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Bilan des relations internationales en 2017 : Quelles perspectives pour 2018 ?

Par Jawad KERDOUDI,
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

Les relations internationales en 2017 ont été très mouvementées que ce soit en Afrique, Moyen-orient, Asie, et Europe. Le monde a connu beaucoup de changements sinon des ruptures qui auront des conséquences sur l’avenir.

C’est en Amérique et plus précisément aux Etats-Unis qu’une nouvelle ère est née avec l’élection à la présidence de Donald Trump. Avec son slogan « l’Amérique d’abord », il se positionne nettement contre la mondialisation. Concernant le libre-échange, il se retire de l’Accord de partenariat transpacifique (TPP), retarde les négociations commerciales Etats-Unis/Europe, renégocie le Traité Alena avec le Canada et le Mexique, et menace de retirer les Etats-Unis de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Au niveau de l’immigration, il interdit l’entrée des réfugiés aux Etats-Unis ainsi qu’aux citoyens de 6 Etats musulmans, et ordonne la construction d’un mur à la frontière mexicaine. Il ne croit pas au changement climatique et retire les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. En politique étrangère, il manifeste son rejet de l’Union européenne, menace de diminuer le financement américain à l’OTAN et à l’ONU, et retire les Etats-Unis de l’Unesco. Il critique les sanctions infligées à Moscou par le Congrès américain, réinstaure les sanctions contre Cuba, et menace de détruire totalement la Corée du Nord. Enfin au Proche-Orient, il menace de retirer les Etats-Unis de l’Accord sur le nucléaire avec l’Iran, augmente les troupes américaines en Afghanistan et en Syrie, et suscite une onde de choc à travers le monde en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. L’autre événement important en Amérique est le chaos où se trouve le Venezuela suite à la volonté du dictateur Nicolás Maduro de rester au pouvoir coûte que coûte.

En Afrique, l’année 2017 a été marquée par le retour triomphal du Maroc à l’Union africaine et son adhésion de principe à la CEDEAO. C’est grâce à la politique africaine impulsée par le Roi Mohammed VI depuis son accession au Trône, que cette victoire a été acquise par notre pays. Les autres événements importants du continent ont été le retrait de Robert Mugabe de la présidence du Zimbabwe qui a duré 30 ans, ainsi que de Eduardo Santos de l’Angola au profit de Jaao Laurenço. Enfin du 29 au 30 Novembre 2017 s’est tenu à Abidjan le Sommet de l’Union africaine et de l’Union européenne qui a été consacré principalement aux problèmes de la jeunesse.

En Europe, c’est incontestablement l’élection à la présidence française d’Emmanuel Macron qui a marqué l’année 2017. Ce jeune homme de 40 ans, inconnu en politique il y a à peine 3 ans, a réussi en se démarquant à la fois de la gauche et de la droite à conquérir le pouvoir dans la cinquième puissance mondiale. Son action en 2017 a été positive aussi bien sur le plan intérieur (réforme du code du travail) qu’en politique étrangère où il a rendu à la France un rôle incontournable en affirmant une grande ambition pour l’Union européenne. L’autre événement important a été le Brexit (sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne) dont la procédure a été lancée le 29 Mars, et l’accord sur les modalités du divorce conclu le 8 Décembre. Enfin l’année 2017 a été marquée par la tentative de sécession de la Catalogne vis-à-vis de l’Espagne, problème qui n’est toujours pas réglé à ce jour.

Le Moyen-Orient a continué en 2017 son bouillonnement et ses drames humains. La bonne nouvelle a été l’éradication de « l’Etat islamique » où le groupe terroriste Daesh a été chassé d’Irak et défait en Syrie, mais les attentats jihadistes continuent non seulement au Moyen-Orient mais à travers le monde. Une autre rupture a eu lieu dans les pays arabes du Golfe le 5 Juin 2017, date à laquelle l’Arabie saoudite et ses alliés ont rompu leurs relations avec Qatar, reprochant à ce dernier pays de financer le terrorisme jihadiste et d’être trop proche de l’Iran. D’ailleurs, l’antagonisme entre l’Arabie saoudite et l’Iran continue à s’intensifier aussi bien en Liban, qu’au Yémen et en Syrie. L’épisode vécu par le Premier ministre libanais Saad Hariri est assez rocambolesque, ayant démissionné pendant son séjour en Arabie saoudite où il aurait été retenu, puis invité en France, avant de retourner au Liban où il a retiré sa démission.

En Asie, c’est la Corée du Nord qui a posé problème en 2017, en multipliant le lancement de missiles balistiques et en proclamant son nouveau statut d’Etat nucléaire. Les échanges d’insultes entre le dictateur Kim Jong-Un et Donald Trump ont failli entraîner une guerre catastrophique. A la fin de 2017, la situation entre les deux pays s’est calmée, mais le problème du nucléaire de la Corée du Nord n’est toujours pas réglé. On ne peut passer en revue l’année 2017 sans mentionner l’épuration ethnique à laquelle a procédé la Birmanie en obligeant plus de 640.000 Rohingyas à fuir au Bangladesh. Le Haut commissaire aux droits de l’Homme a évoqué des « éléments de génocide ». En Chine, Xi Jinping a consolidé son pouvoir ayant été « couronné » en Octobre d’un statut comparable à celui qu’avait Mao Zedong il y a cinquante ans. En Russie également, Vladimir Poutine bénéficie d’une grande popularité en réussissant à rendre à son pays une stature internationale par l’annexion de la Crimée et le rôle efficace joué en Syrie. Il est assuré d’être réélu aux élections présidentielles de 2018.

Quant aux perspectives de 2018, il est difficile de faire des prévisions tant l’histoire s’est accélérée. Le principal danger provient de la politique extrême de Donald Trump tant en ce qui concerne le libre échange, l’immigration, le changement climatique, et une politique étrangère agressive. Il risque de perturber gravement les relatons internationales. Aussi faut-il lutter contre sa politique en conjuguant les efforts de la communauté internationale, notamment au niveau de l’Europe et de l’Asie. L’autre danger majeur provient du problème nucléaire en Corée du Nord. Il faut espérer que des négociations soient entamées en 2018 entre les Etats-Unis et la Corée du Nord sous le parrainage de la Chine et de la Russie. Pour le Maroc, il est nécessaire de continuer la lutte pour la récupération de nos Provinces du Sud, car les adversaires de notre intégrité territoriale n’ont pas encore désarmé. Il faut également résoudre le conflit Israélo-Palestinien qui dure depuis plus d’un demi-siècle, et dont la solution ne peut être qu’un Etat Palestinien viable avec comme capitale Jérusalem-Est. Les Etats-Unis se sont disqualifiés en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, il appartient à l’Europe et à l’Asie de prendre en mains ce problème pour imposer une solution. Enfin, il faut espérer une solution politique en Libye et en Syrie pour reconstruire ces deux pays partiellement détruits, établir une politique humanitaire vis-à-vis de l’immigration, et lutter éfficacement contre le terrorisme.

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