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La politique étrangère populiste de Donald Trump
Quelle Ă©valuation ?

Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)


Depuis son entrée en fonctions en Janvier 2017 en tant que Président des Etats-Unis, Donald Trump a bouleversé les relations internationales.
Le 1er Juin 2017, il a annoncé le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le changement climatique qui a pour objectif de maintenir le réchauffement de la planète à moins de 2° Celsius d’ici la fin du siècle. Il a qualifié le changement climatique de mensonge et déclaré que l’Accord profite à la Chine. Alors que les Etats-Unis sont le deuxième émetteur de CO2 de planète, Donald Trump a relancé la production de charbon, limité l’aide aux énergies renouvelables, et réduit les budgets liés à la recherche climatique. On ne peut que condamner cette décision alors que la planète court de réels dangers, et que tous les pays doivent contribuer à la réduction de l’émission des gaz à effet de serre.

Le 22 Janvier 2018, Donald Trump a adopté des taxes douanières sur l’importation des machines à laver et des panneaux solaires principalement en provenance de la Chine. Depuis dette date, une véritable guerre commerciale s’est déclenchée entre les Etats-Unis et la Chine, avec de part et d’autre l’augmentation des taxes douanières sur une multitude de produits. Outre l’augmentation des droits de douane, les Etats-Unis ont pris des mesures de rétorsion contre les entreprises chinoises, tells que ZTE producteur de téléphones portables, et HUAWEI qui ne peut plus commercer avec les entreprises américaines alors qu’il utilise le système Android de Google. Malgré des négociations commerciales en cours entre les deux pays, Donald Trump a décidé en Mai 2019 d’augmenter les droits de douane de 10 à 25% sur 200 milliards de dollars d’importations en provenance de la Chine. On ne peut que déplorer cette guerre commerciale entre les deux plus grandes puissances économiques de la planète, car elle déstabilise l’économie mondiale et fragilise sa croissance. C’est ainsi que le commerce international ne va progresser que de 2% en 2019, que les chaînes de valeurs mondiales ont été perturbées, et qu’une incertitude pèse sur les investissements.
En Mai 2018, Donald Trump retire les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, et rétablit les sanctions économiques contre l’Iran. Il menace également de sanctions toute entreprise étrangère qui commerce ou investit en Iran. Les signataires de l’accord notamment les européens, ont contesté la décision du président américain. L’Iran n’ayant pas répondu aux exigences américaines, la confrontation s’est déplacée en Mai 2019 sur le terrain militaire avec le déploiement d’un porte-avion américain dans le Golfe. L’Iran de son côté a commencé se désengager de l’accord en reprenant des activités nucléaires. La décision de Donald Trump a donc eu l’effet inverse que celui recherché. En outre, une attaque militaire américaine contre l’Iran serait catastrophique, à l’instar de celle contre l’Irak en 2003.
Un autre aspect de la politique étrangère américaine concerne la Corée du Nord. Donald Trump a mené en 2017 une escalade verbale vertigineuse contre Kim Jong-un leader de la Corée du Nord qu’il a menacé de détruire. Une première entrevue entre les deux chefs d’Etat en Juin 2018 a suscité beaucoup d’espoirs pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Une seconde entrevue en Février 2019 n’a abouti à aucun résultat concret et a poussé le dictateur nord-coréen à se rapprocher de la Russie.
Depuis le 10 Janvier 2019, le Venezuela est secoué par une grave crise politique qui oppose le Président Nicolás Maduro à Juan Guaidó Président de l’Assemblée nationale. Ce dernier considère illégitime l’élection de Maduro à la présidence, et a été proclamé président par intérim de Venezuela. Donald Trump a reconnu Juan Guaidó comme président du Venezuela par intérim, et tente de pousser le dirigeant socialiste vers la sortie à coups de sanctions économiques, isolement diplomatique et menace militaire. Mais la promesse d’une campagne éclair a cédé la place à l’enlisement.
En conclusion, Donald Trump est persuadé qu’il ne peut obtenir de résultats que par la force, et que l’intérêt national prime tout. Cette attitude est contraire aux efforts de la communauté internationale depuis la seconde guerre mondiale de faire prévaloir le droit sur la force. A l’heure où le populisme se développe aussi en Europe, il faut craindre la montée des périls et une nouvelle déflagration mondiale. Rappelons-nous qu’en Janvier 1995 François Mitterand déclarait devant le Parlement européen « Le nationalisme, c’est la guerre ».

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