à la seconde guerre mondiale, qui avait été particulièrement meurtrière, et qui s’est achevée en 1945. Mais très vite, l’OTAN s’est transformée en adversaire résolu de l’Ex-URSS. En effet, le 14 Mai 1955 était signé le Pacte de Varsovie, qui groupait l’Ex-URSS et ses satellites. Depuis cette dernière date, et jusqu'à la chute du Mur de Berlin en 1989, la « Guerre froide » a opposé les protagonistes de ces deux Alliances militaires majeures.
L’évolution historique n’a pas été favorable au Pacte de Varsovie, qui a été officiellement dissous en 1991. Au contraire, l’OTAN n’a fait que se consolider. Elle est forte actuellement de 26 membres : outre les USA et le Canada, tous les Etats de l’Union Européenne sauf la Finlande, la Suède, l’Autriche, Chypre et Malte. S’y sont ajoutés l’Islande, la Norvège, et la Turquie. Et chose encore inimaginable il y a 20 ans, tous les anciens pays de l’Est. Outre les pays membres, l’OTAN a signé des Accords de « Partenariat pour la Paix » avec la quasi-totalité des autres pays européens.
Sur le plan institutionnel, l’organe principal de l’Organisation est le Conseil de l’Atlantique Nord (CAN), qui est composé des représentants des 26 Etats membres, qui ont le rang d’Ambassadeurs. L’OTAN dispose d’une structure administrative et d’un commandement militaire, et son budget s’est élevé à 1,7 Milliards d’Euros pour l’année 2005. Le siège de l’organisation est à Bruxelles, et le commandement militaire à Mons (Belgique). A noter que la Turquie a adhéré à l’OTAN dès 1952, et que la France a toujours marqué une certaine réticence vis-à-vis de cette Organisation. En effet, en Mars 1966, le Général De Gaulle avait retiré la France du commandement militaire, et ce n’est qu’en 1996 qu’elle dispose à nouveau d’un représentant dans ce même commandement. De plus, la France ne contribue au Budget de l’OTAN qu’en cinquième position après les USA, l’Allemagne, le Royaume Uni, et l’Italie.
Depuis la dissolution du Pacte de Varsovie, l’action de l’OTAN s’est concentrée sur les Balkans : Adriatique, Bosnie-Herzégovine, Albanie, Kosovo, Macédoine. L’objectif était de rétablir la paix dans cette région, dangereusement troublée après la dissolution de l’Ex-Yougoslavie. L’OTAN est également intervenue en Afghanistan pour étendre l’autorité du pouvoir central et faciliter la reconstitution du pays, et en Irak pour apporter un soutien logistique à la force multinationale, et participer à a formation des forces de sécurité irakiennes.
En ce qui concerne la Méditerranée, l’OTAN a entamé dès 1994 le Dialogue méditerranéen avec 7 pays : Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Jordanie, et Israël. Ce Dialogue a consisté en des consultations régulières tenues à Bruxelles au niveau des ambassadeurs ou des hauts fonctionnaires. Mais ce n’est qu’après ce 11 Septembre 2001, que l’OTAN s’est vraiment intéressée au sud de la Méditerranée. En effet, la sécurité et la stabilité de la région se sont vues menacés par le terrorisme international, notamment suite aux attentats terroristes commis en Algérie, au Maroc, et en Espagne. L’OTAN craint également pour la navigation maritime dans le détroit de Gibraltar, et s’inquiète de la situation au Sahara, qui pourrait devenir un centre de constitution et d’entraînement des bandes terroristes. Pour parer à ces menaces, l’OTAN a lancé en 2001 « Action Endeavour » qui est une opération maritime, consistant à assurer la sécurité des navires marchands dans le détroit de Gibraltar. L’OTAN a également organisé des manœuvres militaires au Sahara, et a concentré ses services de renseignements sur la région.
Afin de ne pas cavalier seul, et pour augmenter l’efficacité de ses opérations, l’OTAN a décidé d’impliquer les pays Sud-Méditerranéens. C’est ce qui explique la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord à Rabat le 07 Avril dernier. Le choix du Maroc est dû à sa position stratégique dans la région, et à sa collaboration avec l’OTAN dans le cadre des opérations de maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. D’ailleurs le Maroc a été déclaré « Allié majeur » de l’OTAN, et confirme ainsi sa position privilégiée en Méditerranée.
La réunion du 07 Avril à Rabat a donné les résultats suivants : l’accord de principe pour la participation du Maroc, de l’Algérie, et d’Israël à l’opération « Action Endeavour », la création d’une cellule de partenariat pour une coopération plus étroite entre l’OTAN et les pays Sud-Méditerranéens, et l’étude de la création d’un Fonds pour favoriser le dialogue social. En effet, et à juste titre, le Maroc a souligné que le Dialogue méditerranéen ne doit pas se cantonner uniquement dans l’approche sécuritaire, mais englober également les volets politique, économique et social. Ce n’est que par un développement réel des pays du sud de la Méditerranée que seront vaincus les fléaux du terrorisme international, de l’immigration clandestine et du trafic de drogue.
En conclusion, on peut constater que les objectifs et les orientations de l’OTAN ont changé. La menace ex-soviétique n’existe plus, la situation dans les Balkans est relativement stabilisée. C’est pour ces raisons que l’OTAN concentre ses efforts dans la lutte contre le terrorisme international. On peut regretter cependant, que l’OTAN ne s’implique pas davantage dans le conflit du Moyen-Orient, qui est également une source d’insécurité et d’instabilité sur le plan international, surtout que le Dialogue méditerranéen comprend des pays Arabes et Israël.

LA MONDIALISATION : QUELS EFFETS SUR LE MAROC ?

Sous l’égide du Haut Commissariat au Plan, une Conférence fut organisée le 12 Avril dernier au Ministère des Affaires Etrangères à Rabat. Malgré ce jour de fête, la salle Benhima était pleine. C’est qu’en effet, le conférencier et le thème choisi en valaient la peine. Le conférencier n’était autre que William Zartman, Professeur à l’Ecole des Etudes Internationales Avancées de l’Université John Hopkins de Washington, et le thème « Les enjeux mondiaux à l’horizon 2025 ».
D’emblée, le Professeur Zartman énonce que le rouleau compresseur de la mondialisation est en marche. La globalisation n’est pas imposée d’en haut, mais remonte du bas, et celà malgré les résistances issues du protectionnisme, de l’unilatéralisme, de l’isolationnisme ou de l’atavisme. Le mieux, conseille-t-il, est de prendre le meilleur, de s’adapter et de contribuer à cette culture mondiale.
D’après le Professeur Zartman, la mondialisation englobe plusieurs secteurs : économique, climatique, culturelle et politique. Sur le plan économique, les maîtres mots sont les avantages comparatifs et la spécialisation. Il faut trouver sa place sur le marché mondial en offrant des produits et des services dans le meilleur rapport qualité /prix. Les exemples les plus communs sont l’aéronautique (USA – Europe), l’automobile (Japon), l’offshoring (Inde), le textile (Chine). Chaque pays peut s’y tailler une place, à condition de faire des efforts nécessaires, et l’Occident n’a pas l’exclusivité. Le Professeur cite parmi les problèmes économiques mondiaux, une nouvelle définition du partenariat capital/travail, et des rapports de production patronat/syndicats. Il met en exergue l’importance des hydrocarbures pétrole/gaz et le rôle primordial de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour réguler le marché mondial.
La mondialisation est également climatique, puisque le réchauffement de la terre concerne tous les pays. Le Professeur déplore l’inefficacité de la communauté internationale dans ce domaine, et préconise l’invention d’un moyen institutionnalisé, quitte à utiliser la contrainte, pour faire respecter l’environnement. Il signale également le grave problème de l’eau, puisque nous consommons plus d’eau que nous en disposons. C’est ainsi que 25 pays sont menacés de pénurie d’eau, dont 15 appartient à la région MENA (Afrique du Nord/Moyen-Orient). Enfin, il insiste sur toute l’attention à apporter aux graves problèmes d’atteintes à l’environnement naturel de notre planète.
La mondialisation n’est pas moins culturelle. On assiste en effet de plus en plus à une homogénéisation de la culture dans les domaines de l’enseignement, de l’alimentation, de l’habillement, des loisirs. Cette homogénéisation est surtout réclamée par les jeunes, et concerne pratiquement tous les pays. Il faut reconnaître qu’elle vient surtout d’Occident, et notamment des Etats-Unis d’Amérique. D’où l’émergence d’un problème d’identité, que certains pays tentent de résoudre par des mesures protectionnistes. Le Professeur atténue cette tendance, en signalant qu’elle peut être multiculturelle, et que chacun peut y contribuer (l’Afrique y contribue par exemple par la musique aux Etats-Unis).
Sur le plan politique, la mondialisation se traduit par des avancées dans la démocratie, le respect des libertés individuelles et collectives, l’Etat de droit, l’égalité des sexes, la séparation des pouvoirs. L’exemple le plus frappant est celui de l’Europe centrale et de l’Est après la chute de l’Ex-URSS. Certes, des pouvoirs autoritaires subsistent, et certains pays ont encore beaucoup d’efforts à faire, mais la tendance vers la démocratisation est inéluctable. Cependant, la situation politique du monde se concrétise aussi par l’éclosion de super-puissances qui dominent la planète. Le Professeur Zartman identifie trois : les USA, l’Europe, et la Chine, et envisage plusieurs scénari. Le meilleur serait la conception institutionnalisée, qui mettrait au premier plan les institutions internationales, tels que l’ONU et l’OMC, au détriment de l’unilatéralisme. Le deuxième scénario serait l’alliance de deux super-puissances contre une, soit d’une façon flexible, soit d’une façon rigide, qui serait la plus dangereuse. D’autres problèmes ont été évoqués par le Professeur Zartman, tels que le concept souveraineté/responsabilité, et le droit d’ingérence de la communauté internationale, en cas de violation flagrante des droits de l’homme. Une autre question récurrente est celle de la rivalité entre pays voisins, et le problème grave de la prolifération nucléaire.
Tenant compte de ces éléments, comment le Maroc peut-t-il faire face à la mondialisation ?
Comme l’a indiqué le Professeur Zartman, le rouleau compresseur de la mondialisation est en marche, et notre pays a tout intérêt à s’ouvrir sur l’extérieur, et à éviter toute politique isolationniste. Il doit prendre le meilleur, s’adapter, et contribuer à la culture mondiale.
Sur le plan économique, il doit développer les secteurs où il dispose d’avantages comparatifs tels que le tourisme, l’agro-industrie, le textile et les autres branches industrielles identifiées par le plan Emergence. D’ailleurs, le Professeur Zartman a cité pour le Maroc, l’out-sourcing et le complexe portuaire Tanger-Med, qui permet à notre pays de se positionner par rapport aux autres pays de la Méditerranée. Le Maroc doit continuer à libéraliser son économie en réduisant les tarifs douaniers, et en améliorant la flexibilité du marché du travail. Il doit également réformer sa politique fiscale et de changes. Il doit redoubler d’efforts en matière de recherche pétrolière et de gaz, renforcer sa politique de l’eau, car le Maroc figure parmi les pays menacés de pénurie d’eau. Enfin, il doit donner toute son importance à la protection de l’environnement, vu les dégâts importants causés par la pollution de l’air et des eaux.
Sur le plan culturel, le Maroc tout en s’ouvrant largement sur les cultures étrangères, doit préserver son identité et ses spécificités, ce qui n’est pas antinomique. Des faiblesses sont à combler au niveau du théâtre, du cinéma, de l’audio-visuel. Il faut espérer que la libéralisation de l’audio-visuel va permettre d’augmenter la qualité et la diversité des programmes. L’audio-visuel est très important pour façonner l’identité nationale.
Sur le plan politique, le Maroc doit continuer a faire avancer sa démocratisation. Certes, des avancées substantielles ont été réalisées durant la dernière décennie. D’autres efforts sont à faire, notamment au niveau d’une meilleure gouvernance du Gouvernement et du Parlement, et d’un renforcement des libertés individuelles et collectives. Sur le plan extérieur, et en vu des enjeux mondiaux à l’horizon 2025, le Maroc devrait renforcer ses liens avec l’Europe et les USA. Il devrait également, malgré les vicissitudes actuelles, militer pour l’édification de l’union maghrébine, car l’avenir réservera de moins en moins de place aux petits Etats.

IRAN : LA MONTEE DES PERILS

La communauté internationale vit une grave crise du fait de la volonté de l’Iran de se doter de l’énergie nucléaire. Les signes annonciateurs d’une montée des périls sont évidents, et une catastrophe risque de surgir, si une solution diplomatique n’est pas rapidement trouvée. Plusieurs protagonistes se trouvent impliqués dans cette affaire, chacun recherchant avant tout ses intérêts particuliers.
L’Iran tout d’abord, surtout après l’élection du Président radical Ahmedinjad, réaffirme sa volonté inébranlable de se doter de l’énergie nucléaire. La Troïka (Allemagne, France, Grande-Bretagne) a essayé en vain de trouver une solution diplomatique. La Russie a proposé de son coté, de procéder à l’enrichissement de l’uranium sur son sol, pour le compte de l’Iran : solution qui n’a pas abouti. Les dirigeants iraniens viennent de déclarer que l’enrichissement de l’uranium est irréversible. L’Iran répète qu’elle utilisera l’énergie nucléaire d’une façon pacifique, et s’apprête même à lancer un appel d’offre international pour la construction de deux centrales nucléaires. Mais de l’autre coté, le Président Ahmadinjad déclare qu’Israël devrait être rayée de la carte, et que l’enrichissement industriel de l’uranium est prévu d’ici une année.
Ces déclarations ne laissent pas indifférents les Etats-Unis d’Amérique, allié stratégique d’Israël. Aux Etats-Unis, une véritable campagne anti-iranienne, attisée par le lobby juif, compare Ahmedinjad à Hitler, et l’accuse de vouloir établir un empire islamiste global, aussi mortellement dangereux que le 3ème Reich. Certains milieux américains vont jusqu’à considérer l’Iran comme une véritable menace pour la paix mondiale. La réaction des Etats-Unis a été progressive : elle a d’abord soutenu la Troïka et la Russie dans leurs efforts diplomatiques pour résoudre la question. Elle a par la suite recouru à l’ONU, qui a fixé la date du 28 Avril prochain pour la suspension par l’Iran de l’enrichissement de l’uranium. Les Etats-Unis souhaiteraient des sanctions concrètes contre l’Iran au cas où ce dernier pays ne répondrait pas aux injonctions de l’ONU. Il semble cependant que la Chine et la Russie ne seraient pas favorables à des sanctions contre l’Iran dans le cadre de Conseil de sécurité de l’ONU. La Chine, parce qu’elle voudrait assurer son approvisionnement en pétrole en provenance d’Iran, et parce qu’elle craint une flambée des prix du marché mondial du pétrole. La Russie, parce qu’elle veut se différencier de la position américaine, et renforcer son influence au Moyen-Orient.
Cependant, le manque de sanctions de la part de l’ONU est dangereux, et pourrait amener les Etats-Unis à une action militaire unilatérale contre l’Iran. Il semblerait que le Pentagone a déjà préparé des plans d’attaques des sites nucléaires iraniens, n’excluant pas la bombe atomique. Cette option est corroborée par le Président Bush, qui a déclaré : « Nous utiliserons l’option militaire pour protéger notre allié Israël ».
Les conséquences d’une attaque militaire américaine contre l’Iran seraient catastrophiques. D’abord, l’Iran pourrait réagir militairement contre Israël, embrasant une nouvelle fois le Moyen-Orient dans le feu et le sang. Même en cas d’absence de réaction militaire de l’Iran, l’image déjà ternie des Etats-Unis d’Amérique dans le monde musulman, serait irrémédiablement compromise. L’Iran pourrait utiliser l’arme du terrorisme contre les Etats-Unis et ses intérêts dans le monde. D’après le Sunday Times, l’Iran disposerait de 40.000 kamikazes en stand-by, prêts à passer à l’action. Sur le plan économique, l’Iran est le 4ème producteur du monde et le 2ème exportateur de pétrole de l’OPEP. Son absence sur le marché mondial du pétrole entraînerait une flambée des prix du pétrole qui sont déjà très élevés actuellement (75$ le baril). La croissance de l’économie mondiale en souffrirait dangereusement.
C’est pour cela qu’il faut raison garder. Aucun protagoniste dans cette affaire ne tirerait profit du scénario catastrophique. L’Iran devrait cesser de parler de destruction de l’Etat d’Israël, confirmer la vocation pacifique de son programme nucléaire, et accepter de collaborer efficacement avec l’Agence de l’Energie Atomique, dont la mission est justement de contrôler l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Les Etats-Unis devraient absolument éviter toute attaque militaire contre l’Iran, qui serait interprétée comme une nouvelle attaque contre le monde musulman, après la désastreuse invasion de l’Irak. Une telle attaque fera flamber le prix du pétrole, attiserait le terrorisme international, et plongerait le monde dans une crise politique et économique profonde. Les autres protagonistes : France, Allemagne, Grande Bretagne, Russie et l’ONU devraient redoubler d’efforts pour une solution diplomatique de cette crise.

L’EURO : QUEL BILAN DEPUIS LA CREATION ?
QUEL IMPACT SUR LE MAROC ?

