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CONVENTION EUROPE-AFRIQUE DU NORD
(Bordeaux 15 et 16 Décembre 2017)
« L’Afrique du Nord face à la mondialisation : Cas du Maroc »

Exposé de Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI

On peut définir la mondialisation comme la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services, des technologies et de l’information. Les conséquences de la mondialisation sont l’interdépendance des économies, l’intégration des marchés, la libéralisation des échanges, et l’intensification de la concurrence. Elle a été favorisée par les moyens de transport et les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Elle a été accompagnée par l’extension des marchés financiers et des investissements directs à l’étranger. Les principaux acteurs de cette mondialisation sont les institutions internationales (Banque mondiale, FMI (Fonds Monétaire International), OMC (Organisation Mondiale du Commerce), les unions économiques régionales, et les sociétés multinationales.

Cependant, les échanges commerciaux internationaux ont débuté depuis l’Antiquité, ils se sont développés à la fin du XIXème siècle avec la Révolution industrielle, et accélérés à la fin du XXème siècle avec la création de l’OMC. Cette mondialisation est imparfaite du fait que certains pays n’ont pas adhéré à l’OMC, que les obstacles non tarifaires se sont multipliés, et que les unions économiques régionales ont surtout favorisé le commerce inter-régional.
Au niveau de la circulation des capitaux, certes les pays disposant d’une monnaie convertible ont multiplié les transferts internationaux, mais beaucoup de pays en développement n’ont pas adopté le libre-échange des capitaux. D’autre part, la financiarisation de l’économie et la déréglementation bancaire ont entraîné la grave crise économique 2008-2009 née aux Etats-Unis du fait des produits toxiques « subprimes ». La libre circulation des services est plus restreinte que celle des marchandises, et la libre circulation des personnes n’existe que dans le cadre de certaines unions économiques régionales comme l’Union européenne. Au contraire, suite au développement de l’immigration et du terrorisme, la libre-circulation des personnes est de plus en plus restreinte. Pour ce qui est de la libre circulation de l’information, elle est effective grâce aux médias internationaux et internet, mais toute l’information n’est pas disponible, ce qui a poussé plusieurs Etats à créer des organismes d’intelligence économique. De plus, on constate un retour vers le protectionnisme surtout à la suite du Brexit et de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique.
L’Afrique du Nord a eu un positionnement différent vis-à-vis de la mondialisation pour des raisons historiques et idéologiques. Alors que certains pays l’ont relativement adoptée, d’autres ont choisi une voie plus restrictive. D’autre part, si l’Afrique du Nord constitue un ensemble géographique, elle est divisée sur le plan politique et économique. L’Union du Maghreb Arabe est en panne du fait de la fermeture de la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc, et de la situation chaotique qui existe actuellement en Libye, alors que l’Egypte est tournée plus vers le Moyen Orient.
Pour ce qui est du Maroc, il a adopté dès l’indépendance en 1956 le libéralisme et l’économie de marché. Cependant, l’Etat a dû intervenir dans plusieurs secteurs économiques du fait que les entrepreneurs marocains et les capitaux privés étaient rares. C’est pour celà qu’en 1973 le Maroc a adopté la loi de Marocanisation qui a permis aux nationaux d’acquérir 50% du capital des sociétés étrangères. En 1980, le Maroc a connu une grave crise économique, qui a nécessité en 1983 l’intervention des FMI et l’application de la politique d’ajustement structurel. C’est à partir de cette date que des réformes fiscales furent prises, telles que l’institution de la TVA en 1986, de l’IS en 1988 et de l’IGR en 1993. Parallèlement, dès 1988 a été décrétée la libéralisation des opérations courantes au niveau du commerce extérieur. En 1993, la déréglementation bancaire a été adoptée ainsi que le libre accès des entreprises au marché financier international. Une importante réforme de la Bourse de Casablanca a été entreprise ainsi qu’une vaste campagne de privatisation des entreprises publiques, avec suppression de plusieurs monopoles de l’Etat. Enfin le commerce extérieur a été libéralisé et le contrôle des prix sur le marché local supprimé, sauf pour quelques produits sensibles. En 1995, le Maroc a adhéré à l’OMC et a signé plusieurs Accords de libre-échange notamment avec l’Union européenne, les Etats-Unis, la Turquie, certains pays Arabes (Traité d’Agadir). Durant la dernière décennie et sous l’impulsion du Roi Mohammed VI, un grand effort de diversification du commerce extérieur et des investissements a été opéré, notamment vers l’Afrique Subsaharienne, les pays Arabes du Golfe et les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine). D’autre part, l’amélioration du climat des affaires (Doing business) a permis au Maroc d’engranger en moyenne 3 MM de $ par an d’IDE (Investissements directs étrangers).
En conclusion, les réformes entreprises et la politique d’ouverture de l’économie marocaine vis-à-vis de l’extérieur, ont permis au Maroc de développer ses infrastructures (Tanger-Med, LGV, Autoroutes, Tramway) et son industrialisation notamment au niveau des secteurs de l’automobile et de l’aéronautique. Cependant, le commerce extérieur marocain reste déficitaire, c’est pour cela qu’il faut améliorer la compétitivité de l’économie marocaine, augmenter et valoriser la production exportable, et diversifier davantage les marchés extérieurs. Dans tous les cas, il n’est pas question de revenir au protectionnisme qui ne peut avoir que des conséquences négatives sur notre économie, tout en révisant les Accords de libre-échange qui nous sont défavorables.

CHRONIQUES HEBDOMADAIRES DE l'IMRI