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SOMMET UNION AFRICAINE-UNION EUROPÉENNE : LES GRANDS DEFIS ET LES GRANDES OPPORTUNITÉS

Chronique de Mr Jawad KERDOUDI publié sur l’Economiste du Mercredi 20 Décembre 2017.
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

«Comme vous le savez, l'Union européenne est le partenaire le plus important de l'Afrique et son voisin le plus proche, le premier investisseur au monde pour l'Afrique, son principal partenaire commercial, le premier fournisseur d'aide au développement et d'assistance humanitaire à l'Afrique ainsi que le premier contributeur à la paix et à la sécurité sur ce continent.

Et ce sommet a démontré notre détermination à renforcer encore plus notre partenariat», a déclaré le Président du Conseil européen Donald Tusk à l'issue du sommet Union africaine-Union européenne qui a clos ses travaux le 30 novembre dernier à Abidjan. Ce sommet a regroupé 5.000 participants dont 83 chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique et d’Europe, ainsi que plusieurs organisations internationales dont l’ONU.

«Investir dans la jeunesse pour un avenir meilleur» a été le thème principal de cette grande rencontre. La jeunesse étant l'une des priorités absolues pour l'Afrique comme pour l'UE, 60% de la population africaine ayant moins de 25 ans. En 2050, 400 millions d’Africains auront entre 15 et 24 ans. Chaque année, plus de 11 millions de jeunes Africains font leur entrée sur le marché du travail alors que seuls 3 millions d’emplois sont créés.

Le nouveau plan d'investissement extérieur de l'UE a été présenté aux dirigeants lors du sommet. Ce plan prévoit de mobiliser 44 milliards d'euros en Afrique d'ici à 2020, ce qui permettra de créer de nouvelles possibilités d'emploi pour les jeunes sur l'ensemble du continent africain.

A ce niveau, des mesures concrètes ont été proposées par la rencontre des patronats des pays africains et européens tenue le 28 novembre et pour qui la solution pour le sous-emploi devrait être surtout d’ordre économique. Cela implique de définir le partenariat stratégique entre l’UA et l’UE à long terme, basé sur l’économie et impliquant le secteur privé. D'où la nécessité d’un nouvel accord entre l’UA et l’UE incluant le continent africain dans son ensemble.

Pour discuter de cet accord, ils ont proposé une plateforme composée de la Commission européenne et du secteur privé africain et européen. Selon eux, un rééquilibre entre les dons et les prêts accordés à l’Afrique en favorisant les co-entreprises africano-européennes est nécessaire. Autre proposition, la réduction des délais des financements européens, l'adoption de nouvelles modalités telles que des mécanismes de garantie, et le développement des marchés financiers nationaux.

Sur la liste également, l’élargissement des projets à financer en dehors des secteurs traditionnels, tels que la transformation numérique, l’industrialisation, la diversification des économies, et l’encouragement de l’entrepreneuriat. A également été lancée une réflexion sur la responsabilité sociale et ethnique à prendre en compte par les secteurs privés africains et européens.

MIGRATION: «LE TEMPS EST A L’ACTION»

Sur le sujet brûlant de la migration, le Sommet a pris des décisions concrètes telles que l’évacuation immédiate des réfugiés subsahariens en Libye, la poursuite des trafiquants d’êtres humains, et la saisie de leurs comptes en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient.

Pour le Maroc, le Sommet d’Abidjan a été un franc succès et a marqué le grand retour à l’Union africaine. Une évolution confirmée par la dynamique diplomatique marocaine durant le sommet. La présence de la Rasd a été complètement banalisée, et le rôle du Roi Mohammed VI a focalisé l’attention générale. Tout d’abord, il a confirmé la vocation du Maroc à constituer le trait d’union naturel entre les deux continents africain et européen.

«Le temps est à l’action». L’appel du Roi Mohammed VI lors du Sommet est à ce niveau sans appel. Pour le Souverain, il ne s’agit nullement de se perdre dans les diagnostics ni dans les polémiques d’arrière-garde. Il a plaidé en faveur d’un changement de paradigme en matière de gestion du dossier de la migration. Le message royal a jeté les bases d’un nouveau mode opératoire pour la prise en charge du défi migratoire.

Ce dernier ne doit plus être considéré comme porteur de menaces et de désespoir, mais plutôt comme une source de solutions et d’opportunités. Le Maroc, porte-voix de l’Afrique dans ce dossier, dispose d’une expertise reconnue dans la gouvernance migratoire. La politique de migration, lancée il y a quelques années, a permis d’améliorer la prise en charge des migrants, à travers deux vagues de régularisation.

La migration, estime le Souverain, a également des effets positifs sur le pays d’accueil, et qu’elle n’est pas de manière prédominante intercontinentale, puisque sur 5 Africains qui se déplacent, 4 restent en Afrique.

L’UE ET L’AFRIQUE EN CHIFFRES

■ 21 milliards d’euros d’aide au développement ont été versés à l’Afrique en 2016 par l’UE et ses Etats membres, ce qui en fait les principaux donateurs sur le continent.
■ 32 milliards d’euros ont été investis en Afrique en 2015 par des entreprises de l’UE, soit près d’un tiers de l’ensemble des investissements étrangers directs en Afrique.
■ 3,35 milliards d’euros sont alloués au Fonds européen pour le développement durable, ce qui devrait permettre de générer jusqu’à 44 milliards d’euros d’investissements.
■ 7 missions civiles et militaires sont déployées dans toute l’Afrique.
■ 1,4 milliard d’euros est consacré à des programmes éducatifs en Afrique sur la période 2014-2020.

INDUSTRIALISER L’AFRIQUE

Lors du Sommet d’Abidjan, le Président guinéen Alpha Condé a insisté sur le fait que l’Afrique ne demande pas à l’Europe aide et assistance, mais une coopération qui permet de régler les problèmes à la base, dans l’intérêt mutuel des populations et des économies des deux continents. Pour le Président sud-africain Jacob Zuma, l’Afrique ne doit pas rester le pourvoyeur en matières premières et l’acheteur des produits finis. Pour lui, les produits agricoles et miniers africains doivent être transformés sur place, d’où la nécessité de l’industrialisation de l’Afrique, qui seule pourra permettre la création d’emplois pour les jeunes.

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