L’économie marocaine est très liée à l’Euro, la monnaie commune de l’Union Européenne. En effet, notre commerce extérieur est principalement orienté sur l’Union Européenne : 73% des exportations et 54% des importations en 2004. Les investissements directs étrangers proviennent principalement d’Europe, et nos réserves en devises également, du fait du tourisme et des transferts des RME. La dette extérieure est également libellée en grande partie en Euros, et notre propre monnaie, le Dirham, est rattachée à un panier de devises, dont l’Euro est majoritaire. Aussi, nous ne pouvons rester indifférents à cette monnaie et à son évolution.
L’histoire de l’Euro est intimement liée à la construction européenne. En effet, les pays membres ont très vite senti la nécessité de la stabilité monétaire et d’une monnaie de compte commune. D’où la création de l’ECU (European Currency Unit), et pendant toute la période 1983-1992, l’instauration d’une série de règles, pour limiter les marges de fluctuation des monnaies nationales autour d’un cours pivot. Ce fut successivement le « Serpent monétaire » puis le Système monétaire européen. Mais c’est le Traité de Maastricht en 1992, qui a décidé de la création de l’Euro dans un triple objectif : rétablir en Europe une stabilité monétaire définitive, rapprocher et unifier les politiques économiques, et constituer le fondement de la construction de l’Europe.
Le Traité de Maastricht a établi les fameux critères de convergence pour intégrer la zone Euro. Il s’agit pour le pays candidat d’assurer pendant une période de 2 ans la stabilité des prix, des taux d’intérêt et des taux de changes. En outre, le déficit budgétaire ne doit pas dépasser 3% du PNB, et la dette extérieure doit être inférieure à 60% du PNB. En 1999, 11 pays ont adhéré à l’Euro, suivi par la Grèce, constituant ainsi la zone Euro, soit les 15 pays membres de l’Union Européenne moins la Grande Bretagne, le Danemark, et la Suède. Le passage à l’Euro s’est déroulé en 2 étapes : le 1er Janvier 1999, l’Euro a été utilisé pour le marché des changes, les marché boursiers, la dette publique, la trésorerie des entreprises, et a servi d’interface avec les banques et les marché financiers. Le 1er Janvier 2002, il a acquis le pouvoir d’une monnaie fiduciaire, soit des billets et des pièces, qui ont remplacé les monnaies nationales. Sur le plan institutionnel a été crée la Banque centrale européenne, qui assure la gestion de l’Euro, et est responsable de la politique monétaire de la zone Euro. Le 1er Mai 2004, 10 pays principalement de l’Est de l’Europe, ont adhéré à l’Union Européenne. Certains prévoient l’adoption de l’Euro dès 2007 (Estonie, Slovénie, Lituanie), d’autres en 2008 et 2009 (Chypre, Lettonie, Malte, Slovaquie), d’autres enfin en 2010 (République Tchèque, Hongrie). L’Euro a été également adopté comme monnaie nationale par Monaco et le Vatican, et comme monnaie officielle ou de fait, par St Pierre et Miquelon, Mayotte, Andorre, le Kosovo et Monténégro. Enfin, plusieurs pays se sont rattachés d’une façon unilatérale à l’Euro tels que : Israël, la Jordanie, le Maroc, et la Tunisie.
Après 7 ans d’existence quel bilan peut en faire de l’utilisation de l’Euro ?
Il faut tout d’abord signaler le courage politique des gouvernements qui ont adopté l’Euro, au détriment de leur monnaie nationale, telles que le deutshmark, le franc français ou la peseta. On se rappelle également l’enthousiasme qui a prévalu le 1er Janvier 2002, lorsque les billets et les pièces de monnaie en Euros ont été mises en circulation. Il est certain que l’Euro a présenté plusieurs éléments positifs. D’abord, la stabilité monétaire pour les pays utilisateurs : plus de risque de change à l’intérieur de la zone Euro, plus de dévaluation compétitive, plus de risque pour l’épargne et le pouvoir d’achat. Sur le plan pratique, les touristes n’ont plus à changer de monnaie en passant d’un pays à l’autre de la zone Euro, de même que les exportateurs et les importateurs peuvent plus facilement comparer les prix à l’intérieur des pays de la zone Euro. Sur le plan financier, l’Euro a permis un rapprochement et une forte valorisation des marchés boursiers européens, de même qu’il a favorisé les fusions-acquisitions inter-européens. Sur le plan international, il s’est crée un marché obligatoire libellé en Euros, qui représente 45% de l’encours mondial. Au niveau du commerce mondial, l’Euro s’est taillé une part de 15% dans les transactions mondiales de biens et de services. De même, les réserves de changes détenues par les Banques centrales atteignent en Euros 20% des réserves mondiales. Toutes ces performances ont été réalisées au détriment du Dollar, qui constituait avant l’Euro, un quasi-monopole dans les transactions commerciales et financières mondiales. L’évolution de l’Euro par rapport au Dollar a été également positive, puisque la parité actuelle de l’Euro vis-à-vis du Dollar est de 1,26 $ pour 1 Euro. L’Euro a également servi à amortir les crises financières mondiales pour les pays de la zone Euro, telles que l’explosion de la bulle Internet, le renchérissement du pétrole, les guerres en Afghanistan et en Irak, l’accélération de la mondialisation, et l’expansion de la Chine et de l’Inde.
Mais l’Euro n’a-t-il eu que des effets positifs ?
A l’introduction de l’Euro en 2002, plusieurs observateurs l’ont accusé d’être un facteur d’inflation, notamment dans les prix pratiqués par les grandes surfaces, qui ont profité de l’occasion pour majorer leurs prix. Il faut reconnaître que par la suite, l’inflation a été maîtrisée dans la zone Euro autour de 2%. Les souverainistes dans plusieurs pays européens, ont reproché à l’Euro d’empêcher une politique monétaire nationale indépendante. Ils font remarquer à juste titre que l’Euro n’a pas été un facteur de croissance : alors qu’en 2004 l’économie mondiale a progressé de 5%, la croissance a été inférieure à 2% dans la zone Euro. De même, le chômage s’est maintenu à un niveau élevé dans la zone Euro, alors qu’il a diminué aux Etats-Unis, en Asie et en Japon. Les pays qui n’ont pas adopté l’Euro (Grande Bretagne, Suède, Danemark) ont connu un taux de croissance plus élevé, et un taux de chômage moindre. Des critiques ont également été formulées contre la Banque centrale européenne, qui se limite à la maîtrise de l’inflation, sans se préoccuper de la croissance, et de la création d’emplois comme le fait le FED aux Etats-Unis d’Amérique.
Il faut noter aussi qu’il n’y pas eu de hausse sensible du commerce intra-européen depuis 1999, alors que les échanges entre les Etats-Unis et le Canada ont progressé considérablement depuis l’établissement de l’ALENA. Certes, l’Euro a pris une place appréciable dans le commerce et les finances mondiales, mais la part du Dollar (incontournable pour le pétrole) est restée prépondérante : 65% des réserves de changes mondiales et 60% du commerce international utilisent toujours le Dollar. Une autre critique a été relevée concernant les fluctuation importantes de l’Euro vis-à-vis au Dollar : d’une valeur de 1,16$ en Janvier 1999, l’Euro est tombée à 0,82$ en Octobre 2000, et a atteint un maximum de 1,36$ en Décembre 2004. Cette situation rend toute prévision impossible, et constitue un casse-tête pour les traders et les financiers internationaux. Le renchérissement continuel de l’Euro vis-à-vis du Dollar depuis Décembre 2004, pénalise les exportations européennes sur le marché mondial, au profit notamment des asiatiques. Enfin, la création de l’Euro n’a pas permis l’harmonisation des politiques économiques des pays membres de la zone Euro, ni aidé à la construction de l’Europe, ni renforcé le rôle mondial de l’Europe. Preuve en est, le vote négatif de la France et de la Hollande au Traité constitutionnel de l’Europe en 2005.
On peut donc affirmer que le bilan de l’Euro depuis sa création est mitigé. La leçon à tirer est que la création d’une monnaie commune ne suffit pas à assurer la croissance, et diminuer le chômage. D’autres mesures sont à prendre, telles que les réformes de structure, que certains pays de la zone Euro n’arrivent pas à concrétiser. L’Union Européenne souffre également d’un manque de volonté politique des peuples pour l’Union, et d’une crise des valeurs communes, suite aux effets pernicieux de la mondialisation. Pour rétablir la confiance, un travail en profondeur et de longue haleine est nécessaire.
Quant au Maroc, les liens économiques avec l’Union Européenne sont tellement puissants qu’il est difficile d’envisager pour le moment une autre politique que celle menée actuellement. Cependant, notre pays n’est ni membre de l’Union Européenne, ni membre de la zone Euro. Aussi, doit il profiter de sa marge de manœuvre, pour réduire sa dépendance vis-à-vis de l’Euro, et s’orienter progressivement vers des régions économiquement plus dynamiques, tels que les Etats-Unis et l’Asie.

ELECTIONS 2007 AU MAROC
POUR UN PROGRAMME DE DEMOCRATIE ET DE MODERNITÉ

A l’aube des élections législatives de 2007, qui seront déterminantes pour l’avenir du Maroc, toutes les forces vives de la nation, et notamment les intellectuels, doivent réfléchir pour définir le programme politique le plus conforme à leurs convictions.
Quel serait le programme politique qui privilégierait la démocratie et la modernité ?
L’objectif est la construction d’un Etat démocratique, moderne et ouvert sur l’extérieur. De tous les régimes politiques mis en œuvre à travers le monde, il s’est avéré que le système démocratique est le plus apte à l’épanouissement de l’individu et de la collectivité. Certes, des progrès tangibles ont été réalisés dans notre pays ces dernières années, mais des progrès sont encore à faire pour instaurer une véritable démocratie. Sous l’autorité de la monarchie, qui est le symbole de l’unité et de la pérennité de notre Nation, d’autres étapes sont à franchir. Il s’agit en premier lieu d’assainir le champ politique marocain, et d’élaborer un système électoral permettant de dégager une majorité parlementaire, à même de gouverner efficacement. Les prochaines élections législatives devront être organisées dans le cadre d’une stricte transparence, et le premier ministre choisi dans la formation politique majoritaire. Sur le plan institutionnel, une réforme du Parlement s’impose, notamment par le remplacement de la deuxième Chambre par le Conseil Economique et Social, prévu par la Constitution.
Au niveau des libertés fondamentales, il y a lieu de les renforcer davantage et de mieux cerner la liberté de la presse, qui pose encore problème dans notre pays. Au niveau des droits humains, il y a lieu de compléter et de renforcer les droits de la femme, afin d’assurer une stricte égalité avec l’homme. Au niveau de l’Etat de droit, il faut veiller à que nul ne soit au-dessus de la loi, qui doit être appliquée d’une façon égalitaire à tous. Pour ce qui est de la Justice, il y a lieu de mettre en application une véritable séparation entre le pouvoir exécutif et judiciaire, et l’accompagner d’une réforme radicale, à même d’accélérer les procédures et d’éradiquer la corruption. Une attention toute particulière devra être portée à l’éducation nationale, qui continue de souffrir d’une qualité médiocre, ne permettant pas d’offrir sur le marché de l’emploi des cadres compétents. Enfin, il y a lieu d’accentuer la décentralisation et la déconcentration dans le cadre d’une véritable politique de régionalisation, à même de donner les pouvoirs et les moyens nécessaires à nos régions.
Pour ce qui est de la modernité, il faudrait d’abord définir ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas. La modernité, c’est le respect des valeurs universellement reconnues. Ces valeurs sont la démocratie, le respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme, l’Etat de droit, et la solidarité. La modernité, c’est aussi la tolérance, l’ouverture vers l’autre, le refus de la xénophobie et du racisme. C’est aussi l’équité entre hommes et femmes, l’égalité des chances, l’aspiration au progrès, le respect de l’environnement. La modernité n’est pas la négation identitaire, ni la dépravation des mœurs, ni le rejet des valeurs traditionnelles.
Sur le plan extérieur, l’ouverture vers les autres s’impose. Du fait de nos racines musulmanes, africaines, berbères et arabes, c’est naturellement vers l’Afrique et le monde arabo-musulman qu’il faut donner la priorité. Pour des raisons géographiques, historiques, et économiques il y a lieu de resserrer les liens avec l’Union Européenne. A l’exemple de l’Espagne et du Portugal, l’ancrage à l’Europe ne peut être que bénéfique pour notre pays. Aussi, faut-il prendre toutes les mesures, et mettre en place les réformes nécessaires, pour accéder au marché unique avec l’Europe, conformément à la nouvelle politique de voisinage préconisée par l’Union Européenne. Cependant, étant donné la mondialisation qui avance à grands pas, le Maroc doit développer également ses relations avec les Etats d’Amérique et d’Asie. L’édification du Maghreb doit rester une option intangible de notre politique extérieure, malgré les vicissitudes actuelles. Enfin, toute l’attention doit être portée à notre cause nationale : la récupération des provinces sahariennes dans le cadre d’une autonomie interne sous souveraineté marocaine.
La politique économique est essentielle. Il y a lieu d’abord de réaffirmer l’attachement au libéralisme, à l’économie de marché et à la liberté d’entreprise. Le rôle de l’Etat doit se limiter progressivement aux fonctions régaliennes : défense, sécurité, éducation, infrastructures, justice. Tout ce qui est concurrentiel doit être privatisé, avec une régulation publique lorsque c’est nécessaire, et l’actualisation de la loi sur la concurrence. La signature par le Maroc de nombreux Accords de libre échange va totalement ouvrir les frontières à l’horizon 2012. Une mise à niveau aussi bien de l’Administration, que du secteur privé, est indispensable pour faire face à la concurrence internationale. Six ans nous séparent de cette échéance, période au cours de laquelle les efforts doivent être intensifiés. Un soin tout particulier doit être accordé aux PME/PMI qui constituent 95% de notre tissu industriel : l’effort doit porter tout particulièrement sur le financement et la mise à niveau.
Dans le cadre de la mondialisation, le Maroc doit privilégier les secteurs où il dispose d’avantage comparatifs. Sur le plan industriel, il y a lieu de mettre en œuvre le plan « Emergence », qui a sélectionné un certain nombre de secteurs porteurs. Au niveau des services, le tourisme peut jouer un grand rôle dans le décollage de notre économie, dès lors que l’objectif de 10 Millions de touristes sera atteint. Enfin, le développement des infrastructures : routes, autoroutes, ports, aéroports, communications, doit être renforcé, car indispensable au développement économique.
Le point faible de notre pays, et il faut le reconnaître est l’aspect social. Une grande partie de notre population vit dans la pauvreté, dans un logement indécent, sans éducation, sans couverture sociale, sans ressources. Cette pauvreté touche particulièrement le monde rural et les quartiers péri-urbains des villes. Cette situation est inacceptable à la fois pour des raisons morales et des raisons économiques. Sur le plan moral, il est inadmissible qu’une faible minorité de notre pays vit dans l’aisance et le confort, et une large majorité dans la pauvreté et la misère. Sur le plan économique, toute cette frange de la population ne participe pas à la vie économique, parce qu’elle ne crée pas de richesses, et ne consomme que peu. Il est prouvé que le développement économique seul ne permet pas d’éradiquer totalement la pauvreté. Aussi, faut il en plus du développement économique, privilégier des actions sociales.
Le monde rural a été négligé depuis l’indépendance. Il y a lieu de revoir entièrement ce secteur en apportant des réformes structurelles. L’effort doit être porté avant tout sur l’agriculture traditionnelle, et notamment la céréaliculture qui n’est plus compétitive sur le plan mondial. Il faudrait procéder au remembrement des terres, à la modernisation des méthodes culturales, à la formation des agriculteurs, à la recherche agronomique, au remplacement d’une partie des cultures céréalières par des cultures plus rentables, tels que les fruits et légumes, et à la modernisation de l’élevage. Aussi bien pour le monde rural, que pour les quartiers pauvres des villes, il y a lieu de soutenir efficacement l’INDH (Initiative Nationale pour le Développement Humain), qui est véritablement la première initiative globale et intégrée, préconisée par le Gouvernement pour éradiquer la pauvreté dans notre pays. Un autre aspect qu’il serait souhaitable de promouvoir est la défense de l’environnement. Une prise de conscience nationale nécessaire avant qu’il ne soit trop tard. Les atteintes à l’environnement dans notre pays sont multiples : pollution de l’air, problème de l’élimination des déchets solides et liquides, déforestation, rejets industriels, eau usées, etc. Un travail considérable est à faire dans ce domaine à l’instar des pays développés, notamment sur le plan législatif. Un dernier volet qu’il faudrait apporter à ce programme, et qui est le plus important, c’est la réforme de l’éducation. Celle-ci passe tout d’abord par l’éradication de l’analphabétisme et l’amélioration de la qualité des enseignements. Il faut réellement intégrer notre pays dans la civilisation du savoir, en adaptant l’éducation aux exigences du XXIème siècle et en accroissant la recherche-développement.
Tels sont les principes et orientations d’un programme politique qui privilégierait la démocratie et la modernité.

LE MAGHREB : QUELLE INTEGRATION ?

