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Relations Internationales
Bilan 2016 et Perspectives 2017

Par Jawad KERDOUDI,
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

L’année 2016 qui vient de s’achever a été très mouvementée sur le plan des relations internationales. Les événements importants classés chronologiquement ont concerné plusieurs pays. On peut noter tout d’abord la visite de Barak Obama du 20 au 22 Mars à Cuba qui ouvre de nouvelles perspectives dans les relations américano-cubaines. Le 23 Juin, le Brexit (sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne) a été une véritable surprise, et cause beaucoup d’incertitudes dans les futures relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Le 15 Juillet, une tentative de putsh en Turquie a failli faire chuter le régime de Recep Erdogan. Le 31 Août, la destitution de Dilma Roussef marque un malaise persistant au Brésil. Le 13 Octobre, la désignation de Antonio Guterres en tant que Secrétaire Général de l’ONU ouvre de nouvelles perspectives pour cette organisation qui a été décriée tout au long de l’année 2016 par son incapacité à régler les conflits mondiaux. Le 15 Novembre a marqué l’offensive du régime syrien sur Alep, appuyé par la Russie, la Turquie et l’Iran, qui sont maintenant les vainqueurs de la crise syrienne, et qui ont obtenu le 31 Décembre 2016 une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU soutenant leur initiative de paix. Un des événements les plus importants de l’année 2016 a été à la surprise générale l’élection de Donald Trump le 8 Novembre en tant que Président des Etats-Unis. Cette élection qui couronne la montée du populisme en Occident ouvre une période d’incertitudes quant à l’avenir des relations internationales. Enfin le 1er Décembre, François Hollande a renoncé à se présenter aux élections présidentielles françaises de 2017, alors que François Fillon a gagné fin Novembre les élections primaires de la droite.

Sur le plan économique, la croissance en 2016 a été poussive avec un taux de 3,1% et un ralentissement du commerce mondial. Les pays émergents et en développement d’Asie ont continué à caracoler en tête avec une croissance de 6,4%. Les Etats-Unis et la zone euro traînent encore les conséquences de la crise économique de 2008-2009 avec une croissance respectivement de 1,6% et 1,7%, tandis que l’Amérique latine a subi une récession de -0,6%. La région Mena a connu une croissance de 3,4%, tandis que l’Afrique subsaharienne a beaucoup souffert de la baisse des prix des matières premières et n’a obtenu qu’une croissance de 1,4%. Les pays producteurs ont connu en 2016 une baisse catastrophique des prix du pétrole. Alors que ce prix était de 140 $ le baril en 2007, il est tombé à 30 $ en Novembre 2016. Suite à un ajustement de production le 30 Novembre 2016, les prix ont remonté à 53 $ le 1er Décembre 2016.
En ce qui concerne le Maroc, l’année 2016 a connu la consolidation de sa politique de diversification et notamment africaine. C’est ainsi que les visites royales en Mars en Russie et en Mai en Chine ont permis de promouvoir les relations économiques avec ces deux grandes puissances. C’est surtout l’Afrique qui a été prioritaire avec des visites royales dans les pays de l’Est et de l’Ouest, qui se sont concrétisées par l’annonce de grands projets, tels que la construction d’une usine d’engrais en Ethiopie et d’un gazoduc devant relier le Nigeria à l’Europe via le Maroc. Enfin l’année 2016 a été marqué par la volonté du Maroc de réintégrer l’Union africaine, et de défendre tout azimut la récupération de ses provinces sahariennes.
Enfin pendant toute l’année 2016, l’immigration principalement de Syrie et de l’Afrique subsaharienne n’a pas cessé, avec plus de 5.000 migrants morts en Méditerranée. L’Union européenne n’a pas réussi à adopter une politique commune dans ce domaine, mais a pu réduire le flux d’immigrés vers l’Europe grâce à l’accord qu’elle a signé avec la Turquie le 18 Mars 2016. L’année 2016 a été aussi marquée par le fléau des attentats jihadistes qui ont frappé des pays d’Afrique, d’Amérique, d’Asie, et d’Europe. Il faut cependant noter un événement positif concernant le changement climatique : la réussite de la Cop22 à Marrakech du 7 au 18 Novembre 2016.
Quant aux prévisions économiques pour l’année 2017, le FMI prévoit une croissance mondiale de 3,4% légèrement supérieure à celle de 2016. Les pays émergents d’Asie et la région Mena vont maintenir leur croissance de 2016 avec respectivement 6,3% et 3,4%. Les Etats-Unis et l’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine vont améliorer leur croissance avec respectivement 2,2%, 2,9% et 1,6%. Par contre la zone euro ne connaîtra qu’une croissance de 1,5%.
Il est plus difficile de faire des prévisions politiques pour l’année 2017 étant donné les grandes incertitudes. Ce qui est sûr, c’est que le Royaume-Uni va entamer les négociations avec l’Union européenne en Mars 2017, qui vont durer au moins deux années. Ce qui est presque sûr, c’est que le deuxième tour des élections présidentielles françaises va se jouer entre le candidat de la droite François Fillon et la candidate de l’extrême droite Marine Le Pen, étant donné la division de la gauche. Pour ce qui est de Donald Trump, il faut attendre sa prise de fonctions le 20 Janvier 2017 pour voir s’il va appliquer ses promesses de campagne : expulsion des immigrés clandestins, instauration d’un certain protectionnisme économique, rapprochement avec la Russie. Quant à la crise syrienne, une paix totale ne pourra pas régner dans ce pays tant que l’Etat islamique ne sera pas totalement éradiqué. Pour le Maroc, l’échéance importante est le Sommet de l’Union africaine les 30 et 31 Janvier 2017 où sera prise la décision de sa réintégration au sein de cette organisation africaine.

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