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Le Sommet Union Africaine-Union Européenne à Abidjan : Quels résultats ?

Par Jawad KERDOUDI,
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

Le Sommet de l’Union africaine (UA) et de l’Union européenne (UE) a clos ses travaux le 30 Novembre 2017 à Abidjan. Ce Sommet a regroupé 5000 participants dont 83 Chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique et d’Europe, ainsi que plusieurs organisations internationales dont l’ONU. Ce Sommet avait pour thème principal « Investir dans la jeunesse pour un avenir meilleur » mais a eu à traiter d’autres questions importantes : la migration, l’emploi, la relance économique, la sécurité alimentaire et la lutte contre le terrorisme.

Le Président de l’UA Alpha Condé qui a clôturé le Sommet a tenu à saluer la franchise et la responsabilité qui ont caractérisé tous les débats, ce qui dénote la maturité de l’institution. Après avoir écouté les jeunes de l’Afrique et de l’Europe, le Sommet a pris la responsabilité de leur garantir un avenir meilleur. Les mesures concrètes à ce sujet ont été proposées par la rencontre des patronats des pays africains et européens qui s’est tenue le 28 Novembre et qui a affirmé que la solution pour le Sous-emploi devrait être surtout d’ordre économique. C’est ainsi qu’ils ont proposé la définition d’un partenariat stratégique entre l’UA et l’UE de long terme, basé sur l’économie et impliquant le secteur privé. Ils ont souligné la nécessité d’un nouvel accord entre l’UA et l’UE incluant le continent africain dans son ensemble. Pour discuter de cet accord, ils ont proposé une plateforme composée de la Commission européenne et du secteur privé africain et européen. Ils ont demandé un rééquilibre entre les dons et les prêts accordés à l’Afrique en favorisant les co-entreprises africano-européennes. Ils ont réclamé de raccourcir les délais des financements européens, et d’adopter de nouvelles modalités telles que des mécanismes de garantie, et de développer les marchés financiers nationaux. Ils ont insisté sur l’élargissement des projets à financer en dehors des secteurs traditionnels, tels que la transformation numérique, l’industrialisation, la diversification des économies, et l’encouragement de l’entreprenariat. Ils ont enfin décidé une réflexion sur la responsabilité sociale et l’ethnique à prendre en compte par les secteurs privés africains et européens.
Le Sommet a également pris des décisions concrètes tells que l’évacuation immédiate des réfugiés Subsahariens en Libye, la poursuite des trafiquants d’êtres humains, et la saisie des comptes de ces trafiquants en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient. Le Président Alpha Condé a ajouté que l’Afrique ne demande pas à l’Europe aide et assistance, mais une coopération qui permet de régler les problèmes à la base, dans l’intérêt mutuel des populations et des économies des deux continents. Le Président Zuma d’Afrique du Sud a également déclaré que l’Afrique ne doit pas rester les pourvoyeurs des matières premières et l’acheteur des produits finis. Il a indiqué que les produits agricoles et miniers africains doivent être transformés sur place, d’où la nécessité de l’industrialisation de l’Afrique, qui seule pourra permettre la création d’emplois pour les jeunes. A noter une opération concrète, à savoir l’inauguration par le Président ivoirien Alassane Ouattara et le Président français Emmanuel Macron de la ligne 1 du Métro d’Abidjan.

Pour notre pays le Maroc, le Sommet d’Abidjan a été un franc succès et a marqué le grand retour à l’Union africaine. La présence de la Rasd a été complètement banalisée, et le rôle du Roi Mohammed VI a focalisé l’attention générale. C’est ainsi qu’après avoir inauguré à Abidjan plusieurs projets financés par le Maroc, le Roi Mohammed VI a reçu le Mercredi 29 Novembre deux chefs d’Etat importants pour notre cause nationale : le Président sud-africain Jacob Zuma, et le Président de l’Angola Joao Lourenço. Avec ces deux présidents, il a été décidé l’ouverture d’une nouvelle ère dans les relations bilatérales, afin de renforcer le dialogue politique et de promouvoir la coopération économique multisectorielle. D’autre part, le Maroc a été invité à la réunion concernant l’évacuation des réfugiés Subsahariens en Libye, et s’est engagé à fournir des avions C130 pour le transport des forces de sécurité. Enfin le Roi Mohammed VI a adressé un message au Sommet en sa qualité de Leader de l’UA sur la question de la migration.
Tout d’abord, il a confirmé la vocation du Maroc à constituer le trait d’union naturel entre les deux continents africain et européen. Il a indiqué que les deux continents sont égaux devant les défis, les opportunités et les responsabilités, et que l’assistance verticale doit céder le pas au partenariat transversal. Il a jouté qu’il faut éviter de donner à la migration toute tournure idéologique, passionnelle, voir xénophobe, et l’associer aux fléaux de la pauvreté, de la précarité et de l’instabilité. Il a regretté la fuite des cerveaux africains vers l’Europe, et indiqué que le Maroc a développé une approche inclusive et positive de la question migratoire. Il a enfin fait remarquer que la migration a également des effets positifs sur le pays d’accueil, et qu’elle n’est pas de manière prédominante intercontinentale, puisque sur 5 Africains qui se déplacent, 4 restent en Afrique.

En conclusion, le Sommet UA-UE d’Abidjan a pris quelques mesures concrètes, mais peu d’engagements précis et chiffrés ont été décidés en matière d’investissements ou de coopération. Il faut attendre la conclusion du prochain accord UA-UE pour y voir plus clair. On peut regretter aussi le peu d’intérêt de ce Sommet quant à la bonne gouvernance, la place de la société civile, et la lutte contre la corruption. Quant au Maroc, Il a marqué des points dans ce Sommet quant à son rayonnement en Afrique, et dans la question du Sahara sur laquelle il faut continuer à être très vigilant.

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