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LE NOUVEL ORDRE MONDIAL POST-COVID 19
QUEL POSITIONNEMENT POUR LE MAROC ?

Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)


La pandémie du Covid 19 qui est née en Décembre 2019 à Wuhan en Chine a bouleversé l’ordre mondial. Le bilan à ce jour est de plus de 10 millions de cas de contamination et près de 500.000 décès. Sur le plan politique, l’effet de la pandémie est considérable et risque de changer l’ordre mondial. La crise du Covid 19 a mis à mal la mondialisation basée sur le néo-libéralisme qui a prospéré depuis les années 1980 avec une libre circulation des biens, des services et des personnes. Les effets négatifs de la mondialisation qui sont apparus dans la crise du Covid 19 sont l’indépendance entre les pays et l’aggravation des inégalités sociales. D’où le retour à l’Etat-Nation qui se traduit par la souveraineté de l’Etat, l’intérêt national et la territorialité. La conséquence a été la montée du populisme notamment aux Etats-Unis, en Europe de l’Est et au Brésil. Cependant la mondialisation est un phénomène inévitable et irrésistible, et l’ordre ultime des temps post-modernes. C’est pour cela qu’à l’avenir la mondialisation persistera avec un retour de l’activisme de l’Etat.

Le nouvel ordre mondial post-Covid 19 sera marquée par la rivalité sino-américaine. En effet, on a assisté ces dernières années à une absence latente du leadership américain, et une montée en puissance de la Chine qui tisse sa toile sur le monde à travers les routes de la soie. Deux scénarios sont possibles et dépendent en partie de la réélection de Donald Trump aux présidentielles américaines de Novembre 2020. Si Donald Trump est réélu, il y a le risque de l’instauration d’une guerre froide entre les Etats-Unis et la Chine, à l’instar de la guerre froide Etats-Unis/URSS au XXème siècle. Si Joe Biden est élu, il y a possibilité pour les Etats-Unis de négocier un nouveau deal politique avec la Chine.
Quant aux autres acteurs les plus importants de la planète, l’Union européenne peut jouer un rôle d’équilibre entre les Etats-Unis et la Chine, si elle arrive à s’unir sur le plan politique. Les liens entre les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine) se sont beaucoup distendus ces dernières années. L’Inde et la Chine ont des problèmes de frontières et se présentent en rivaux dans la conquête de nouveaux marchés notamment en Afrique. Le Brésil est dans une piètre situation depuis l’élection à la présidence du nationaliste Jair Bolsonaro. Pour ce qui est de la Russie, Vladimir Poutine se bat pour faire jouer un rôle international à son pays, mais son économie se place au 12ème rang au niveau du PIB mondial à égalité avec la Corée du Sud. L’Afrique dont la population majoritairement jeune atteindra 2,5 milliards d’habitants en 2050, et qui regorge de matières premières, est promise à un bel avenir sous certaines conditions. Elle doit promouvoir son capital humain, valoriser ses matières premières et son industrialisation, et parfaire son intégration dans le cadre de la ZLECA (Zone de libre-échange continentale africaine).
Face à ces données du nouvel ordre mondial Post Covid 19 quel pourrait être le positionnement du Maroc ?
Notre pays dispose d’atouts qu’il faudrait valoriser au maximum. Tout d’abord la stabilité politique, la position géographique entre l’Europe et l’Afrique Subsaharienne, une main d’œuvre qualifiée et compétitive, des moyens logistiques modernes, tels que le Train à grande vitesse et le grand port de transbordement de Tanger/Med. Le Maroc a également développé une politique énergétique innovante avec l’éolien et le solaire, permettant d’atteindre un mix de 52% en énergies renouvelables d’ici 2030. Il a d’autre part géré avec succès la crise sanitaire du Covid 19, et a apporté un aide médicale à 18 pays de l’Afrique Subsaharienne. La preuve de l’intérêt pour les investissements au Maroc peut être apportée, par l’autorisation le 24 Juin 2020 de 45 projets d’une valeur de 24 milliards de dirhams dans les secteurs de l’énergie, les télécoms, le commerce, l’industrie et le tourisme.
Favorable au multilatéralisme, le Maroc doit continuer à poursuivre son ouverture sur l’extérieur tout en défendant ses intérêts. C’est ainsi qu’à l’instar de ce qu’il a réalisé avec la Turquie, il devrait renégocier les Accords de libre-échange avec les autres pays dans un esprit gagnant-gagnant. Au niveau de la politique étrangère, deux axes s’imposent : celui de l’Afrique Subsaharienne par une coopération Sud/Sud dans tous les domaines. Le second axe est celui de ses relations avec l’Union européenne, dont il faudrait revoir le mode de coopération en privilégiant le volet investissement. En effet suite à la crise Covid 19, le Maroc pourrait devenir un lieu de relocalisation pour les entreprises européennes implantées en Asie.
Quant aux autres continents, le Maroc devrait renforcer ses relations économiques avec les Etats-Unis auxquels il est lié par un Accord de libre-échange. De même qu’il devrait apporter toute son attention aux relations avec les pays asiatiques qui ont moins souffert de la crise du Covid 19, et qui sont devenus la source de la croissance mondiale. En premier lieu la Chine qui est devenu la seconde puissance économique mondiale, mais aussi l’Inde, le Japon et la Corée du Sud. Enfin le Maroc doit saisir toutes les opportunités qui se présentent avec la Russie, les pays Arabes et les autres pays européens en dehors de l’Union européenne et notamment le Royaume-Uni.
En conclusion, la stratégie du Maroc est de poursuivre de bonnes relations avec tous les pays du monde pour tirer le meilleur profit pour son économie, tout en étant vigilant concernant la récupération de nos Provinces sahariennes et la préservation de notre intégrité territoriale.

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