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La victoire de Joe Biden
Quel impact sur les relations internationales et sur le Maroc ?

Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

C’est le Samedi 7 Novembre 2020 que l’agence Associated Press a déclaré le démocrate Joe Biden vainqueur des élections présidentielles américaines qui ont eu le 3 Novembre. En effet, sa victoire en Pennsylvanie et dans le Nevada lui a permis d’atteindre 279 grands électeurs et dépasser le chiffre de 270 voix nécessaires pour remporter l’élection. Il a récolté 75 millions de voix soit environ 5 millions de plus que son adversaire Donald Trump. Ce dernier a obtenu 214 grands électeurs mais n’a pas reconnu sa défaite, et a enchaîné les recours judiciaires dans plusieurs Etats en demandant le recomptage des bulletins de vote. Ces procédures ont toutefois peu de chances de renverser l’issue de l’élection. Les étapes suivantes de l’élection présidentielle américaine sont le 8 Décembre 2020 qui est le jour limite pour la résolution des conflits électoraux, le 14 Décembre 2020 où les grands électeurs se réuniront dans la capitale de leurs Etats respectifs afin de désigner formellement le Président et sa vice-Présidente, le 6 Janvier 2021 où le Président du Sénat proclamera officiellement les résultats, et enfin le 20 Janvier 2021 où le nouveau Président prêtera serment sur les marches du Capitole et prendra officiellement ses fonctions.

Après la parenthèse baroque et tumultueuse de la politique étrangère de Donald Trump, Joe Biden devra réparer les dégâts de son prédécesseur en matière de relations internationales afin que l’Amérique retrouve son leadership dans le monde. Il devra tout d’abord rassurer les alliés des Etats-Unis en Europe et en Asie. Donald Trump avait divisé et inquiété l’Union européenne fragilisée par le Brexit. Il avait à plusieurs reprises reproché à l’Europe de ne pas « partager le fardeau » de la sécurité dans le cadre de l’OTAN qu’il avait aussi critiqué. Il avait aussi malmené la Corée du Sud et le Japon sur le plan des échanges commerciaux. Joe Biden devrait réaffirmer son soutien surtout militaire aux alliés des Etats-Unis européens et asiatiques.

Le Président Trump avait marqué une certaine complaisance avec les régimes démocratiques illibéraux tels que la Russie, la Turquie, la Hongrie et la Pologne. Le nouveau Président américain devrait être plus ferme sur le respect de la démocratie et des droits de l’homme. Pour les relations avec la Chine, il doit continuer à défendre les intérêts des Etats-Unis contre ce pays qui se place comme concurrent principal pour occuper la première place mondiale en matière économique. Cependant, il doit changer de style et de méthode pour éviter la rupture avec la deuxième puissance économique de la planète. Pour ce qui est de l’Iran, Joe Biden avait déjà déclaré qu’il retournerait à l’Accord sur le nucléaire signé pendant la présidence d’Obama, à condition que les Iraniens le respectent à leur tour.

Donald Trump pendant sa présidence s’était montré contre la mondialisation et le multilatéralisme, en dénonçant plusieurs Accords de libre-échange, en retirant les Etats-Unis de plusieurs Organisations internationales, et en rétablissent le protectionnisme notamment vis-à-vis de la Chine. Le Président élu a déjà annoncé le retour des Etats-Unis à l’Accord de Paris sur le changement climatique, et a prévu un plan de 1700 milliards de dollars pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Il faut espérer un changement de cap de la nouvelle administration démocrate concernant plusieurs problèmes qui ne peuvent être résolus qu’à l’échelle multilatérale : changement climatique, lutte contre les épidémies, résolution des crises économiques mondiales. Pour ce qui est de l’interventionnisme militaire extérieur, Joe Biden va certainement continuer la politique de retrait en rapatriant les troupes américaines d’Afghanistan et d’Irak. Quant au conflit israélo-palestinien, Joe Biden a déjà annoncé qu’il ne reviendrait pas sur le transfert de l’Ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Par contre, il se montre réticent à l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie, et il est favorable à la solution à deux Etats. Il faut espérer une position plus équilibrée des Etats-Unis sur ce conflit.

Pour ce qui est de l’Afrique, alors que Donald Trump n’y a fait aucune visite pendant sa présidence, il faut espérer que Joe Biden puisse porter davantage d’intérêt à notre continent. En ce qui concerne les relations entre le Maroc et les Etats-Unis, il faut rappeler que le Maroc est un allié traditionnel de l’Amérique depuis son indépendance. Les relations commerciales entre les deux pays sont régies par un accord de libre-échange entré en vigueur le premier janvier 2006. Il existe entre le Maroc et les Etats-Unis un Dialogue stratégique qui porte sur la paix au Moyen-Orient, la stabilité et le développement en Afrique ainsi que la sécurité régionale. Le dialogue est concrétisé par des exercices militaires conjoints et une lutte commune contre le terrorisme international. Suite à la visite du Secrétaire américain à la défense, a été signé le 3 Octobre 2020 un Accord en matière de défense qui couvre la période décennale 2020-2030.
Le Maroc a bénéficié à plusieurs reprises du Millenium Challenge Corporation qui vise à aider les pays éligibles à réduire la pauvreté, et qui a été étendu aux Provinces sahariennes. Sur le plan personnel, le Maroc a maintenu des relations amicales avec Hillary Clinton, figure notable du parti démocrate, et qui a été Secrétaire d’Etat de 2009 à 2013. D’autre part, Joe Biden avait effectué une visite au Maroc en tant que Vice-Président d’Obama du 19 au 21 Novembre 2014, pour participer au Sommet global de l’entreprenariat de Marrakech.

Pour être complet, il faut cependant mentionner que sous la présidence démocrate de Barack Obama et alors que John Kerry était Secrétaire d’Etat, les Etats-Unis avaient demandé sans succès en Avril 2013 l’élargissement des pouvoirs de la Minurso au contrôle des droits de l’homme sur le territoire du Sahara. De même le Think Tank Robert Kennedy pour la justice et les droits de l’homme avait également épousé les thèses du Polisario. La riposte du Maroc fût la création le 1er Mars 2011 du Conseil National des droits de l’homme (CNDH) qui a remplacé le Conseil consultatif des droits de l’homme créé en 1990. C’est une institution indépendante relative à la défense et à la protection des droits de l’homme. Le Conseil de sécurité de l’ONU dans sa résolution 2548 du 30 Octobre 2020 a réitéré ses félicitations pour le rôle des Commissions régionales du CNDH à Laâyoune et à Dakhla et l’interaction du Maroc avec les mécanismes du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies.

En conclusion, l’élection de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis est une excellente nouvelle pour l’apaisement des relations internationales qui ont été gravement perturbées par son prédécesseur. Les relations historiques entre le Maroc et les Etats-Unis sont solides et marquées par plusieurs accords stratégiques à la fois sur le plan politique et économique. La dernière résolution 2548 du Conseil de sécurité est très favorable à notre cause nationale sur le Sahara. Il faut continuer les efforts concernant la protection des droits de l’homme, et notre diplomatie doit se mobiliser auprès de la nouvelle administration démocrate pour la défense des intérêts de notre pays.

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