Le hasard du calendrier a voulu que je me rende à Alger dans la semaine du 15 Mai 2006, et à Tunis la semaine suivante. A Alger, j’ai accompagné une délégation d’hommes d’affaires marocains pour participer au 2ème Forum international de la Finance. A Tunis, j’ai participé à un séminaire organisé par l’Association des Etudes Internationales sur les relations euro-maghrébines.
Le Forum d’Alger a été axé principalement sur les réformes que compte accomplir l’Algérie pour moderniser son système financier sur les plans bancaire, boursier et des assurances. En effet, quarante ans de gestion publique ont accumulé un retard important, tant par rapport au monde occidental, que par rapport aux voisins immédiats : le Maroc et la Tunisie. Ainsi sur le plan bancaire, la réforme consiste d’abord a augmenter la bancarisation de la société algérienne : il n’existe actuellement qu’une Agence bancaire pour 30.000 habitants. Pour celà, il a été décidé la privatisation d’un certain nombre de banques publiques, et le repositionnement des autres. C’est ainsi qu’un Appel d’offres sera lancé en Septembre prochain pour privatiser le CPA (Crédit Populaire d’Algérie). L’étude de cette privatisation a été confiée a la banque française Rothschild, et 51% du capital seront offerts à la vente. Deux établissements financiers spécialisés : CNEP (financement de l’habitat) et BADR (financement de l’Agriculture) seront restructurés et modernisés. Pour améliorer la gestion bancaire, un nouveau système de paiement des gros montants, dit ARTS, a été mis en place en Février 2006. En Avril de la même année, a été instaurée la télécompensation des chèques, en vue de réduire les délais de paiement. Il est également prévu de lancer les cartes bancaires, encore inexistantes en Algérie actuellement.
Au niveau de la Bourse algérienne, (la COSOB) le marché obligataire est assez dynamique. C’est ainsi, qu’outre les grandes entreprises publiques, les sociétés privées commencent à lancer des emprunts obligataires. Cependant, le marché des actions est dérisoire, car seules 4 Sociétés algériennes sont actuellement cotées. Tout un programme a été présenté au Forum pour moderniser et dynamiser la Bourse d’Alger.
Pour ce qui est des Assurances, le retard se mesure à la part très faible de l’Assurance par rapport au PIB (0,57%), et à la faible dépense annuelle par individu concernant l’Assurance (15,4 US $). Longtemps monopole du secteur public, le secteur des Assurances a été ouvert au privé il y a une dizaine d’années. Il existe actuellement 16 Compagnies d’Assurances, dont 7 à capitaux publics, 7 à capitaux privés et 2 Mutuelles, qui ont réalisé un chiffre d’affaire de 508 Millions de US $ en 2004. La part du secteur privé représente actuellement 20% du marché total des assurances. Le Gouvernement algérien a pris de nombreuses mesures pour développer ce secteur, qui présente des opportunités considérables. En effet, un énorme potentiel de valeurs reste a assurer, tant en ce qui concerne les investissements publics programmés, que l’assurance des particuliers, notamment l’habitat et l’Assurance vie.
Le séminaire de Tunis qui a regroupé des officiels tunisiens, des représentants de l’Union européenne, et des experts maghrébins, a permis de faire le diagnostic actuel des relations euro-maghrébines. Il a tout d’abord été signalé que les relations entre l’Europe et le Maghreb sont étroites et historiques. Elles sont formalisées actuellement par trois Accords d’Association (Maroc, Tunisie, Algérie), par l’Accord ACP (Mauritanie), et par des discussions avec la Libye, en vue de conclure un Accord d’association. La tonalité générale du séminaire a été marquée du coté maghrébin par un certain dépit, et même par du pessimisme. C’est ainsi que sur le plan politique, il a été reproché à l’Union européenne son peu d’efficacité pour résoudre le problème israélo-palestinien, son alignement partiel concernant l’invasion de l’Irak, et sa dramatisation des problèmes du terrorisme et de l’immigration. Quand à l’aide financière (programme MEDA) accordée par l’Union européenne aux pays du Maghreb, elle a été jugée dérisoire par rapport à celle accordée aux pays de l’Est de l’Europe, nouvellement admis. Enfin, sur le plan culturel et social, peu d’actions concrètes ont été réalisées pour le dialogue des civilisations, notamment du fait des entraves imposées par l’Europe quant à la circulation des personnes. Après l’échec de la deuxième Conférence de Barcelone de 2005, les perspectives proposées par la nouvelle politique de Voisinage sont peu prometteuses : alignement sur d’autres pays de l’Est (Ukraine et Moldavie), sélectivité (seuls quelques pays de Sud de la Méditerranée ont adhéré à cette nouvelle politique), et Instrument financier insuffisant.
De leur côté, les représentants de l’Union européenne ont confirmé leur intérêt pour les pays du Sud de la Méditerranée, malgré l’élargissement à l’Est. Ils ont déploré l’absence des Chefs d’Etats Arabes à la dernière Conférence de Barcelone, et le peu progrès réalisés par les pays du Sud de la Méditerranée en matière de démocratie et d’Etat de droit. Ils ont assuré que la coopération régionale continuera dans le cadre du Processus de Barcelone, qui n’est pas remplacé par la nouvelle politique de Voisinage. Cette dernière reste ouverte à tous les pays du Sud de la Méditerranée, et a pour objectif, à moyen terme, de faire accéder les pays volontaires du Sud au marché unique européen. L’ouverture à la libre circulation des personnes entre le Sud et le Nord ne pourrait être réalisée que progressivement, en fonction de l’atténuation des problèmes d’immigration et de terrorisme. Ils ont déploré enfin, le manque d’unité du Maghreb, qui permettrait une synergie horizontale entre les pays membres, et verticale entre le Nord et le Sud.
De ces deux déplacement en Algérie et en Tunisie : quels leçons en tirer ?
En ce qui concerne le Maghreb, dont la construction est actuellement paralysée par des problèmes politiques, il faut donner la priorité à l’économie et aux échanges de la Société civile. Il ne faut par oublier que le Marché commun en Europe a été basé d’abord sur le charbon et l’acier. Les échanges économiques, et les relations entre les peuples maghrébins contribueront certainement à résoudre les problèmes politiques.
Pour ce qui est de l’Algérie, ce pays connaît actuellement un véritable boom économique, et s’engage dans des réformes structurelles profondes. Les exportations d’hydrocarbures lui ont rapporté en 2005 une manne de 40 Milliards de $, lui permettant de réaliser un excédent commercial de 26 Milliards de $. En 2005, son taux de croissance a été de 5,1%, ses réserves de changes de 56 Milliards de $, avec une inflation ramenée à 1,6%. Grâce au remboursement anticipé de sa dette extérieure, la dette publique a été réduite à 28% du PIB. Il est prévu un programme d’investissements publics échelonné sur 4 ans (2006-2009) de 60 Milliards de $ comprenant les autoroutes (Est-ouest de 910 Km), les routes, le Métro d’Alger, le réseau ferroviaire (électrification de 200 Km), l’édification de 8 barrages hydro-électriques, le raccordement aux réseaux électrique et de distribution de gaz.
Le Maroc devrait participer sans réticence à la construction de la nouvelle économie algérienne. L’absence de visa, les relations aériennes quotidiennes, l’accueil cordial des algériens, devraient pousser nos hommes d’affaires, et les représentants de la Société civile, à se rendre fréquemment dans ce pays voisin. Les opportunités sont très diversifiées. On l’a vu dans le secteur financier, où beaucoup reste à faire sur le plan bancaire, boursier et des assurances (Attijari Wafa Bank et la BMCE étaient représentées au Forum de la Finance d’Alger). Au niveau des infrastructures (BTP), de l’industrie légère, des services, de nombreux projets existent. Le Maroc va participer officiellement à la Foire d’Alger qui se tiendra du 1er au 8 Juin prochain, et qui va connaître la participation de 42 pays. C’est une occasion opportune pour établir des contacts, et lancer la prospection de ce marché prometteur. La CGEM a eu la bonne idée d’organiser à Alger, le 05 Juin prochain, un Forum économique maroco-algérien.
Les autres pays du Maghreb offrent également beaucoup d’opportunités. Des synergies peuvent être réalisées avec la Tunisie, dont l’économie est en pleine croissance. La Libye, riche de l’exploitation de ses hydrocarbures, s’ouvre progressivement au marché mondial. La récente découverte de pétrole en Mauritanie va dynamiser également les besoins de ce pays.
En conclusion, l’intégration du Maghreb doit se faire d’abord par l’économie.
La Conférence Euro-Africaine sur la migration et le développement :
Une initiative louable du Maroc
Partout dans le monde, des hommes, des femmes, et des enfants tentent de fuir leur pays, marqué par la violence, le sous-développement et la misère. Ils essaient de pénétrer clandestinement dans des pays développés afin de sauver leur vie, trouver un emploi et gagner de quoi vivre.
Cette immigration clandestine a pris dernièrement des proportions importantes et tragiques depuis Août 2005, notamment à Mellilia et Sebta, villes marocaines occupées par l’Espagne. En effet, il ne s’agit plus de quelques clandestins qui tentent de s’infiltrer, mais de milliers de personnes qui prennent d’assaut les clôtures marquant la frontière entre le Maroc et les présides espagnols. Ces assauts ont causé la mort de sept clandestins : deux à Mellilia et cinq à Sebta, ainsi que des centaines de blessés, alors que deux cent d’entre eux ont pu passer la frontière. Sebta et Mellilia sont choisies, parce qu’elles constituent les portes d’entrée de l’espace Schengen, et permettent d’éviter la traversée clandestine, dangereuse et coûteuse du détroit de Gibraltar. Ces clandestins proviennent en majorité de l’Afrique Sub-Saharienne au travers de la frontière marocaine et algérienne.
Le Maroc et l’Espagne ont pris des mesures sécuritaires. L’Espagne notamment, a construit une double clôture de 8 Km à Sebta et 12 Km à Mellilia, et a élevé leur hauteur de trois mètres à six mètres. Elle est également en train d’étudier la mise en place des systèmes de détection infra-rouge, permettant d’alerter de la présence des clandestins plusieurs mètres à l’avance. Enfin, elle a renforcé par des contingents militaires la Guardia Civil, portant ses effectifs à 716 éléments depuis les derniers événements de Sebta et Mellilia. Depuis le début de l’année 2006, et devant les mesures efficaces prises à Sebta et Mellilia, les clandestins se sont concentrés sur la Mauritanie, d’où ils essaient d’atteindre les Iles Canaries. Mais au-delà des mesures sécuritaires, ces événements tragiques posent de nombreux problèmes, auxquels il faut trouver des solutions.
L’Afrique Sub-Saharienne, depuis les indépendances acquises dans les années soixante, est traversée de conflits et de guerres qui ont installé l’instabilité politique. La mauvaise gouvernance et la corruption, malgré des ressources naturelles abondantes, n’ont pas permis un développement économique et social suffisant. L’Organisation Africaine, au lieu de se concentrer sur les problèmes de développement, s’épuise dans des combats politiques stériles, et fait montre d’une inefficacité flagrante. Au niveau du développement économique et social, le continent africain se classe en dernier, alors que l’Asie et l’Amérique du Sud ont réalisé des progrès considérables. Il convient dès lors que les pays africains, individuellement et collectivement, se prennent en mains, et assurent leur propre développement. Ce n’est qu’à cette condition, que leurs ressortissants ne tenteront plus, au péril de leur vie, de traverser illégalement les frontières.
La communauté internationale, et notamment les pays développés, ont également leur part de responsabilité. Peu d’entre eux accordent 0,7% de leur PNB à l’aide publique au développement, malgré les nombreuses injonctions de l’ONU. Leurs marchés sont fermés aux produits agricoles des pays en voie de développement, alors que les cours des matières premières ne cessent de se dégrader. Enfin, leurs investissements sont majoritairement réalisés dans les autres pays développés. Il convient dès lors que les pays développés et les Organisations internationales (ONU, Banque Mondiale, FMI, G7) donnent la priorité au développement de l’Afrique, et mettent en œuvre les moyens humains et financiers nécessaires à son développement.
Concernant le problème spécifique de l’immigration clandestine entre l’Afrique et l’Europe, le Maroc et l’Espagne ne peuvent à eux seuls résoudre ce problème. L’Union Européenne doit également se pencher sur la question, et apporter une aide morale et matérielle conséquente, car tous les pays européens sont concernés par cette immigration. L’Union Européenne doit en outre revoir et développer ses relations avec l’Afrique du Nord dans le cadre du Partenariat euro-méditerranéen, et avec l’Afrique Sub-Saharienne dans le cadre des Accords ACP (Afrique, Caraïbes, et Pacifique).
C’est dans cette perspective que le Maroc, appuyé par la France et l’Espagne, a pris l’initiative de convoquer une Conférence euro-africaine sur la migration et le développement, qui se tiendra à Rabat les 10 et 11 Juillet 2006. Cette Conférence regroupera les pays d’origine, de transit et d’accueil. Elle ne se contentera pas de fixer les mesures sécuritaires, mais établira des plans d’action pour assurer le développement économique et social des pays sub-sahariens, dans le but de créer des emplois sur place, et diminuer l’immigration vers l’Europe. Il y a lieu de déplorer que l’Algérie, pourtant directement concernée par cette question, a refusé jusqu’à maintenant de participer à cette Conférence, et tente d’organiser, sans succès d’ailleurs, une Conférence concurrente sous l’égide de l’Union Africaine.
Nous souhaitons plein succès à la Conférence de Rabat des 10 et 11 Juillet 2006, et espérons qu’elle donnera des résultats concrets, permettant d’atténuer les effets désastreux de cette immigration clandestine, qui porte atteinte à la dignité humaine.

L’UNION EUROPEENNE A LA CROISEE DES CHEMINS

Le Conseil européen s’est réuni les 15 et 16 Juin 2006 à Bruxelles pour discuter de l’avenir de la Constitution européenne et de l’élargissement. Il convient de rappeler que le vote négatif de la France et des Pays-Bas à la Constitution européenne les 29 Mai et 1er Juin 2005, a marqué un coup d’arrêt à la construction européenne.
La construction européenne a été une véritable épopée, qui a débuté il y a un demi-siècle en 1951 par l’institution de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. S’en est suivi sur le plan institutionnel, la Communauté économique européenne en 1957, et l’Acte unique en 1986. Plusieurs Traités ont tous été ratifiés par la suite : Maastricht (1992), Amsterdam (1997) et Nice (2001). Pendant cette période, l’Union européenne a connu cinq élargissements, faisant passer le nombre de pays membres de six à vingt cinq. Le dernier élargissement en 2004 a vu l’intégration de huit pays de l’Est, qui faisaient partie de l’ancienne sphère soviétique. Sur le plan pratique, la construction européenne a permis l’établissement effectif de la libre circulation des marchandises et des services, des capitaux et des personnes, dans un vaste marché unique, sans frontières. Elle a permis la définition de plusieurs politiques communes, notamment dans l’agriculture, et a favorisé la mise à niveau des régions pauvres de l’ensemble européen. Elle a réussi à établir une monnaie commune : l’Euro, partagée par douze pays, et bientôt treize, du fait de l’adhésion de la Slovénie le 1er Janvier 2007.
Afin de pousser d’avantage la construction européenne, a été signé en Octobre 2004 le Traité instituant une Constitution pour l’Europe. Ce Traité octroie la personnalité juridique à l’Union, réaffirme les valeurs et les objectifs de ses membres, et clarifie les rôles respectifs des institutions européennes : Parlement, Conseil et Commission. Mais l’innovation la plus importante, est la création de la fonction de Président du Conseil européen pour une période de deux ans et demi renouvelable, et celle de Ministre des Affaires étrangères de l’Union. Le Traité a tenté également d’améliorer le fonctionnement de l’Union, en élargissant les compétences de la majorité qualifiée, qui est atteinte lorsqu’elle réunit 55% des Etats membres et 65% de la population. Le Traité a préconisé également le renforcement de l’action de l’Union en matière d’affaires intérieures, de justice, et de défense.
Pour être mis en vigueur, le Traité instituant une Constitution pour l’Europe devrait être ratifié par les vingt cinq Etats membres, soit par voie parlementaire, soit par référendum, au choix des Etats. A aujourd’hui, quinze Etats membres ont ratifié ce Traité, mais deux Etats fondateurs de l’Union : la France et les Pays-Bas, ont émis un vote négatif. Ce vote négatif est un coup dur pour l’Union européenne, qui a décidé en Juin 2005 une période de réflexion. Les alternatives possibles sont, soit le maintien du Traité en l’état, et un nouveau vote de la France et des Pays-Bas : ce qui parait hautement improbable. Soit, la renégociation du Traité, ce qui prendra beaucoup de temps, et surtout posera des problèmes de fonds, quant à l’avenir de l’Europe. D’ailleurs la réunion du Conseil européen du 15 et 16 Juin 2006 n’a fait que reporter le problème de deux ans, soit au deuxième semestre 2008.
A mon sens, le principal problème de fonds de l’Union européenne a trait à son élargissement. Doit-elle continuer à s’élargir, outre la Roumanie et la Bulgarie dont l’adhésion est d’ores et déjà acquise, à la Croatie, la Turquie, et le reste des pays des Balkans ?
Deux tendances se font jour dans les opinions publiques européennes. La première, et qui semble être majoritaire, est opposée à tout nouvel élargissement. Les partisans de cette orientation soutiennent que l’Europe à vingt cinq est déjà difficile à gérer, et que tout nouvel élargissement ne fera que compliquer la situation. Ils ajoutent que tout nouvel élargissement se fera au détriment de l’approfondissement de l’Union, notamment pour la conception et l’application de politiques communes en matière économique, social et de défense. Les tenants de l’élargissement soutiennent au contraire que sur le plan géopolitique, et tenant compte de la mondialisation, l’Europe doit être aussi forte que possible, pour faire face aux deux pôles hégémoniques qui se dessinent : l’Amérique et l’Asie. Ils ajoutent, que certes la tâche sera très difficile, mais c’est le seul moyen d’éviter la marginalisation de l’Europe dans le siècle à venir.
Pendant la période à venir, le débat sera vif entre les deux orientations précitées. Le Maroc, dont le destin est lié à celui de l’Europe pour des raisons géographiques et historiques, ne peut se désintéresser de cette problématique. Non seulement il doit suivre le débat, mais il doit également y apporter sa contribution, afin que l’Europe choisisse le bon chemin.

