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GÉOPOLITIQUE DE L’IRAN

Par Jawad KERDOUDI,
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

On entend beaucoup parler de l’Iran ces dernières années au niveau des relations internationales. Outre le problème du nucléaire iranien et son opposition farouche à Israël, il est reproché à l’Iran son comportement agressif au Liban, en Irak, en Syrie et au Yémen. Tout dernièrement le 1er Mai 2018, le Maroc a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran du fait de l’aide militaire qu’il apporte au Polisario à travers son organisation au Liban le Hezbollah.

Pour tenter de comprendre la politique étrangère de l’Iran, il faut rappeler le lourd contentieux historique de ce pays avec l’Occident et les pays Arabes. En effet dés 1951, les services secrets américains et britanniques éloignent du pouvoir le Premier Ministre Mohamed Mossadegh qui avait nationalisé l’Anglo-Iranian Oil Company. Le Shah Mohamed Reza Pahlavi s’était rangé du côté de l’Occident en signant en 1955 le Pacte de Bagdad. Suite à plusieurs mouvements de protestation et de manifestation contre le Shah, la République islamique d’Iran fût proclamée le 1er Avril 1979. Elle fût suivie du 4 Novembre 1979 au 20 Janvier 1981 d’une grave crise, avec l’occupation de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran et prise en otage de son personnel. Le Président Carter rompt les relations diplomatiques avec l’Iran et impose des sanctions économiques le 7 Avril 1980. Outre ce grave incident, les Etats-Unis s’opposent à l’acquisition par l’Iran de l’arme atomique, afin de protéger Israël son allié inconditionnel. Après plusieurs années de négociations, un Accord sur le nucléaire iranien fût signé en 2015 par l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que l’Allemagne. Donald Trump Président des Etats-Unis depuis le 20 Janvier 2017, n’a cessé d’attaquer l’Accord sur le nucléaire iranien et menace de le quitter tout en donnant un délai aux européens jusqu’en 12 Mai 2018 pour trouver un nouvel accord.
Le contentieux de l’Iran avec les pays Arabes est également très lourd. Dès la proclamation de la République islamique en 1979, les dirigeants iraniens tentent d’exporter la révolution islamique dans les autres pays musulmans afin « de les libérer de l’oppression des tyrans qui ne servent en réalité que les intérêts de l’impérialisme international ». Afin de contrer les actions de l’Iran, l’Arabie Saoudite créé en 1981 le Conseil de Coopération du Golfe. La même année 1981, l’Iran soutient un coup d’Etat contre le régime de Bahreïn. En 1982, l’Iran créé le Hezbollah au Liban suite à l’invasion israélienne. En 1983, l’Iran donne son appui aux chiites qui ont posé des bombes dans des ambassades occidentales au Koweït. En 1987, les iraniens provoquent de graves troubles pendant le pèlerinage de la Mecque, qui donnent lieu en 1988 à une première rupture des relations diplomatiques entre l’Arabie Saoudite et l’Iran qui dure jusqu’en 1991. Un contentieux sur 3 îles du Golfe persique persiste entre l’Iran et les Etats Arabes Unis. En Janvier 2016, suite à l’exécution par l’Arabie Saoudite du clerc chiite saoudien Nimr Al Nimr, l’ambassade de l’Arabie Saoudite à Téhéran est incendiée et mise à sac, ce qui entraîne à nouveau la rupture des relations diplomatiques entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Le Hezbollah solidement implanté en Liban est utilisé par l’Iran pour soutenir militairement le régime de Bachar Al Assad, alors que l’Arabie Saoudite et ses alliés appuient les rebelles en Syrie. Suite à l’invasion américaine en Irak et la chute de Saddam Hussein, le pouvoir est revenu dans ce pays à la majorité chiite. L’Iran en profite pour amplifier son influence dans ce dernier pays. Enfin au Yémen l’Iran soutient la rébellion chiite des Houtis.

On peut expliquer la géopolitique politique de l’Iran par sa volonté d’élargir son influence au Moyen-Orient et au-delà, puisque le Maroc lui-même est visé. L’Iran se sert de l’antagonisme qui sépare les pays musulmans entre chiites et sunnites. Il s’érige en champion des chiites partout dans les pays musulmans, en s’opposant à l’Arabie Saoudite qui défend les sunnites. Son ambition d’acquérir l’arme atomique a pour objet de consolider sa domination régionale, et de se protéger contre une éventuelle attaque venant des Etats-Unis ou d’Israël. D’ailleurs, l’Iran menace de reprendre ses activités dans le nucléaire au cas où les Etats-Unis se retirent de l’Accord le 12 Mai 2018.
En conclusion, on ne peut que déplorer cette situation qui affaiblit le monde musulman, et qui constitue une menace pour les pays arabes sunnites. Ces derniers n’ont d’autre choix que de s’unir et de se défendre face aux tentatives hégémoniques de la République islamique d’Iran.

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