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33ème Sommet de l’Union africaine
Quels résultats ?

Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)


Le 33ème Sommet de l’Union africaine s’est déroulé à Addis Abeba les 9 et 10 Février 2020 sur le thème « Faire taire les armes : créer des conditions propices pour le développement ». Ce thème a été choisi à bon escient car il ne peut y avoir de développement en Afrique sans la fin des conflits qui déchirent le continent. Déjà l’Union africaine avait pris l’engagement de faire taire les armes pour 2020. Mais cet engagement n’a pas été tenu, par manque de volonté politique des dirigeants concernés, et aussi par la faiblesse des moyens financiers de l’Union africaine.

Trois conflits ont été particulièrement traités par le 33ème Sommet de l’Union africaine. Il s’agit tout d’abord du Sahel avec la montée en puissance des djihadistes au Mali, Niger, et Burkina Faso. Les principales forces militaires présentes se composent du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), de la force française Barkhane, et de la mission des Nations Unies (MINUSMA) qui apporte une aide alimentaire et logistique. Ces forces sont insuffisantes pour assurer la sécurité de l’immense bande sahelo-saharienne d’autant plus que les Etats-Unis menacent de retirer leurs militaires. C’est pour cela que le 33ème Sommet a décidé d’apporter un montant de 10 millions de dollars au Fonds pour la paix de l’Union africaine. Il a en outre demandé à l’ONU de financer 75% des missions de la paix approuvées par le Conseil de sécurité.
Le deuxième conflit concerne la Libye pour lequel l’Union africaine a montré sa frustration du fait de sa mise à l’écart par l’ONU et les grandes puissances. La décision a été prise pour que l’Union africaine s’implique davantage dans ce conflit, en prenant l’initiative d’un Forum de réconciliation qui aura lieu au Congo Brazzaville avec le soutien du Secrétaire Général de l’ONU. Le but de ce Forum est d’établir rapidement un cessez-le-feu qui sera contrôlé conjointement par l’ONU et l’Union africaine. Le nouveau Président de l’Union africaine Cyril Ramaphosa de l’Afrique du Sud a été chargé de privilégier le règlement de ce conflit indispensable pour la sécurité de l’Afrique du Nord et du Sahel.
Le troisième conflit est celui du Soudan du Sud qui vit une crise humanitaire catastrophique avec 380.000 morts. Le conflit oppose le Président Salva Kiir au Chef rebelle Riek Machar qui n’arrivent pas à s’entendre pour former un gouvernement de coalition. Cyril Ramaphosa les a reçu séparément, et une rencontre conjointe a été organisée sous les auspices de l’IGAD qui joue le rôle de médiateur.
Le volet développement de l’Afrique n’a pas été oublié en ce qui concerne l’avancement de la ZLECA (Zone de libre-échange continentale africaine) qui a été lancée en Juillet 2019 à Niamey. Cette zone a pour objectif de supprimer les tarifs douaniers entre pays africains pour promouvoir le commerce inter-africain, et transformer l’économie africaine notamment par le développement du secteur industriel. Le Traité de la ZLECA a été signé par les 54 Etats africains et ratifié le 29 Avril 2019 par 22 Etats, ce qui permet sa mise en œuvre le 1er Juillet 2020. Le 33ème Sommet a nommé le sud-africain Wankele Mene Secrétaire Général de la ZLECA en vue d’accélérer son application effective.
Notre pays le Maroc a été représenté à ce Sommet par une importante délégation présidée par le Chef de gouvernement Saad Eddine El Othmani. Le Roi Mohammed VI ayant été désigné Leader de l’Union africaine sur les questions migratoires, la délégation a présenté le Rapport du Souverain sur la mise en place de l’Observatoire africain de la migration qui sera localisé au Maroc. Cet Observatoire aura pour mission le diagnostic de la migration en Europe, la protection des droits des migrants, la promotion de l’investissement au service du développement et la mise en œuvre par l’Afrique du pacte de Marrakech sur la migration. La délégation a participé activement aux discussions sur le climat et la Libye où elle a déploré les multiples interventions étrangères qui ne feront que compliquer le règlement du conflit qui ne peut être que politique. Elle a réitéré l’exclusivité de l’ONU pour la question du Sahara, et proposé la création d’un Think Tank destiné à étudier et élaborer des rapports sur la paix et la sécurité.
En conclusion, ce 33ème Sommet de l’Union africaine a été utile par sa contribution au règlement des conflits qui minent le développement de l’Afrique. Cependant, elle doit régler son problème de financement pour ne plus dépendre des contributions étrangères. Par la nomination d’un Secrétaire Général de la ZLECA, les dirigeants africains ont montré leur volonté de faire avancer l’intégration du continent. Il a été aussi l’occasion de montrer le dynamisme du Maroc au sein de l’Organisation pan-africaine depuis son retour le 30 Janvier 2017.

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