Nouvelle agression israélienne contre le peuple palestinien
Pour la convocation d’une Conférence internationale
La semaine dernière, Israël a de nouveau commis une agression contre le peuple palestinien. C’est ainsi que dans la nuit de mercredi à jeudi, l’armée israélienne a arrêté 64 Ministres, Députés et Maires palestiniens en Cisjordanie. Dans la nuit de jeudi à vendredi, elle a lancé un raid contre le Ministère de l’Intérieur palestinien, causant d’importants dégâts. Enfin pour couronner le tout, Israël a frappé dimanche dernier le bureau du Premier Ministre palestinien, causant un incendie des locaux.
Cette agression a été perpétrée en dehors de tout respect du droit international, puisqu’elle a entraîné l’arrestation de responsables palestiniens démocratiquement élus par le peuple palestinien. Elle s’est attaquée aux symboles de l’entité palestinienne : le Ministère de l’Intérieur et le bureau du Premier Ministre. Cette agression a été motivée par les dirigeants israéliens par la tentative de libérer un soldat israélien, enlevé par un commando palestinien. En réalité, il s’agit pour Israël de déstabiliser le Gouvernement palestinien, pourtant légitime, puisque issu des dernières élections législatives. D’ailleurs, un Ministre israélien a déclaré d’une façon explicite « L’attaque contre le bureau du Premier Ministre palestinien s’inscrit dans le cadre de nos efforts visant à porter atteinte aux capacités du Gouvernement du Hamas à contrôler la situation et à gouverner ».
Le conflit Israélo-Palestinien qui dure depuis un demi-siècle n’en finit pas de faire des victimes de part et d’autre. A l’origine de ce conflit, une erreur historique a été commise, qui a occasionné une profonde injustice. L’erreur historique a été de décider d’installer un foyer juif, puis de créer l’Etat d’Israël en terre de Palestine. Or la Palestine n’était pas une terre «nuullus» c'est-à-dire sans maître, la Palestine était habitée depuis des siècles par les Arabes. Ces derniers considèrent depuis lors qu’une grande injustice a été commise à leur égard.
La responsabilité de l’Occident est patente dans cette affaire. D’abord l’Allemagne nazie, qui a commis un véritable génocide en supprimant six millions de juifs dans des conditions abominables. Ensuite l’Angleterre qui, par la Déclaration de Balfour a promis l’installation d’un foyer juif en Palestine. Enfin les Etats-Unis qui, depuis la création d’Israël, apporte à ce pays un soutien indéfectible, du fait du lobbying juif très influent au Congrès, dans les médias et la finance.
Les conséquences de cette erreur historique sont incommensurables : des millions de réfugiés palestiniens rejetés vers les pays arabes voisins, trois guerres meurtrières entre Israël et les pays Arabes, la colonisation des terres arabes par Israël, et une occupation policière et militaire humiliante, entravant toute les libertés, et notamment la liberté de circulation. Face à cette situation, le peuple palestinien s’est révolté, d’une part par la résistance populaire (Intifada), et d’autre part par les attentats, qu’il considère comme des actes de résistance.
La Communauté internationale a été incapable jusqu’à maintenant de résoudre ce problème, qui alimente en partie le terrorisme international. Toutes les résolutions de l’ONU favorables aux Palestiniens n’ont jamais été appliquées. Les Palestiniens et les Arabes ont dénoncé cette politique de « deux poids, deux mesures ». Lorsque l’ONU a voté la résolution enjoignant à la Syrie de quitter militairement le Liban, cette résolution a été appliquée immédiatement, grâce à la pression très forte exercée par les Etats-Unis et la France.
La résolution du conflit israélo-Palestinien ne peut être que globale. Ami Ayalon, un Israélien, ancien chef du Shin Bet a déclaré récemment « Tant que les Palestiniens n’auront pas d’espoir, les Israéliens ne pourront pas prétendre à la sécurité ».
Pour rendre l’espoir au Palestiniens, il faut négocier avec eux. Le moyen le plus efficace serait une Conférence internationale chapeautée par le Quartet : ONU, USA, Union Européenne, Russie. Cette Conférence devrait se tenir en Europe (à Genève par exemple), et aborder les quatre questions fondamentales suivantes :
• Délimitation exacte du territoire du futur Etat Palestinien et date de sa création effective
• Problème des réfugiés palestiniens
• Problème de Jérusalem
• Problème des colonies israéliennes implantées en territoire palestinien
Cette Conférence devrait tenter de rapprocher les points de vue des deux parties sur ces quatre questions fondamentales. Il s’agit bien de négociations, et donc chaque partie doit faire des concessions à l’autre. Les tuteurs de la Conférence devront user de tout leur poids pour obtenir des résultats concrets. Le moment est venu où les deux puissances mondiales (Etats-Unis et Union Européenne) doivent prendre leur responsabilité pour solutionner définitivement ce problème. Sinon, ce conflit va continuer à s’enliser, à entraîner des victimes innocentes de part et d’autre, à alimenter le terrorisme international, et à empoisonner les relations internationales.


POUR LA VERITE DES PRIX PETROLIERS

Devant l’augmentation considérable du prix du pétrole brut sur le marché international, le Gouvernement marocain a adopté une politique consistant à ne pas répercuter les hausses sur le consommateur, et à payer la différence par la Caisse de Compensation. Cette politique présente plusieurs inconvénients.
Tout d’abord, la charge pour la Caisse de Compensation est insoutenable. Tablant sur une compensation de 800 millions de DH par mois, le budget 2006 a prévu un montant de 9 milliards de DH, qui sera épuisé dès Juillet 2006. A fin Juin 2006, les arriérés de paiement de la Caisse de Compensation sont estimés à 5 milliards de DH, dont 700 millions de DH de l’année 2005. Cette politique gène les sociétés de distribution de pétrole, et augmente leurs frais financiers, car le déficit de trésorerie est en fait pris en compte par le système bancaire marocain. D’où sur le plan macro-économique deux graves inconvénients : le montant affecté à la Caisse de Compensation, au lieu de financer des dépenses productives, tels que des investissements, ne sert qu’à couvrir le prix de revient réel. Le second inconvénient est l’expansion des frais financiers, dont profitent seulement les banques.
Une autre conséquence dommageable, est que le consommateur ne ressent pas physiquement l’augmentation des prix du pétrole sur le marché international. Il s’en suit qu’il y a beaucoup de gaspillage, et qu’il n y a pas une véritable volonté d’économie de l’énergie. Il est à déplorer qu’il n’y a aucune sensibilisation médiatique sur ce grave problème économique de notre pays.
Les perspectives d’avenir sont malheureusement peu réjouissantes. En Juin 2006, le prix de baril a grimpé à 74 $, et rien ne laisse présager une baisse de prix pour l’année 2007. En effet, les problèmes géopolitiques concernant les pays producteurs (Irak, Iran, Nigeria) sont loin d’être réglés, et une aggravation de la situation est même à craindre. D’ailleurs, le Ministère des Finances a tablé sur un prix de 70 $ le baril pour le budget 2007. A fin Mai 2006, le Maroc a importé pour 9,5 milliards de DH de produits pétroliers, soit une augmentation de 20% par rapport à la même période de l’année dernière. Le prix mayen à la tonne a atteint 4.098 DH, soit une augmentation de 43,1% par rapport à la même période de l’année dernière. A ce rythme la facture pétrolière du Maroc pour 2006 dépassera les 20 milliards de DH.
Comme tout le monde le sait, le Maroc est dépendant à 97% des produits pétroliers pour ses besoins énergétiques. Certes, la recherche pétrolière dans notre pays s’est accentuée durant les dernières années, mais valeur aujourd’hui, aucune découverte probante n’a été révélée. Aussi, il est dangereux de persister dans la même politique de compensation des produits pétroliers. Il est nécessaire de retourner d’urgence à une véritable indexation des prix intérieurs sur le marché international. Mais toute la charge ne doit pas incomber au consommateur : l’Etat doit également prendre sa part, sous forme d’une réduction dans des taxes fiscales qui frappent les produits pétroliers, et notamment la taxe intérieure de consommation (TIC). Le système proposé est donc une véritable indexation sur le marché international, avec une diminution de la fiscalité, et une augmentation raisonnable des prix au consommateur. Cette nouvelle politique pourrait être accompagnée par des mesures spécifiques pour certains secteurs économiques très sensibles au coût de l’énergie. Elle aurait pour avantage de supprimer ou de diminuer considérablement la charge de compensation, d’éviter les frais financiers inutiles des sociétés de distribution, et surtout d’inciter à l’économie d’énergie.
Au-delà de ce problème de vérité des prix de pétrole, le Gouvernement devrait s’atteler à la définition d’une véritable politique énergétique de notre pays. Beaucoup de conférences et de colloques ont eu lieu à ce sujet, mais les résultats sont minces. L’Etat s’est surtout mobilisé pour assurer l’approvisionnement du pays : c’est bien mais insuffisant. La véritable solution est une rupture avec l’approvisionnement monolithique en produits pétroliers, dont nous ne sommes pas pour le moment producteurs, et dont les perspectives de prix sont peu prometteuses. Les seules alternatives sérieuses sont le gaz et l’énergie atomique. Le plan gazier tarde à sortir des dossiers, et l’option atomique semble abandonnée sans explication.

LE LIBAN : PAYS MARTYR

Suite à l’enlèvement de deux soldats israéliens par le Hizbollah dans le Sud de Liban le 11 Juillet 2006, l’armée israélienne procède depuis une semaine à une attaque massive du Liban par air, mer et terre. Toutes les régions du Liban sont atteintes, et notamment les infrastructures : ports, aéroports, routes, centrales électriques. Les pertes civiles à ce jour sont estimées à 230 morts et 450 blessés, alors que 500.000 de réfugiés tentent de remonter vers le Nord, ou de traverser la frontière syrienne. Les étrangers quittent massivement le pays, alors que les pertes matérielles sont estimées à plusieurs milliards de dollars. Le Hizbollah a riposté à ces attaques, en lançant des roquettes contre un navire militaire israélien et quelques villes du Nord d’Israël, faisant quelques dizaines de victimes.
Pour comprendre la situation, il faut rappeler qu’un lourd contentieux existe depuis longues années entre les deux pays. Dès 1970, Israël a lancé des opérations de représailles contre le Sud du Liban et notamment Beyrout. En 1978, l’occupation israélienne a entraîné l’exode de 200.000 libanais de Sud Liban vers le Nord. En 1982, Israël assiège Beyrout-Ouest, et soutient les partisans de Bechir Gemayel, qui ont perpétré les horribles massacres de Sabra et Chatila. Ce n’est qu’en 2000 que l’armée israélienne se retire du Sud Liban. Face aux agressions répétées d’Israël, est apparu en 1982 le Hizbollah, d’obédience chiite, qui combat pour la liberté et l’indépendance du Liban, et soutient la cause palestinienne. Le Hizbollah est accusé par Israël d’être le commanditaire des attentats terroristes, et surtout de lancer des missiles sur les villes du Nord d’Israël.
Il n’en demeure pas moins que la réaction israélienne à l’enlèvement par Hizbollah de deux soldats israéliens est absolument disproportionnée. L’attaque de toutes les régions du Liban, des infrastructures et des bâtiments civils, est à la fois lourde de conséquences et parfaitement inutile. Elle augmente la haine des libanais vis-à-vis d’Israël, et renforce les mouvements radicaux, tels que le Hizbollah. Elle éloigne encore plus toute solution de paix dans la région du Moyen Orient, et fait l’unanimité des pays arabes et musulmans contre Israël.
La réaction de la communauté internationale à ces graves événements a été décevante. Le G8 qui se réunissait en même temps à Saint-Petersboung du 15 au 17 Juillet 2006, n’a pas ordonné la cessation immédiate des hostilités. Comme on s’y attendait, le Président américain George W. Bush a déclaré qu’Israël avait « tout à fait le droit de se défendre ». Le Président Chirac a déclaré de son coté qu’il fallait « arrêter toutes les forces qui mettent en cause la stabilité et la souveraineté du Liban », tout en reconnaissant que la réaction israélienne était disproportionnée. Il a aussi envoyé le Premier Ministre Villepin à Beyrout pour manifester la solidarité de la France au Liban. Quant à l’Angleterre, elle s’est alignée comme d’habitude sur la position américaine, tandis que l’Allemagne, vu son passé nazi, ne peut adopter aucune position qui déplait à Israël. Après de multiples tractations, le G8 a adopté une déclaration tiède, dans laquelle il demande la libération des soldats israéliens enlevés, l’arrêt des bombardements du territoire israélien et de l’offensive israélienne au Liban et à Gaza, et la libération des ministres et parlementaires palestiniennes arrêtés par Israël. De son coté Tony Blair, Premier Ministre britannique, a déclaré que « la seule manière de voir une fin de violence est d’avoir une force internationale déployée dans la zone ».
L’ONU n’a pas été plus efficace, puisque aucune résolution ordonnant la cessation des hostilités n’a pu être adoptée, du fait de veto des Etats-Unis. Koffi Anan s’est contenté d’appeler Israël et le Hezbollah « à conclure une trêve pour permettre la mise en place d’une force internationale à la frontière israélo-libanaise ». Enfin, la Ligue Arabe, réunie au Caire, s’est limitée à condamner l’agression israélienne au Liban, et du fait de son impuissance à proposer quelque chose de concret, a reporté le problème au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Les autorités israéliennes ont déclaré que l’agression continuerait le temps qu’il faudra, et en tout cas au minimum une autre semaine. Il est inadmissible de laisser le Liban, petit pays d’à peine 10.000 Km² et une population de 3,8 Millions d’habitants, être systématiquement détruit, sans aucune réaction de la communauté internationale. Il faut rappeler ici que le Gouvernement libanais de Rafic Hariri a mis sur la table 10 milliards de $ pour reconstruire le centre ville de Beyrout. Il est de la plus haute urgence que l’ONU, dont la fonction essentielle est de rétablir la paix partout dans le monde, ordonne le cessez-le-feu, et envoie une force d’interposition à la frontière libano- israélienne pour stabiliser la région.
Ce problème israélo-libanais n’est que le sous-produit du problème plus large du Moyen Orient. Cette région depuis la création d’Israël en 1948, n’a pas connu la paix un seul instant. L’Etat d’Israël, greffé par la force dans cette région, a déstabilisé tous les pays arabes voisins, et entraîné l’exode du peuple palestinien. Les Israéliens doivent comprendre, que pour jouir d’une paix durable, ils doivent négocier avec les palestiniens, car aucune initiative unilatérale ne résoudra le problème. La seule solution possible est l’existence côte à côte de deus Etats : palestinien et israélien. Certes, les problèmes sont difficiles : délimitation territoriale du futur Etat palestinien, statut de Jérusalem, problème des réfugiés palestiniens et des colonies israéliennes implantées en Cisjordanie. Mais toutes ces questions peuvent trouver une réponse, si la bonne volonté existe de part et d’autre. Des compromis douloureux doivent être acceptés par les deux parties. La communauté internationale doit aider à trouver ces compromis.

LE LIBAN
CRIMES HUMANITAIRES – L’OCCIDENT COMPLICE

Cette chronique, comme celle de la semaine dernière sera consacrée au Liban. Comment en effet parler d’autre chose, alors que chaque jour, des femmes, des enfants et des civils sont tués impunément par l’armée israélienne. On estime le bilan des victimes à 400 morts, mille blessés et 600.000 réfugiés. Les dégâts matériels sont incalculables, notamment ceux causés aux infrastructures : ponts, routes, centrales électriques, ports et aéroports, antennes TV.
Il s’agit véritablement de crimes humanitaires, car ce sont les civils sans défense qui sont visés, ceux vivant dans des maisons et des immeubles, et ceux qui croupissant dans les camps de réfugiés. D’ailleurs, le Secrétaire Général adjoint de l’ONU pour les affaires humanitaires, en visite au Liban, a déclaré qu’Israël avait « violé le droit humanitaire » et qu’il s’agit « d’une crise humanitaire majeure » causée par l’offensive israélienne. Il a ajouté que la riposte israélienne est disproportionnée, et surtout «qu’un tiers des blessés et des tués sont des femmes et des enfants ». L’aide humanitaire nécessaire est estimée à 100 Millions de dollars, et ne peut être acheminée pour le moment, du fait de la fermeture de l’Aéroport de Beyrout, attaqué dès les premiers jours de l’offensive israélienne, et l’absence de corridors humanitaires sécurisés.
Pendant ce temps, la communauté internationale se tait. Cela rappelle la macabre expression « Silence, on tue ! » Certes, le monde arabo-musulman a réagi en multipliant les manifestations populaires, les appels au cessez-le feu, les déclarations condamnant l’agression israélienne. Mais les vrais décideurs dans le monde actuel, les puissances occidentales se taisent. Tout d’abord les Etats-Unis d’Amérique, jusqu’à maintenant, n’ont pas ordonné le cessez-le feu. Au contraire, ils se sont opposés par véto à toute résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU condamnant l’agression israélienne, et appelant au cessez-le feu. Ce n’est que douze jours après l’agression israélienne, que Condoleeza Rice, la Ministre des Affaires Etrangères des USA, se rend dans la région, pour rencontrer les Premiers Ministres libanais, israélien et palestinien. Elle doit participer également Mercredi 26 Juillet à Rome au « Groupe de Contact sur le Liban », dont le but est d’étudier les modalités du cessez-le feu et de la force d’interposition au Sud-Liban.
Les autres puissances occidentales, notamment européennes, se sont alignées sur la position américaine, et sont également complices des crimes humanitaires perpétrés au Liban. Elles se sont contentées de prendre toutes les mesures matérielles pour assurer l’évacuation de leurs ressortissants du Liban. La France cependant a eu une position plus équilibrée, tenant compte de ses relations historiques avec le Liban. C’est ainsi que le Président Chirac a envoyé sur place au Liban le Premier Ministre Villepin dès les premiers jours de l’agression. Il a reçu à l’Elysée le fils de l’ancien Président Rafic HARIRI, et a ordonné à Mr Douste-Blazy Ministre français des Affaires Etrangères de se rendre également au Moyen-Orient. Ce dernier, après avoir visité le Liban et Israël, dont notamment Haïfa, a appelé au cessez-le feu au Liban, et a demandé le désarmement de la milice militaire du Hezbollah. C’est donc une position mi-figue mi-raisin qu’a adoptée la France.
Il faut malheureusement constater que dans ce nouvel conflit du Liban, l’Occident s’est rangé nettement au côté d’Israël. Cette position ne peut qu’augmenter la frustration du monde arabo-musulman vis-à-vis de l’Occident. Ce dernier doit comprendre que la paix au Moyen-Orient, et notamment le problème palestinien, sont au cœur de toute réconciliation entre l’Occident et le monde arabo-musulman. Les Etats-Unis d’Amérique, première puissance mondiale, doivent comprendre qu’ils ont une responsabilité particulière dans le monde actuel. Pour jouer le rôle de « médiateur honnête » dans la crise du Moyen-Orient, ils doivent avoir une position plus équilibrée entre les parties. Les puissances européennes doivent le lui rappeler à chaque instant, dans l’intérêt de la planète.
Tant que la situation au Moyen-Orient n’évoluera pas vers une paix durable, le monde continuera à connaître des conflits sanglants. La clé du problème, est la création d’un Etat palestinien viable, vivant côte à côte avec Israël. L’Occident ne doit ménager aucun effort pour parvenir à cette solution.

