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FORUM IMRI CASABLANCA
(Hôtel Casablanca Lido 19-20 Mai 2017)
« La montée des nationalismes : Quel avenir pour la mondialisation ? »

Exposé introductif de Mr Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)

L’IMRI a choisi ce thème d’actualité, car on assiste cette dernière décennie à une montée des nationalismes un peu partout dans le monde. Ce phénomène s’est particulièrement accentué en Europe et aux Etats-Unis. En Europe, le Royaume-Uni a décidé de quitter l’Union européenne, et les partis d’extrême droite ont partout progressé. Au deuxième tour des élections présidentielles françaises, le parti xénophobe le Front national a obtenu 34% de voix au soir du 7 Mai soit 11 millions de votes en sa faveur. Aux Etats-Unis, Donald Trump champion du slogan « L’Amérique d’abord » a été élu Président de la plus grande puissance du monde. Le nationalisme apparenté au populisme, préconise l’arrêt de l’immigration, la préférence nationale, le protectionnisme économique, et les réticences vis-à-vis de la lutte contre le changement climatique. Cette montée des nationalismes risque de mettre à mal la mondialisation qui est basée sur le libéralisme économique, le libre-échange, la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux, ainsi que la lutte commune contre le changement climatique. Les conséquences de cette montée des nationalismes risquent de mettre en cause l’ordre mondial actuel.

Force est de reconnaître que la mondialisation a permis de faire sortir des millions de personnes de la pauvreté, et a aidé les pays pauvres à combattre leur retard notamment en Chine et en Inde. Dans un document de réflexion sur la maîtrise de la mondialisation, la Commission européenne a déclaré que la mondialisation est bonne pour l’économie européenne. Le document ajoute que la mondialisation a stimulé le commerce mondial, et que chaque milliard d’euros d’exportations supplémentaires contribue à la création ou au maintien de 14000 emplois. D’autre part, des importations moins onéreuses provenant de pays émergents bénéficient dans chaque pays aux ménages les plus pauvres. La mondialisation a en outre favorisé l’investissement, notamment les investissements directs étrangers du fait de la disparition ou de l’atténuation des frontières. Enfin, seule une coopération internationale peut à venir à bout des défis communs actuels de l’humanité, que sont le réchauffement climatique et la menace terroriste.
Cependant, la mondialisation n’a pas que des éléments positifs. Joseph Stiglitz Prix Nobel d’économie dans un récent article a écrit « Les partisans du libéralisme économique doivent comprendre que nombre de réformes et d’avancées technologiques qui améliorent en principe le fonctionnement de l’économie laissent certains groupes parfois très importants sur le bord du chemin ». La Commission européenne déclare de son côté que les avantages de la mondialisation ne signifient pas grand-chose, s’ils ne sont pas repartis équitablement et uniformément à tous les citoyens. Une mauvaise redistribution des richesses contribue à mettre à mal la cohésion sociale et la solidarité. La mondialisation est également porteuse de nombreux défis et peut conduire à des fermetures d’usines, à des pertes d’emplois, ou à une pression à la baisse des salaires et des conditions de travail.
Dès lors, il faut prendre des mesures pour pallier aux inconvénients de la mondialisation, qui reste un facteur de progrès économique et social incontournable. Cela passe tout d’abord par des mesures de régulation mondiales pour promouvoir un ordre plus fort, basé sur des règles précises notamment sur le plan financier, combattant les pratiques déloyales. Il s’agit aussi d’uniformiser sur le plan mondial les normes relatives à l’emploi, au respect de l’environnement et à la sécurité des personnes. Le commerce libre devra devenir un commerce équitable sous les auspices de l’Organisation mondiale du commerce. Sur le plan national, il faut donner des compensations aux perdants de la mondialisation, et assurer un bon niveau de protection sociale. Chaque pays doit jouer son rôle « d’Etat providence » et combattre à tous prix la perte de l’emploi. L’Etat doit veiller à fournir aux citoyens un enseignement et des compétences dont ils ont besoin pour rester en phase avec l’évolution moderne de l’économie. Il doit également redistribuer les richesses par le biais de la fiscalité. Un bon exemple est celui des pays scandinaves qui ont compris que l’ouverture est la clé d’une croissance rapide et de la prospérité, mais ont tout fait pour éviter des laissés-pour-compte, et pour que la prospérité soit partagée.
Sans la prise des mesures décrites ci-dessus pour pallier aux éléments négatifs de la mondialisation, les tenants du protectionnisme et de la xénophobie continueront à s’accroître, car ils jouent sur la peur et le chauvinisme. La montée des nationalismes en Occident risque d’avoir des effets néfastes sur les pays en voie de développement notamment en Afrique. Notre pays le Maroc, qui a choisi le libéralisme, doit aussi faire une évaluation de ce choix et prendre les mesures nécessaires pour éviter les éléments négatifs de la mondialisation. Toutes ces idées vont être discutées et enrichies par une trentaine d’experts venant du Maroc et de l’étranger. A l’issue de ce Forum, des recommandations seront envoyées aux décideurs politiques et économiques nationaux et internationaux.

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