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LA PANDÉMIE DU CORONAVIRUS
IMPACT SUR LES CHAINES D’APPROVISIONNEMENT
ET LES INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS

Par Jawad KERDOUDI

Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)


La pandémie du Covid 19 qui dure depuis Décembre 2019 a fortement impacté les chaînes d’approvisionnement et les investissements directs étrangers. La Chine devenue au fil des années « L’Atelier du monde » a dû fermer pour des raisons sanitaires un grand nombre d’entreprises commerciales et industrielles. Les clients de la Chine sur les cinq continents ont subi un choc brutal du fait du manque d’approvisionnement, et ont dû procéder à la fermeture de leurs entreprises qui a donné lieu à des pertes financières considérables. Il s’en suit le souhait de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine pour les années à venir. Concrètement, cela passe par la recherche d’autres fournisseurs et par la délocalisation d’une partie des investissements installés en Chine.

Une étude de Harvard Business Review a démontré que pour les Etats-Unis, l’Inde pourrait remplacer la Chine au niveau de l’approvisionnement et de la délocalisation des investissements. Les arguments présentés par cette étude est que l’Inde est un marché en développement de 1,3 milliard de consommateurs, qu’elle dispose d’une main-d’œuvre anglophone et bon marché, et d’une technologie de haut niveau dans plusieurs secteurs économiques. Les Etats-Unis sont déjà le premier partenaire commercial de l’Inde devant la Chine, et plusieurs grands groupes américains ont déjà investi en Inde.
L’économie indienne, outre les produits traditionnels agricoles et industriels, dispose de nombreux secteurs de pointe comme l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, l’industrie spatiale, les semi-conducteurs et l’industrie pharmaceutique. Déjà 40% des médicaments génériques vendus aux Etats-Unis proviennent de l’Inde. Du fait des taxes imposées par l’administration Trump à l’importation des produits chinois, les importations aux Etats-Unis en provenance de l’Inde vont devenir plus compétitives. De plus contrairement à la Chine, les entreprises indiennes ne sont pas inféodées à l’Etat et disposent d’une plus grande liberté d’action.
Au niveau des délocalisations des investissements en Inde, outre les avantages offerts par l’Etat fédéral, il y a une compétition entre les régions pour attirer le maximum d’investissements. Plusieurs institutions publiques indiennes ont été créées pour promouvoir les échanges commerciaux et les investissements avec l’étranger. On peut citer à titre d’exemple le Sommet mondial de Gujarat qui a eu lieu en Janvier 2019 et qui a par objet de promouvoir les investissements étrangers en Inde. Le Maroc a participé par une importante délégation à ce Sommet, qui a réuni un grand nombre de chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres et des hommes d’affaires. Enfin les investisseurs étrangers en Inde peuvent disposer de 100% du capital des entreprises qu’ils créent, sans avoir à le partager avec des partenaires locaux.
Tenant compte de l’acquis et des transformations post-Covid 19, l’Inde cinquième puissance économique mondiale est promise à un bel avenir. Le Maroc a établi des relations diplomatiques avec l’Inde dès 1957, et a tissé des liens solides avec ce pays dans tous les domaines. Sur le plan économique, les échanges commerciaux sont de l’ordre de 2 milliards de dollars avec un excédent sur le Maroc du fait des exportations de phosphates et dérivés de l’OCP premier exportateur mondial. Pour les investissements, une trentaine d’entreprises indiennes sont implantées au Maroc. Suite au Covid 19, la priorité doit être donnée à l’industrie de la santé et au secteur numérique. Pour développer le secteur de la santé, le Maroc va avoir besoin d’équipements médicaux et de médicament notamment génériques à faible prix. Notre pays doit également développer son industrie numérique afin de parfaire la digitalisation de son administration et de ses entreprises. Or par ces deux secteurs l’Inde est très compétitive, donnant la possibilité de développer les échanges commerciaux et les investissements entre les deux pays.
Sur un plan plus général, le Maroc doit saisir les nouvelles opportunités créées par la crise du Covid 19, dans le but d’accueillir les délocalisations en provenance de l’Asie. Il bénéfice de plusieurs atouts : la stabilité politique, une main-d’œuvre qualifiée et bon marché, un bon classement dans le « Doing business », une logistique performante grâce à Tanger-Med, et un positionnement géographique privilégié du fait de sa proximité de l’Afrique Subsaharienne et de l’Europe.

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