CONFERENCE DE ROME : ECHEC AUX CONSEQUENCES
CATASTROPHIQUES

Le 26 Juillet dernier, s’est tenue à Rome la Conférence internationale devant statuer sur la situation au Liban. Cette Conférence a été co-présidée par l’Italie et les Etats-Unis, et a regroupé un certain nombre de pays d’Amérique, d’Europe, du Moyen-Orient, ainsi que des organisations internationales : ONU, Union Européenne, Banque mondiale.
L’objectif de cette Conférence était de mettre fin au conflit sanglant israélo-libanais, qui a éclaté le 12 Juillet dernier, et qui s’est traduit par des pertes humaines (500 libanais et 50 israéliens), 800.000 réfugiés, ainsi que des pertes matérielles au Liban, évaluée à plusieurs milliards de dollars. L’objectif poursuivi était la déclaration d’un cessez-le-feu immédiat, et la constitution d’une force internationale d’interposition devant stationner au Sud-Liban.
Ces deux objectifs n’ont pas été atteints, d’où l’échec de cette Conférence. La déclaration finale s’est contentée d’indiquer qu’il y a lieu de « travailler immédiatement pour parvenir de toute urgence à un cessez-le-feu qui doit être durable, permanant et complet ». Sur le second point de l’ordre du jour, elle s’est contentée d’affirmer « qu’une force internationale au Liban devait être autorisée de manière urgente sous mandat de l’ONU, à soutenir les forces armées libanaises dans la création d’un environnement sûr ».
Les résultats décevants de cette Conférence, bien en-deçà de ce qui était attendu, et alors que des pertes civiles continuent de croître chaque jour au Liban, sont dûs à la confrontation entre les Etats-Unis soutenus par l’Angleterre, et le reste des autres participants à la Conférence. En effet les Etats-Unis, allié inconditionnel d’Israël, se sont opposés à la déclaration de cessez-le-feu immédiat, afin de laisser le temps à Israël de « mater le Hizbollah ».
Les conséquences de l’échec de la Conférence de Rome, dont les Etats-Unis portent la responsabilité, sont catastrophiques. Sur le plan politique, Israël considère qu’elle a obtenu un blanc-seing pour continuer la destruction du Liban, et la mort de centaines de personnes. C’est ainsi qu’elle a intensifié ses attaques contre des cibles civiles : le bombardement de petit village de Qana le 30 Juillet a fait soixante victimes, dont la majorité sont des femmes et des enfants. La Télévision a montré les images insoutenables de parents portant dans les bras leurs enfants morts. Outre les pertes de personnes, la destruction de réservoirs de pétrole a causé une catastrophe écologique des plages du Liban, le pétrole s’étant répandu sur tout le littoral libanais.
Quelles leçons tirer de l’échec de cette Conférence ?
Tout d’abord l’hégémonie américaine apparaît dans toute sa réalité. L’Europe et les pays Arabes présents à la Conférence, n’ont pas pu obtenir le cessez-le-feu immédiat, face à l’opposition américaine. Les Etats-Unis utilisent systématiquement leur veto à toute résolution de l’ONU, défavorable à Israël. L’ONU est complètement discréditée, et les libanais ont, à juste titre, attaqué le siège de l’ONU à Beyrout Dimanche 30 Juillet. Une réforme radicale de cette Organisation est indispensable dans les plus brefs délais.
Les Etats-Unis apparaissent de plus en plus dépendants d’Israël. Rappelons-nous la crise de Suez le 26 Juillet 1956, où les Etats-Unis avaient appelé immédiatement au cessez-le-feu, après l’attaque tri-partite Angleterre, France, Israël contre l’Egypte de Nasser. D’ailleurs, à chaque conflit le Proche-Orient, la communauté internationale avait dans le passé ordonné le cessez-le-feu immédiat sans aucune opposition.
Israël et les Etats-Unis se trompent, en croyant obtenir une paix durable au Moyen-Orient par la force. Seule une négociation politique entre Israël et les pays Arabes, peut mettre fin à ce conflit sanglant, qui dure depuis un demi-siècle. La seule solution possible est l’application d’un cessez-le-feu immédiat au Liban, afin de limiter les pertes humaines inutiles, et les destructions massives ; et l’ouverture de négociations globales entre Israël et les pays Arabes.
Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans relever le dernier Article paru dans le Journal « Le Monde » de l’écrivain français Bernard Henry Levy. Ce dernier, défendant la position israélienne dans le conflit israélo-libanais, a eu l’outrecuidance de parler de « fascisme à visage islamiste ». Le véritable fascisme est israélien, qui a occupé une terre qui ne lui appartient pas, qui a poussé des millions de réfugiés hors de leurs foyers, et qui procède actuellement, devant nos yeux, à une véritable génocide des peuples palestinien et libanais.

LE CONFLIT ISRAELO-ARABE :
LA FORCE N’EST PAS LA SOLUTION

Israël nous a fait vivre un été sanglant. D’abord, l’agression contre Gaza, puis contre le Liban, sous prétexte de récupérer un soldat enlevé par le Hamas, et deux autres enlevés par le Hizbollah. Tout en étant aussi odieuse que celle de Gaza, l’agression israélienne contre le Liban a été encore plus abjecte. Pendant 34 jours, Israël a bombardé le Liban par air, mer et terre, causant 1300 morts, 45.000 blessés, 1 million de réfugiés et des pertes estimées à 6 Milliards de dollars. Ce qui a le plus ébranlé la conscience internationale, a été le bombardement systématique de cibles civiles, contrairement aux lois internationales de la guerre. Le dramatique bombardement de Cana a fait notamment de nombreuses victimes civiles, dont notamment des femmes et des enfants. Israël a en outre bombardé une centrale électrique, causant un grave préjudice à l’environnement, par le fait de la pollution par le pétrole de près de 140 kilomètres de côtes libanaises.
Tout cela, et pendant 34 jours, sans aucun réaction significative de la communauté internationale pour exiger un cessez-le-feu immédiat. Au contraire, les Etats-Unis d’Amérique ont empêché le vote de toute résolution du Conseil de sécurité de l’ONU favorable à l’arrêt de l’agression, en invoquant « le droit d’Israël à se défendre ». Finalement, Israël et son allié américain ont constaté qu’ils ne pourraient atteindre leurs objectifs : récupérer sans conditions les soldats israéliens enlevés, et désarmer le Hizbollah. Ce dernier, par une résistance farouche et inattendue, a tenu tête à l’Armada israélienne, et a continué à envoyer ses missiles sur le Nord d’Israël pendant toute la période des combats. Le Conseil de sécurité de l’ONU sur l’insistance de la France, et grâce à l’action résolue du Président Chirac, a finalement adopté la résolution 1701 du Conseil de sécurité, ordonnant le cessez-le-feu, et l’envoi d’une force d’interposition internationale de 15.000 casques bleus au Sud de Liban, en même temps que le déploiement dans la région du même nombre de soldats de l’armée libanaise.
Cette nouvelle guerre de Liban, montre à l’évidence que le conflit israélo-arabe ne peut être réglé par la force. La création de l’Etat d’Israël en 1948, sur une terre arabe, a été une erreur historique. Pendant plus d’un demi-siècle, six guerres ont opposé Israël aux pays Arabes, sans que le conflit s’apaise, entraînant des souffrances incommensurables de part et d’autre. La seule solution possible pour la résolution définitive de cette crise est la négociation entre Israël et les pays Arabes. Israël le sait bien : ce n’est qu’en négociant avec l’Egypte, et en lui rétrocédant le Sinaï, qu’elle a pu conclure un traité de paix le 26 Mars 1979 avec ce pays. La même approche a été utilisée avec la Jordanie, qui a également signé un traité de paix avec Israël le 25 Juillet 1994, contre la restitution par Israël de la zone Arava. Reste à résoudre trois problèmes : la Syrie, le Liban et la Palestine. Israël ne connaîtra la paix définitive qu’en résolvant ces trois questions.
Pour la Syrie, le problème est relativement simple, dans la mesure où ce dernier pays serait prêt à signer un traité de paix avec Israël, contre la restitution du Golan. De même qu’avec le Liban, le conflit territorial se limite à quelques fermes du Chebaa, qui pourra trouver facilement une solution.
Le conflit israélo-palestinien est certes plus complexe. Quatre questions sont à résoudre : la délimitation du territoire palestinien, le problème des réfugiés palestiniens, la question des colonies israéliennes en Cisjordanie, et le statut de Jérusalem. Certes ces questions sont difficiles, et les positions extrêmes de part et d’autre. En ce qui concerne le territoire palestinien, on sait que la position palestinienne est la restitution intégrale de la Cisjordanie, telle qu’elle existait avant la guerre de 1967. Israël veut grignoter sur ce territoire, en construisant le Mur, et en invoquant des raisons de sécurité. Pour ce qui est du problème des réfugiés, les palestiniens exigent le retour de tous les réfugiés palestiniens en terre d’Israël. Les israéliens refusent, en argumentant qu’un tel retour modifierait la composition ethnique de l’Etat d’Israël. Les palestiniens exigent d’autre part le démantèlement de toutes les colonies israéliennes installées en Cisjordanie. Enfin, Jérusalem est revendiquée comme capitale à la fois par Israël et par la Palestine.
La négociation doit permettre de trouver des compromis entre ces positions extrêmes. Il appartient évidement aux israéliens et palestiniens de négocier entre eux. On peut suggérer cependant ici quelques pistes. La négociation ne peut réussir que si les positions extrêmes soient éliminées. Les palestiniens ne peuvent faire disparaître Israël, qui est un fait incontournable actuellement. De même Israël ne doit plus rêver au « Grand Israël », qui est irréalisable dans les circonstances présentes. Un « package deal » doit être établi avec des concessions de part et d’autre. Les palestiniens pourraient par exemple accepter quelques légères modifications territoriales par rapport au statut de la Cisjordanie d’avant 1967. Pour les réfugiés, un quota à déterminer pourrait être autorisé à retourner en Israël, le reste des réfugiés pourraient recevoir une indemnisation, pour s’installer dans le nouvel Etat palestinien. Pour les colonies israéliennes installées en Cisjordanie, un certain nombre devrait être démantelé, mais liberté serait laissée aux colons israéliens, qui souhaiteraient rester sous l’autorité palestinienne. Enfin, on peut envisager un partage de Jérusalem, chaque partie pourrait y installer sa capitale, si elle le souhaite.
Pour que de telles solutions puissent être mises en application, et pour rétablir la confiance entre Israël et les pays Arabes, il faut une forte mobilisation de la communauté internationale. L’ONU, qui est l’instance naturelle pour la résolution de tels conflits, doit reprendre sérieusement le dossier, à l’occasion de sa prochaine Assemblée générale en Septembre prochain. Les pays Arabes, qui ont déjà exprimé leur position, lors du dernier Sommet de Beyrout, à savoir la reconnaissance d’Israël contre la restitution des territoires occupés en 1967, doivent donner la priorité à la recherche d’une solution. L’Europe et la Russie doivent peser de tout leur poids pour la résolution de ce conflit. La France et l’Espagne peuvent jouer un rôle de premier plan, étant donné les bonnes relations qu’elles entretiennent avec les pays Arabes et Israël. Enfin, les Etats-Unis d’Amérique ont tout intérêt à contribuer à trouver une solution au conflit israélo-arabe. La paix entre Israël et les pays Arabes réduirait la tension au Moyen-Orient, et permettrait de lutter plus efficacement contre le terrorisme international. Cela permettrait de neutraliser l’ambition hégémonique de l’Iran dans la région, et l’expansion des mouvements extrémistes dans le monde musulman.
En conclusion, on peut affirmer qu’il est temps de résoudre définitivement le conflit israélo-arabe, qui empoisonne les relations internationales depuis plus d’un demi-siècle. La résolution de ce conflit ne peut se faire par la force, elle ne peut l’être que par la négociation, sous l’égide de la communauté internationale. Cette négociation doit aboutir à la création d’un Etat palestinien viable, vivant côte à côte avec Israël, et par la signature de traités de paix entre Israël et les pays arabes voisins.
Il y a lieu de tout mettre en œuvre pour que lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU, il soit décidé la convocation dans les meilleurs délais d’une Conférence internationale sur la résolution du conflit israélo-arabe.

FORUM ECONOMIQUE DE KRYNICA (POLOGNE) :
L’EUROPE DE L’EST EST BIEN PARTIE

J’ai eu l’honneur de participer du 06 au 09 Septembre 2006 au Forum économique de Krynica, ville qui se trouve au sud de la Pologne. C’est la 16ème session de ce Forum, qui se tient régulièrement chaque année, et dont le thème cette année était : « Les défis de l’Europe : la question de l’identité européenne ». Véritable « Davos » des pays de l’Est de l’Europe, ce Forum a réuni 1395 participants du monde entier, mais principalement de l’ouest et de l’est de l’Europe. Les Ateliers au nombre de 138, ont abordé les problèmes économiques : business et management, macroéconomie, nouvelle économie, les problèmes de l’énergie, la régionalisation. Mais aussi des problèmes politiques et sociaux : éducation et culture, les réformes institutionnelles, problèmes démographiques et de sécurité, relations avec les pays voisins, et notamment avec ceux du sud de la Méditerranée. Ce fût un Forum d’un intérêt extraordinaire, où le Maroc était pratiquement absent.
Au cours de ce Forum, a été présenté un rapport sur « la Nouvelle Europe », qui a retracé les progrès réalisés par les pays de l’Est ces dernières années, et notamment les résultats économiques de l’année 2005. Les pays de l’Europe Centrale et de l’Est représentent 27 pays, que ce rapport divise en 2 groupes. Le premier groupe est constitué des 8 pays ayant déjà adhéré à l’Union européenne (Pologne, République Tchèque, Hongrie, Slovaquie, Lituanie, Lettonie, Slovénie, Estonie), plus la Bulgarie et Roumanie, qui adhéreront à l’Union européenne le 1er Janvier 2007. Ces pays ont globalement achevé leur démocratisation, marquée par des Parlements élus librement, des gouvernements issus des élections, le respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme. Sur le plan économique, ces pays ont libéré leur économie, privatisé la plus grande partie de leurs entreprises publiques, et modernisé leur secteur industriel et des services. Le 2ème groupe, constitué de 17 pays (Albanie, Azerbaïdjan, Belarus, Bosnie-herzégovine, Croatie, Géorgie, Kazakhstan, Krygystan, Macédoine, Moldavie, Russie, Serbie, Monténégro, Tadjikistan, Turkménistan, Ukraine, Uzebikistan), a gardé sur le plan politique un système présidentiel, caractérisé par la centralisation du pouvoir, et la limitation des libertés individuelles et collectives. Leur économie n’est pas entièrement libérée, le secteur public est encore puissant, et leurs entreprises peu modernisées. Ce groupe a obtenu des résultats économiques médiocres durant les dernières années, et en 2005 également.
Les résultats économiques les plus importants ont été réalisés par les 8 pays ayant adhéré le 1er Mai 2004 à l’Union européenne. Ces pays ont bénéficié des fonds structurels communautaires, de la suppression des droits de douane à l’entrée de l’Union, et de flux d’investissements importants des pays européens de l’ouest dans tous les secteurs : agriculture, industrie, services. C’est ainsi que leur PIB par habitant a augmenté en 6 ans (1999-2005) pour le plus fort de 82% (Lettonie), et pour le plus faible 38% (République Tchèque). Les taux de croissance réalisés en 2005 ont été particulièrement élevés pour la Lettonie (+ 10,2%), l’Estonie (+ 9,8%) et la Lituanie (+ 7,3%). Le taux de croissance le plus bas a été réalisé par la Pologne (+ 3,4%). L’inflation en 2005 a été maintenue à des taux raisonnables (moins de 3%), sauf pour la Lettonie (+ 6,7%) et l’Estonie (+ 4,1%). Pour le déficit budgétaire, tous ces pays ont respecté le critère de Maastricht (- 3% du PIB), sauf la Hongrie (- 6,1%). Il en est de même du déficit du compte courant, à l’exception de la Lettonie et de l’Estonie (- 11%). Enfin le taux de chômage est au dessous de 10% de la population active pour tous ces pays sauf la Pologne (17,6%) et a Slovaquie (15,3%).
Quelles leçons peut-on nous tirer de ces résultats pour notre pays le Maroc ?
La première leçon est la nécessité d’accélérer la démocratisation du système politique de notre pays : élections libres, gouvernement issu des élections, respect des libertés individuelles et collectives, et des droits de l’homme. Il y a lieu également d’intensifier nos relations avec l’Union européenne dans le cadre de la Nouvelle Politique de Voisinage, afin d’attirer plus d’investissements, exporter plus de produits, et moderniser nos entreprises. Il faut aussi continuer la libéralisation de notre économie, et privatiser le reste des entreprises publiques.
Sur le plan des investissements ouest-européens, les pays de l’Est sont un concurrent redoutable pour notre pays. Ils bénéficient de plusieurs avantages : adhésion à l’Union européenne, proximité géographique, main-d’œuvre qualifiée, aides financières. D’ores et déjà, des investissements très importants ont été réalisés par les pays européens de l’Ouest en Europe Centrale et de l’Est (notamment l’automobile). Il faut donc améliorer davantage l’environnement économique de notre pays, pour attirer les investissements européens. Les pays de l’Est peuvent également devenir des concurrents sérieux pour nos exportations en Europe de produits alimentaires et de textiles. En contrepartie, les pays de l’Est devenant de plus en plus prospères, pourraient constituer de nouveaux marchés pour nos produits à l’export, et pourraient devenir des sources d’investissements dans nos secteurs productifs, et nous envoyer un plus grand nombres de touristes.
En conclusion, le Maroc doit s’intéresser à cette « Nouvelle Europe », qui a déjà fait sa place en Europe, et qui tend à améliorer sa position dans l’économie mondiale.
Résultats Economiques des Pays de l’Est (Année 2005)
Pays Population en Million PIB per Capita en US $ Croissance Economique en % du PIB Inflation en % Déficit Budgétaire en % du PIB Déficit Courant en % du PIB Taux de chômage en % de population active
Pologne 38,1 12.994 +3,4 +2,1 -2,9 -1,6 17,6
République Tchèque 10,3 18.375 +6,0 +1,9 -3,2 -2,1 7,8
Hongrie 10,0 17.405 +4,1 +3,6 -6,1 -7,6 7,3
Slovaquie 5,4 16.041 +6,0 +2,5 -3,0 -6,0 15,3
Lituanie 3,4 14.158 +7,3 +2,7 -0,5 -7,2 7,2
Lettonie 2,3 12.622 +10,2 +6,7 -1,0 -11,0 9,9
Slovénie 2,0 21.911 +3,9 +2,5 -1,9 -0,3 6,3
Estonie 1,3 16.414 +9,8 +4,1 +1,5 -11,1 7,0


ADHESION LE 1ER JANVIER 2007 DE LA BULGARIE
ET DE LA ROUMANIE A L’UNION EUROPEENNE :
QUELLES CONSEQUENCES ?

