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INTERVIEW ACCORDEE AU REVUE CONJONCTURE DE LA CHAMBRE FRANCAISE DE COMMERCE ET D’INDUSTRIE
Politique internationale du Maroc

Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)



1. Quel est votre regard sur la politique internationale du Maroc ces dernières années : comment le Royaume conjugue-t-il objectifs politiques et objectifs économiques ? Comment évolue le processus d’adhésion du Maroc à la CEDEAO ?
J’ai un regard positif sur la politique internationale du Maroc. La politique africaine du Roi Mohammed VI a permis le retour de notre pays au sein de l’Union africaine, ce qui a insufflé des progrès significatifs sur la question du Sahara. Outre l’Afrique, la diplomatie marocaine sous l’impulsion du Roi s’est assignée comme objectif la diversification de nos relations politiques et économiques avec les grands pays émergents : Brésil, Russie, Inde et Chine. En ce qui concerne l’Union européenne le Maroc a obtenu après une lutte acharnée, l’inclusion de nos Provinces du Sud dans les accords concernant l’agriculture et la pêche. Enfin, le Maroc a adopté une position de neutralité dans le conflit qui oppose certains pays arabes du Golfe avec Qatar, de même qu’il a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran suite au soutien du Hizboallah libanais au Polisario. Le Maroc a obtenu un accord de principe pour son adhésion à la CEDEAO. Le processus est en cours, mais aucune date définitive n’est encore fixée pour l’adhésion de notre pays à ce grand ensemble africain.

2. En matière de libre-échange, certains accords signés par le passé ont parfois été décriés pour avoir fragilisé le marché intérieur. Selon vous, le Maroc doit-il poursuivre cette politique d’ouverture ? Si oui, avec quels pays et sous quelles conditions ?
Il est vrai qu’à mon sens les accords de libre-échange ont été signés prématurément par le Maroc. Ce qui fait que notre commerce extérieur présente un solde négatif avec pratiquement tous les pays couvert par ces accords. Je ne recommande pas cependant de revenir au protectionnisme, car ces accords ont obligé nos entreprises à se moderniser, et ont facilité l’expansion des investissements directs étrangers au Maroc. La renégociation de ces Accords est difficile, c’est pourquoi il faut surtout accroître la compétitivité de notre économie et utiliser les mesures de sauvegarde prévues par ces accords et par l’OMC.

3. Que pensez-vous des derniers accords agricoles et accords de pêche entre le Maroc et l’Union Européenne ? Quels sont les enjeux pour les deux parties ?
Comme déjà dit, c’est un succès pour le Maroc d’avoir inclus les Provinces du Sud dans ces accords. Il faut cependant continuer à faire des efforts, car ces accords ne sont pas encore ratifiés par le Parlement européen. En tout cas, les enjeux pour le Maroc sont très importants : l’inclusion des Provinces du Sud dans ces accords est une reconnaissance implicite de la souveraineté du Maroc sur ces territoires.

4. Comment se portent les relations entre la France et le Maroc ?
Les relations entre la France et le Maroc sont excellentes malgré quelques problèmes surgissant un jour ou l’autre. Sur le plan politique, la France a toujours soutenu le Maroc, notamment au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU sur la question du Sahara, et au niveau des institutions de l’Union européenne. La France est un important partenaire du Maroc sur le plan économique et culturel. Le Maroc de son côté apporte toute son expérience et son expertise à la France concernant les questions sécuritaires : immigration clandestine et terrorisme. Une importante communauté marocaine vit en France où elle bénéficie de tous ses droits. De même qu’une communauté française significative vit au Maroc en pleine harmonie avec le peuple marocain. Je ne peux que souhaiter un renforcement dans l’avenir des relations multidimensionnelles entre les deux pays.

5. Le sommet de Beijing sur la coopération sino-africaine vient de s’achever. Selon vous, quel bilan peut-on en dresser ? Quelles sont les opportunités offertes par la Chine au Maroc en tant que partenaire ?
Le bilan du Sommet de Bejing sur la coopération sino-africaine qui s’est achevé le Mardi 4 Septembre 2018 a insufflé un nouvel élan au développement des relations sino-africaines. A cette occasion, ont été rappelés les principes qui président à la coopération sino-africaine : consultation, cogestion, bénéfice pour tous. Les deux parties ont marqué leur volonté de mettre en place l’initiative « La Ceinture et la Route ». Premier partenaire économique de l’Afrique, la Chine recherche les matières premières qui se trouvent en Afrique, ainsi que les marchés pour l’écoulement de ses produits manufacturés. Les pays africains de leur côté grâce à la Chine diversifient leurs marchés d’exportation, et accueillent favorablement les investissements chinois surtout dans les infrastructures, et les aides financières de la deuxième puissance économique mondiale. C’est ainsi qu’à l’issue de ce Sommet, la Chine a annoncé une enveloppe de 60 milliards de $ en faveur de l’Afrique dont 15 milliards d’aide gratuite ou des prêts sans intérêt. Les entreprises chinoises se sont engagées à investir 10 milliards de $ en Afrique durant les trois prochaines années. La Chine offre une double opportunité au Maroc : les investissements directs chinois sur le territoire national, et le développement de joint-venture entre les deux pays pour l’investissement en Afrique notamment à l’Ouest et à l’Est.

6. Vous avez récemment été nommé nouveau Consul Général Honoraire de l’Inde. Que représente cette distinction pour vous ? Pourquoi avoir choisi de vous engager en faveur du développement des relations maroco-indiennes ?
Je suis très honoré de représenter en tant que Consul Général honoraire à Casablanca et Marrakech l’Inde, qui est la plus grande démocratie du monde. L’Inde a été aussi classé en 2018 cinquième puissance économique mondiale. Mon rôle va surtout consister à promouvoir les relations marocco-indiennes sur le plan des échanges commerciaux et des investissements. Grâce aux exportations de phosphates et dérivés de l’OCP, l’Inde constitue l’un des rares pays où le commerce extérieur est excédentaire pour le Maroc.

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