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Pour un nouveau modèle de développement au Maroc

Par Jawad KERDOUDI,
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

Un nouveau modèle de développement a été préconisé par le Roi Mohammed VI le 13 Octobre 2017 lors de son discours devant le Parlement. En effet le modèle de développement adopté au début des années 2000 a atteint ses limites. Rappelons que le modèle de développement d’un pays est bâti sur 4 piliers : économique, social, territorial et institutionnel.

Sur le plan économique la croissance au Maroc a été insuffisante et a été marquée par la volatilité en fonction du climat. Le modèle de croissance était basé sur le marché intérieur et l’investissement public. Il y avait absence de convergence des stratégies sectorielles, et un marché du travail marqué par l’importance de l’informel. Enfin, le système éducatif et de formation était défaillant. Sur le plan social, le modèle créait peu d’emplois et la richesse était inégalement distribuée. D’où une grande vulnérabilité et une pauvreté multidimensionnelle d’une partie de la population. Le modèle était aussi insuffisamment préventif et les politiques publiques peu efficaces.
Sur le plan territorial, de grandes inégalités sont apparues entre la zone côtière relativement bien développée et les régions intérieures défavorisées. Sur le plan institutionnel, certes la Constitution de Juillet 2011 a permis quelques avancées, mais depuis la mobilisation de l’administration, des partis politiques et des élus locaux a été faible. De même, la lutte contre la corruption n’a pas fait beaucoup de progrès, et le développement industriel a été porté surtout par les entreprises étrangères (automobile, aéronautique).
Pour établir le nouveau modèle de développement, il faut tout d’abord réfléchir à une vision à long terme à l’horizon (2030) et tracer un cadre stratégique pour atteindre les objectifs escomptés. Il faut accélérer la régionalisation avancée en donnant plus de pouvoirs sur le plan local. Il faut rénover et rendre les politiques publiques plus efficaces. Une coordination étroite et permanente doit être mise en œuvre entre les acteurs étatiques et le secteur privé. Il faut enfin renforcer la notion de participation et l’approche ascendante. Tout en tenant compte des spécificités marocaines, il faut étudier les expériences étrangères en matière de modèle de développement, notamment le cas de la Corée du Sud qui avait le même PIB par habitant que le Maroc dans les années 1960, et qui est maintenant dix fois supérieur à celui de notre pays.
Suite au discours royal, le Chef de gouvernement a constitué le 17 Octobre 2017 une Commission gouvernementale pour s’atteler à ce nouveau modèle de développement de notre pays. Cependant, il faut impliquer également les partis politiques d’opposition, les syndicats, et la société civile car l’instauration de ce nouveau modèle concerne tout le peuple marocain.

CHRONIQUES HEBDOMADAIRES DE l'IMRI