La Commission européenne a confirmé mardi 26 Septembre 2006, l’élargissement de l’Union européenne à la Bulgarie et la Roumanie à compter du 1er Janvier 2007. L’on se rappelle que ces deux pays avaient signé avec l’Union européenne en Avril 2005, un Traité d’adhésion qui prévoyait leur entrée le 1er janvier 2007. Cependant, la Commission n’a pas manqué de souligner les insuffisances de ces pays en matière de sécurité aérienne et alimentaire, de subventions agricoles, de pouvoir judiciaire et de lutte contre la corruption. C’est pour cela qu’ils sont mis « sous surveillance », et que la Commission se réserve le droit de prendre des mesures correctives le cas échéant. Si leurs efforts étaient insuffisants, la Commission appliquera les clauses de sauvegarde du Traité d’adhésion, qui peuvent être activées jusqu’à trois ans après la date d’adhésion.
La Roumanie et la Bulgarie sont des pays avec une population moyenne : 21,7 Millions d’habitants pour la Roumanie, et 7,8 Millions d’habitants pour la Bulgarie. Leur PIB per capita est le plus faible de l’Union européenne : 9.223 $ pour la Bulgarie, et 8.785 $ pour la Roumanie. Ils ont connu une croissance assez forte en 2005 : +5,8 % pour la Bulgarie, et +4,1% pour la Roumanie. Cependant, l’inflation est élevé : 9,5% pour la Roumanie, et 5,0% pour la Bulgarie. Leur déficit budgétaire est inférieur à 3% du PIB, mais le déficit courant est assez élevé. Enfin, le taux de chômage est plus élevé en Bulgarie (9,9%) qu’en Roumanie (5,9%).
Quelles conséquences cette adhésion entraînera-t-elle ?
Pour l’Union européenne tout d’abord, elle va désormais compter 27 membres, ce qui rendra la prise de décision encore plus difficile. En effet, le Traité constitutionnel pour l’Europe n’ayant pas été ratifié, l’Union européenne reste régie par le Traité de Nice signé en 2000. Ce Traité prévoit la désignation d’un commissaire par pays membre à la Commission européenne, qui comptera désormais à partir du 1er Janvier 2007 27 commissaires. Il prévoit également que certains décisions importantes ne peuvent être prises qu’à l’unanimité : politique extérieure et de sécurité, politique de cohésion économique et sociale, notamment la fiscalité. Côté positif, l’Union européenne va se consolider davantage, et des opportunités d’investissements et d’échanges vont s’ouvrir, sur ces nouveaux membres, pour les grands pays de l’Union européenne : Allemagne, Royaume-Uni, Italie, France.
Pour la Roumanie et la Bulgarie, cette adhésion présente des éléments très positifs. Cela va leur permettre d’accélérer les réformes politiques, économiques et sociales, afin de se mettre au niveau des standards de l’Union européenne. Ils vont bénéficier des fonds structurels européens pour le développement de leur agriculture et des régions les plus défavorisées. Ils vont pouvoir exporter davantage de produits sur l’Union européenne, du fait de l’élimination des droits de douane. Ils vont attirer davantage d’investissements de l’Union européenne, pour créer de nouvelles entreprises et moderniser les entreprises existantes. Ils vont enfin bénéficier des résultats de recherches et développements, initiés par l’Union européenne dans tous les domaines d’activité.
Pour ce qui est du Maroc, dès l’entrée de ces deux pays à l’Union européenne, le Traité d’Association entre le Maroc et l’Union européenne va s’appliquer à eux. En pratique, cela veut dire que les exportations marocaines des biens industriels vont s’effectuer sur ces deux marchés en exonération de droits de douane. En contrepartie, les biens industriels provenant de ces pays, bénéficieront de réduction des droits de douane à leur entrée au Maroc. Des opportunités peuvent s’ouvrir également pour l’exportation de nos produits agricoles vers ces deux pays, du fait de l’élargissement des contingents tarifaires ouverts au profit du Maroc. Enfin, un courant d’investissements et de tourisme peut se développer entre ces deux pays et le Maroc sur des bases nouvelles.
En conclusion, le Maroc ne peut que se féliciter de l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’Union européenne. Il appartient à nos hommes d’affaires de s’intéresser davantage à ces deux pays au niveau des échanges (exportations et importations), et au niveau des investissements et du tourisme.

LE PARTENARIAT EURO-MEDITERRANEEN :
LA DECLARATION DE MARSEILLE
La ville de Marseille a vécu une intense activité du 28 au 30 Septembre 2006, sur le thème du partenariat euro-méditerranéen. En effet, outre le FEMISE (Forum Euro-Méditerranéen des Instituts Economiques), qui a consacré une large part de sa Conférence annuelle à la nouvelle politique de voisinage, les Rendez-vous de la Méditerranée, qui sont organisés par le Cercle des Economistes et l’Institut de la Méditerranée, ont choisi pour thème le développement des entreprises en Méditerranée. Les participants du Nord et du Sud de la Méditerranée appartenaient en majorité à la société civile. Le Maroc était représentée par une forte délégation représentant les Universités marocaines, l’INSEA, l’IMRI et l’Institut d’Analyses Economiques de l’Université Al Akhawayn.
A l’issue des travaux, une Déclaration a été adoptée à Marseille par l’ensemble des participants. Cette Déclaration souligne tout d’abord le bilan décevant d’une décennie de partenariat euro-méditerranéen, ponctué par les Sommets de Barcelone 1 (1995) et Barcelone 2 (2005). Cette décennie s’est déroulée dans l’indifférence générale des responsables politiques et des peuples de la région. Les résultats aussi bien sur les plans politique, économique et social sont faibles. Sur le plan politique, les objectifs de paix et de sécurité sont loin d’être atteints ; au contraire le conflit israélo-arabe s’est exacerbé, et le terrorisme et l’immigration clandestine se sont accélérés dans la région. Sur le plan économique et social, aucun progrès sensible n’a été enregistré par les pays du Sud. La pauvreté et la misère continuent à faire des ravages, l’analphabétisme y persiste, et les conditions de vie sont difficiles pour la majorité de la population. Pourtant, les enjeux et les défis de la région sont énormes. Il s’agit tout d’abord d’établir une zone de paix et de sécurité pour un espace de plus de 600 millions d’habitants. Il faudrait créer dans la région près de 40 millions d’emplois dans les 15 prochaines années, réclament sur cette période une croissance moyenne de 6 à 7% l’an.
Aussi, les membres de la société civile des deux bords de la Méditerranée, lancent par cette Déclaration de Marseille, un cri d’alarme aux responsables politiques et aux peuples de la région, pour les sensibiliser sur les dangers de cette situation, et l’urgence des mesures à prendre. Ils sont convaincus que les problèmes politiques ne pourront être résolus que par le développement économique et social. C’est dans ce sens, qu’ils préconisent les solutions suivantes :
1. La priorité doit être donnée à l’éducation et à la formation. Il s’agit d’instaurer une Communauté euro-méditerranéenne des connaissances et des compétences. Il faudrait créer une structure partenariale, qui doit s’ancrer sur des initiatives décentralisées, inscrites dans la durée. Des programmes destinés aux pays du Sud, à l’instar d’ERASMUS devraient rapidement être mis en œuvre.
2. Le financement du développement des pays du Sud est primordial. Pour cela, il faudrait créer une Banque euro-méditerranéenne avec deux priorités : le financement des infrastructures, et l’accès au financement des PME. Le système financier et bancaire devrait être modernisé dans les pays du Sud de la Méditerranée, afin de privilégier les nouveaux modes de financement, tels que le capital investissement. Une attention toute particulière devrait être accordée à l’énorme épargne des résidents maghrébins à l’étranger, afin de l’orienter davantage vers les investissements productifs dans leur pays d’origine.
3. Afin de donner toute son efficacité à la nouvelle Politique de Voisinage de l’Union européenne, il faudrait l’adapter davantage aux spécificités des pays du Sud de la Méditerranée, qui n’ont rien à voir avec celles de l’Europe centrale et de l’Est. L’aide financière aux pays du Sud devrait être plus substantielle, et conditionnée par des projets concrets et des réformes structurelles, notamment dans les domaines de la bonne gouvernance (Administration, Justice). Les pays du Sud devraient également s’engager résolument dans leur intégration, en développant notamment les relations Sud-Sud.
4. Outre les autorités politiques qui sont évidement les premières responsables, il faudrait renforcer la coopération et les échanges entre les collectivités locales et territoriales, ainsi qu’entre les membres de la société civile des deux bords de la Méditerranée.
Afin que ces propositions ne restent pas lettre morte, les participants se sont engagés à en faire une large diffusion, notamment à travers les médias. Ils se sont engagés également à interpeller les responsables politiques, sur la nécessité de renforcer d’une façon concrète la partenariat euro-méditerranéen, notamment en mettant en œuvre les solutions préconisées.

PROJET DE LOI DE FINANCES POUR 2007 :
DES ACQUIS ET DES FAIBLESSES
Le projet de loi de finances pour 2007 a été approuvé par le Conseil des Ministres le 12 Octobre 2006. Ce projet se base sur les hypothèses suivantes : une croissance du PIB de 3,4%, un déficit budgétaire de 3,1%, une inflation de 2%, et un prix de pétrole de 65 $ le baril.
Ce projet comporte des acquis positifs qu’il convient de souligner. Il conforte les équilibres macro-économiques, puisque le déficit budgétaire est maintenu à 3,1% du PIB et l’inflation à 2%. Il faut reconnaître au Ministre socialiste Monsieur OUALALOU la constance de sa politique budgétaire, puisque depuis neuf ans, il a toujours tenu à sauvegarder les équilibres macro-économiques de notre pays. L’autre innovation importante est la réforme de l’IGR, devenu IR, réclamée depuis les Assises fiscales de 1999, et qui doit normalement s’appliquer à partir du 1er Janvier 2007. Cette réforme qui coûtera à l’Etat 2,5 milliards de dirhams, portera sur trois aspects. Il s’agit tout d’abord du relèvement du seuil non imposable de 20.000 DH à 24.000 DH, ce qui exonérera d’impôts tous les salariés gagnant un salaire mensuel inférieur ou égal à 2.000 DH. Le taux marginal applicable à un salaire annuel supérieur à 120.000 DH sera réduit de 44% à 42%. Ce qui diminuera, il faut le dire très légèrement, la pression fiscale sur les hauts salaires. Enfin, il est prévu une nouvelle tranche de 60.000 à 120.000 DH au taux de 40%. Les calculs du Ministère des finances indiquent que cette nouvelle grille allégera la pression fiscale de 26% pour les petits salaires, et que cette réforme a été possible grâce à l’amélioration des recettes fiscales, et à une efficacité plus grande de l’Administration dans le recouvrement de l’impôt.
Le second élément positif de ce projet du budget 2007 est l’augmentation de l’investissement public qui passe d’une moyenne de 20 milliards de dirhams durant les dix dernières années, à 25,3 milliards de dirhams en 2007, soit une augmentation de 17,8% par rapport à 2006. Cette augmentation très bénéfique pour l’économie marocaine, accompagnera les grands chantiers ouverts tels que Tanger-Med, le projet Bouregreg, et les autres infrastructures : routes, autoroutes, barrages.
Le troisième élément positif est la présentation au Parlement, en même temps que la loi de finances, de la réforme de la fiscalité locale préparée par le Ministère de l’Intérieur, tendant à réduire et à rationaliser les taxes locales. Cette réforme longtemps attendue, réduira le nombre de taxes à onze au total, remplacera la patente par la taxe professionnelle, et la taxe urbaine par la taxe d’habitation. Elle affectera des taxes spécifiques aux Régions qui en ont grandement besoin. Enfin, elle introduira le régime déclaratif, et l’unicité des procédures de recouvrement.
Cependant, le projet de loi de finances 2007 présente également des faiblesses. Le taux de croissance du PIB prévu de 3,4% est insuffisant pour promouvoir le développement économique et social de notre pays. Toutes les études, et notamment celle de la Banque mondiale, ont montré que le Maroc doit disposer d’un taux de croissance durable de 6 à 7% pour créer les emplois nécessaires à son développement. Pour assurer ce taux de croissance durable de 6 à 7%, il faut d’une part moderniser notre agriculture pour la rendre moins dépendante des aléas climatiques. Il faut d’autre part, booster le secteur industriel et des services, notamment en développant de nouveaux secteurs d’activité. Il y a lieu dans ce sens d’accélérer le plan « Emergence », en activant les nouveaux secteurs sélectionnés par ce plan, tels que l’offshoring, l’électronique, l’automobile et l’aéronautique.
L’autre faiblesse de ce projet de budget 2007 est une compression insuffisante des dépenses publiques. Alors que les recettes totales ne vont augmenter que de 8,4% en 2007, les dépenses totales vont augmenter de 14,8%. Il est inadmissible par exemple, que malgré les départs volontaires, la masse salariale va augmenter de 6,9% en 2007 par rapport à 2006. C’est ainsi qu’il est prévu la création de 7.000 postes budgétaires, et la titularisation de 3.000 fonctionnaires. D’après une étude du Ministère des finances, les traitements dans la fonction publique, ont augmenté de 7,5% par an durant les dix dernières années. D’autre côté, les dépenses de matériel au niveau de 17 milliards de dirhams vont également progresser de 5,35% par rapport à 2006. On peut citer également le cas du Ministère de l’Education Nationale, dont le budget de 34 milliards de DH, accapare 31% du budget de fonctionnement de l’Etat, et dont les performances sont loin de répondre aux souhaits de la société marocaine.
Un autre élément très important des dépenses de l’Etat est le coût du service de la charge de la dette publique, qui va augmenter de 32,9% en 2007 par rapport à 2006. Il représente 30,5% du budget général, bien supérieur au budget d’investissement, qui ne représente que 12,9% du budget général. Certes, la dette extérieure a été ramenée à 9,5 milliards de dirhams, mais la dette interne s’est gonflée à 49,5 milliards de dirhams. L’une des causes du fort endettement de l’Etat provient de la charge excessive de la Compensation de certains produits de consommation tels que les produits pétroliers et le sucre. Le budget 2007 prévoit 13,4 milliards de dirhams pour cette charge.
On peut regretter également que la réforme de l’IGR, n’a pas été accompagnée par celle de l’IS, dont le taux à 35% est trop élevé pour assurer un véritable essor des entreprises marocaines. Enfin, la situation financière de l’Etat, assez favorable du fait des recettes du tourisme et des transferts RME, aurait pu induire une politique des changes plus flexible, pour encourager les exportations marocaines, qui ne représentent plus que 50% des importations.
En conclusion, la gestion des finances publiques doit s’orienter dans l’avenir sur deux axes principaux. Le premier est la compression des dépenses publiques, par la réduction inéluctable des dépenses de fonctionnement, du service de la dette et de la charge de compensation. Autrement dit, l’Etat doit diminuer son train de vie. Le second axe est l’élargissement du champ de la fiscalité, par l’imposition de tous les secteurs productifs, la diminution des exonérations, et un meilleur équilibre entre les impôts directs et indirects.


