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MEDAYS
De la défiance aux défis : L’ère des grands bouleversements

Par Jawad KERDOUDI,
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

J’ai eu le plaisir de participer avec d’autres membres de l’IMRI (Abdelhafid Oualalou, Hassan Saoudi, Ilham Lahbabi, Mohamed El Ouahdoudi) aux Medays 2017 organisés par l’Institut Amadeus à Tanger du 8 au 11 Novembre 2017. Cette rencontre de haut niveau a regroupé 150 intervenants et 3000 participants.

J’ai intervenu dans 3 workshops et 1 panel. Le premier workshop avait pour thème « Afrique –Union européenne : Quel partenariat gagnant-gagnant ? » en préparation du Sommet Afrique – Union européenne qui aura lieu à Abidjan les 29 et 30 Novembre 2017. J’ai indiqué lors de ce workshop ce qu’attend l’Afrique de l’Union européenne dans un cadre d’égalité parfaite, de franchise et de transparence. En premier lieu, l’Union européenne doit promouvoir les investissements européens en Afrique avec notamment transfert de technologie. Elle doit aussi renforcer son partenariat avec l’Afrique dans les domaines de l’éducation, la santé et le logement social, sans oublier le volet culturel et la recherche/développement. Enfin sur le plan politique, elle doit aider la démocratisation des pays africains et un plus grand respect des droits de l’homme. En contrepartie, l’Europe pourra bénéficier d’un marché de 1 milliard de consommateurs, et d’un espace demandeur de grands investissements.
Le deuxième workshop avait abordé les incertitudes politiques et sociales en Europe : Brexit, immigration, montée du populisme, crises économiques. J’ai indiqué que l’Europe est le principal partenaire commercial de l’Afrique, et que tout ralentissement de la croissance économique européenne a des répercussions sur l’Afrique. J’ai insisté sur le fait que si l’Europe se détourne de l’Afrique, d’autres puissances vont prendre la relève tels que les pays d’Asie (Chine, Japon, Corée du Sud) les Brics (Brésil, Russie, Inde) et aussi les Etats-Unis d’Amérique. En contrepartie, tout en offrant son marché très prometteur à l’Europe, l’Afrique peut aider au contrôle de l’immigration clandestine et à la lutte contre le terrorisme.
Le troisième workshop portait sur l’immigration clandestine en Europe. J’ai souligné qu’il fallait rechercher les causes de cette immigration, tant en ce qui concerne les demandeurs d’asile que les immigrés économiques. Pour les premiers, la solution est que l’Europe doit contribuer à apaiser les conflits notamment au Moyen-Orient (Syrie, Inde, Yémen) et en Afrique (Libye et Afrique Subsaharienne). Le droit d’asile doit être respecté par les pays européens, ainsi que les droits des immigrés reconnus sur le plan international en évitant tout brutalité. Quant aux immigrés économiques, la solution est d’aider les pays d’origine à se développer pour éviter le départ des jeunes qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie. A court terme, il faut augmenter les opérations de sauvetage en mer pour sauver des vies humaines, multiplier les Centres d’accueil, et aider ceux qui ont obtenu le droit d’asile à trouver un travail pour subvenir à leurs besoins.
Le panel auquel j’ai participé avait pour thème « Union Africaine et Cedeao : Quelles perspectives de la double adhésion du Maroc ?». J’ai d’abord indiqué que j’étais heureux du retour du Maroc dans sa famille africaine. Le Maroc peut apporter beaucoup à l’Union africaine et à la Cedeao. Tout d’abord son expertise dans plusieurs domaines : Finance, télécoms, agriculture, industrie, services. Cette expertise peut se manifester soit sous forme d’assistance, soit sous forme d’investissement directs. Le Maroc peut apporter aussi son assistance pour l’amélioration de la gouvernance tant vis-à-vis de l’Union africaine que vis-à-vis des pays africains. Sur le plan de l’éducation, le Maroc peut augmenter le nombre des étudiants africains dans ses Ecoles et Universités qui sont actuellement de 16.O00 dont 8.000 boursiers. Le Maroc grâce à l’impulsion du Roi Mohammed VI a lancé tout un programme pour la promotion d’un Islam ouvert et tolérant, et peut relever dans ce domaine son assistance aux pays africains, notamment dans la formation des Imams. Enfin grâce à sa contribution financière à l’Union Africaine, il va pouvoir améliorer le budget de cette institution qui souffre de grands problèmes financiers. De son côté, le retour du Maroc à l’Union africaine et son adhésion à la Cedeao va lui permettre d’augmenter ses exportations et ses investissements en Afrique. Le Maroc pourra également faire profiter l’Europe de son expérience africaine, et servir de relais pour les investissements étrangers en Afrique. Sur le plan politique, le Maroc va pouvoir renforcer sa position quant à la question du Sahara. Par son adhésion à la Cedeao, il doit cependant se préparer à faire face à une augmentation du flux d’immigration en provenance des pays de la Cedeao du fait de la libre circulation des personnes.
En conclusion, durant cette dernière décennie le Maroc a pu augmenter son leadership au profit de l’Afrique et à son propre profit.

CHRONIQUES HEBDOMADAIRES DE l'IMRI