LES IDE DANS LE MONDE
QUELLE PART POUR LE MAROC ?
Les investissement directs étrangers (IDE) dans le monde ont progressé de 29% en 2005, atteignant le chiffre de 916 milliards de $. Les IDE ont deux composantes fondamentales : la création ou l’extension d’entreprises, et la prise de participation dans une entreprise existante sous forme de privatisation ou de fusion-acquisition. La première composante est la plus intéressante pour le pays d’accueil, car elle s’accompagne, outre les flux financiers, de création d’emplois. Cependant, c’est la deuxième composante qui est la plus importante, puisque les fusions-acquisitions ont représenté 78% des IDE totaux dans le monde. C’est ainsi qu’en 2005, 142 opérations de fusions-acquisitions de plus de 1 milliard de $ ont été réalisées, soit deux fois plus qu’en 2004.
Au niveau des pays investisseurs, si la part des pays développés reste prépondérante (Europe, Etats-Unis, Japon), on note ces dernières années une progression des IDE réalisés par les pays en développement. C’est ainsi qu’ils ont représenté 117 milliards de $ en 2005, soit une part de 17% du IDE totaux, contre seulement 10% en 1982. Les principaux investisseurs des pays en développement sont Honk-Kong, la Chine, l’Inde, la Russie, Singapour, Taiwan et le Brésil. Chose quasi inexistante il y a une vingtaine d’année, les pays en voie de développement participent maintenant aux fusions-acquisitions des grandes entreprises. Ils ont réalisé en 2005 17% du total des fusions-acquisitions opérées dans le monde. La plus emblématique a été le rachat de la firme métallurgique européenne Arcelor par l’indien Mittal Steel. Il faut noter enfin que les pays en développement investissent également dans les pays du Sud : la Chine y investit 25% de ses investissements mondiaux, et les pays pétroliers arabes commencent à diversifier leurs investissements vers des pays du Sud.
Au niveau des pays d’accueil des IDE, les pays développés représentent encore une part de 60%, contre 36% pour les pays en voie de développement et 4% pour les pays en transition (Ex-Union Soviétique). En ce qui concerne les pays en développement, c’est l’Asie qui concentre la part du lion, puisqu’elle accueille 50% des IDE orientés vers les pays en développement (165 milliards de $). Tout le monde a à l’esprit les énormes investissements réalisés en Chine ces dernières années. En 2005 cependant, les IDE ont progressé énormément au Moyen-Orient (+85%) et en Afrique (+78%), attirés surtout par les ressources naturelles : pétrole, gaz, mines. Mais la part de l’Afrique reste minime : 31 milliards $ représentant 3,3% des IDE mondiaux. De plus la moitié des investissements réalisés en Afrique se font dans les pays producteurs de pétrole : Algérie, Egypte, Guinée équatoriale, Tchad, Mauritanie, Soudan.
Où se place le Maroc dans les IDE mondiaux ?
L’année la plus forte du Maroc a été l’année 2001 avec des IDE de l’ordre de 3,6 milliards de $. En 2005, ils ont diminué à 2,9 milliards de $, et ont représenté 0,3% des investissements mondiaux, et 9,35% des IDE réalisés en Afrique. En 2005, le Maroc s’est classé au 4ème rang après l’Afrique du Sud (6 milliards de $), l’Egypte (5,4 milliards de $), et le Nigeria (3,4 milliards de $).
Les taux d’IDE les plus élevés au Maroc sont réalisés surtout grâce aux privatisations d’entreprises marocaines par les investisseurs étrangers. C’est le cas en 2001 et en 2003 avec l’achat par Vivendi de Maroc-Telecom. Cependant en 2005, les autres secteurs économiques ont connu une bonne progression : tourisme, immobilier, industrie, assurances. L’année 2006 s’annonce sous de bons auspices, puisqu’il a été déjà réalisé près de 2,3 milliards de $ d’IDE pendant le premier semestre 2006, notamment en provenance du Moyen Orient. D’autre part, toujours pendant le premier semestre 2006, le Maroc a réalisé des investissements directs à l’étranger de 174 millions de $ principalement en Afrique. Malheureusement les IDE au Maroc sont peu diversifiés par pays d’origine. Durant les cinq dernières années, la France et l’Espagne ont réalisé 80% des IDE : 66% par la France et 14% par l’Espagne. Les autres pays ont réalisé moins de 2,5% chacun (Allemagne, Suisse, EAU, Grande Bretagne, Arabie Saoudite, USA, Koweït, Pays-Bas).
Que faire pour augmenter les IDE au Maroc ?
A mon sens, trois axes sont à privilégier pour promouvoir les IDE, indispensables à la croissance économique de notre pays. Il s’agit tout d’abord d’améliorer l’attractivité du Maroc en matière d’investissements, car la concurrence est rude, et tous les pays, même les plus développés, font des efforts énormes pour attirer les investissements étrangers sur leur sol. L’approche doit être globale : disponibilité des terrains, incitations fiscales, bonne gouvernance de l’Administration en général et la justice en particulier, facteurs de production attractifs, sélection des secteurs porteurs.
Le deuxième axe de développement est la diversification des sources d’investissements. L’économie mondiale subit de grands changements : le pouvoir économique et financier s’oriente de plus en plus vers l’Amérique, l’Asie et le Moyen Orient. C’est vers ces trois régions que les efforts doivent être multipliés.
Le troisième axe est la promotion du Maroc à l’étranger qui est insuffisante. Certes des efforts conséquents ont été réalisés ces dernières années pour la promotion IDE du notre pays. Il faut souligner l’action efficace et soutenue de la Direction des Investissements, qui a boosté les IDE au Maroc, et qui organise chaque année au Maroc les « Intégrales de l’Investissement » qui attirent de nombreux investisseurs étrangers. Mais il faut multiplier les actions de promotion à l’étranger, et doter nos représentations à l’extérieur de cadres compétents, à même d’expliquer et de convaincre les investisseurs à venir au Maroc.

LES DEFIS DE L’ENERGIE DANS LE MONDE ET AU MAROC
J’ai eu le plaisir de participer le 30 Octobre 2006 au Débat national sur l’énergie, qui a été organisé à Skhirat par le Ministère de l’Energie et des Mines. Cette importante rencontre qui a réuni de nombreux experts nationaux et étrangers, a permis de déterminer les grands défis que pose l’énergie dans le monde et au Maroc.
Au niveau mondial, c’est surtout la disponibilité et le coût de certaines sources d’énergie qui posent problèmes, ainsi que les problèmes environnementaux. En effet, le pétrole brut a vu ses prix grimper dangereusement en cette année 2006, et l’avenir est peu prometteur, du fait que certains experts fixent le pic pétrolier d’ici à 35 ans. Les réserves de pétrole sont inégalement reparties dans le monde, et se concentrent dans des régions à haut risque, notamment au Moyen-Orient et en Afrique. D’autre part, le pétrole présente le grave inconvénient d’être le principal responsable des émissions de gaz à effet de serre, dont le volume augmentera de 62% d’ici 2030, si la tendance actuelle est maintenue. Quant à la demande d’énergie, il est prévu qu’elle augmentera de 52% d’ici 2030, avec une nette accentuation de la demande des pays en voie de développement (surtout Chine et Inde), qui va passer de 39% actuellement à 49% de la demande globale en 2030. Le charbon qui représente actuellement environ 26% du bouquet énergétique mondial, est également une source d’énergie polluante, qui représentera encore en 2030 une part d’environ 20% de la demande mondiale d’énergie.
Les sources d’énergie plus propres sont le gaz naturel, les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire. Cependant, le gaz naturel, limité à certaines régions du globe, présente l’inconvénient majeur d’exiger des investissements très lourds et peu flexibles pour son transport (pipe-line). Il est prévu cependant que sa part actuelle, de l’ordre de 16%, passera à 22% du bouquet énergétique mondial en 2030. Les énergies renouvelables (solaire, éolienne, bio-carburants), si des efforts importants ne sont pas réalisés, seront maintenues au même niveau actuel, soit une part de 13% de la demande globale d’ici 2030. Enfin l’énergie nucléaire, qui fait de plus en plus l’objet d’opposition des sociétés civiles, ne pourra couvrir que 5% de la demande globale d’énergie en 2030.
Aussi, est il nécessaire qu’une stratégie mondiale, qui regroupe les pays développés et ceux en voie de développement, le secteur public et le secteur privé, puisse être rapidement définie et appliquée. Cette stratégie doit privilégier le développement et l’utilisation des sources d’énergie non polluantes : gaz naturel, énergie solaire et éolienne, bio-carburants. Elle doit tendre à remplacer chaque fois que cela est possible les sources d’énergies polluantes, et diminuer les émanations de gaz à effet de serre, par la maîtrise de l’efficacité énergétique, et par la capture du CO2. Il serait enfin hautement souhaitable que les trois grands pollueurs de la planète : Etats-Unis, Chine, Inde adhèrent au Protocole de Kyoto et appliquent ses dispositions.
Les défis de l’énergie au Maroc sont également très importants. Notre pays est dépendant des importations pour 95% de ses besoins : seule l’énergie hydro-électrique et les énergies renouvelables (éolienne et solaire) sont produites localement. Aussi, le premier défi est d’assurer un approvisionnement continu et régulier du marché, afin de permettre à l’économie de fonctionner. Le second défi est de réduire le coût de l’énergie, qui a été en 2005 de 37,7 milliards de Dirhams, et qui pèse lourdement à la fois sur les consommateurs (entreprises et ménages), et sur l’Etat, du fait de la compensation des prix de certains carburants et du gaz butane. D’où la nécessité de la diversification de nos sources d’énergie. Actuellement, la part du pétrole et du charbon reste prépondérante (93,5%), les autres sources d’énergie (gaz naturel, énergies renouvelables) ne représentent que 6,5% de la consommation totale d’énergie. Les experts du Ministère de l’Energie prévoient la modification du bouquet énergétique en 2012, en portant notamment la part du gaz naturel à 20%, et celle des énergies renouvelables à 10%.
Les autres défis du secteur énergétique sont la généralisation de l’accès à l’énergie, la maîtrise de la consommation énergétique et la préservation de l’environnement. Alors que, selon l’Agence internationale de l’énergie, 1,6 milliard de personnes n’ont pas accès à l’électricité dans le monde, le Maroc a fait de très gros efforts, dans le cadre du programme PERG, pour l’électrification du monde rural, qui sera achevée en 2007. La maîtrise de la consommation d’énergie présente une double avantage : économiser de l’argent, et diminuer les émanations de gaz à effet de serre. Le Maroc doit adopter et vulgariser toute une législation, tendant à l’économie d’énergie, dans la construction des bâtiments, dans l’utilisation industrielle, et dans le remplacement des lampes à incandescence par des lampes fluorescentes, moins consommatrices d’énergie. Quant à la préservation de l’environnement, le Maroc doit en tant que possible remplacer les sources d’énergie polluantes (pétrole, charbon) par des sources d’énergie non polluante (gaz naturel, énergies renouvelables, bio-carburants).
Tout cela nécessite l’établissement d’un Plan Stratégique de l’Energie (PSE) pour notre pays, définissent les objectifs dans le temps, fixant les voies et moyens pour les atteindre, et indiquant clairement ce que doit être fait par l’Etat, et ce que doit être fait par le secteur privé. Le rôle de l’Etat est primordial sur le plan institutionnel par la libération progressive du secteur, et par la mise en place d’incitation fiscales et autres, pour encourager le secteur privé à investir dans cette importante composante de l’économie nationale.



LE SOMMET SINO-AFRICAIN DE PEKIN
QUELS ENJEUX ?
Le troisième Forum sur la coopération Chine-Afrique s’est achevé en apothéose le 05 Novembre 2006 à Pékin. Quarante huit pays africains étaient présents à ce Sommet, dont 41 Chefs d’Etat et de Gouvernement, sous le thème : amitié, paix, coopération, développement. Ce grand rassemblement, qui représente un tiers de la population mondiale, avait pour but d’approfondir les relations entre la Chine et l’Afrique. Les problèmes politiques furent rapidement évacués : il est connu que la Chine adopte une attitude de non-ingérence dans les problèmes internes de ses partenaires. Le seul point qui la sensibilise, est l’affirmation qu’il n’y a qu’une « seule Chine », et le refus de toute ingérence étrangère dans sa gouvernance.
C’est sur le plan économique que les résultats du Sommet sino-africain de Pékin sont impressionnants. En effet, la Chine, troisième puissance commerciale de monde, et qui a connu toutes ces dernières années un taux de croissance du PIB à deux chiffres, a voulu marqué un grand coup. C’est ainsi qu’elle s’est engagée à doubler les échanges commerciaux Chine-Afrique à l’horizon 2010, pour les porter à 100 milliards de $. Elle s’est engagée également à doubler l’aide financière à l’Afrique d’ici 3 ans, en accordant des prêts et des crédits à taux réduit d’un montant d’un montant de 3 milliards de $, tout en annulant partiellement la dette de certains pays africains. Pas moins de 16 contrats commerciaux ont été conclus pendant le Forum pour un montant total de 1,9 milliard de $, dont une usine de production d’aluminium en Egypte, pour un investissement de 938 millions de $. Pour favoriser les exportations africaines, la Chine a exonéré de droits de douane 440 produits, au lieu de 190 actuellement. Pour encourager les investissements chinois en Afrique, elle a prévu une enveloppe de 5 milliards de $. Sur le plan social, elle a prévu un budget de 37,5 millions de $ pour la lutte contre la malaria, et la construction de 30 hôpitaux et 10 centres spécialisés. Enfin, sur le plan de la formation, elle s’est engagée à former 15.000 techniciens agricoles, à envoyer 100 experts en Afrique, et à doubler le nombre de bourses d’enseignement pour le porter à 4.000 en 2009.
Quels sont les enjeux de cette poussée de la Chine en Afrique ?
Tout d’abord sur le plan géopolitique, la Chine qui a vocation à jouer en ce XXIème siècle un rôle mondial de premier plan, a tout intérêt à renforcer sa présence sur le continent africain. D’autant plus que ce continent en développement a besoin de tout, et constitue un immense marché potentiel. Il présente également le gros avantage de disposer de ressources naturelles diverses et abondantes. D’ores et déjà, la Chine importe d’Afrique 30% de ses besoins en pétrole, et son appétit d’énergie et de minerais va aller en croissant. D’ailleurs, ses investissements dans le secteur énergétique et des mines sont déjà très importants dans plusieurs pays africains producteurs.
Pour l’Afrique, le partenariat avec la Chine présente également plusieurs avantages. Il constitue une alternative intéressante par rapport au partenariat avec l’Europe et l’Amérique. L’Afrique pourra bénéficier de l’aide financière de la Chine, de ses investissements technologiques, de ses produits bon marché. L’Afrique pourra prendre également exemple sur la Chine pour son développement. Le « modèle chinois » a fait ses preuves, puisqu’il permet un taux de croissance le plus élevé du monde, et qu’il a tiré de la pauvreté des millions de personnes.
En conclusion, on peut affirmer que le partenariat Afrique-Chine est gagnant-gagnant. Notre pays, le Maroc, qui a toujours entretenu d’excellentes relations politiques avec le Chine, a tout intérêt à renforcer ses liens économiques avec ce grand pays d’avenir. Il y a lieu de promouvoir la coopération bilatérale avec la Chine. Les entreprises chinoises sont déjà actives au Maroc dans le domaine des équipements de base, de la pêche et des télécommunications. Il faut leur présenter d’autres projets industriels dans le cadre du programme « Emergence », encourager le tourisme chinois vers le Maroc, et développer les exportations marocaines vers ce pays, notamment les phosphates et ses dérivés.


POUR UN CHANGEMENT RADICAL DE LA POLITIQUE
ETRANGERE DES ETATS-UNIS
Le Président Bush et le parti républicain ont subi une cuisante défaite lors des élections du 07 Novembre 2006. Le parti républicain a perdu la majorité à la fois à la Chambre des Représentants et au Sénat. A la Chambre des Représentants où il détenait la majorité depuis 1994, il n’a gagné que 197 sièges contre 229 pour les démocrates. Au Sénat, où il détenait également la majorité depuis 1994 (sauf la période 2001-2003) il n’a obtenu que 49 sièges contre 51 pour les démocrates. Enfin pour les gouverneurs des Etats, qui sont élus aux Etats-Unis, les démocrates ont remporté 28 postes contre 22 pour les républicains.
Cette « raclée » comme l’a définie le Président Bush lui-même, est due principalement à la politique extérieure menée par l’Administration Bush, et notamment le problème irakien. Depuis 2001, cette politique est fortement influencée par les néo-conservateurs, dont Richard Perle, Ken Adelman et David Frum. Elle se base sur le principe que les Etats-Unis doivent poursuivre les objectifs qu’ils se sont fixés, sans tenir compte de la communauté internationale. D’où une politique arrogante et unilatérale, qui ne respecte ni les alliés traditionnels des Etats-Unis, ni le reste du monde. Les objectifs fixés par les Etats-Unis peuvent être imposés par la force, si nécessaire. En application ce cette théorie, les Etats-Unis ont envahi l’Irak en Mars 2003 sans l’aval de l’ONU. Ils ont justifié cette guerre par la notion de « guerre préventive », qui consiste à entrer en guerre dès qu’une menace est ressentie. Ils ont également défini certains pays comme « Etats voyous », et les ont classés comme faisant partie de « l’Axe du mal » : tels que l’Irak, l’Iran, et la Corée du Nord. Ils veulent « répandre la démocratie dans le monde » en utilisant la force, d’où l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, et la politique du Grand Moyen-Orient, qui ne tient pas compte des spécificités de chaque pays. Ils ont institué en tant que nouveau fléau mondial le « djihadisme », en le comparant au communisme, et lui livre une bataille sans merci, sous la bannière de « guerre contre le terrorisme ». Toute cette politique s’est accompagnée d’atteintes graves aux droits de l’homme, tels que le transport aérien secret de prisonniers, et le honteux camp de « Guantanamo », où les prisonniers sont détenus sans jugement. Un autre aspect négatif de la politique de l’Administration Bush, est le soutien inconditionnel des Etats-Unis à Israël, quelque soient les horreurs que commet ce dernier pays dans son conflit avec les Palestiniens.
Quelle serait une autre politique étrangère des Etats-Unis ?
La politique étrangère des Etats-Unis, première puissance mondiale, devrait être basée sur les principes de justice, de dignité, et de respect des autres. Elle doit abandonner l’arrogance et l’unilatéralisme, et respecter la volonté de la communauté internationale. Certes, elle peut faire jouer son poids politique et économique, mais pour convaincre, et non pas pour imposer. L’utilisation de la force ne doit être qu’un dernier recours, après avoir épuisé toutes les voies pacifiques et diplomatiques. Sur le plan pratique, et afin de sortir du bourbier irakien, où la guerre a causé 150.000 morts irakiens et 3.000 américains, elle devrait procéder à un retrait progressif de ses forces armées. Ce retrait devrait s’accompagner d’un rapprochement avec l’Iran, qui tient la clé de la paix de la région. De toutes façons, l’Irak déterminera elle-même son destin, conformément au principe d’autodétermination des peuples, reconnu par l’ONU. Les Etats-Unis ont bien quitté le Vietnam, et ce dernier pays s’est autodéterminé lui-même, et n’a jamais constitué une menace pour les Etats-Unis.
Les Etats-Unis doivent également respecter les systèmes politiques des autres pays. Certes, leur désir de « répandre la démocratie dans le monde » est positif et vertueux. Mais, il faut utiliser d’autres moyens que la force pour l’atteindre. Les pays concernés doivent instaurer eux-mêmes la démocratie, et de l’intérieur. Deux éléments freinent la démocratie dans certains pays : l’ignorance et la pauvreté. Les Etats-Unis peuvent aider ces pays, en multipliant les programmes éducatifs et économiques. Après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont réussi à relever l’Europe de ses ruines. Ils doivent maintenant établir un autre plan Marshall pour le tiers-monde.
Concernant le monde musulman, les Etats-Unis doivent changer radicalement leur politique. Afin de rétablir la confiance, ils doivent se retirer le plus rapidement possible d’Afghanistan et d’Irak. Toute occupation étrangère du territoire musulman est considérée comme un affront insoutenable. Un autre point fondamental est la résolution du conflit israélo-arabe. Les Musulmans et les Arabes en particulier, supportent très mal le soutien inconditionnel des Etats-Unis à Israël. Les Etats-Unis doivent rééquilibrer leur position dans ce conflit, et surtout contribuer activement à la solution de ce problème. Enfin sur le plan idéologique, au lieu d’opposer l’Islam à l’Occident, il faut plutôt rechercher la compréhension et les points de convergence. Il est certain que dès que les problèmes politiques concernant l’Afghanistan, l’Irak, la Palestine seront réglés, la tension diminuera inéluctablement entre le monde musulman et les Etats-Unis.
Concernant le problème de la prolifération nucléaire, les Etats-Unis ne peuvent s’opposer au souhait de certains pays de se doter de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Pour ce qui est de l’arme atomique, les Etats-Unis ne doivent pas adopter une politique de deux poids-deux mesures : l’accepter pour Israël, et la refuser pour les pays voisins. Ils doivent ouvrir des négociations directes avec l’Iran et la Corée du Nord, afin de trouver une solution.
En conclusion, on peut affirmer qu’en changeant leur politique étrangère, les Etats-Unis vont retrouver rapidement leur capital de confiance et d’amitié dans le monde. Malgré les vicissitudes de la politique actuelle, le « rêve américain » fait de liberté, de démocratie, et de réussite matérielle, reste vivant de par le monde. Pour le traduire dans la réalité, il faut un changement de la politique étrangère de l’Administration américaine.


LE 11 NOVEMBRE : FETE DE L’INDEPENDANCE DE LA POLOGNE
L’EXPERIENCE POLONAISE
Le 11 Novembre 2006, la Pologne a fêté son indépendance. En effet, c’est le 11 Novembre 1918, que la Pologne a retrouvé son indépendance, après une période de 123 ans, où elle a subi l’occupation étrangère. Le Traité de Versailles, qui a mis fin à la première guerre mondiale, a reconnu solennellement l’indépendance de la Pologne. La Pologne fût à nouveau occupée en 1939, conjointement par l’Allemagne nazie à l’ouest, et la Russie soviétique à l’est. En 1945, après la fin de la seconde guerre mondiale, elle devint une République populaire inféodée à l’URSS, et membre du Pacte de Varsovie. Elle connut à partir de cette période une économie basée sur la planification économique et l’étatisation des moyens de production.
La Pologne forma en Septembre 1989 son premier Gouvernement non lié au bloc soviétique, juste avant la chute du Mur de Berlin. A partir de l’année 1990, elle connut une période extraordinaire de transformation politique et économique. Sur le plan politique, elle adopta le système démocratique, basé sur des élections libres, la formation de l’exécutif dans la majorité parlementaire, l’alternance gouvernementale, et l’état de droit. Parallèlement, elle s’est rapprochée de l’Ouest, en adhérant à l’OTAN en 1999.
Sur le plan économique, elle prit une série de réformes pour passer de l’économie planifiée à l’économie de marché. Cette politique, désignée par l’appellation « Thérapie de choc », connut au départ une phase difficile, avec augmentation de l’inflation et du chômage, et dévaluation de la monnaie nationale. Cependant dès 1993, elle connut un retour à la croissance avec une augmentation de la consommation, des échanges commerciaux, et des investissements directs étrangers. En même temps, la monnaie nationale fût stabilisée, et l’inflation diminua sensiblement. Cette nouvelle politique était accompagnée par la privatisation de plusieurs entreprises publiques, et l’encouragement du secteur privé. Toutes ces réformes ont permis à la Pologne d’adhérer à l’OMC en 1995 et à l’OCDE en 1996. Elle entama des négociations avec l’Union européenne dès 1994, qui aboutirent à l’adhésion officielle de la Pologne à l’Union européenne le 1er Mai 2004. Son ouverture à l’international fût totale. C’est ainsi qu’elle s’est portée candidate, à travers la ville de Wroclaw, pour organiser l’EXPO 2012. Wroclaw est la capitale de la Basse Silésie, le lieu d’implantation de plusieurs sociétés multinationales, et un centre universitaire de premier ordre.
Quelle est la situation actuelle de la Pologne après toutes ces réformes ?
On peut affirmer que le bilan global est largement positif. Sur le plan politique, la Pologne est maintenant reconnue comme un pays remplissant toutes les conditions du système démocratique. Sur le plan économique, des avancées considérables ont été réalisées. Le niveau de vie de la population s’est nettement amélioré, puisque le revenu par tête d’habitant est estimé à 15.200$ en 2006. Selon la Commission européenne, la croissance économique positive depuis 1990, va atteindre +5,2% en 2006 et sera maintenue à 4,7% en 2007 et 4,8% en 2008. A fin 2004, les investissements directs étrangers ont atteint 85,6 milliards de $. En 2006, la valeur des investissements va dépasser les 10 milliards de $, et place la Pologne en troisième position en Europe pour l’attractivité des investissements étrangers. Les investissements étrangers proviennent principalement de l’Union européenne, mais également de l’Asie et d’Amérique, et ont surtout concerné l’industrie et les services. Les investisseurs étrangers trouvent en Pologne une main-d’œuvre qualifiée et moins coûteuse, et un marché à fort potentiel. Les exportations polonaises vont augmenter de 16,7% en 2006, et dépasser les 100 milliards de $. L’inflation de 1,4% en 2006 va légèrement augmenter à 2,5% en 2007 et 2,8% en 2008. Le déficit budgétaire de 2,2% en 2006 va être réduit à 2% en 2007 et 1,8% en 2008. Enfin, la dette publique est raisonnable, puisqu’elle se situe en 2006 à 42,4% du PIB.
Ce tableau largement positif ne doit pas cacher les autres problèmes à résoudre. En premier lieu le chômage qui reste préoccupant, puisqu’il s’élève à 13,6% en 2006. Cependant, il est prévu qu’il baissera à 12,2% en 2007 et 11,6% en 2008. Le secteur agricole, quoique ayant bénéficié d’une large mise à niveau, nécessite plus d’investissements pour améliorer sa productivité. Les infrastructures devraient également être développées davantage : c’est ainsi qu’un programme de construction de 7.000 Km de routes et autoroutes est prévu à l’horizon 2020. Il faudrait également privatiser le reste des entreprises publiques. Dans ce cadre le Gouvernement polonais ne pense garder qu’une centaine d’entreprises publiques, tout en ouvrant leur capital au secteur privé. La privatisation concernera en premier lieu le secteur énergétique et l’industrie chimique, et une partie des sociétés sera privatisée par le biais de la Bourse.
Quelles leçons tirer de l’expérience polonaise ?
L’expérience polonaise est intéressante à plusieurs titres. Elle indique qu’avec beaucoup de volonté politique et de détermination, des résultats très positifs peuvent être atteints par un pays en moins de deux décennies. Ces résultats ont permis à la Pologne d’instaurer un système démocratique sur le plan intérieur, et de s’ouvrir largement sur l’extérieur. Ils ont permis également sur le plan économique et social d’améliorer sensiblement le niveau de vie de la majeure partie de la population. C’est assurément un exemple à suivre.

LE RAPPORT BAKER-HAMILTON SUR LE MOYEN-ORIENT
DES RECOMMANDATIONS JUSTES POUR UNE PAIX DURABLE
Devant l’aggravation dramatique de la situation en Irak, suite à l’invasion américaine en Mars 2003, une Commission parlementaire américaine bi-partisane a été mise en place, co-présidée par le républicain James Baker et le démocrate Lee Hamilton. Cette Commission vient de remettre au président Bush son rapport intitulé « Une voie pour aller de l’avant », qui comporte pas moins de 79 recommandations.
On peut résumer comme suit les principales recommandations de cette Commission. Le rapport insiste tout d’abord sur une vision globale, afin d’apporter une solution de paix au Proche-Orient, et relancer un nouvel équilibre géopolitique dans la région. C’est pour cela qu’il lie la résolution du problème irakien à celui du conflit israélo-arabe. Il propose dans ce sens l’ouverture d’un dialogue des Etats-Unis avec l’Iran et la Syrie. Il préconise le retrait israélien du plateau syrien du Golan, en contrepartie d’un traité de paix entre les deux pays, et fait référence au droit de retour des Palestiniens. Il rappelle l’engagement du Président Bush en 2002 de favoriser la coexistence en paix des deux Etats de la région : Israël et la Palestine. Il incite le Gouvernement actuel irakien à faire des progrès vers les objectifs de réconciliation nationale, afin d’améliorer la sécurité dans le pays. Il recommande enfin le retrait d’Irak, début 2008 des troupes américaines, dont la mission doit être seulement de soutenir l’armée irakienne, sans participer directement aux combats.
Ce rapport a eu un écho favorable partout dans le monde. Aux Etats-Unis mêmes, le Président du parti démocrate Mr Howard Dean a déclaré que les conclusions du Groupe d’études sur l’Irak « reflètent ce que le peuple américain a dit haut et fort lors des élections de Novembre 2006 ». Il a ajouté que « le moment est venu d’un changement immédiat dans la politique des Etats-Unis en Irak », et qu’il y a lieu « de commencer le retrait progressif des troupes américaines aussi vite que possible ». De son côté Mr Edward Djerejian, ancien Ambassadeur américain en Syrie et en Israël a déclaré qu’il « n’y a pas de solution militaire au conflit israélo-arabe » et que la « solution ne peut être que politique ». Le Ministre syrien des Affaires étrangères a déclaré pour sa part « Le rapport Baker est objectif, notamment en ce qui concerne le rôle que les pays voisins de l’Irak pourraient jouer pour y assurer la sécurité ».
La seule réaction négative au rapport a été celle d’Israël, qui n’apprécie pas le lien entre la situation en Irak et le conflit israélo-arabe. De même qu’elle juge infondées, les recommandations concernant le retrait israélien du Golan, et le droit de retour des Palestiniens. Ehud Olmert a déclaré dans ce sens « le rapport ne reflète pas la position des Etats-Unis, mais une opinion aux Etats-Unis. C’est avant tout une affaire interne américaine ». En fait, Israël craint un changement des relations stratégiques avec les Etats-Unis, suite à la défaite du parti républicain aux dernières élections. Ce que confirme Dore Gold, ancien Ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, qui a relevé « qu’un changement s’est produit aux Etats-Unis depuis les élections du Congrès, et qu’une grande partie du rapport Baker sera adoptée ».
Le Président Bush s’est donné jusqu’au 25 Décembre prochain pour prendre des décisions suite aux rapport Baker. Espérons qu’il adoptera les recommandations pertinentes de ce rapport, qui seules peuvent amener une paix durable dans la région.

TRANSFERTS DES IMMIGRES ET DEVELOPPEMENT

Attijariwafabank a abrité le 15 Décembre 2006 en son siège à Casablanca, un important séminaire sur le thème « Maroc-Espagne : transferts et développement ». Ce séminaire a été organisé par des ONG espagnoles : Remesas, le Comité Averroès, et l’Institut Européen de la Méditerranée de Barcelone. Des experts marocains et espagnols ont tout d’abord fait un diagnostic des transferts, étudié la relation entre les transferts et le développement, et proposé des projets et initiatives à prendre tant sur le plan institutionnel que local.
Il a tout d’abord été mis l’accent sur l’importance des transferts des immigrés sur le plan mondial, puisqu’ils ont représenté en 2005 160 milliards de $, soit un montant supérieur à l’aide publique globale, qui ne s’est élevée qu’à 70 milliards de $. Le montant de transferts des immigrés ne cesse d’augmenter d’année en année, et atteindra les 200 milliards de $ en 2006. Les pays émetteurs de fonds sont principalement les Etats riches de l’OCDE. Les pays réceptionnaires appartiennent à la région méditerranéenne, à l’Amérique latine, à l’Afrique, et aux Caraïbes. En 1970, l’Espagne recevait de ses immigrés à l’étranger 4,7% de son PIB. En 2005, la situation s’est inversée, puisqu’elle n’a reçu de l’étranger que 4,3 milliards d’euros, et a transféré à l’étranger 4,6 milliards d’euros. En 2005, elle s’est positionnée comme le premier fournisseur de transferts des immigrés de l’Union européenne, et le 4ème fournisseur mondial. Les destinataires des transferts espagnols sont principalement les pays d’Amérique latine (69,5%), les pays d’Afrique (9,2%) et les pays européens de l’Est (8,0%). C’est ainsi que les transferts en provenance d’Espagne ont représenté en 2005 : 5,7% du PIB de la Bolivie, et 3,6% du PIB de l’Equateur.
Au Maroc, les transferts totaux des MRE ont connu une forte croissance de 13,5% entre 2000 et 2005. Ils ont représenté 40,7 milliards de dirhams en 2005, soit 8,9% du PIB, et l’équivalent de 42,9% des exportations totales. Ils ont contribué à la couverture de 46,8% du déficit commercial. C’est grâce à eux et au tourisme que la balance des paiements marocaine est excédentaire depuis 2001. Ces transferts proviennent essentiellement d’Europe, où résident environ 2 millions de MRE, soit 78% de la population marocaine résidant à l’étranger. Les fonds proviennent essentiellement de France (43%), d’Espagne (12,6%) et d’Italie (11,9%). Le Maroc se place ainsi au 4ème rang des réceptionnaires de fonds des immigrés après l’Inde, le Mexique et les Philippines. Plus particulièrement en ce qui concerne l’Espagne, le nombre des MRE est estimé à 600.000, soit 13% de l’ensemble des étrangers résidant en Europe. Les effectifs ont été multipliés par 3 durant les 5 dernières années, et ont bénéficié d’un grand mouvement de régularisation. Les régions de résidence sont surtout la Catalogne, Madrid, et l’Andalousie ; et les secteurs d’activités : le bâtiment, l’agriculture, et le tertiaire. On assiste ces dernières années à une féminisation accrue, et un rajeunissement de la population marocaine résidant en Espagne. Les montants transférés par les MRE d’Espagne sont passés de 550 millions d’euros en 1999 à 5.140 millions d’euros en 2005. Enfin 70,9% des transferts d’Espagne sont effectués par virement bancaire.
A propos de la relation entre les transferts et développement au Maroc, il a été constaté que la majeure partie des transferts des MRE est affectée en priorité à leur famille résidant au Maroc, et à leurs besoins quand ils séjournent au Maroc pendant la période estivale. Ces transferts ont un impact direct sur le développement humain, notamment dans les régions défavorisées. En effet, ils contribuent à réduire la pauvreté, en améliorant les conditions de vie d’une large partie de la population, au niveau de l’alimentation, du logement, de l’éducation et de la santé. Une partie de ces transferts est réservée à l’épargne, et affectée à l’investissement dans le pays d’origine. De source officielle, 84% de l’ensemble des investissements des MRE sont dirigés vers l’immobilier, 7,5% vers l’agriculture, et le reste vers l’achat d’actions cotées en Bourse, et la création d’entreprises commerciales et industrielles (notamment dans le domaine des NTIC).
Comment améliorer la relation entre transferts et développement dans notre pays ?
Il faut tout d’abord respecter un principe fondamental, qui est que ces transferts sont d’abord privé, et que les MRE sont absolument libres de disposer de leur argent comme ils l’entendent. Cependant, des politiques doivent être mises en œuvre pour faciliter les canaux et l’utilisation des transferts de fonds. Cela passe par une large information sur les canaux de transferts de fonds, qui doivent être peu coûteux, rapides et transparents. La concurrence qui s’exerce actuellement entre circuits bancaires, postaux, et sociétés privées, est bénéfique pour ces transferts, notamment par l’utilisation des nouvelles technologies. Il faut encourager les alliances entre banques marocaines et banques étrangères situées dans les pays d’accueil.
Il y a lieu également d’informer les MRE sur les opportunités d’investissements, par le biais de la Direction des Investissements, des Centres régionaux d’investissements, et des banques. Outre l’information, il faut soutenir et accompagner les MRE qui souhaitent s’engager dans la création d’entreprises, notamment par l’élaboration d’études de faisabilité, et l’octroi de crédits à des conditions favorables. Les autorités locales et les ONG ont également un rôle à jouer pour informer, accompagner et assurer un suivi des projets lancés par les MRE, notamment quand ils sont à l’étranger. Il y a lieu également d’encourager la création de fonds d’investissements communautaires, à l’instar de l’expérience mexicaine « tres por uno » (trois pour un), où le fond est financé pour 1/3 par l’émigré, 1/3 par l’Etat, 1/3 par la région.
En conclusion, toute l’attention doit être portée aux transferts des MRE, qui constituent une composante fondamentale de l’économie nationale, tant au niveau macro-économique que micro-économique. Tout en favorisant l’expansion de ces transferts, il y a lieu d’améliorer la relation entre transferts et développement, pour tirer le maximum de profit de ces transferts sur le plan économique et social de notre pays.

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